‹ Histoire de Jeanne d'Albret, Reine de NavarreChapitre 89 sur 140 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

en croire « ceux qui les instruiraient mieux. » Cette requête fut mise sous les yeux du roi parle maréchal de Montmorency ; mais la réponse qui fut transmise à l'amiral, sous la date du 20 juillet, ne lui laissa aucune espérance de succès pour ces ouvertures pacifiques.

La guerre fut donc continuée. C'était en s'emparant de Saumur et du passage de la Loire, pour marcher de là sur Paris, que l'amiral voulait décider la campagne, et amener la solution désirée; mais la nature des forces qu'il commandait, cette noblesse volontairement rangée sous le drapeau avec les compagnies ou les régiments qu'elle avait levés, ne le laissait pas maître de ses décisions et de ses mouvements, comme un général de troupes régulières. Les gentilshommes du Poitou, qui formaient, avec leurs contingents, une partie notable de l'armée, insistaient fortement pour que l'on attaquât la capitale de cette province. Aux yeux de l'amiral, ces intérêts particuliers n'étaient que secondaires, et devaient s'effacer devant des vues politiques el militaires plus importantes; néanmoins, quoique chef, il se vit obligé de céder. Il marcha vers Poitiers, et, après quelques jours passés à reconnaître la place et à former ses approches, tandis que sa grosse artillerie venait de La Rochelle, il fit ouvrir la Iranchée le l^^" aotit.

Poitiers, ville alors très forte, avait pour défenseur le jeune duc de Guise, héritier des talents militaires de son père, et animé par des ressentiments personnels qui ajoutaient chez lui aux passions de parti. Si l'attaque fut vigoureuse, la défense ne fut pas moins opiniâtre ni moins habile. Après les plus grands efforts, les Calvinistes parvinrent à ouvrir la brèche. Un assaut furieux et sanglant fut livré; mais il leur coûta inutilement des

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pertes cruelles. Les maladies se mirent dans leur armée et lui enlevèrent beaucoup de monde. L'amiral luimême fut atteint de la dyssenterie. A peine convalescent, il faillit être empoisonné par son valet de chambre, Dominique d'Albe, que l'or de la cour avait gagné. Désespérant d'emporter Poitiers de vive force, ayant à regretter déjà deux mille hommes, privé, en outre, d'un grand nombre d'officiers qui, malades ou blessés, s'étaient retirés dans les villes voisines, il comptait encore sur la famine pour se rendre maître de la place; mais Châtelleruilt. dont la conservation était d'une grande importance, allait, à moins d'un prompt secours, tomber au pouvoir des Catholiques. L'amiral leva le siège de Poitiers le 7 septembre, et fit, à son tour, lever celui de Châtellerault. Dans ce moment (13 septembre), le Parlement de Paris le mettait hors la loi, le faisait pendre en effigie sur la place de Grève, et promettait à qui le livi'erait une somme de cinquante mille écus (l'or au soleil. Ce ne fut pas tout : Charles IX, dans la violence de ses emportements, exigea que l'arrêt de mise à prix fût complété par ces mots : mort ou vif, et ils furent ajoutés par un nouvel arrêt du 28 septembre, que l'on traduisit en latin, en itaUen, en espagnol, en anglais et en allemand, pour mieux faire appel aux assassins de tous les pays. Montgomery eut également l'honneur d'une récompense promise pour sa tête. A défaut de d'Andelot mort, cette fureur se déchargea sur ses enfants orphelins. Leurs biens furent confisqués, et on les déclara ignobles et « incapables d'exercer aucuns estats, » suivant la barbare disposition jadis usitée.

Tandis que les rangs des Protestants s'éclaircissaient

devant Poitiers, l'armée du duc d'Aujou grossissait les siens, de sorte qu'elle put, à son tour, prendre l'offensive. L'amiral s'était porté dans le nord du Poitou, du côté de Loudun. Un sanglant engagement, dans lequel l'artillerie supérieure des Catholiqv^s leur donna l'avantage, eut lieu le l^^" octobre près de la petite ville de .ïïoncontour, où Coligny se replia. Avant de risquer aucune action importante , il aurait voulu qu(^ Montgomery, avec ses troupes victorieuses en Béarn, arrivât pour rétablir rétpiilibre des forces et la confiance qui se perdait. Tout conseillait aux Huguenots de gagner du temps ; l'avis leur en vint même de deux gentilshommes de l'armée catholique, qui se trouvèrent isolément en présence de quelques officiers calvinistes, n'étant séparés les uns des autres que par quelques fossés. Au milieu de ces luttes acharnées, il y avait parfois de ces communications . de ces rapprochements fortuits où l'adversaire s'effarait derrière le compatriote, et sentait s'évanouir en lui le feu des passions ennemies. « Messieurs, » dirent ces deux gentilshommes qui, sans trahir leur drapeau, voulaient prévenir l'effusion du sang français, « nous portons l'habit en- )) nemi, mais nous ne vous haïssons point. Dites à l'a- )) mirai qu'il se garde bien de présenter la ])ataille. )) Notre armée, nouvellement renforcée, est merveilleun sèment puissante; qu'il temporise un mois seule- » ment, car toute la noblesse a juré qu'elle ne demeu- » rera davantage, et la furie française s'écoulera sou- » dain. Si les chefs n'ont promptement victoire, ils » seront contraints d'en venir à la paix pour plusieurs » raisons, et vous la donneront avantageuse. » Rapporté à l'amiral, cet avis lui parut l)on, ainsi qu'à plu-

sieurs autres des principaux chefs : mais la plupart partageaient l'ennui et l'impatience de la noblesse catholique. Ils prétendirent que les paroles des deux gentilshommes n'étaient qu'une ruse et une tromperie de gens coutumiers du fait, et qu'il « n'en falloit faire estât. » La majorité du Conseil opina pour une action générale, et il fallut que l'expérience miUtaire de l'amiral cédât encore une fois, dans la crainte de ne pouvoir plus compter sur une partie de ses troupes, si la campagne se prolongeait sans résultat décidé. Il se résolut donc à livrer bataille malgré lui, comme il avait fait malgré lui le siège de Poitiers, responsable de l'événement sans avoir la liberté de la décision.

Les ordres furent donnés en conséquence ; mais au moment de les exécuter, les Allemands s'y refusèrent, déclarant que « si on ne leur baillait argent, ils ne marcheraient pas; » aventure commune avec ces mercenaires, et dont les armées royales de France avaient assez fait l'épreuve. Les princes de Béarn et de Gondé, mandés en hâte, vinrent à bout de ce refus à force de promesses, en attendant mieux ; mais cette mutinerie et ces pourparlers firent perdre le moment d'occuper une bonne position que l'amiral avait reconnue près d'Airvault, et qui aurait compensé l'infériorité des forces par l'avantage du terrain. Il fallut donc accepter pour champ de bataille la plaine d'Assais, toute découverte. Pour ne pas exposer les deux jeunes princes qui lui étaient confiés aux chances d'une action dont il prévoyait l'issue fatale, Coligny les envoya à Parthenay, qu'il avait eu la précaution de faire occuper. Leur éioignement ne put que produire un fâcheux effet, et

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cinq à six cents chevaux qui leur firent escorte furent autant de perdu pour le combat. Le duc d'Anjou avait dix-huit mille hommes d'infanterie, huit à neuf mille de cavalerie, et quinze pièces de canon; l'amiral avait douze mille fantassins, six mille chevaux et huit canons seulement ; puis, ce qui est pire que l'infériorité du nombre, ce présage moral, qu'on pourrait appeler l'esprit de la victoire, n'était pas de son côté. Cefutdans ces circonstances, les plus cruelles, sans contredit , oîi puisse se trouver un général, que Coligny engagea la bataille de Moncontour, le 3 octobre 1569, dans l'aprèsmidi.

A peine dura-t-elle deux heures. Les ailes de l'armée calviniste furent mises en déroute au premier choc. Néanmoins Coligny, chargeant à outrance avec ses escadrons d'éhte, avec Mansfeld et les reîtres, et soldat autant que général, arrêta quelque temps l'armée ennemie, et parut un moment balancer la fortune. Mais, au milieu de cette lutte corps à corps, il eut la mâchoire fracassée d'un coup de pistolet que lui tira le rhingrave , commandant des reîtres catholiques ; car Tune comme l'autre armée avait ses Allemands. Malgré sa blessure, Coligny tua le rhingrave de sa main. Cependant, étouffé par le sang qui remplissait la visière de son casque, enveloppé de tous côtés, il allait être pris, sans le dévouement d'un gentilhomme nommé La Plotinière, qui avait été son page, et qui l'arracha de la mêlée. L'amiral une fois emporté du champ de bataille, et sa cavalerie l'ayant bientôt suivi, ce ne fut plus qu'une horrible boucherie. La Noue fut du bien petit nombre de prisonniers que la furie des vainqueurs épargna. Pour venger l'assassinat du prince de Condé, les Huguenots

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ivavaieiit guère fait de quartier à La Roche- Abeille ; les Catholiques, à Moncontour, s'enflammèrent du souvenir de La Roche-Abeille et des gentilshommes d'Orthez. C'était ainsi que, dans ces luttes funestes, le sang appelait le sang, la vengeance appelait la vengeance. Lïnfanterie allemande des Huguenots fut presque toute massacrée, quoique ces malheureux jetassent leurs armes en criant, pour obtenir grâce : Bon papiste, moi, bon papiste! Les Suisses surtout montrèrent contre ces lansquenets un acharnement sans merci, qui tenait à des haines de nation ou de métier. Deux ou trois cents seulement leur furent arrachés avec bien de la peine par la cavalerie française, moins impitoyable. La fuite n'en sauva pas plus de cinq cents. De dix-huit mille hommes environ que comptait l'armée protestante , quatre à cinq mille restèrent sur la place ; beaucoup se débandèrent ; il n'en demeura que six à huit mille sous le drapeau : canons, munitions, bagages, tout fut perdu.

Ce fut à Parthenay, cette retraite que Coligny sétait prudemment ménagée, que se réfugièrent d'abord les débris mutilés de ce désastre. De là, tout ce que l'amiral put rallier se replia sur Niort. Entièrement abattus par cette défaite qui avait eu leur insubordination pour principale cause, la plupart des chefs voulaient s'accommoder à tout prix avec la cour ; l'amiral, qui avait désiré de traiter le lendemain dun succès, s'y refusait après une défaite. Déposer les armes dans une telle situation, c'était, dit-il, se livrer à discrétion, sans garantie aucune, c'était sacrifier ensemble sa religion et sa vie. Les deux jeunes princes appuyèrent cette opinion, et leur avis, se joignant à celui du capitaine é'trou

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