‹ Histoire de Jeanne d'Albret, Reine de NavarreChapitre 90 sur 140 · QUATRIEME PARUE · texte numérisé non relu

QUATRIEME PARUE

ve, fit écarter une proposition indigne de la valeur que ces gentilshommes avaient montrée si souvent.

Une autre voix vint encore combattre le découragement généra] ; ce fut celle d'une femme « n'en ayant que le nom, » dit d'Aubigné, et « qui s'étoit avancée jusqu'à Niort pour tendre la main aux affligés. » Comme après Jarnac, la reine de Navarre accourut, et fort peu accompagnée, au risque d'être enlevée en chemin, pour ranimer de sa parole et de son exemple les âmes abattues. Si la journée de Jarnac avait coûté aux Protestants un prince illustre, la défaite de Moncontour était beaucoup plus meurtrière. Le glorieux successeur de Coudé nétait pas mort; mais il luttait contre les douleurs d'une blessure qui le mettait hors de combat. Jeanne consola ce grand affligé que, presque seule, elle n'abandonna pas au milieu des injustes récriminations dont il était assailli, « se voyant sur la tête, » dit d'Aubigné, « comme il arrive aux capitaines des peuples, le blâme des accidents et le silence de ses mérites. » Dans le conseil, ce grand cœur de femme prêta aux résolutions les plus énergiques l'appui de sa virile fermeté. Il fut décidé que des garnisons seraient laissées dans les meilleures pUces occupées par les Calvinistes, avec les approvisionnements nécessaires ; qu'un corps choisi, principalement la cavalerie, qui avait moins souffert, se porterait dans le Midi, ayant à sa tète Cohgny et les deux princes; car Jeanne voulait quils partageassent désormais sans ménagements toutes les fatigues et tous les périls, afin «de les rendre capables et instruits par les labeurs. » Ce corps se réunirait aux troupes de Montgomery, et s'appuierait sur des populations calvinistes «jui r/ avaient pas payé aux derniers

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revers un aussi large tribut que celles du Poitou et des provinces voisines. De plus, on arrêta d'envoyer des députés en Angleterre, en Ecosse, en Allemagne, en Suisse, en Danemark, dans tous les pays protestants, pour solliciter de nouveaux et prompts secours dans un malheur bien grand, sans doute, mais non pas irrémédiable. De Niort, l'amiral se rendit à La Rochelle, pour y })rendre le repos et y recevoir les soins qui lui étaient nécessaires. Tout se réunissait pour l'accabler. Les pertes les plus cruelles l'avaient frappé coup sur coup dans ses affections. Portant le poids d'un revers désastreux, censuré par ses compagnons d'armes, mis au ban de l'humanité par ses ennemis, luttant tout ensemble contre la souffrance morale et contre la souffrance physique, en proie à la fièvre, qui abat les plus fermes caractères, il allait tristement porté dans une litière qu'escortaient des soldats au front morne et sombre, et par moments il sentait son âme presque défaillir comme son corps. Dans une de ces angoisses terribles, un mot bien simple et bien beau lui vint en aide; ce mot, il est ainsi raconté par d'Aubigné : « Comme on portoit Tamiral dans une litière, Lestrange, vieil gentilhomme, et de ses principaux conseillers, cheminant en même équipage et blessé, fit en un chemin large avancer sa litière au front de l'autre, et puis passant la tête à la portière, regarda fixement son chef, et se sépara la larme à l'œil avec ces paroles : Si est-ce que Dieu est très doux. Là-dessus, ils se dirent adieu, bien unis de pensées, sans en pouvoir dire davantage. Ce grand capitaine a confessé à ses privés que ce petit mot d'ami l'avoit relevé, et remis au chemin des bonnés pensées et fermes résolutions pour l'avenir. »

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