‹ Histoire de Jeanne d'Albret, Reine de NavarreChapitre 91 sur 140 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

Cette fermeté chrétienne que l'amiral avait retrouvée tout entière, elle respire admirablement dans les lignes suivantes qu'il écrivait à ses enfants treize jours après le désastre de Moncontour : « Il ne faut pas nous assurer sur ce qu'on appelle biens, mais plutôt mettre notre espérance ailleurs qu'en la terre, et acquérir d'autres moyens que ceux qui se voient des yeux et se touchent des mains. Il nous faut suivre Jésus-Christ, notre Chef, qui a marché devant nous. Les hommes nous ont ravi ce qu'ils pouvoient; et si telle est toujours la volonté de Dieu, nous serons heureux, et notre condition bonne, vu que cette perte ne nous est arrivée par aucune injure que vous eussiez faite à ceux qui vous l'ont apportée, mais par la seule haine qu'on me veut de ce qu'il à plu à Dieu de se servir de moi pour assister son Eghse.... Pour le présent, il me suffit de vous admonester et conjurer, au nom de Dieu, de persévérer courageusement en l'étude de la vertu. » Surtout en nous reportant aux circonstances où ces leçons étaient tracées, nous ne croyons pas que l'héroïsme religieux en ait donné de plus sublimes.

De La Rochelle, Jeanne d'Albret fit écrire par le prince deBéarnau duc d'Anjou, pour se plaindre des mauvais traitements infligés au petit nombre de prisonniers que la boucherie de Moncontour avait laissés vivants. Elle renouvela ses avis et ses exhortations à son fils pour cette campagne, où il devait se montrer tout à fait homme, et justifier son titre de généralissime. Toutefois, ni ce titre, ni ses prérogatives d'héritier du trône, « ne le mettoient hors de la correction doucement sévère de la reine sa mère, qui, pour peu qu'il bronchât, le relevoit soudain et ne lui en passoit point. » Un jour,

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Jeanne, s étant apeiruo <|u"il avait la bourse mieux garnie que de coutume, lui demanda d'où cet argent lui venait. Le prince, déconcerté, se prit à rougir. Pressé de répondre, il avoua, — car il avait été élevé dans l'horreur du mensonge, — qu'il avait eu du bonheur aux dés. Ce jeu, comme tous les jeux de hasard, était sévèrement défendu par le Gode béarnais. Jeanne ordonna i\\\ gouverneur du prince de lui infliger la peine portée par la loi, qui était faite pour tous , sans aucun privilège de rang. Henri s'excusa de son mieux. Les excuses étant vaines, il eut recours aux prières, mais sans plus de succès. Alors, moitié sur le ton de la plaisanterie, moitié sur le ton sérieux, il dit que « ce seroit peu de gloire pour sa mère et trop de moquerie à sa réputation de le traiter en enfant, ayant déjà eu l'honneur de conmiander en l'armée, et porter le titre de général. » Ces mots lui valurent sa grâce ; mais ce ne fut pas au prince qu'elle fut accordée, ce fut au chef militaire, et sous réserve de ne plus tomber dans la même faute.

La reine de Navarre conserva l'administration supérieure et le commandement de La Rochelle, ayant pour la seconder le comte de La Rochefoucauld, à défaut de La Noue prisonnier; mais celui-ci, devenu libre par un échange, ne larda pas à rejoindre la reine. Avec l'aide infatigable de Jeaime, les débris de l'armée étant réorganisés, tout fut préparé dans l'espace de quelques jours pour rentrer en campagne. Jeanne embrassa tendrement son fils, puisant sa force en Dieu contre l'appréhension des dangers quil allait courir loin délie, le prince de Condé, cet autre fils quelle sétait donné, eut sa part daiis ces adieux résolus et tendres à la fois, et tous les

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deux accompagnèrent Tamiral qui, à peine guéri, allait chercher de nouveaux combats.

S'étant mis en marche dans la seconde quinzaine d'octobre, probablement vers la fin (la date du 18, que nous trouvons indiquée, serait bien rapprochée de la bataille de Moncontour) , Coligny se dirigea d'abord vers la Guyenne. Il emmenait trois mille hommes de pied, avec un nombre égal de reîtres. Wolrad df Mansfeld et le comte de Nassau l'accompagnèrent dans cette expédition. Pour le prince d'Orange, il avait pu, sous un déijuisement et à travers mille dangers, regagner VAUemagnc. C'était encore contre l'Espagne qu'il venait de i'ombattre en s'unissant aux Calvinistes français : il se prépara sans relâche à l'attaquer de nouveau, et pins directement, dans les Pays-Bas.

L'armée catholique, qui n'avait qu'imparfaitement profité de la bataille de Jarnac, n'avait pas poursuivi plus activement une victoire qui semblait décisive. Au lieu de s'attacher aux restes de l'armée vaincue, sans lui laisser le temps de se reconnaître et de se reformer, le duc d'Anjou et son conseil s'occupèrent au siège des places. Ils en prirent quelques-unes, entre autres Niort, ([ue leur livra un crime infâme. Mouy, qui en était commandant , avait près de lui un homme digne d'être cité dans les annales de la scélératesse, Louviers-Maurevei. Entré à seize ans dans la maison du duc de Guise et ayant été puni pour quelque faute par le gouverneur des pages, ce Maurevel l'avait assassiné et s'était enfui chez les Espagnols, que combattait alors son maître. La paix faite, Maurevel obtint sa grâce et fut admis de nouveau chez les Guises. Quand la tête de Coligny fut misf à prix par le Parlement do Paris, il s'offrit pour com-

mettre le crime et il en toucha les arrhes. Il passa dans le camp calviniste, feignit une ardente conversion à la foi réformée, et fut assez habile pour qu'on s'y trompât. Mouy surtout le prit en amitié jusqu'à être son bienfaiteur. Jugeant qu'il était trop difficile et trop périlleux de s'attaquer à l'amiral, Maurevel voulut cependant gagner l'argent qu'il avait reçu , et d'autre encore. Un jour, à Niort, il accompagna Mouy dans une reconnaissance hors des remparts. Au retour, saisissant un moment favorable, il lui tira un coup de pistolet; puis, il piqua son cheval, présent de sa victime , et se sauva dans le camp catholique. Ce misérable y souleva plus d'un mépris. « — Gela mérite la corde , » dit Tavannes même, ajoutant que « si telles gens se reçoivent, il n'y aura plus de sûreté pour Leurs Majestés ni pour leurs serviteurs. » Consternée, la garnison de Niort emmena par eau son chef mourant à La Rochelle, où il expira , et les Catholiques occupèrent la ville sans obstacle (1).

Mais ces villes ou châteaux conquis ne compensèrent pas, pour les généraux du roi , le temps et les pertes que leur coûta le siège de Saint-Jean-d'Angely, où commandait de Piles. Dans cette occasion, ils commirent la même faute que d'imprudentes exigences avaient imposée à Goligny, en l'amenant devant Poitiers. » Ils prouvèrent bien, » dit La Noue, « que notre exemple leur avait bien peu profité, et qu'ils n'avaient laissé de broncher à la même pierre. » Avec six cents arquebusiers,

(1) Maurevel u'eut pas la corde pour salaire, et il y eut des gens pour le recevoir et l'employer; car on retrouve ce scélérat, tueur aux gages des Guises et de la cour, exécutant la tentative d'assassinat qui fut dirigée contre Coligny l'avant-veille de la Saint-Barthélem^-.

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