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sa famille. Elle mérite, ajoutent les lettres patentes, d'être élevée et glorifiée par les plus grandes récompenses dont dispose la puissance royale^ ainsi qu'elle l'a déjà été par l'éclatante faveur du ciel. Tel est à peu près le texte des lettres patentes délivrées à Meungsur-Gèvres au mois de décembre 1429.
En ce temps-là, il était venu près du roi une autre sainte femme qui se disait aussi prophétesse. Elle se nommait Catherine, et venait de la Rochelle, promettant de même de grandes choses au roi. Elle n'allait point à la guerre, mais son fait était de prêcher, au nom du ciel, qu'on apportât de l'argent au roi , et elle disait qu'elle saurait bien connaître ceux qui tiendraient leurs trésors cachés. Elle avait aussi des visions, et souvent, disait-elle, il lui apparaissait une dame blanche vêtue d'or. Jeanne, nonobstant qu'il y eût grand besoin d'argent pour payer les gens d'armes, ne voulut
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point croire aux discours de Catherine. Elle demanda à voir la dame blanche. Catherine la fit coucher avec elle pour être témoin de la vision qui venait toujours la nuit. La Pucelle veilla longtemps sans rien voir ap* paraître ; mais s'étant endormie, Catherine assura que c'était alors que la dame était venue. Le lendemain Jeanne dormit durant la journée pour pouvoir se tenir éveillée toute la nuit. En effet, elle ne ferma pas l'œil, et elle demandait toujours à Catherine : « Viendra-t-elle point? — Oui, bien- « tôt, disait l'autre; » mais rien ne parut. Cependant Jeanne ne pouvait pas plus montrer ses visions que Catherine, et disait à ceux qui lui en parlaient, qu'ils n'étaient pas assez dignes, ni vertueux pour voir ce qu'elle voyait. Il était donc raisonnable qu'elle ne regardât point comme une preuve contre cette femme de la Rochelle le fait de ne pouvoir communiquer ses visions à
d'autres. Alors elle résolut d'en parler, ainsi qu'elle le raconta, à sainte Catherine et à sainte Marguerite, qui lui dirent qu'il n'y avait que folie et mensonge dans la femme de la Rochelle. Aussi voulut-elle la renvoyer à son ménage nourrir ses enfants, et dit au roi qu'il ne la fallait point écouter. Ce fut, à ce qu'il semble, l'avis de tous. Frère Richard, toutefois, lui était favorable, et tous deux étaient contraires à Jeanne.
Après la prise de Saint-Pierre-le-Moutier, on alla assiéger la Charité. Le maréchal de Boussac et le sire d'Albret y étaient avec Jeanne, la ville était merveilleusement fortifiée. Perrinet Grasset était un habile el vaillant capitaine. Les Français n'étaient pas fort nombreux. Ils demeurèrent un mois devant les murailles sans avancer en rien. On livra plusieurs assauts sanglants et toujours sans succès. Enfin, une fausse
alerte, donnée par Perrinet Grasset, mit en déroute les Français, et ils revinrent laissant leurs canons. Jeanne assura ensuite que son avis avait été de ne point tenter cette entreprise.
Alors , après avoir assemblé un plus grand nombre de combattants, le conseil du roi revint au projet de porter la guerre . dans les environs de Paris, sur la Seine, les affaires du roi allaient mieux de ce côté-là. Les garnisons françaises avaient presque toutes réussi à se conserver et à se défendre. Les habitants de Melun s'étaient délivrés des Anglais, et avaient appelé chez eux le commandeur de Giresme. Saint-Denis avait été surpris. La Hire avait pris Louviers, et courait jusqu'aux portes de Rouen. Cette ville même avait failli revenir aux mains des Français par le complot de quelques bourgeois. En outre , Paris se remplissait chaque jour de mécontents, les Pa-
risiens détestaient de plus en pius la guerre et les Anglais. Une grande conjuration se forma même pour faire entrer dans la ville les gens de guerre du parti du roi. L'entreprise échoua, mais une autre pouvait se former. Le roi envoya donc toutes ses forces vers Paris; la Pucelle s'y rendit aussi; son avis était qu'on ne pouvait trouver la paix qu'au bout de sa lance; tandis que Catherine disait, au contraire, qu'il fallait traiter avec le duc de Bourgogne, et que si l'on voulait, elle s'en irait persuader ce prince.
Dès que Jeanne et les secours qu'elle amenait furent arrivés, tout commença à prospérer mieux encore pour les Français; la garnison anglaise de Corbeil, et les gens venus de Paris, furent repoussés devant. Melun qu'ils voulaient reprendre. Saint- Maur, proche Vincennes, fut surpris. Une nouvelle conjuration éclata dans Paris
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parmi les prisonniers qui étaient à la Bastille; ils étaient sur le point d'égorger le capitaine et de livrer la porte Saint-Antoine, lorsque le sire de l'Isle-Adam arriva au plus vite; frappant lui-même de sa hache ceux qui venaient de tuer les gardes des portes, il arrêta le succès de cette entreprise et fit noyer tous ces malheureux prisonniers.
Vers le même moment, un des plus vaillants chefs des compagnies bourguignonnes, nommé Franquet d'Arras, courait le pays avec trois cents Anglais et Bourguignons et commettait mille cruautés. Jeanne s'en alla l'attaquer; il avait de bons archers et se retrancha fortement; tout son monde avait mis pied à terre ; par deux fois Jeanne et les Français furent repoussés, bien que leur attaque fût hardie et vigoureuse. Enfin la garnison de Lagny, commandée par le valeureux sire de
Foucaud, arriva avec de l'artillerie. Franquet, après s'être défendu obstinément, fut forcé derrière son rempart. Presque tous ses gens furent passés au fil de l'épée et lui fut fait prisonnier. La Pucell** voulait le garder pour l'échanger avec u^. brave Parisien, maître d'une fameuse hôtellerie à l'enseigne de l'Ours, que l'on retenait en prison pour quelque entreprise faite en faveur du roi. Le bailly de Senlis et les juges de Lagny demandèrent, au contraire, que Franquet leur fût livré afin de punir ses brigandages. Jeanne ayant appris que l'aubergiste était mort : « En «ce cas, dit-elle, faites de celui-ci ce « que justice voudra. » Son procès fut suivi et il fut décapité. La mort de ce fameux chef de guerre, que le duc de Bourgogne et les Anglais aimaient beaucoup et que sa grande vaillance avait rendu cher à tous les hommes d'armes, doniij un
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courroux extrême aux ennemis. On assura que Jeanne avait violé la foi promise et avait manqué à toutes les lois de la guerre. Cela augmenta la réputation de cruauté qu'elle avait parmi les adversaires du roi. Ils répandirent même qu'elle avait tué Franquet de sa main. Jamais elle n'avait inspiré tant de terreur aux Anglais et par conséquent une si grande haine à leurs chefs. • Les archers et les gens d'armes qu'on enrôlait en Angleterre prenaient la fuite et se cachaient plutôt que de venir en France combattre contre la Pucelle, et l'on était contraint de publier de sévères ordonnances contre les capitaines et les soldats qui tardaient à partir, ou s'y refusaient, effrayés de ses sortilèges.
Le duc de Bourso^ne étant venu mettre le siège devant Choisy-sur-Oise, la Pucelle, le comte de Vendôme et beaucoup d'autres seigneurs Dartirent des bords de la Marne
pour venir secourir cette forteresse. Il fallait passer la rivière d'Aisne; ils se présentèrent devant Soissons. Le comte de Clermont y avait laissé pour capitaine un écuyer picard , nommé Guichard Journel.
Cet homme traitait déjà avec le duc de Bourgogne; il ferma ses portes aux Français, persuada aux habitants qu'une nombreuse garnison, s'établissant dans la ville, ne tarderait pas à les affamer, et en même temps s'excusa auprès du duc de Vendôme sur la volonté du peuple. La troupe française était nombreuse; il y avait là plusieurs grands seigneurs avec un train considérable. Voyant que la route n'était pas libre, que le pays manquait de vivres, ils s'en retournèrent dans le pays d'où ils venaient; la Pucelle, avec quelques vaillants chevaliers, s'en alla à C^nipiègne, mais n'y demeura guère.
Le duc de Bourgogne, pour que les
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vivres qui arrivaient à son camp devant Choisy par Montdidier et Noyon ne fussent pas arrêtés par la garnison française de Compiègne, avait placé à Pont-l'Évèque et dans les faubourgs de Noyon une garde d'Anglais et de Bourguignons. Un matin à la pointe du jour, la Pucelle, Saintrailles, Valperga, le sire de Chabannes et d'autres, au nombre d'environ deux mille, tombèrent avec vigueur sur les Anglais de Pontl'Évèque, dont sire John de Montgommery était chef. Déjà il était contraint de pHer, lorsque les sires de Brimeu et de Savreuse arrivèrent de Noyon en toute hâte avec leurs Bourguignons et sauvèrent les Anglais. A quelques jours de là le sire de Brimeu fut surpris par Saintrailles pendant qu'il se rendait devant Choisy, et mis à forte rançon. Toutes ces entreprises ne purent sauver Choisy, que le duc assiégeait avec une redoutable artillerie.
Il , vint ensuite mettre le siège devant Compiègne ; c'était la principale ville que les Français eussent dans le pays. Le sire Guillaume de [Flavy, que le roi y avait mis pour capitaine , et qui l'avait conservée ensuite, malgré ses ordres, était un vaillant homme de guerre, mais le plus dur et le plus cruel peut-être qu'on connût dans ce temps-là. Il n'y a pas de crime qu'il ne commît chaque jour. Il faisait mourir toutes sortes de gens, sans justice ni miséricorde, dans les plus affreux supplices.
Ce terrible capitaine avait fait les plus grands préparatifs pour se bien défendre. La ville était suffisamment approvisionnée de vivres et de munitions. Les murailles étaient fortes et réparées à neuf, la garnison nombreuse, l'artillerie bien servie.
Aussi le duc de Bourgogne rassembla toute sa puissance pour un siège si difficile. 11 fit entourer la ville presque de tous les cô-
tés : le sire de Luxembourg, le sire Baudoin de Noyelles, sire John Montgommery et le duc lui-même commandaient chacun les postes principaux.
La Pucelle, dès qu'elle apprit que Compiègne était ainsi resserrée, partit de Crespy pour aller s'enfermer avec la garnison. Dès le jour même de son arrivée, elle tenta une sortie par la porte du pont, de l'autre côté de la rivière d'Aisne. Elle tomba à l'improviste sur le quartier du sire de Novelles , au moment où Jean de Luxembourg et quelques-uns de ses cavaliers y étaient venus pour reconnaître la ville de plus près. Le premier choc fut rude; les Bourguignons étaient presque tous sans armes. Le sire de Luxembourg se maintenait de son mieux, en attendant qu'on pût lui amener des secours de son quartier, qui était voisin de celui des Anglais. Bientôt le cri d'alarme se répandit parmi tous
les assiégeants, et ils commencèrent à arriver en foule. Les Français n'étaient pas en nombre pour résister. Ils se mirent en retraite. La Pucelle se montra plus vaillante que jamais ; deux fois elle ramena ses gens sur l'ennemi ; enfin, voyant qu'il fallait rentrer dans la ville, elle se mit en arrière-garde pour protéger leur marche et les maintenir en bon ordre contre les Bourguignons, qui, sûrs maintenant d'être bien appuyés, se lançaient vigoureusement à la poursuite. Ils reconnaissaient l'étendard de la Pucelle et la distinguaient à sa huque d'écarlate brodée d'or et d'argent; enfin ils poussèrent jusqu'à elle. La foule se pressait sur le pont. De crainte que l'ennemi n'entrât dans la ville à la faveur du désordre , la barrière n'était pas grande ouverte; Jeanne se trouva environnée des ennemis, elle se défendit courageusement avec une forte épée qu'elle avait conquise
à Lagny sur un Bourguignon. Enfin, un archer picard, saisissant sa huque de velours, la tira en bas de son cheval ; elle se releva, et, combattant encore à pied, elle parvint jusqu'au fossé qui environnait le boulevard devant le pont. Pothon le Bourguignon, vaillant chevalier du parti du roi, et quelques autres, étaient restés avec elle et la défendirent avec des prodiges de valeur. Enfin il fallut se rendre à Lionel, bâtard de Vendôme, qui se trouva près d'elle.
Elle fut aussitôt amenée au quartier du sire de Luxembourg et la nouvelle s'étant répandue parmi les assiégeants, ce fut une joie sans pareille. On aurait dit qu'ils eussent gagné quelque grande bataille, ou que toute la France fût à eux; car les Anglais ne craignaient rien tant que cette pauvre fille. Chacun accourait de tous côtés pour la voir. Le duc de Bourgogne ne fut pas des
derniers ; îl vint au logis où elle avait été amenée et lui parla, sans qu'on pût bien savoir ce qu'il lui dit. On écrivit tout aussitôt à Paris, en Angleterre et dans toutes les villes de la domination de Bourgogne, pour annoncer cette grande nouvelle. Le Te Deum fut chanté en grande solennité, par ordre du duc de Bedfort.
Ce fut au contraire un grand sujet de tristesse pour les Français. Aux regrets qu'excita cette perte se mêlèrent de fâcheux soupçons. On disait parmi le peuple que les chevaliers et les seigneurs, jaloux de sa grande renommée, avaient tramé sa ruine. Le sire de Flavy, déjà si détesté, fut surtout accusé; on prétendit qu'il l'avait vendue d'avance au sire de Luxembourg, et qu'il avait fait fermer la porte sur elle pour qu'elle demeurât aux mains des ennemis. Le bruit se répandit que ses voix lui avaient prédit sa perte, et que le jour
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même, comme elle était allée communier dévotement à l'église Saint-Jacques, elle s'appuya tristement contre un des piliers, et dit à plusieurs habitants et à grand nombre d'enfants qui se trouvaient là : « Mes « bons amis et mes chers enfants, je vous « le dis avec assurance, il y a un homme « qui m'a vendue; je suis trahie, et bientôt « je serai livrée à la mort. Priez Dieu pour « moi, je vous supplie; car je ne pourrai « plus servir mon roi, ni le noble royaume « de France. » Cependant elle ne se plaignait jamais de personne, se bornant à dire que depuis quelque temps il lui avait été annoncé qu'elle tomberait, avant la Saint- Jean, au pouvoir des ennemis. Elle n'avait jamais parlé de cette prédiction à personne. Au contraire, les hommes d'armes (lisaient qu'elle les avait encouragés à faire une sortie, et leur avait promis la victoire contre les Bourguignons. Les récits qui s'ac-
créditèrent contre la trahison du sire de Flavy prouvaient donc seulement la haine qu'on lui portait, et, en eflet, il défendit si vaillamment Compiégne, que, du moins, il n'est pas à croire qu'il eût des intelligences avec les ennemis.
La Pucelle n'était pas prisonnière depuis trois jours^ qu'on put voir quelle ardeur de vengeance les Anglais, leurs partisans et leurs serviteurs avaient conçu contre elle. Frère Martin, maître en théologie et vicaire général de l'inquisiteur de la foi au royaume de France, écrivit au duc de Bourgogne :
« Usant des droits de notre office et de (( l'autorité à nous commise par le saint- « siège de Rome, nous requérons instam- « ment et enjoignons, en faveur de la foi' « catholique et sur les peines de droit, « d'envoyer et amener prisonnière par- « devers nousladitc Jeanne, véhémentement « soupçonnée de plusieurs crimes sentant
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« hérésie, pour être selon le droit, pnr- « devers nous, procédé contre elle par le « promoteur de la sainte inquisition. »
Depuis le roi saint Louis, il y avait, en effet, en France un office de l'inquisition confié au provincial des Dominicains ou frères prêcheurs, et aux gardiens des frères mineurs de Paris. Ils devaient, par eux ou par le vicaire dans chaque diocèse, se faire délivrer les procédures faites contre les hérétiques, ou procéder contre eux de leur propre mouvement et implorer, s'il le fallait, le bras séculier contre lesdits hérétiques, à moins que les accusés ne se soumissent entièrement à l'Église. Mais ces inquisiteurs ne pouvaient juger que d'accord avec l'évêque du diocèse. C'est ainsi qu'il avait été procédé contre Jean Petit, pour son apologie du meurtre du duc d'Orléans.
Le sire de Luxembourg, à qui le bâtard de Vendôme avait vendu sa prisonnière, ne
s'arrêta point à l'injonction de l'inquisiteur; il envoya la Pucelle dans son château de Beaurevoir, en Picardie, où, bien qu'elle fût tardée sévèrement , les dames de Luxembourg lui firent un accueil doux et consolant.
Bientôt l'université écrivit au duc de Bourgogne pour demander instamment que Jeannefût remise à l'inquisiteur de la foi et à l'évêque de Beauvais, dans le diocèse duquel elle avait été prise. Le duc ne répondit point, et l'université envoya une nouvelle lettre, lui reprochant de ne pas avoir répondu, et de n'avoir pourvu encore à rien relativement à cette femme. « Nous crai- « gnons beaucoup^ écrivaient ces docteurs, « que par la séduction et la malice de l'en- « nemi d'enfer, et par les subtilités des « mauvaises personnes et de vos adversai- « res, qui mettent, dit-on, tous leurs soins « à la délivrer, elle soit mise hors de votre
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« puissance par quelque manière que Dieu « ne voudrait pas permettre. En vérité, au « jugement de tout bon catholique, jamais « il ne serait, de mémoire d'homme, advenu « si grande lésion de la sainte foi, si énorme « péril et dommage pour la chose pubHqua « de ce royaume, que si elle échappait par « une voie si damnable et sans punition « convenable. » Ils écrivirent de même au sire de Luxembourg.
Mais ces lettres ne produisant encore nul effet, révêque de Beauvais, qui commença pour lors à entreprendre la mort de la Pucelle avec le zèle du plus ardent serviteur des Anglais, fit signifier au duc de Bourgogne, en présence de ses chevaliers et dans sa bastille devant Compiègne, une lettre de réquisition qui fut remise par des notaires apostohques. Pareille injonction fut faite au sire de Luxembourg.
« Combien que, disait-il en ?a leHre,
<( cette femme, qu'on nomme Jeanne la pu- « celle, ne doive pas être regardée comme « prisonnière de guerre, néanmoins^ pour « la rémunération de ceux qui l'ont prise << et détenue, le roi veut libéralement leur « bailler jusqu'à la somme de 6,000 francs, « et pour ledit bâtard qui l'a prise lui don- « ner et assigner rente pour soutenir son « État jusqu'à deux ou trois cents livres. » Il ajoutait : « Enfin, si eux ou quelques-uns « d'entre eux ne voulaient, pour les motifs « susdits, obtempérer à ce qui est demandé, « bien que la prise de cette femme ne soit « point pareille à celle d'un roi , d'un K prince ou d'autres gens de grand État , « toutefois, comme un roi, un dauphin ou « tout autre prince, pourraient, selon le « droit, l'usage et la coutume de France, « être retirés du preneur en lui baillant K 10,000 francs, ledit évêque requiert les « susdits que la Pucelle lui soit délivrée,
« en donnant sûreté pour la somme de « 10,000 francs. »
Enfin, le sire de Luxembourg se rendit à lie si fortes instances, et céda la Pucelle au gouvernement des Anglais , moyennant 1 0,000 francs. Le duc de Bourgogne venait de retourner dans ses États de Flandre, laissant le siège de Compiègne aux soins des sires de Brimeu, de Lannoy et de Saveuse, et des comtes de Huntington et d'Arundel qui venaient d'y amener un renfort considérable d'Anglais. Le sire de Luxembourg était chargé d'être chef de toute cette armée.
Cependant la prise de la Pucelle n'avait point abattu les Français ; Compiègne se défendait contre toutes les attaques du sire de Luxembourg; tout nombreux que fussent ses gens, il pouvait seulement entourer la ville et en fermer toutes les avenues par
des bastilles et des boulevards; de sorte que
rien n'arrivait plus ni parles routes, ni par la rivière de l'Oise. Les assiégés, réduits aux horreurs de la famine, envoyèrent supplier le maréchal de Boussac, le comte de Ven« dôme et les autres capitaines du roi, de venir à leur secours.
Les renforts qu'ils envoyèrent forcèrent le sire de Luxembourg de dégarnir ses lignes, afin de former une troupe suffisante pour marcher contre ces nouveaux assaillants. Les assiégés en profitèrent avec une merveilleuse ardeuT, et s'en allèrent en foule donner l'assaut à la grande bastille, apportant des échelles et tout ce qui était nécessaire à de telles attaques. Les sires de Brimeu et de Créqui, chargés de sa défense, avec leurs Picards, n'étaient pas nombreux; ils se défendirent avec courage et repoussèrent vivement les gens de Compiègne ; mais ceux-ci avaient une ferme volonté de détruire des ennemis qui, depuis six mois,
leur faisaient tant de mal. Guillaume de Flavy, le sire de Gamaches, abbé de Saint- Pharon, qui avait si bien défendu la ville de Meaux, d'autres encore étaient là; excitant et dirigeant ce brave peuple. Une seconde attaque fut repoussée, mais en ce moment Saintrailles et sa compagnie débouchèrent de la forêt et l'assaut recommença avec plus de vigueur encore. Cependant aucun secours n'arrivait aux gens de la bastille. Le sire de Luxembourg n'avait pas trop de tout son monde pour tenir en échec le maréchal de Boussac et les Français. Enfin, après une vaillante défense, la bastille fut emportée. Le carnage y fut grand, près de deux cents hommes d'armes y périrent. Les sires de Brimeu et de Créqui, et d'autres furent mis à forte rançon.
Successivement tous les ouvrages des assiégeants furent emportés. Le sire de Luxembourg et le comte de Huntington,