DEPUIS LA BATAILLE DE PATAY JUSQU'A L'ENTRÉE DE CHABLES VII A EEIMS
Suite de la bataille de Patay. — Consiernation des Anglais. — L'expédition de Reims est résolue. — Départ de Gien. — Arrivée devant Auxerre. — Négociation. — L'armée du roi arrive devant Troyes. — Jeanne d'Arc appelée au conseil. — Sur son avis l'attaque est résolue. — La ville demande à capituler, — Entrée du roi à Troyes. — Reddition de Cliâlons-sur-Marne. — Charles VU arrive devant Reims. — Les habitants de Reims font leur soumission au roi. — Entrée de Charles VII et de Jeanne d'Arc à Reims.
La bataille de Patay eut des conséquences immenses. C'était la première depuis huit ans que les Français eussent gagnée sur leurs ennemis ; et dans ce seul jour ils avaient achevé d'anéantir cette armée redoutable amenée d'Angleterre par le comte de Salisbury pour consommer l'anéantissement de la France. Tous les chefs, Talbot, Suffolk, Salisbury, Glacidas, étaient tués ou prisonniers. Trois brillants faits d'armes, la levée du siège d'Orléans, la prise de Jargeau, la bataille de Patay, avaient, dans l'espace d'un mois à peine, brisé le colosse de la puissance anglaise en France, et ces merveilles s'étaient accomplies parle bras d'une jeune fille accoutumée naguère à manier le fuseau ou à porter la houlette; ce fut
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alors qu'on put reconnaître la vérité de ces paroles qu'elle avait dites aux docteurs de Chinon : « Les hommes d'armes combattront, et Dieu « donnera la victoire. »
Le duc de Bedfunl était à Corbeil , attendant des nouvelles de l'expédition des Anglais, quand il y vit arriver sir Fastolf en fugitif. Il l'accabla de reproches, et lui ôla le ruban de l'ordre de la Jarretière, dont il était décoré. Puis il se hàla de revenir à Paris. La nouvelle de la défaite de Patay avait répandu l'épouvante dans cette ville , alors la capitale anglaise de la France. On disait que les Armaj^nacs, car c'est ainsi que l'on désignait toujouis à Paris les Françiis fidèles à leur roi légitime , allaient arriver. Le grand conseil fut assemblé, et quand on raconta les malheurs qui venaient d'accabler les Anglais, plusieurs en furent si affligés, qu'ils pleurèrent en plein conseil. On travailla nuit et jour aux fortifications de la ville, on augmenta le guet, on changea le prévôt des marchands elles échevins, dont on n'était pas très-sûr, et on les remplaça par des bourgeois encore plus ennemis des Français. Ce qui était surtout nécessaire, c'était d'avoir des secours d'Angleterre. Depuis longtemps le duc de B^dford n'avait cessé d'en demander ; mais la discorde qui existait entre le duc de Glocester et le cardinal de Winchester paralysait toutes les
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affaires. Bedford écrivit de nouveau au roi pour lui faire part des malheurs qui venaient de frapper son armée.
Il restait encore une ressource au duc de Bedford, ressource qui dut coûter à son orgueil, après ce qui s'était passé entre lui et son beaufrère le duc de Bourgogne : c'était de s'adressera ce prince pour solliciter son assistance dans les fâcheuses circonstances où il se trouvait. Il résolut, d'accord avec les Parisiens, de lui envoyer une ambassade, aûn de lui exposer l'étrange état des affaires , et de le conjurer de venir au plus tôt à Paris, pour aviser à ce qu'il était à propos de faire. On choisit pour cette ambassade l'évêque deNoyon, deux savants docteurs en théologie, et plusieurs notables bourgeois de Paris.
Le duc de Bourgogne reçut assez bien les envoyés du régent et des Parisiens , qui vinrent le trouver à Ilesdin ; il leur promit de se rendre bientôt à Paris. Cependant il ne se hâta pas beaucoup, soit qu'il fût retenu par la convalescence d'une maladie qu'il venait d'éprouver, soit qu'il voulût faire sentir au duc de Bedford tout le prix d'une alliance telle que la sienne. Il ne vint, en effet, à Paris que le 10 juillet, époque à laquelle, comme nous le verrons bientôt , les Français étaient maîtres d'une grande partie de la Champagne.
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Cependant le duc de Bedford recevait un secours sur lequel il ne devait guère compter. Le ministère anglais, s'effrayant de ce qui se passait en France , se décida à y envoyer un corps de troupes qui avaient été levées par le cardinal de Winchester pour aller combattre en Bohême les hérétiques partii^ansdes erreurs de Jean Huss, et connus sous le nom de hussites.
Avec ce secours , qui se composait de deux cent cinquante lances et de deux mille archers, et avec les garnisons de Normandie , le régent espérait aviser au danger pressant où il se trouvait, et qui s'accroissait chaque jour.
Le bruit de li- défaite de Patay répandit l'épouvante parmi les petites garnisons anglaises de la Beau-e; la plupart mirent le feu aux villes qu'elles étaient chargées de défendre , et prirent la fuite avant l'arrivée des Français.
L'armée victorieuse se relira à Orléans , où de nouveaux gueriers arrivaient de toutes parts , et où l'on attendait le roi; mais il trompa l'espérance de ses fidèles Orléanais, et il resta à Sully, petite ville sur la Loire , à quelques lieues d'Orléans. Le motif qui empêcha Charles Yll de se rendre au vœu des habitants de cette ville, c'est la répugnance qu'il avait à se rencontrer avec le connétable. Le roi lui avait fait donner l'ordre de se retirer. Richemont envoya les sel-
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gaeurs de Beaumaaoir et de Rostrenen supplier le prince de sa part d'accepter ses services. Il fit prier en outre la Trémoille de le laisser servir le roi, qu'il ferait tout ce qu'il lui plairait, fût-ce même de lui embrasser les genoux. Le ministre et le roi furent inébranlables ; ce dernier même était d'une si grande colère, qu'il fît dire au connétable de s'en aller, qu'il aimerait mieux n'être jamais couronné que de le voir au sacre.
La Pucelle et les principaux chefs de l'armée , le connétable excepté, allèrent à Sully pour rendre compte au roi du succès de leurs armes ; Xaintrailles lui présenta le brave Talbot, et demanda la permission de renvoyer à l'instant même et sans rançon cot illustre captif. Charles 711 l'accorda sans peine. Talbot eut dans la suite l'occasioD de s'acquitter envers Xaintrailles , et il le fît d'une manière aussi noble et aussi désintéressée. Jeanne parla du Yoyage de Reims. Les affaires étaient en si bon train , les succès de la Pucelle avaient produit une telle révolution dans les esprits, et même dans la situation des finances royales, qu'on résolut de suivre son conseil sans y apporter d'autres délais que ceux que demanderaient les préparatifs du voyage. On fixa Gien pour le rendez-vous général des troupes qui feraient partie de l'expédition.
La Pucelle fit tous ses efforts pour persuader
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au roi de se réconcilier avec le connétable, mais ce fut inutilement. Tout ce qu'elle put obtenir, c'est que le prince voulût bien déclarer que par égard pour elle il pardonnait au connétable; mais il ne voulut jamais permettre qu'il raccompagnât dans le voyage de Reims.
Jeanne d'Arc revint à Orléans, et s'occupa sans relâche des préparatifs du départ. Elle déploya dans cette occadon une activité eïtraordinaire , qui contrastait avec la faiblesse et l'indécision du roi. Cette inertie affligeait la jeune inspirée, et lui donnait lieu de soupçonner que le roi luimême, tout en profitant de son enthousiasme et de sa valeur, n'était pas au fond bien persuadé de la réalité de sa mission. Elle lui répétait souvent en versant des larmes : « N'ayez doute, « gentil roi, vous obtiendrez tout votie royaume, « et bientôt vous serez couronné. )>
A mesure que les nouvelles troupes arrivaient, Jeanne d'Arc les passait en revue et les dirigeait sur Gien. Elle avait dit au roi de ne pas craindre de manquer des troupes nécessaires pour Texpédition, qu'il aurait assez de gens, et que beaucoup de monde le suivrait. Eu effet, l'armée grossissait à vue d'œil.
Jeanne d'Arc ne laissait pas à la confiance le loisir de s'ébranler, ni à l'enthousiasme le temps de se refroidir. Elle ne cessait de répéter au roi
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et aux guerriers : « Allez hardiment, et toutes « choses "VOUS prospéreront ! » Et ce fut sur cette assurance que Ton se détermina à tenter une entreprise qui paraissait contraire à toutes les règles de la prudence.
« L'exécution d'un projet si hardi, fait observer Villaret dans son Histoire de France, exigeait qu'on traYersât près de quatre-vingts lieues de pays, avec une armée peu nombreuse, sans fonds pour la paie des troupes, sans vivres, sans espoir de s'en procurer que les armes à la main ; ou devait nécessairement rencontrer sur la route plusieurs villes considérables dont une seule suffisait pour arrêter la marche du roi pendant le reste de la campagne : nulle ressource en cas d'accident, le moindre revers devenait irrémédiable. Pour affronter tant d'obstacles, on r/avait d'autre assurance qu'une prospérité constante jusqu'alors , mais qui pouvait se démentir, et les promesses d'une villageoise de dix-huit ans. C'était sur la parole de cette fille singulière qu'on formait une entreprise si extraordinaire. On peut assurer qu'en ce moment Jeanne d'Arc décida de la fortune de Charles : il était perdu sans ressource s'il eût échoué. C'est ainsi qu'une Providence incompréhensible se plaît quelquefois à manifester le néant de nos spéculations politiques par la simplicité des moyens qu'elle emploie pour les renverser. »
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Tout étant prêt pour Texpéditioa , on partit de Gien le 28 juin 1429. A l'exception du connétable et du comte de la Marche, qui était aussi dans la disgrâce du roi , tous les chefs de guerre se trouvaient dans cette entreprise. L'avantgarde était commandée par les maréchaux de Raiz et de Boussac , qui avaient sous leurs ordres plusieurs vaillants capitaines , entre autres Lahire et Polon de Xaintrailles.
L'armée montait à environ douze raille combattants, tous vaillants, tous remplis d'espérance et de courage, s'inquiélant peu de traverser un pays dont les villes, les forteresses, les châteaux, les ponts et passages des rivières étaient garnis d'Anglais et de Bourguignons.
On arriva devant Auxerre, ville alors très-forte, que le duc de Bourgogne tenait en gage pour les sommesà lui dues, en vertu d'un traité qu'il avait fait le 21 juin 1424 avec Henri Y, roi d'Angleterre , qui se portait pour héritier et régent du royaume de France. Les habitants étaient fort embarrassés; les chefs bourguignons, Simon Lemoine etJeanRegnier,qui commandaient au nom du duc, ne voulaient pas que l'on reçût les Français; d'un autre côté, on n'était pas en état de résistera une armée si redoutable, et qui déjà prenait une altitude menaçante. Jeanne d'Arc et plusieurs autres chefs de guerre voulaient qu'on
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donnât l'assaut, et garantissaient le succès de cette entreprise. Dans cette position difficile, les Aaxerrois envoyèrent au roi des députés pour le supplier de vouloir bien accorder la neutralité à leur ville, à condition qu'ils s'engageraient à fournir des vivres à l'armée, qui en avait un pressant besoin , et à rendre à Charles Yli le même hommage et la même obéissance que lui rendraient ceux de Troyes , de Chàlons et de Reims, si ces villes se soumettaient. Ce traité fut accepté au grand dépit de la Pucelle et des gens de guerre. On dit que le sire de la Trémoille avait reçu secrètement deux mille écus pour assurer le succès de cette négociation. Ce début n'était ni glorieux ni politique : si l'on eût emporté la ville d'assaut , on n'aurait peut-être pas trouvé autant de résistance devant Troyes , et si l'on n'eût pas réussi dans cette attaque, on pouvait facilement se retirer sur la Loire. Mais en laissant Auxerre, derrière soi , Auxerre qui deviendrait ennemi d'après le traité même, si l'on éprouvait quelques revers , on s'enlevait tout moyen de retraite , et l'on s'exposait à avoir toutes ses communications coupées lorsqu'on serait engagé plus avant dans le pays ennemi. L'armée resta trois jours devant Auxerre; de là elle se mit en marche pour Saint -Florentin, qui se soumit sans difficulté; puis elle continua à
s'avancer vers Troyes. LfiPucelle passa une revue générale des troupes avant d'arriver auprès de cette ville. Leur nombre allait toujours en augmentant, parce que pirto ut où passait la jeune héroïne, tous ceux qui étaient en état de porter les armes s'empressaient de la suivre.
Enfin Charles YII arriva devant Troyes. Il s'était fait précéder de ses hérauts d'armes , qui avaient sommé les habitants de se rendre ; mais ils fii-rmèrent leurs portes et se préparèrent à se défendre. Ils firent même une sortie sur l'avantgarde au moment oîi elle arrivait et cherchait à se loger autour de la place ; mais les Français les repoussèrent bientôt, et les forcèrent de rentrer dans la ville. L'armée du roi campa alentour, et, manquant d'artillerie pour battre les remparts , elle se borna d'abord à fermer toutes les issues. Cinq à six jours se passèrent ain>i dans l'iniction de part et d'autre ; mais la disette commençait à se faire sentir d'une manière effrayante parmi les assiégeants : depuis huit jours, cinq à six mille hommes n'avaient pas man^é de pain , et l'on fut heureux de découvrir, à quelque distance de la ville, de vastes champs couverts de fèves nouvelles ; ce fut pour l'armée un aliment qui arrêta le désespoir près de s'emparer des troupes. Toutes les sommations, toutes les propositions faites à la garuisou et à la ville restaient sans
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effet, et les assiégés, bien approvisionnés, attendaient paisiblement Tiuslaut où la disette forcerait les Français à s'éloigner. Dans cette situation difficile , le roi assembla le conseil général des princes de sa maison , des ministres et des chefs de guerre , pour décider s'U fallait entreprendre régulièrement le siège de la place , ou rétrograder, ou enfin passer outre et marcher sur Reims.
La plupart des conseillers furent d'avis que le roi et l'armée devaient rétrogader; d'autres, qu'il fallait passer outre, d'autant plus que le pays entre Troyes et Picims était riche et offrirait à l'armée des vivres en abondance. Aucun ne proposa d'attaquer la ville , car une pareille entreprise eût été regardée comme un acte de folie.
En continuant de recueillir les opinions d'après l'usage , qui est de commencer par les personnes les moins âgées et d'un rang inférieur, pour remonter jusqu'aux princes et au roi, le chancelier arriva à Robert le Masson, sire de Trêves, ancien chancelier, vieillard respectable par son grand âge , ses services , sa fidélité , sa prudence dans les conseils ; il se leva et proposa de demander l'avis de Jeanne d'Arc. Tout le monde fut de l'avis du sire de Trêves» Jeanne fut aussitôt mandée. Dès qu'elle eut été introduite dans l'assemblée et qu'elle eut salué Charles, l'archevêque de Reims
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lui dit : « Jeanne, le roi et son conseil sont dans « de grandes perplexités pour savoir ce qu'il y a « à faire. » Puis il fit le résumé de tout ce qui avait été dit avant son arrivée , et la requit de faire connaître à son tour au roi son opinion.
c( Serai-je crue de ce que je dn-ai? demanda « Jeanne d'Arc au roi. — Je ne sais, lépondit le « prince; si vous dites des choses raisonnables « et profitables, je vous croirai. — Serai-je crue? (( répéta- 1- elle. — Oui, reprit le roi, selon « ce que vous diiez. — Noble Dauphin, dit-elle c( alors , ordonnez à vos gens de venir et d'as- « saillir la ville, et ne tenez pas plus longs con- « scils. Car, en mon Dieu , je vous introduirai « avant trois jours en la ville de Troyes par « amour ou par puissance, et les traîtres Bour- « guignons en seront tout consternés. — Jeanne, « reprit le chancelier , qui serait certain de « l'avoir en six jours , on attendrait bien ; mais « je ne sais si ce que vous dites est véritable. « — Oui , dit-elle avec feu et assurance , vous « en serez maître demain. »
Sur sa foi, on résolut de tenter l'assaut. Jeanne prit alors son étendard , monta à cheval , rassembla les troupes , et leur ordonna d'approcher de la ville et d'apporter leurs tentes au bord des fossés. Tout le monde lui obéit avec empressement; par SCS ordres on prépara des fascines pour
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combler les fossés , on y jeta des planches, des portes, des chevrons, des bois de toutes sortes , qui avaient servi à faire les logis du canap. Chevaliers , écuyers , archers , manœuvres , tous travaillaient avec ardeur. Jeanne passa toute la nuit à s'occuper de ces apprêts avec une activité et un zèle infatigables. Le lendemain matin tout était prêt pour commencer l'attaque.
Cependant la vue de ces préparatifs, l'activité extraordinaire qui régnait dans le camp du roi , le bruit et le mouvement qui s'y firent entendre toute la nuit, avaient enfin jeté Talarme dans la ville. Les bourgeois témoignèrent peu d'envie de se défendre contre leur seigneur et leur roi ; ils avaient passé une partie de la nuit à prier dans les églises. D'ailleurs le nom de la Pucelle, les merveilles qu'on en rac(nitait, effrayaient les habitants, et même la garnison.
Quand le jour parut , Jeanne , qui n'avait pas pris un instant de repos, crie à l'assaut, fait sonner les trompettes , s'avance au bord des fossés , son étendard à la main , et ordonne qu'on les comble avec les fascines préparées pendant la nuit. L'effroi s'empare des Anglais et des Bourguignons rangés en armes sur les remparts de la place; un grand nombre d'entre eux croient avoir vu une multitude de papillons blancs voltiger autour de la jeune guerrière. Ce prodige achève
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de les épouvanter. Le peuple , assemblé en tumulte, s'écrie qu'il faut demander à capituler, et les gens de guerre mêmes, ennemis du roi , et qui se trouvaient dans la ville, en donnent le conseil. Alors l'évèque, les chefs de la garnison , les principaux bourgeois en assez grand nombre, firent ouvrir b s portes, et s'avancèrent en tremblant vers le camp du roi.
Charles les accueillit avec bonté et consentit à traiter avec eux. Il fut convenu que la garnison sortirait librement avec ses armes, ses chevaux, et tout sou avoir; les bourgeois obtinrent du roi une amnistie complète pour leur rébellion; les gens d'Église qui avaient reçu des bénéfices au nom du roi Henri d'Angleterre les conservèrent, à condition seulement de se pourvoir de nouveaux titres de Charles VII. Tant d'indulgence et de bonté de la part du roi surpassa de beaucoup les espérances des habitants, et excita parmi eux des transports unanimes de surprise et d'allégresse. Ce jour qu'ils avaient tant redouté de voir paraître fut pour eux un jour de fête et de joie ; ils voulurent y faire participer Tarmée, en portant dans le camp des vivres et du vin.
On avait acconlé à la garnison le reste de la joiunée pour t^e retirer. Comme la capitulation portait que les gens de guerre s'en iroienl eux et leurs biens, ils voulurent emmener avec eux leurs
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prisonDiers , dont la rançon , suivant l'usage du temps , était pour eux un hien légitimement acquis. Cette circonstance n'avait pas été prévue dans le traité, et ces infortunés allaient avoir la douleur de se voir traînés à la vue de leurs amis, de leurs compagnons d'armes, le jour même du triomphe de leur roi sur ses ennemis. Quand la Pucelle apprit ce qui allait se passer, elle courut devant la porte de la ville par où la garnison devait sortir, et lorsque les malheureux captifs parurent à leur tour chargés de fers, et plongés dans une morne douleur : « En mon Dieu , s'éc( cria-t-elle, ils ne les emmèneront pas. » Et elle leur ordonna de s'arrêter. Un vif débat s'éleva à cette occasion ; Charles en fut informé , et paya aussitôt la rançon.
Le lende r ain, 10 JLÏ'let, était le jour fixé pour l'entrée du roi dans la ville. Jeanne voulut l'y devancer pour préparer sa réception et ranger elle-même les gens de trait qui devaient border la haie, depuis la porte jusqu'à la cathédrale. Au moment où elle allait entrer dans la ville , frère Richard , ce fameux prédicateur que le régent avait banni de Paris et qui s'était retiré à Troyes, se présenta devant elle en faisant des signes de croix et des aspersions d'eau bénite. C'étaient les habitants qui l'avaient envoyé pour s'assurer si Jeanne avait reçu sa mission de Dieu , ou du dé-^
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mon. Quand elle l'aperçut, elle sourit, et lui dit avec une douce gaieté : « Approchez hardiment; « je ne m'envolerai pas. » A compter de ce moment , frère Richard s'attacha au parti du roi Charles , et ne cessa de l'accompagner pendant toute la suite de l'expédition, « chevauchant avec les gens d'armes , leur prêchant de bien faire , exhortant les villes à se soumettre au souverain , et souvent les persuadant p;ir son lang.ige. »
Quand tout fut prêt ponr la réception du roi , Jeanne alla l'en avertir. Il monta alors à cheval et entra dans Troyes en grand appareil , ayant à son côté la Pucelle portant son étendard , et accompagné des princes du sang, des marécliaux et des chefs de guerre , tous magnifiquement montés et habillés.
Le lendemain , toute l'armée en belle ordonnance traversa la ville au bruit des trompettes et aux acclamations des habitants , qui jurèrent au roi de le servir désormais fidèlement , et qui ont toujours gardé ce serment. On s'avança rapidement vers Châlons. Arrivé à peu de distance de la ville, Charles fut agréablement surpris de voir accourir au-devant de lui la plus grande partie des habitants , leur cvèque à leur tête , qui venaient lai offrir leur soumission et lui jurer obéissance. Il entra dans la ville et y passa la nuit avec son armée.
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En arrivant à Châlons, Jeanne eut la joie inattendue d'y trouver quatre habitants de Domremy qui étaient venus dans cette ville pour se trouver sur son passage. Parmi eux étaient son parrain , Jean Morel , et Conrardin de Spinal. Ils la contemplaient avec des yeux étonnés, et lui faisaient une foule de questions, auxquelles elle s'empressait de répondre avec sa douceur et sa bienveillance accoutumées.
L'armée se remit en marche, et le roi continuait de s'avancer avec rapidité vers le terme de son voyage. Cependant il craignait que la ville de Reims ne lui opposât une longue résistance , et qu'il ne fût pas facile de s'en rendre maître, parce qu'il manquait de tout ce qui était nécessaire pour en faire le siège. Il parla à Jeanne de l'inquiétude qui l'agitait : « N'ayez aucun doute , lui réponc( dit-elle, car les bourgeois de la ville de Reims « viendront au-devant de vous. Avant que vous « approchiez de la ville, les habitants se ren- « dront. Avancez hardiment , et soyez sans in- (( quiétude. Car si vous voulez agir virilement , « vousobtiendrez tout votre royaume. »
Charles s'arrêta avec son armée à seize kilomètres de la ville , et se logea dans un château appelé Sept-Saulx, qui faisait partie du domaine des archevêques.
Les habitants de Reims furent fort émus en ap-
prenant que le roi était si près d'eux. Le seigneur de Chàtillon , qui commandait dans la ville au nom du roi d'Angleterre , et le sire de Saveuse, qui y était venu depuis peu de la part du duc de Bourgogne avec un certain nombre de gens d'armes, voyant les mauvaises dispositions des habitants, se retirèrent avec leurs troupes. Ils étaient à peine sortie de la ville, que les bourgeois décidèrent qu'il fallait envoyer i-ans délai une députation des plus notables de la cité pour offrir sa soumission au roi. La dépulalion fut à l'instant composée des ecclésiastiques et des laïques les plus respectables, qui allèrent se présenter devant Charles VII et déposer à ses pieds les clefs de la ville. Ce prince , heureux de cette victoire, qui ne coûtait pas une seule goutte de sang, leur promit entier oubli des torts dont ils avaient pu se rendre coupables envers su personne.
Ce même jour, dans la matinée, Regnault de Chartres, chancelier de France, fit son entrée diins la ville en qualité d'archevêque de Reims, cérémonie qu'il n'avait pu accomplir depuis qu'il avait été appelé à ce siège. Ainsi ce fut un de ceux qui s'étaient montrés les plus incrédules aux [)romesses de Jeanne d'Arc qui en ressentit le premier les t-ffets.
Uu« grande partie de cette journée , 16 juillet, 86 passa eu préparatifs pour la réception du roi.
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Vers le soir, quand tout fut terminé, Charles YII entra solennellement dans la "ville, entouré d'un grand nombre de chevaliers et suivi de toute son armée. A côté de lui se trouvait Jeanne d'Arc, qui attirait tous les regards.