‹ Histoire de Jeanne d'Arc dite La Pucelle d'OrléansChapitre 15 sur 29 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

DEPUIS LE SACRE DC BOl JUSQU'AU KETOUR DE L'ARMÉE A GIEN.

Cérémonie du sacre de Charles VU. — Lettre de Jeanne d'Arc au duc de Bourgogne. — Soumission de Soissons, de Laon , de Provins , de Crécy, de Coulommiers, de Château-Thierry, etc. — Terreur des Parisiens. — Marche de l'armée royale à travers la Brie. — Soumission de Compiègne et de Beauvais. — Journée sanglante du mont Piloy sans résultat. — Les Français pénètrent en Kormamlie. — Bedford abandonne Paris pour secourir cette province. — Le roi marche sur Paris. — On attaque cette ville sans succès. — La Pucelle est blessée. — L'armée se retire sur la Loire.

Dès le soir de l'entrée du roi à Reims, on décida qu'il serait sacré et couronné le lendemain dimanche 17 juillet. On avait peu de temps pour faire les préparatifs de cette cérémonie; mais on y mit tant de zèle et de bonne volonté , que dans la nuit tout fut disposé et se trouva prêt le matin.

De nouveaux spectateurs de l'auguste cérémonie qui se préparait arrivèrent le matin même de ce jour solennel et si longtemps attendu. René, duc de Bar et de Lorraine , frère du roi de Sicile, et le damoiseau de Commercy, entrèrent dans la ville à la tête d'une brillante noblesse et d'un

grand nombre d'hommes d'armes, et vinrent offrir au roi leurs services. Ce prince, qui n'était pas prévenu de leur arrivée, fut agréablement surpris, et leur témoigna toute la joie que lui causait leur venue.

Avant le sacre, Charles se fit recevoir chevalier par le duc d'Alençon. Les princes, les prélats, tous les barons et chevaUers qui avaient accompagné le roidaiis ce voyage, se rassemblèrent de bonne heure dans l'église cathéilrale de Notre- Dame, où se faisait le sacre des rois de France. Mais aucun d'eux n'était regardé avec autant d'empressement et de respect que Jeanne d'Arc. C'était à elle qu'on devait attribuer ce voyage merveilleux et ce couronnement si extraordinaire. Aussi , pendant toute la cérémonie, elle se tint près de l'autel , portant son étendard , et répandant de douces larmes de joie et de reconnaissance envers Dieu.

Le roi d'armes de France parut alors, et, se plaçant devant le maîlre-autel , appela par leurs noms les anciens pairs laïques qui devaient assister à la cérémonie , formalité jugée nécessaire pour constater leur absence.

Après les serments que prononcent les rois dans cette cérémonie, après le couronnement et le sacre qui eurent lieu selon les anciens usages, Jeanne d'Arc se jeta aux pieds du roi et lui dit en lui era-

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brassant les genoux : « Gentil roi, or est exécuté « le plaisir de Dieu, qui voulait que je fisse lever « le siège d'Orléans et que je vous conduisisse « en cette cité de Reims , pour recevoir votre « digne sacre, et montrer ainsi que vous êtes vrai « roi et celui auquel doit appartenir le royaume. » Le jour même du couronnement, Jeanne d'Arc, après avoir vu avec joie arriver à Reims le duc René et le sire de Commercy, n'en avait que plus douloureusement senti l'absence du premier pair du royaume, de ce duc de Bourgogne dont l'alliance avec l'Angleterre était si funeste à la France. Elle crut qu'il était de son devoir d'user de toute l'influence que pouvaient lui donner sa position et l'accomplissement entier des promesses faites par elle au nom du Ciel depuis plusieurs mois , pour travailler à la réconciliation générale de la France , œuvre qui se réaliserait sans peine si l'on parvenait à détacher le duc de Bourgogne des anciens ennemis du royaume. L'occasion paraissait d'autant plus favorable, que l'on n'ignorait pas les discordes de ce prince avec les Anglais. Elle profita donc de l'intervalle qui s'écoula entre le lever du soleil et la cérémonie du couronnement, pour adresser la lettre suivante au duc de Bourgogne. L'original de cette lettre se trouve encore aujourd'hui dans les archives de la préfecture de Lille. Elle est ainsi conçue :

Lettre de Jehanne la Pucelle au duc de Bourgogne.

JHESUS t MARIA

« Haut et reJouté prince , duc de Bourgogne , Jehanne la Pucelle vous requiert de par le Roi du ciel, DQon droiturier et souverain seigneur, que le roi de France et vous vous fassiez bonne paix , ferme, et qui dure longuement. Pardonnez l'un à l'autre de bon cœur, entièrement, ainsi que doivent faire loyaux chrétiens; et s'il vous plaît guerroyer, allez sur le Sarrasin. Prince de Bourgogne, je vous prie, supplie et requiers tant humblpment que je puis vous requérir, que ne guerroyiez plus au saint royaume de France ; et faire retraire {retirer) incontinent et brièvement vos gens qui sont en aucunes places et f(jrteres?es dudit royaume. De la part du gentil roi de France, il est prêt à faire la paix avec vous, sauf son honneur, et il ne tient qu'à vous. Et je vous fais savoir de par le Roi du Ciel, mon droiturier et souverain Seigneur, pour votre bien et votre honneur, que vous ne gagnerez point de batailles contre les loyaux Français, et (}ue tous ceux qui guerroyent audit saint royaume de France guerroyent contre le roi Jhesus, roi du ciel et de tout le monde, mou

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droiturier et souverain Seigneur. Et vous prie et vous requiers àjoiules maiosque ne fassiez nulle bataille, ni ne guerroyiez contre nous, vous, vos gens et vos sujets. Croyez sûrement, quelque nombre de gens que vous ameniez contre nous, qu'ils n'y gagneront mie , et sera grand' pitié de la grande bataille et du sang qui sera répandu de ceux qui y viendront contre nous. Il y a trois semaines que je vous ai écrit et envoyé de bonnes lettres par un héraut, pour que vous fussiez au sacre du roi, qui, aujourd'hui dimanche, dixseptième jour de ce présent mois de juillet, se fait en la cité de Reims. Je n'en ai pas eu réponse, ni onc depuis n'en ai ouï nouvelles du héraut. A Dieu vous recommande , et soit garde de vous s'il lui plaît, et prie Dieu qu'il y mette bonne paix. Écrit audit lieu de Reims , le 17 juillet. »

Le duc de Bourgogne reçut cette lettre à Lille , et la fit déposer aux archives de la cour des comptes, où elle est restée jusqu'à ce que ces archives aient été transférées à celles de la préfecture du déparlement du Nord.

Pendant son séjour à Reims , la jeune héroïne eut le bonheur de serrer dans ses bras son vertueux père, Jacques d'Arc, et son oncle Durand Laxart, qui avaient voulu jouir de son triomphe. En effet , Jeanne d'Arc était alors parvenue au faîte de sa gloire , et cependant elle n'en parais-

sait que plus humble et plus modeste. « Mon fait, « répétait-elle souvent, n'était qu'un ministère. » Et comme on lui disait : « Jamais on ne vil de « telles choses comme on en voit dans votre fait, « on ne lit rien de semblable dans aucun livre. M — Mon Seigneur, répondait -elle, a un livre (c dans lequel aucun clerc ne peut lire, quelle c( que soit sa science. »

La vue de son père et de son oocle rappela à Jeanne le souvenir de sa patrie et du bonheur de la vie champêtre ; d'ailleurs sa mission était terminée, rien désormais ne pouvait l'arrêter à la cour. Elle alla donc supplier le roi de lui permettre de se retirer; mais Charles témoigna le désir de la conserver encore quelque temps , et elle n'osa refuser.

Quels que fussent les motifs qui la portèrent à demander sa retraite, il est certain qu'elle fit à ce sujet les plus vives instances, et qu'elle ne céda qu'aux ordres du roi et à la prière de la plupart des seigneurs, qui avaient éprouvé d'une manière trop sensible combien sa présence encourageait les troupes. Forcée de céder aux volontés de son souverain, ou la vit depuis ce moment s'abstenir d'opposer son avis à celui des minisires ou des généraux, liberté qu'elle s'était presque toujours donnée jusqu'alors. Elle se contenta dans la suite de partager les travaux, les plus dangereuses ex-

péditions, et de s'exposer ia première. Peut-être, par cette conduite, voulait-elle éteindre les sentiments de jalousie qu'avaient excités ses services. Ils étaient trop grands pour n'être pas enviés (1). »

Le roi ne demeura que trois jours à Reims. Le mardi 20 juillet, il en partit pour se rendre en pèlerinage , suivant une ancienne coutume , au tombeau de saint Marculfe ou Marcou, à Corbéay, bourg situé à vingt kilomètres de Pieims. C'était, disait-on , par les mérites de ce saint , qui était de la race royale de France , que nos rois avaient reçu , après leur sacre , le pouvoir de guérir les écrouelles en les touchant.

De Corbény on se rendit à Vailly, petite ville fortiûée du diocèse de Reims , qui s'empressa de se soumettre. Une partie de l'armée se logea dans la ville, le reste campa dans les environs. Bientôt arrivèrent les députés de Laon et de Soissons , apportant au roi les clefs de ces deux bonnes et fortes villes. Charles alla d'abord à Soissons, où les habitants le reçurent avec les plus grandes démonstrations de joie et d'affection. Il y passa trois jours, pendant lesquels il reçut successivement les nouvelles les plus favorables , entre autres celle de la soumission volontaire de Provins, de Crécy-en-Brie , de Coulommiers, et de plusieurs autres places très-importantes de la Brie.

(1) Villaret, Histoire de France, tome XIV,

On se dirigea ensuite sur Château-Thierry, où l'on s'attendait à trouver plus de résistance, parce que cette place, alors très-forte, était défendue par Jean de Croy, Jean de Birmen, le sire de Chàtillon, et d'autres grands seigneurs bourguignons, et que la garnison s'était augmentée de tous les gens qui avaient abandonné les autres forteresses. Mais les habitants montraient des dispositions favorables aux Français. Aussi, quand la Pucelle parut à la tète d'une diviî-ion de l'armée royale, la frayeur s'empaia des chefs et des soldats. La garnison demanda à capituler, et obtint de sortir de la ville avec armes et bagages.

Le roi arriva bientôt à Château-Thierry , où il se reposa quelques jours. C'est dans celte ville que Jeanne d'Arc sollicita et obtint de larles VII une exemption de toutes les tailles, aid • 1 1 subventions , en faveur des habitants des villages de Greux et de Domremy. Les lettres patentes qu'il fît expédiera cet elfet à Château -Tierry cnt été confirmées par les roi^ se- successeurs, < . les paroisses de Greux et (.le Domiemy ont ■ ui de ce bienfait jusqu'à la r'olution.

De Château-Thierry le roi se r- d Ji. à Provins. Ces succès , ces marches de Taruiée royale , qui tendait à se rapprocher de Paris , commençaient à alarmer sérieusement ceux des bourgeois de cette ville qui étaient du parti anglais ou bour-

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guigcoD. Cependant le duc de Bedford, qui était allé en Normandie pour presser l'arrivée des troupes levées par le cardinal de Winchester et des garnisons de cette province , revint en toute hâte à Paris. Son retour rassura les Parisiens, d'autant plus qu'il était accompagné de cinq à six mille hommes, tant archers que gens d'armes. En peu de jours, en réunissant à ces troupes les hommes qu'il avait tirés des garnisons de Normandie, les Bourguignons, les débris de son armée restée à Corbeil après la bataille de Patay, et la milice de la commune de Paris, il se trouva à la tête de dix mille combattants. Ne craignant plus alors de se mesurer avec l'armée royale, dont la force n'était pas supérieure à la sienne, il sortit de la ville le 4 août, et. passant par Corbeil et Melun, il arriva à Montereau le 7. De là il envoya ses hérauts d'armes porter au roi de France une lettre de défi.

Lorsque le héraut du régent anglais se présenta au roi de France, ce prince et les chefs de guerre qui l'entouraient montrèrent joyeuse contenance. « Ton maître, dit le roi, se plaint de ne pouvoir (( me trouver ; mais il ne se plaindra pas long- « temps, car c'est plutôt moi qui le cherche.» Aussitôt les Français se mirent en marche , et, continuant à s'avancer vers Paris dans les plaines de la Brie, ils vinrent camper auprès du châteaii

de Nangis. Tout fut disposé pour la bataille avec prudence et habileté. C'était plaisir de voir le maintien guerrier de Jeanne, et sa diligence à ordonner les apprêts du combat. On disait qu'elle s'y entendait aussi bien qu'aucun homme d'armes, quelque expert qu'il pût être.

Ce mouvement et ces dispositions de l'armée française firent craindre au duc de Bedford que les Français ne lui fermassent le chemin de Paris, dont ils étaient en ce moment plus près que lui. Lanxiété était grande dans cette ville, où l'on attendait à chaque instant les résultats de la bataille qui paraissait inévitable. Mais bientôt arriva le duc de Bedford avec son armée, qui n'avait pas osé attaquer les Français.

Cette letraite du régent anglais rendait impossible toute entreprise contre la capitale , qui maintenant se trouvait à l'abri de toute attaque. Plusieurs des conseillers du roi lui proposèrent alors de retourner dans les provinces au midi de la Loire. Les ducs d'Alençon et de Bar, les comtes de Clermont, de Vendôme et de Laval soutenaient au contraire que les ennemis n'ayant osé combattre, il fallait pousser en avant et marcher à de nouvelles conquêtes. Mais le roi ne partagea point l'opinion de ses généraux , et donna l'ordre de rétrograder. On marcha en conséquence sur Bray, pour y passer la Seine, car c'é-

tait le seul point où il se trouvât un pont qui ne fût pas occupé par les ennemis. Mais pendant la nuit les Anglais et les Bourguignons s'étaient emparés de la ville, de sorte qu'au moment où les Français arrivèrent, ils trouvèrent le passage gardé et la forteresse prête à se défendre. Cette circonstance fit changer la résolution prise, et, à la grande joie des ducs d'Alençon et des autres capitaines, l'armée retourna à Château Thierry, où elle passa la Marne et s'avança par la Ferté-Milon et Crespy-en- Valois jusqu'auprès de Daramartin, où elle campa à quarante kilomètres de Paris.

Pendant cette marche , tous les habitants des villages accouraient en foule sur le passage du roi en le saluant du cri de Noël! noiiil mille fois répété. D'autres venaient à sa rencontre en procession , le clergé en tête , chantant le Te Deum et d'autres pieux cantiques. Ils ne pouvaient surtout se lasser de contempler la Pucelie,et celle-ci, à la vue d'un si touchant spectacle , versait des larmes d'attendrissement et de joie. «Voici, ditce elle à Dunois et à l'archevêque de Reims, qui « marchaient à côté d'elle , voici un bon peuple , c( et n'en ai encore vu aucun qui se soit tant ré- « joui de la venue d'un si noble roi. Plût à Dieu, « ajouta-t-elle, que je fusse assez heureuse, quand « je mourrai, pour être ensevelie dans cette terre ! » Infortunée! ses vœux ne furent pas exaucés : au-

cuue terre ne devait recevoir ses débris mortels; sa cendre était promise aux vents et aux flots (1). « Jeanne, lui dit rarohevèque,savez-vous quand « vous mourrez et en quel lieu? — Où et quand « il plaira à Dieu , répliqua t-elle, car je ne suis « sûre ni du temps ni du lieu, plus que vous ne « Tètes vous-même. J'ai accompli ce que Messire « m'a commandé, qui était de lever le siège d'Or- « léans et de faire sacrer le roi. Et plût à Dieu « mon créateur que je pusse maintenant partir et « aller servir mon père et ma mère, en gardant « leurs brebis avec ma sœur et mes frères, qui se « réjouiraient beaucoup de me voir! » Eu parlant ainsi, ses yeux étaient tournés vers le ciel , et jamais les seigneurs qui élaientlà présents n'avaient si bien vu qu'elle venait de la part de Dieu , et non du démon, ainsi que les Anglais s'obstinaient à le publier (2).

Sa grande renommée l'avait laissée aussi simple et aussi modeste. On voyait en elle la même piété, elle était partout assidue aux églises , et priait tant qu'elle en avait le loisir. Sa cliaslelé et sa pudeur étaient si grandes, que sa présence chassait jusqu'aux mauvaisespensées des hommes d'armes et des seigneurs qui parfois auraient eu fantaisie de tenir devant elle des propos déshonnètes.

(1) M. Lebrun des Chu miettes, Histoire de Jeanne d'Arf.

(2) Cltroiiique de ta l'uiclU; — M de BaraïUe, Histoire dcn ducs de Bourgogne.

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Le duc de Bedford, alarmé des progrès de Charles, sortit une seconde fois de Paris avec dix à douze mille combattants et vint camper au village de Mittry, non loin de Dammartin , dans une très-bonne position, qu'il fortifia de manière à la rendre inexpugnable. De là il envoya dire au roi que, s'il voulait la bataille, il la recevrait; le prince, qui crut cette fois que l'ennemi était déterminé à combattre , s'avança avec sa cavalerie jusqu'à Lagny-le-Sec. Le duc de Bedford, pensant que les Français, enflés de leurs derniers succès, viendraient l'attaquer dans la position formidable qu'il avait choisie, les atteodait tranquillement. Mais l'expérience avait appris à nos guerriers combien il était dangereux d'attaquer les Anglais au milieu des pals aigus dont ils avaient soin de hérisser le front de leur armée. Par ordre du roi, Lahire et d'autres vaillants capitaines et gens de guerre allèrent reconnaître Pennemi et tâcher de l'attirer hors de ses retranchements. La journée se passa en escarmouches entre les coureurs français et anglais auprès du village de Thieux, sur laBeuvroane. Le régent anglais , voyant qu'il ne pouvait attirer les Français dans le piège qu'il avait tendu à leur valeur si souvent audacieuse jusqu'à la témérité, quitta son camp et se retira à Paris. Il était toujours inquiet de ce qui pourrait s'y passer en son ab-

sence , pendant que le roi en était si peu éloigné , et, en voyant toutes les villes de France se soumettre l'une après l'autre avec empressement à Charles . il n'était pas très rassuré sur la fidélité des Parisiens.

Le roi retourna alors à Crespy, d'où il envoya ses hérauts sommer Compiègne et Beauvais de se rendre à sou obéissance. Ces deux villes accueillirent ses envoyés avec joie et aux cris de : Vive Charles, roi de France! Les habitants de Beauvais chassèrent leur évèijue, Pierre Cauchon, qui, bien qu'il fût Français, s'était toujours montré un des plus furieux pour le parti anglais , et avait dans cette occasion fait tous ses efforts pour les empêcher de recevoir les hérauts du monarque. Cet outrage dont il fut l'objet explique peut-être jusqu'à un certain point lahaine forcenée que cet homme sans pudeur montra depuis pour la Pucelle , et l'ardeur avec laquelle il travailla à sa perte.

Charles "VU se porta alors sur Compiègne , dont la possession lui livrait un passage sur la rivière d'Oise , et lui ouvrait le chemin de la Picardie et de la Normandie. Ce mouvement, dont les conséquences importantes n'échappèrent point au duc de Bedford, le détermina de nouveau à sortir de Paris avec toutes ses troupes , et à se porter à marches forcées sur Senlis, dans l'espoir de fermer au roi le chemin de la Normandie. Il avait le plus

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grand intérêt à empêclier les Français de pénétrer dans cette province ; car si elle eût suivi l'exemple de la Champagne et de l'Ile-de-France, les Anglais se seraient trouvés tout à coup cernés au milieu d'une nation ennemie, et privés de toute communication avec l'Angleterre.

L'armée française se rapprocha de Senlis , et vint camper à 12 kilom. au sud-est de cette ville, auprès d'un village nommé Baron , au pied du mont Piloy . Le roi envoya alors Ambroise de Lore et Xaintrailles à la découverte du côté de Paris. Ils aperçurent bientôt l'armée anglaise qui s'avançait sur la route de Senlis, et ils s'approchèrent assez pour pouvoir reconnaître ses forces et observer ses mouvements. Ils envoyèrent aussitôt des cavaliers porter celte nouvelle à Charles. Bientôt Xaintrailles et Ambroise de Lore virent arriver le duc de Bedford, qui donna à son armée l'ordre de traverser la rivière de Nouelte, qui coule de Baron à Senlis. Celte opération devait être longue et difficile, car on ne pouvait faire passer que deux chevaux à la fois. Dès que les sires de Lore et de Xaintrailles virent les ennemis engagés dans cette position dangereuse , ils accoururent entoute hâteen prévenir le roi. Celui-ci, plein de joie, faitàl'instantranger son armée en bataille, et marche contre les Anglais, espérant pouvoir les combattre au passage de la rivière; mais quand il

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arriva, les Anglais l'avaient déjè presque entièrement effectué, et ils commençaient à se forliûer.

Le duc de Bedford choisit une forte position près de l'abbaye de la Victoire , fondée jadis par Philippe-Auguste après la bataille de Bouvines. Dans cette armée flottaient deux bannières , celle de France et celle d'Angleterre. Le sire de Talbot et le comte de Suffolk, délivrés de leur captivité, s'étant hâtés de rejoindre le duc de Bedford, brûlaient de réparer l'échec qu'ils avaient reçu à. Jargeau et dans les plaines de Patay. Les meilleurs chevaliers du duc Philippe se trouvaient aussi là. Plusieurs de ces jeunes seigneurs furent armés chevaliers par le duc de Bedford, suivant Tubage qui permettait de conférer la chevalerie sur un champ de bataille au moment d'en venir aux mains. Ainsi personne ne doutait qu'une grande bataille ne fût sur le point de se livrer.

Du côté des Français tout se disposait pour une affaire décisive. Dès le lever du soleil, le roi fit sortir son armée du camp et la rangea en bataille. L'avant-garde était commandée par le duc d'Alençon et le comte de Vendôme ; le corps de bataille , par le duc René de Lorraine , qui fut depuis duc d'Anjou et roi titulaire de Sicile; l'arrière-garde, ou corps de réserve, était sous les ordres immédiats de Charles , assisté du comte de Clermont et du sire de la Trémoille.

Plusieurs fois le roi , qui désirait vivement attaquer, s'avança avec le comte de Clermontet le sire de la Trémoille en avant de son front de bataille, et assez près des Anglais, qui n'avaient cessé toute la nuit et qui continuaient encore de se fortifier. Il reconnut facilement, et ce fut l'avis de tous ceux qui l'accompagnaient, qu'il était impossible de forcer les ennemis derrière leurs retranchements. Il jBt alors approcher son armée à deux traits d'arbalète des Anglais et envoya signifier au duc de Bedford , que, s'il voulait sortir de son parc, on combattrait. Celui-ci ne répondit point. On tenta enfin d'attirer les Anglais en rase campagne par de petites attaques partielles , dans lesquelles un assez grand nombre de vaillants Français s'avatîçaient jusqu'à leurs fortifications pour les provoquer au combat. Quelques-uns sortirent en effet, et ainsi s'engagèrent de fortes escarmouches , où de chaque côté on venait secourir les siens , lorsqu'ils étaient repoussés. Peu à peu ces combats partiels devinrent plus acharnés , et s'animèrent encore parles défis injurieux, les menaces, les insultes que s'adressaient les deux armées. On combattait départ et d'autre avec la plus grande vaillance, mais aussi avec une égale cruauté, et le trépas de l'un ou de l'autre terminait toujours ces luttes d'homme à homme, de chevaUer à

chevalier. La journée se passa ainsi tout entière, sans que l'on en vînt à un engagement général. Le lendemain le roi retourna à Crespy, et le duc de Bedford reprit la route de Paris.

La Pucelle s'était signalée dans cette journée par un courage intrépide et un rare sang-froid au milieu de la mêlée. Elle ne s'éloigna pas un instant de Labire , de Dunois et du comte d'Albret, c'est assez dire qu'elle fut constamment où il y avait du danger; mais elle n'avait pris part à aucune disposition pour la bataille, ce qui a peut-être donné lieu à cette assertion de Monstrelet, que tantôt elle était d'avis qu'il fallait combattre, tantôt qu'il ne le fallait point. Depuis qu'elle regardait sa mission comme terminée , Jeanne se mê'ait rarement de donner des avis pour la guerre. Quand elle était consultée , elle répondait modestement ; mais elle ne cherchait plus à substituer son opinion à celle de tout le conseil. Son rôle dirigeant était terminé; maintenant elle obéissait avec un dévouement calme, avec une résignation modeste non moins étonnante peut-être que le brûlant enthousiasme qu'elle avait autrefois déployé dans l'accomplissement de la mission cou liée à son courage.

Cependant, si la PucoUe ne se permettait plus de donner son avis dans le conseil de guerre, elle ne cessait pas d'user de son influence auprès du

roi pour l'engagera faire de nouvelles démarches auprès du duc de Bourgogne afin de tâcher de l'anûener à faire la paix. La question fut portée au conseil , et l'on décida qu'on enverrait au duc de Bourgogne une députation solennelle ayant à sa tête l'archevêque de Reims. L'ambassadeur partit aussitôt , et trouva le duc à Arras.

Pendant ces négociations , lès hostilités continuaient toujours. Le roi s'était rendu à Compiègne, où il passa dix à douze jours. Les habitants l'accueillirent avec une joie et un enthousiasme extraordinaires. Pendant son séjour dans cette \ille, il recevait tous les jours d'heureuses nouvelles du succès de ses armes. Là vinrent le rejoindre l'archevêque de Reims et les autres ambassadeurs qu'il avait envoyés au duc de Bourgogne. Ils racontèrent que celui-ci les avait reçus avec bonté, et que les conférences étaient engagées d'une manière favorable, quand étaient arrivés de Paris l'évêquede Tournay et le sire de Lannoy, envoyés par le duc de Bedford pour rappeler au duc de Bourgogne ses engagements avec l'Angleterre. Parla les négociations avaient été retardées, et le duc de Bourgogne avait résolu d'envoyer une ambassade au roi de France pour connaître mieux ses intentions.

La position du régent anglais devenait de plus en plus difficile. Les succès des Français enNor-

mandie , mais surtout les négociations entamées entre le roi et le duc de Bourgogne , le déterminèrent à abandonner Paris, pour aller avec toutes ses forces au secours de la Normandie , menacée de deux côtés à la fois , et où il craignait que Charles VII ne voulût pénétrer. Il lais.-a à Paris deux mille hommes de garnison, et reprit la route de Rouen par Saint-Denis.

Cependant les ambassadeurs du duc de Bourgogne fixaient, d'accord avec les ministres du roi , les conditions qui devaient servir à négocier la paix définitive. En attendant, une trêve fut conclue le 28 août à Compiègne, pour les pays de la rive droite de la Seine depuis Nogent jusqu'à Honfleur. Paris était excepté, ainsi que les villes servant de passage sur la rivière.

Pendant qu'on traitait ainsi à Compiègne, Lahire, avec quelque» hardis compagnons d'armes, s'en alla jusqu'à 28 kilora de Rouen, devant la forteresse de Château -Gaillard, passa la Seine durant la nuit et donna l'assaut. Le commandant anglais, qui se nommait Kingston, se voyant surpris, obtint la vie sauve, et se hita de partir. Oa trouva dans le château le brave sire de Barbazau, qui le premier avait été salué du glorieux surnom (le chevalier sans reproche. Ce guerrier, tombé au pouvoir de Henri V avec la ville de Melun, languissait depuis neuf ans daus cet

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affreux donjon , au mépris d'une capitulation qui lui garantissait la vie et la liberté. On le trouva enfermé dans une étroite cage de fer. On CD rompit les barreaux, mais le chevalier ne voulut point sortir. Il avait promis à Kingston d'être son loyal prisonnier, et il fallait que sa parole fût dégagée. On envoya courir après ce capitaine anglais, qui revint délivrer le sire de Barbazan. Le roi fut bien joyeux de revoir cet illustre et vaillant chevalier, qu'on tenaitpresque pour mort (1).

Dès que Charles fut informé du départ du régent anglais pour la Normandie , il résolut de se rapprocher de Paris. Il se rendit en conséquence à Senlis , où il établit un gouverneur et des officiers de sa création. Le duc de Bir rejoignit le roi dans cette ville. Les seigneurs de Mouy et de Montmorency vinrent lui faire hommage ; toute la contrée se soumettait à l'envi.

Les intelligences qu'on s'était ménagées dans la capitale, l'exemple de tant de villes qui s'étaient volontairement soumises, l'inaction du duc de Bourgogne, et l'éloignement du duc de Bedford, tout faisait espérer qu'on pourrait facilement entrer dans Paris. L'armée quitta Senlis le 25 août , et le même jour l'avant-garde entra dans Saint- Denis. Le roi y arriva le 29, et s'empressa d'aller rendre d'humbles actions de grâces à Dieu , à la

(t) M. deBarante, Histoire des ducs de Bourgogne.

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Vierge , aux apôtres de la Franne saint Denis et ses compagnons, dans l'antique basilique où reposaient les rois ses ancêtres.

Cependant une partie du conseil, entre autres le sire de la Trérnoille, n'était point d'avis qu'il fallût essayer de se rendre maître de Paris. Ils pensaient que les promesses des ambassadeurs du duc de Bourgogne, qui témoignaient du désir que ce prince avait de faire la paix , et qui donnaient à entendre que celui-ci remettrait bientôt luimême Paris aux mains du roi , valaient mieux qu'une attaque incertaine , qui, si elle venait à manquer, pouvait tout remettre en question. Cet avis paraissait d'autant plus prudent , qu'on ne pouvait plus compter sur les intelligences qu'on avait pratiquées dans la ville. Le prévôt de Paris, le prévôt des marchands et les échevins, le parlement lui-même, et les magistrats de tout rang avaient trop offensé le roi pour se fier à sa bonté. Loin de croire aux paroles pacifiques du duc d'Alençon, ils animèrent la populace contre Charles de Valois et les Armagnacs.

F.ufin, malgré ces démonstrations hostiles, malgré l'avis des membres du conseil dont nous avons parlé, l'opinion des généraux l'emporta, et le 7 septembre ils résolurent de tenter une attaque sérieuse. Jeanne d'Arc, loin d'avoir donné ce conseil, comme Monstrelet l'en accuse, deman-

dait instamment de ne pas accompagner les chefs, disant que sa voix lui avait commandé de demeurer à Sai»t-Deni s; mais les seigneurs qui dirigeaient l'armée la forcèrent à les suivre. Les troupes , ce jour-là , vinrent occuper le village de la Chapelle , qui était alors à mi - chemin entre Paris et Saint-Denis.

Le lendemain, 8 septembre, jour de la Nativité de la sainte Yierge, les Français se présentèrent devant la porte Saint-Honoré , et se rangèrent en bataille dans le marché aux pourceaux, sous la butte des Moulins, à peu près à l'endroit où la rue Traversière vient aujourd'hui se joindre à la rue Saint-Honoré. Ils avaient avec eux une nombreuse artillerie , qui commença à tirer vigoureusement contre les remparts de la place; ils avaient aussi amené un grand nombre de chariots remplis de fagots et de fascines pour combler les fossés.

Une partie des habitants de Paris se précipitèrent dans les églises; les autres accoururent sur les remparts pour se joindre aux Anglais, aux Bourguignons et à la milice qui s'étaient portés au lieu attaqué. Les Français les voyaient en foule aller et venir le long des remparts ; ils voyaient passer et repasser les étendards des chevaliers bourguignons et la bannière blanche à la croix rouge.

Bientôt le combat sVngagea main à main. Jeanne et quelques chevaliers, entre autres le sire de Saint-Vallier , attaquèrent la prenfière barrière, y mirent le feu et entrèrent dans le boulevard du dehors. Comme on aurait pu craindre une sortie des Anglais par la porte Saint-Denis pour venir tomber sur les assaillants par derrière , le duc d'Alençon, le comte de Clermont, le sire de Montmorency, qui venaient d'élre faits chevaliers, avec d'autres capitaines, restèrent en bataille derrière la butte des Moulins, qui les mettait à l'abri de l'artillerie des Parisiens.

Quand la Tucelle vit que les ennemis n'osaient tenter une sortie, elle résolut d'aller les attaquer jusqu'au pied de leurs murailles. Le premier fossé n'était pas difficile à franchir; mais le «econd était large, profond et rempli d'eau. Jeanne l'ignorait, et plu^ieurshommesd'armesauraientbienpu^ea instruire; toutefois ils la laissèrent aller, parce qu'ele commençait à leur déplaire et à exciter leur envie. Quaml elle arriva au bord de ce fossé, elle ne se déconcerta point; elle s'en alla sondant, de place en place, avec sa lance, oii l'on pourrait risquer le passage. Elle commanda qu'on apportât les fagots et les fascines pour essayer de le combler. Les Français s'empressèrent de lui obéir, et parurent résolus à tenter ce périlleux assaut. Les gens des deux partis, qui se voyaient et s'euten*

DE JEANNE d'aRC. 203

daient , s'adressaient mille menaces et mille injures. Jeanne leur criait : «Rendez la ville au roi de France. » Ils ne lui répondirent que par des outrages grossiers et par une grêle de traits. Son porte-étendard, l'un des plus vaillants hommes d'armes de l'armée, tomba mortellement blessé. Elle-même, atteinte d'une flèche qui lui traversa la jambe, fut contrainte de se coucher par terre, sur le revers du tertre qui séparait les deux fossés. Là, elle ordonnait encore l'attaque, et ne voulait point qu'on se retirât de l'assaut. Cependant la nuit approchait ; il n'y avait nul espoir de passer ce fossé profond; on n'apercevait point qu'aucun mouvement eût éclaté parmi les habitants de la ville. L'ordre arriva du seigneur de la Trémoille pour revenir vers Saint-Denis. Jeanne ne voulait point entendre parler de s'en aller; chacun s'en retournait qu'elle restait encore couchée près du fossé, sans écouter les remontrances qu'on lui pouvait faire; toutes les instances étaient inutiles. Le duc d'Alençon l'envoya conjurer de se laisser ramener; enfin il vint lui-même la chercher, et parvint à la décider,

La retraite des Français ne fut troublée par aucune sortie. Ils ramassèrent leurs morts , qui étaient en assez grand nombre, les enfermèrent dans une grange de la ferme des Mathurins , et les brûlèrent.

Le voyage du roi vers Paris était maintenant sans but ; il manquait d'argent ; il se trouvait loin dos provinces qui pouvaient lui en donner et fournir des munitions. Le régent allait revenir avec de plus grandes forces. Les gens d'armes ne se sentaient plus le même espoir ni le même courage. La discorde régnait dans le conseil : les uns rappelaient qu'ils n'avaient pas voulu celte attaque de Paris; les autres prétendaient que, si elle eût été entreprise avec plus de force et continuée avec plus de constance , un parti se fût déclaré dans Paris pour le roi. Beaucoup murmuraient contre la Puce! le, quileur avait promis, disaient-ils, de coucher cette nuit même dans Paris. Enfin , dans ce chagrin de tous , on résolut de retourner vers la Loire (1).

Jeanne renouvela ses instances auprès du roi pour obtenir la permission d'aller finir ses jours dans l'obscurité et la retraite. Pour preuve de sa résolution, elle suspendit son armure blanche sur le tombeau de Saint-Denis, avec une épée qu'elle avait conquise sur les Anglais dans l'assaut de Paris. Elle avait brisé la veille celle qu'elle avait apportée de Sainte-Catherine- de-Fierbois. Mais on s'employa si bien à la consoler; on loua si fort sa bonne volonté et sa vaillance; on lui répéta tellement qu'on ne pouvait lui attribuer l'échec

J) M. do Uiiraïue, Histoire des durs (le BovrijoQuc.

qu'oD venait d'éprouver, et que si l'on eût fait tout ce qu'elle avait dit, la chose eût mieux réussi, qu'elle consentit à suivre le roi.

Charles VII laissa une partie de son armée dans l'Ile -de -France et le Beauvaisis, sous le commandement général de Charles* de Bourbon, comte de Clermont, qui demeura à Beauvais avec l'archevêque de Reiras , chargé de négocier la paix avec le duc de Bourgogne. Le commandement de Compiègne fut confié à Guillaume de Flavy; celui de Seulis, au comte de Vendôme; celui de Creil, à Jacques'de Chabannes. Ces dispositions faites , le roi, prenant la route de Lagny, de Provins, de Bray et de Sens, arriva vers la fin de septembre à Gien , où il rentra en triomphe avec la jeune héroïne, trois mois après en être parti pour une des expéditions les plus aventureuses dont l'histoire ait conservé le souvenir.

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