CHAPITRE XII
Mécontentement des Anglais. — On oblige Jeanne à reprendre l'habit de son sexe. — Nouvelles persécutions des Anglais. — Pour s'y soustraire elle est forcée de reprendre ses habits d'homme. — Sur ce fait elle est condamnée, sans jugement, à être brûlée. — On lui annonce son supplice. — Sa douleur, sa résignation. — Elle est conduite à l'échafaud. — Sa piété , sa présence d'esprit. — Sa mort. — Douleur des assistants. — Réflexions. — Le gouvernement anglais cherche à se justifier, — Révision du procès de Jeanne. — Conclusion,
Les Anglais étaient indignés de la tournure que les juges avaient donnée à cette affaire ; ils tiraient leurs épées et menaçaient l'évêque et les assesseurs, criant qu'ils avaient mal gagné l'argent du roi. Le comte de Warwick lui-même se plaignait aux docteurs , en leur disant que les affaires du roi allaient mal, puisque Jeanne échappait. « N'ayez pas de souci, dit l'un d'eux, nous « la retrouverons bien. » Paroles atroces, qui ne devaient que trop se vérifier.
Jeanne ayant été, comme nous l'avons dit plus
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haut, reconduite dans sa prison, le vice-inquisiteur s'y rendit pour lui enjoindre de quitter riiabit d'homme et de repreudre celui de son sexe, ainsi, disait-il, que l'Église le lui avait ordonné. Elle répondit qu'elle était prête à obéir, et elle promit de ne plus porter ses cheveux coupés en rond.
Pendant deux jours elle se soumit exactement aux obligations qui lui étaient imposées. On laissa à dessein son habit d'homme auprès d'elle; mais elle ne voulut pas le reprendre, quoiqu'elle en fût fortement tentée pour se soustraire aux indignes violences de ses gardiens , et même d'an seigneur an.^lais qui s'était introduit dans sa prison. Elle était plus étroitement enchaînée qu'auparavant , et l'on employait contre elle les traitements les plus odieux pour la jeter dans le désespoir. Eufi:), voyant qu'on ne pouvait pas la déterminera violer la promesse qu'elle avait faite de garder les vêtements de son sexe , un matin , comme elle demandait à ses gardiens de la déferi'er pour qu'elle pût se lever, l'un d'eux enleva les habits de femme qui étaient sur son lit, y jeta les habits d'homme, et dit en détachant la chaîne ; « Lève-toi , maintenant. — Messieurs, dit-elle , « vous savez que cela m'est défendu ; je ne veux « point prendre cet habit. » Malgré ses instances, elle ne put rien obtenir, et ce débat dura jusqu'à
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midi. Forcée alors de se lever, elle fat obligée de prendre le seul vêtement qu'elle eût à sa disposition. On courut aussitôt avertir le comte de "Warwick. « Elle est prise! » s'écria-t-il en apprenant cette nouvelle, et il fit à l'instant avertir Févêque de Beauvais et les assesseurs de se rendre à la prison. Quelques-uns de ces derniers arrivèrent avant Pierre Cauchon; mais les Anglais, qui avaient moins de confiance en eux , ne voulurent pas les laisser entrer avant lui.
Quand Févêqae fat entroduit avec toute sa suite , et un grand nombre d' Anglais , il se fit beaucoup de tumulte dans la prison. Au milieu du bruit , un des assesseurs nommé André Marguerie fit entendre sa voix , et dit qu'il serait bon de s'enquérir d'elle pour quelle cause elle avait repris l'habit d'homme. Quelqu'un lui cria : Taisez-vous, au nom du diable! et un Anglais leva sa hache pour en frapper Marguerie , qui s'enfuit, ainsi que plusieurs autres.
Sans vouloir écouter ses excuses, sans laisser mettre daus le procès-verbal qui fut dressé à cette occasion , les outrages qu'on lui avait faits, et la nécessité où elle avait été de changer de vêtements; sans s'arrêter à ses justes plaintes, Pierre Cauchon lui dit qu'il voyait bien qu'elle tenait toujours à ses illusions. « Avez-vous encore « entendu vos voix? ajouta-t-il. — Il est vrai,
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« répondit-elle. — Qu'ont-elles dit? poursuivit « Tévêque. — Dieu m'a fait connaître, continua- « t-elle, que c'était grand'pitié d'avoir signé « votre abjuration pour sauver ma vie. Les deux « saintes m'avaient bien dit sur l'échafaud de « répondre hardiment à ce faux prédicateur qui « m'accusait de ce que je n'ai jamais fait ; elles « m'ont reproché ma faute. » Alors elle affirma plus que jamais qu'elle croyait que ses voix venaient de Dieu ; qu'elle n'avait nullement compris ce que c'était que cette abjuration qu'on lui avait fait signer; qu'elle ne l'avait fait que par crainte du feu ; qu'elle aimait mieux faire sa pénitence tout d'un coup que de souffrir plus longtemps tout ce qu'elle souffrait en prison. « Au surplus, « ajouta-t-elle, je n'ai jamais rien dit ni rien fait « contre Dieu et contre la foi , quelque chose « qu'on m'ait ordonné de révoquer. Je ne com- « prends pas ce qu'il y avait dans la cédule d'ab- « juration, et je n'ai rien révoqué que dans la « supposition que cette révocation plairait à « Dieu. Enfin, si les juges le veulent, je repren- « drai l'habit de femme, mais je ne ferai rien « autre chose. »
Les juges terminèrent là cet entretien, et sans lui faire aucune représentation, sans lui déclarer que, la tenant pour relapse, ils allaient la remettre en jugement, ils finirent leur procès-ver-
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bal par ces paroles : « Ce qu'ayant entendu, nous « nous sommmesretirés pour procéder ultérieure- « ment. » Et ces juges, ou plutôt ces assassins, osaient triompher du succès de cet infâme complot I ils se paraient de leur opprobre , ils se faisaient gloire du rôle infâme que leur avaient confié des étrangers tyrans de leur patrie! Le lâche évêque de Beauvais , en sortant de la prison , aperçut le comte de "Warwick entouré d'un grand nombre d'x^nglais , et il les salua par cette acclamation de joie en usage dans leur langue : « Farewell! farewell! »
Cette simple "visite des juges à Jeanne d'Arc tint lieu à ses persécuteurs de toutes les formes judiciaires. Il n'y eut ni procès préparatoire, ni nouvel interrogatoire, ni prestation de serment, ni signature, ni représentation , ni monition. Un seul procès -verbal, qui n'est pas ordonné en justice, que l'accusée n'a pas signé, où elle n'a pas parlé dans l'état d'une personne que la justice interroge et poursuit, compose toute cette instruction vraiment sans exemple.
Dès le lendemain, 29 mai 1431, les deux juges rassemblèrent dans la salle de l'archevêché quelques assesseurs de leur choix, et là, sur la simple lecture du procès -verbal dressé la veille, sans appeler l'accusée ou quelqu'un pour présenter sa défense , ils résolurent de la remettre à la
justice séculière /c'est- à -dire de l'envoyer au supplice le lendemain.
Cependant, près de consommer leur crime , ses juges permirent que Ton adoucît les derniers moments de leur victime par le;; consolations religieuses qu'elle avait si ardemment ttsi inutilement sollicitées depuis le commencement de son procès. Peut-être espéraient-ils par là diminuer le poiils du forfait dont ils allaient se charger; peut-être aussi obéissaient- ils , sans le savoir , à une volonté d'en liant, qui envoyait son ange fortifier cette victime innocente au moment de sa terrible agonie. Frère Martin l'Advenu fut envoyé à Jeanne pour la confesser et la préparer à la moit. C«4 homme était du petit nombre de ceux qui avaient montré de l'intérêt pour elle pendant son procès.
Quand il annonça à cette pauvre fille la dure et cruelle mort qu'elle était sur le point de souffrir, elle se prit à pleurer et à s'arracher les cheveux. Hélas ! lui dirait-elle, réduire en cendres « mon corps qui est pur et n'a rien de corrompu! « J'aimerais sept fois mieux qu'on me coupât la « tète que d'être ainsi brûlée. Si, comme je le « demandids , j'eusse été gardée par les gens « d'Église, et non par mes ennemis, il ne me u serait p is si cruellement advenu. Ah! j'en ap- « pelle à Dieu, le grand juge, des cruautés et ^^ des injustices qu'on me fait. »
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Cependant, frère Martin l'Advenu Tayant rappelée à elle-même , elle se disposa avec sa piété et sa résignation ordinaires à se confesser à lui. Elle reçut l'absolution, et l'évêque Cauchon permit qu'elle reçût aussi le sacrement de TEucharistie ; il lui fut administré même avec une sorte de solennité. Ainsi cet évêque , par une étrange contradiction, admettait à la communion celle qu'il allait publiquement déclarer excommuniée.
Quelques instants après, Cauchon vint luimême dans la prison. « Évêque, lui dit-elle en « le voyant, je meurs par vous; mais j'appelle ce à Dieu de votre jugement. » En apercevant Pierre Maurice, Tun des assesseurs en qui elle avait cru démêler quelque intérêt pour son sort , elle lui dit : « Ah ! maître Pierre, où serai -je aujourc( d'hui? — N'avez-vous pas bonne espérance en « Dieu? répondit-il. — Oui, reprit-elle; et. Dieu « aidant , j'espère bien aller au paradis. »
A neuf heures du matin , le 30 mai 1431 , on la ht monter dans un chariot qui l'attendait dans la cour du château. A côté d'elle se placèrent son confesseur frère Martin l'Advenu , l'appariteur Jean Massieu , et frère Isambard , qui avait encouru la colère de l'évêque et du comte de Warwick pour avoir pris la défense de cette infortunée. Huit cents Anglais , armés de haches , de lances et d'épées, marchaient alentour. En ce
moment Nicolas l'Oiseleur, sai?i d'un remords déchirant , perça la foule et monta sur le chariot pour demander pardon à Jeanne; mais il fut brutalement repoussé par les Anglais, et le comte de AVarwick lui ordonna de sortir promptement de la ville, s'il voulait conserver sa vie.
Dans le chemin, elle priait si dévotement, elle recommandait son âme à Dieu et aux saints avec un accent de piété si touchant, qu'aucun Français ne pouvait retenir ses larmes. Quelques-uns des assesseurs n'eurent pas la force de la suivre jusqu'à l'échafiiud. Arrivée à la place du supplice : «Ah! Rouen, dit-elle, Rouen, est-ce ici « que je devais mourir! »
Trois échafauds avaient été élevés dans la place : sur l'un étaient les juges ecclésiastiques et séculiers ; sur un autre le cardinal de Winchester et plusieurs prélats; sur le troisième le bois destiné à consumer la Pucelle. Une immense multitude couvrait la place. On y plaça Jeanne vis-à-vis des juges. Alors Nicolas Midy , docteur en théoU»gie, lui fit un sermon pour lui reprocher sa rechute; elle l'entendit avec patience et grand calme. A la fin de son sermon, le prédicateur ajouta ces paroles : « Jeanne, allez en paix; « l'Kglise ne veut plus vous défendre , et vous « livre aux mains séculières. »
Alors elle se mit à genoux et adressa à Dieu les
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prières les plus ferventes, « montrant, dit un « témoin oculaire dans un naïf langage , de « grands signes et évidences de sa contrition, « pénitence et ferveur de foi, tant par les pi- « teuses et dévotes lamentations et invocations « delà très-sainte Trinité, de la glorieuse Vierge « Marie, et de tous les benoîts saints du paradis, « en nommant expressément saint Michel, sainte « Catherine et sainte Marguerite; elle demanda « ensuite humblement pardon à tous ceux qu'elle « aurait offensés , de quelque rang , condition et « parti qu'ils soient , requérant les prières des « assistants, et. enfin déclarant qu'elle pardon- « nàit tout le mal qu'on lui avait fait. » Cette inr vocation faite à haute v«ix, avec tant de contrition , de résignation , de foi et d'abandon à la volonté de Dieu, arracha des larmes et des sanglots à presque tous les témoins de ce lamentable spectacle. Le cardinal de Winchester et un grand nombre d'Anglais pleuraient eux-mêmes. Jean de Mailly, évêque de Noyon , et quelques autres du clergé de France, descendirent de l'échafaud et s'éloignèrent en fondant en larmes.
L'évêque de Beauvais donna lecture de la sentence qui la^^déclarait relapse et l'abandonnait au bras séculier. Quoique délaissée par l'Église, J. Massieu et frère Isambard ne l'abandonnèrent point. Elle demanda la croix. Un Anglais en fit
une de deux bâtons , et la lui donna. Elle la prit dévotement et la baisa. Elle demanda ensuite à avoir la croix d'une église; Massieu obtint celle de la paroisse de Saint-Sauveur. Quand elle lui fut apportée, Jeanne la tint longtemps embrassée, et renouvela ses prières avec plus de ferveur encore.
Cependant les gens de guerre des Anglais , et même quelques capitaines, commencèrent à se lasser de tant de délai. « Allons donc , prêtre , « voulez- vous nous faire dîner ici? disaient les c( uns. — Donnez-la-nous , disaient les autres , c( et ce sera bientôt fini. — Fais ton office ! » criaient-ils au bourreau.
Sans autre commandement, et sans attendre la sentence que devait prononcer le juge séculier, deux sergents s'approchèrent pour la contraindre de descendre de l'échafaud. Elle embrassa la croix qui lui avait été apportée , salua les assistants, et, s'abandonuant à frère Martin l'Advenu, elle marcha vers le bûcher. Deux hommes d'armes anglais la saisirent en ce moment et reutraînèrent avec fureur. Ne pouvant soutenir ce cruel spectacle, un grand nombre des assistants se retirèrent (1).
Le bûcher était dressé sur un massif de plâtre. Lorsqu'on y fit monter Jeanne , ou plaça sur sa
(1) M. de Barante, Uistoirtcles ducs de Bourgogn».
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tête une mitre où étaient en gros caractères les
mots HÉRÉTIQUE, RELAPSE, APOSTATE, IDOLATRE, et
sur un tableau placé devant l'échafaud oa avait écrit : Jeanne qui s'est fait surnommer la Puceîle, menteresse pernirAeuse, abuseresse du peuple, devineresse, superstitieuse , blasphématrice de Dieu, mal créant de la foi de Jésus-Christ, venter esse, idolâtre, cruelle, dissolue, invocateresse de diables, schismatique et hérétique. Ses ennemis croyaient sans doute, par cette accumulation de grossières injures et d'atroces calomnies, affaiblir Fintérêt qu'inspirait leur victime; ils ne s'apercevaient pas que déjà la plupart des spectateurs effaçaient dans leur esprit ces odieux mensonges, pour y substituer rénumération de toutes les vertus et de toutes les qualités contraires que possédait celle qu'ils nommaient déjà une sainte et une martyre,
Jeanne monta sur le bûcher; le bourreau l'attacha à «n poteau dressé sur l'échafaud ; puis il descendit , et mit le feu au bas du bûcher. En voyant approcher le feu, Jeanne s'écria trèshaut : «Jésus! » Frère Martin T Ad venu, qui était monté avec elle , était si occupé de la préparer à la mort , qu'il ne s'apercevait pas que la flamme gagnait. Jeanne , qui conservait plus de présence d'esprit que son confesseur, l'en avertit, et le pria de se retirer. « Placez-vous en bas , lui dit-elle, c( tenez la croix du Seigneur élevée devant moi,
« afin que je puis?e la voir jusqu'à la mort, et « continuez de m'exhorter assez haut pour que « je puisse vous entendre. « Le bon prêtre se conforma à ses désirs.
L'évêque de Beauvais s'approcha en ce moment pour la voir; elle lui répéta: «Je meurs par « vous. » Et elle assura encore que les voix venaient de Dieu, qu'elle ne croyait pas avoir été trompée, et qu'elle n'avait rien fait que par ordre de Dieu. « Ah! Rouen , ajouta-t-elle , j'ai « grand'peur que tu ne souffres de ma mort. » Cependant l'exécuteur s'efforçait d'abréger les tourments de sa victime, en hâtant l'embrasement du bûcher; mais il y trouvait beaucoup d'obstacles à cause du massif de plâtre qui formait l'échafaud. Enfin le feu et la fumée commencèrent à l'envelopper. A travers les flammes on l'entendait invoquer le nom du Sauveur; elle continua ainsi jusqu'à ce qu'élevant la voix avec plus de force , elle prononça encore une fois : « Jésus!... » Ce fut sa dernière parole et son dernier soupir.
Un mouvement de piété se manifesta parmi tous les spectateurs. Français et étrangers, amis et ennemis, les juges eux-mêmes, ne purent retenir leurs larmes. Au milieu de l'affliction et de la consternation générales quelques Anglais riaient ! . . . Les Français murmuraient que cette mort était cruelle et injuste. « Elle meurt martyre pour sou
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« vrai seigneur. — Ali! dous sommes perdus, « on a brûlé une sainte. — Plût à Dieu que mon « âme fût où est la sienne ! » Tels étaient les discours de la multitude. Plusieurs affirmaient avoir vu le nom de Jésus écrit en lettres de flammes au-dessus du bûcher.
Mais ce qui fut le plus merveilleux, c'est ce qui arriva à un homme d'armes anglais. C'était un de ceux qui haïssaient le plus Jeanne d'Arc. Il avait juré de porter un fagot de sa propre main au bûcher; quand il s'approcha pour faire ce qu'il avait dit, entendant la voix de Jeanne expirante qui criait : Jésus ! le cœur lui manqua , et on le porta évanoui à la taverne la plus voisine. Dès le soir il alla trouver frère Isambard , se confessa à lui , dit qu'il se repentait d'avoir tant haï la Pucelle , qu'il la tenait pour une sainte femme , et qu'il avait vu son âme s'envoler des flammes vers le ciel, sous la forme d'une blanche colombe. Le bourreau vint aussi se confesser le jour même , craignant de ne jamais obtenir le pardon de Dieu.
Ce n'était pas assez d'avoir été si horriblement maltraitée pendant sa vie, elle était encore réservée après sa mort à de nouveaux outrages. Quand elle eut rendu le dernier soupir, les Anglais, craignant qu'on ne dît qu'elle s'était évadée par miracle ou par maléfice , ordonnèrent au bour-
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reau d'écarter le feu, pour montrer au peuple son corps dépouillé , et ôter ainsi tout soupçon sur son identité, «Et quand ils l'eurent assez, et à leur « gré , vue toute morte , dit une chronique conc( temporaine , le bourreau remit le feu sous le « cadavre , qui fut réduit en cendi-es. » Cependant le cœur et les entrailles résistèrent à l'action des flammes et aux efforts du bourreau. Il a déclaré et affirmé lui- même qu'il n'avait pu réduire en cendres ces parties , malgré l'huile, le soufre et le charbon qu'il y avait appliqués , ce qu'il regardait comme un miracle évident. Informé de cette particularité, et craignant l'effet qu'elle pouvait produire sur l'esprit du peuple, le cardinal de Winchester ordonna que les cendres , les os, en un mot, tout ce qui restait de la malheureuse Jeanne, fût jeté dans la Seine: ce qui fut exécuté.
Ainsi périt, âgée de moins de dix-neuf ans, après un an de captivité, cette fille extraordinaire, cette héroïne qui avait sauvé la monarchie d'une chute ju^ée inévitable, et porté à la puissance britannique une atteinte si profonde , que ses armées, poursuivies de défaite en défaite , finirent par être forcées d'abandonner les rivages de la France. Quelle foule de rétlexions fait naître à l'esprit le tragique dénoùment de cette histoire ! Ce qui frappe surtout, c'est l'atroce barbarie , la
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froide cruauté, l'acharnement brutal de ses ennemis contre une enfant, une jeune vierge qui n'oppose à ses bourreaux que le langage de la candeur, de rinnocence et de la vérité. Ce qui frappe également , c'est l'oubli des Français pour Théroîne qui leur avait appris le chemin de la victoire; c'est l'ingratitude de Charles VII pour celle qui lui avait replacé la couronne sur la tête. On a bien parlé , il est vrai , d'une entreprise qu'auraient formée Xaintrailles et quelques chevaliers réunis à Beauvais pour s'emparer de Rouen par un coup de main, et l'on a supposé qu'ils avaient l'intention de sauver la Pucelle; mais, outre que cette expédition aventureuse n'offrait aucune chance de succès, était-ce par une tentative de cette nature qu'il fallait entreprendre de délivrer Jeanne d'Arc? Ne pouvait-on employer la voie des négociations, offrir une rançon , comme on l'eût fait pour un général ou pour un prince? Et si ces moyens n'avaient pas réussi , on aurait pu alors tenter le sort des armes , non pas avec une poignée de braves, mais en faisant un appel à ces nombreux guerriers que Jeanne avait tant de fois conduits à la victoire. Et si tous ces efforts eussent été sans résultat, on aurait du moins sauvé l'honneur et effacé la tache d'iugratitnde qui ternit la mémoire de ceux qui avaient tant d'obligations à l'illustre héroïne.
Mais pourquoi nous arrêter à ces amères réflexions sur l'oubli et l'ingratitude des hommes? Élevons plutôt nos pensées à des considérations d'une autre nature, et adorons la sagesse divine dans la mort de Jeanne d'Arc , comme nous l'avons admirée clans sa vie. Si Jeanne n'a pas trouvé ici-bas la récompense que méritaient ses vertus , c'est que Dieu s'était réservé de lui accorder luimême une récompense mille fois plus glorieuse et surtout plus durable que ne l'auraient pu faire tous les rois de la terre. Victime pure et sans tache , elle était destinée sans doute à expier les crimes de k France, et à imiter ju>qu'à son dernier moment Celui qu'elle avait tant aimé pendant sa vie, et dont le nom s'échappa encore de son cœur avec son dernier soupir. Cette idée consolante soulage l'âme chrétienne qu'attriste le récit de tant de malheurs, en lui rappelant cette vérité salutaire , qu'au delà du tombeau il est une autre vie où le juste persécuté sur la terre trouve la récompense de ses vertus.
Pour apaiser la clameur publique, qui proclamait hautement que la sentence de Jeanne était injuste et avait été l'ouvrage de la haine, les juges imaginèrent un moyen qu'ils crurent capable de ramener l'opinion en leur faveur. Huit jours après sa mort , on commença une information , afin de prouver par témoins qu'elle avait
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reconnu la fausseté de ses visions. Cet acte extrajudiciaire, qui n'est d'ailleurs signé ni par les témoins que Ton y fait figurer, ni par les notaires greffiers du procès, commence par ces mots : «Le jeudi 17 du mois de juin de la même année 1431, nous juges ci-devant dénommés^ avons, de notre office, fait de certaines informations sur plusieurs choses que la feue Jeanne avait dites devant des personnes dignes de foi, étant encore en prison, avant qu'on la menât en jugement.» Suivent les prétendues déclarations des témoins. De son côté, le gouvernement anglais crut devoir se justifier, à la face de la France et de l'Europe, par deux espèces de manifestes , de la conduite qu'il avait tenue dans cette affaire. Le premier, écrit en latin, est adressé à l'Empereur, aux rois , aux ducs , et à tous les princes de la chrétienté ; l'autre , en français, est adressé aux prélats, aux églises, aux comtes, aux nobles et aux villes du royaume de France. Ces lettres patentes contiennent un récit des prétendus crimes imputés à Jeanne , et de la manière dont il avait été procédé contre elle. On y lit, entre autres, « qu'après son péché de rechute (c'est-à-dire quand elle eut été forcée de reprendre ses habits d'homme) elle fut derechef prêchée et délaissée à la justice séculière, qui la condamna incontinent à être brûlée. » Et il était de notoriété publique
que lesjngps séculiers n'avaient prononcé aucun jugement! On ajoute ensuite que, «voyant approcher sa fin , elle reconnut pleinement et confessa que les esprits qu'elle disait être apparus à elle souventes fois étaient mauvais esprits et mensongers, et que la promesse que iceux esprils lui avaient plusieurs fois faite de la délivrer était fausse; et ainsi se confessa par lesdits esprits avoir été moquée et déçue. » Voilà l'avantage qu'on se proposait de tirer de l'information tardive , et entachée de nulUté complète , faite après sa mort.
Dans la lettre adressée aux évêques , on les engageait à en faire publier le contenu dans les lieux de leurs diocèses où ils jugeraient convenable de le faire, « par prédications, sermons publics et autrement, pour le bien et exaltation de notre sainte foi et édification du peuple chrétien. » On obtempéra en beaucoup d'endroits à ces invitations. A Paris, surtout, où beaucoup de gens avaient encore une si grande haine des Armagnacs et du roi , on s'empressa d'obéir au désir du gouvernement anglais. Le 4 juillet , il y eut à Saint-jMartin-des-Champs une procession générale suivie d'une prédication pour informer le peuple du jugement et des crimes de la Pucelle. Ce fut un dominicain inquisiteur de la foi qui fit ce sermon. Une se borna pas aux imputa-
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dons du procès, ni aux faux motifs du jugement, il raconta encore aux Parisiens beaucoup d'autres mensonges et rumeurs populaires.
Toutes ces démarches, tous ces mensonges officiels , toutes ces calomnies solennelles ne changèrent pas l'opinion des peuples touchant la conduite du gouvernement anglais et des juges, et surtout dans les lieux théâtres de leurs crimes ; il n'en demeura pas moins établi dans tous les esprits, en France et dans les pays chrétiens, que les Anglais avaient cruellement mis à mort cette pauvre fille par une basse vengeance, par colère de leurs défaites, et en mettant leur volonté à la place de la justice. Les juges, et ceux qui prirent part à la mort de Jeanne, encoururent une note d'infamie dans Fesprit du peuple, qui les montrait au doigt et les chargeait de malédictions (1). » Effrayés de cette roanifeàtation de l'opinion publique, ils sollicitèrent des lettres de garantie du roi d'Angleterre ; elles leur furent accordées le 12 juin 1431, treize jours après la mort de Jeanne. Dans ces lettres patentes , le roi d'Angleterre déclare que , « dans le cas où , à raison du procès fait à la Pucelle , on voudrait mettre en cause devant le Pape, le concile général, ou les délégués de l'un ou de l'autre, l'évêque de Beauvais, le vice- inquisiteur, les docteurs
(1) Déposition du notaire Bois-Guillaume.
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et autres qui se sont entremis dans cette affaire , il s'engage à les aider et détendre en jugement et liors, à ses propres frai s et dépens, promettant de s'adjoindre au procès qu'on voudrait leur intenter, et de faire poursuivre la cause à ses frais et dépens. »
Mais toutes ces précautions ne pouvaient étouffer le cri de leur conscience , et des garanties contre la justice des hommes n'étaient pas des garanties contre le jugement de Dieu. On a remarqué que la plupart de ceux qui participèrent directement ou indirectement à l'assassinat de Jeanne d'Arc eurent une fin malheureuse.
Pierre Cauchon mourut subitement le 18 octobre 1442, pendant qu'on lui coupait les cheveux.
Le promoteur d'Estivet, qui avait accablé Jeanne des plus infâmes injures pendant la cause du procès, mourut dans un colombier hors de la porte de Rouen ; on trouva son cadavre tout souillé des immondices dans lesquelles il s'était roulé pendant les convulsions de l'agonie.
L'Oiseleur mourut subitement dans une église, à Ijàle.
Nicolas iMidy, qui avait prêché Jeanne le jour de sa mort, fut frappé quelques jours après de la lèpre , et en mourut.
Le duc de Bedford mourut en 1435, quatre ans après la Pucelle , et dans ce même château de
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Roaea,où elle avait été enfermée, da chagrin et de la honte que lui fit éprouver la ruine de la puissance anglaise.
Henri VI, au nom de qui la Pucelle fut sacrifiée, quoiqu'il fût trop jeune pour avoir pris une part directe à sa mort , fut le plus malheureux de tous ceux qui y avaient plus ou moins contribué. Deux fois détrôné par la maison d'York, il passa une partie de sa vie dans la captivité, et enfin périt massacré en 1461 , par les ordres de son cousin Edouard IV.
On a remarqué enfin que Charles VII luimême , accusé de n'avoir pas fait tout ce qui dépendait de lui pour la délivrer, mourut de faim en 1462, en proie aux plus cruelles douleurs morales et physiques, après s'être abstenu pendant cinq jours de toute nourriture, dans la crainte d'être empoisonné par son propre fils , qui depuis fut le roi Louis XI.
Nous ne donnons pas ces rapprochements, ces conjectures, ces remarques, comme une manifestation incontestable des effets de la justice divine; car il ne nous appartient pas de sonder ses décrets impénétrables ; mais ce qu'il y a de certain et de vraiment incontestable , c'est que le crime n'est pas resté impuni, et que, s'il n'a pas été expié sur la terre , c'est parce que Dieu , qui a l'éternité pour accomplir sa justice, a voulu se réserver
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une autre vie pour punir les bourreaux , comme il l'axait fait pour récompenser la victime. Ce qui semble confirmer cette dernière pensée, c'est que ceux qui avaient pris une part directe à la condamnation de Jeanne échappèrent tous à la justice humaine, quand elle voulut exercer contre eux ses poursuites, comme la jeune héroïiie avait échappé aux récompenses et aux honneurs qu'on lui réservait sur la terre. En effet, quand qp s'occupa du procès de révision dont nous al'ons parler , les juges recherchèrent les coupables ; ir.ais tous étaient morts, à l'exception du viceinquisiteur Jean le Maistre.qiii.àce qu^on croit, vivait encore , mais qui sut se déruber aux poursuites de la justice, soit en se tenant caché, soit en passant en pays étranger.
Cependant toutes les prédictions de Jeanne d'Arc s'accomplit eut. Dans son interrogatoire du 1'^' mars 1430 elle avait dit « qu'avant sept ans les Anglais abandonneraient un plus grand gage qu'ils n'avaient fait devant Orléans; et au mois d'avril 143G la ville de Paris était rentrée sous l'obéissance de Charles Yll, et les Anglais en avaient été honteusement chassés.
En 1440 le duc d'Orléans obtint sa liberté, comme l'avait prédit la Puctlle; et il ((uitta l'Angleterre, où il était pri^miiier depuis la bataille d'Azincourt.
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Le roi s'empara successivement des villes principales de la Normandie : le 11 novembre 1449, il fît son entrée à Rouen , et il y termina la conquête de cette province par la prise de Cherbourg, le 12 août de l'année suivante. Le Jà ses armées passèrent en Guienne, seule province encore au pouvoir des Anglais, De nouveaux succès signalèrent cette exp'^'dition , et dès l'année 1451 la Guienne tout entière reconnaissait Fautorilé de Charles Vil. Enfin la célèbre bataille de Cas'illon, livrée en Perigord le 17 juillet 1452, et oij périt le fameux Talbot, acheva l'expulsion des Anglais du midi de la France.
Ainsi s'accomplit cette prédiction de la Pucelle tant te fois réitérée : « que les Anglais perdraient tout en France. »
Dès que roi s'était vu maître de Rouen et de la Normandie, il avait donné des ordres pour faire réviser le procès de Jeanne d'Arc, et poursuivre les auteurs de sa mort; mais, comme le jugement avait été prononcé par un tribunal ecclésiastique , il fallut que la nouvelle procédure s'instiuisît en suite des ordres émanés du souverain Pontife. Les Angles , qui avaient intérêt à empêcher la révision d'un procès qui les couvrait de bonté, firent tant par leurs intrigues auprès de la cour de Rome , que les démarches tentées au nom de Charles Yll furent sur le point
d'échouer. Un fit alors a^ir la famille de Jeanne d'Arc ; une supplique adressée en son nom fut enfin accueillie en 1451 par le pape Calixle III, nouvellement élevé sur le siège pontifical. H accorda les lettres apostoliques demandées dans la SLippU'jue , et , par un bref daté du 3 des ides de juin 1455, il nomma Tarchevèque de Rouen, Tévêque de Paris, Tévéque deCoutances, et un inquisiteur, commissaires chargés de la révision du procès de Jeanne , et de prononcer un nouveau jugement.
Autant on avait mis de précipitation, d'irrégularité , de haine dans la première affaire , autant dans la nouvelle instruction on mit de lenteur, d'ordre et d'impartialité. Rien ne fut épargné pour éclairer la justice : enquêtes, productions de pièces , examen scrupuleux de toute la première procédure, avis des docteurs et des évêques les plus renommés par leur instruction et leur piété. Enfin, le 7 juillet 1456, les juges commissaires prononcèrent leur sentence définitive, longuement motivée.
Après le préambule, dans lequel les juges rendent compte sommairement de tous les détails de li procédure, ils prononcent d'abord sur le chef des douze assertions qui avaient motivé la condamnation de Jeanne; ils les déclarent « insidieusement, méchimment, calomnieusement ,
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frauduleusement et malicieusement extraites des confessions de Jeanne. . . »
En conséquence, le jugement « casse les douze articles comme faux, calomnieux, pleins de dol, non conformes aux aveux de Jeanne , et il les condamne à être judiciairement lacérés. »
Prononçant ensuite sur le fond même de l'affaire , c'est-à-dire sur les deux jugements rendus contre Jeanne d'Arc , les juges s'expriment ainsi :
« Yu tout ce qui est au procès ; vu principalement les deux jugements rendus contre Jeanne d'Arc;
« 1" Considérant d'abord la qualités des juges ;
« 2° La manière dont Jeanne était défendue et gardée;
« 3" Les récusations de ses juges;
« 4° Ses soumissions à l'Église ;
« ^° Ses appels et réquisitions multipliées par lesquels elle a soumis au Pape et au Saint-Siège ses actions et ses discours, et très-instamment requis à plusieurs fois que le procès fût envoyé en entier au Pape;
(( 6° Considéré que l'abjuration insérée au procès est fausse ; que celle qui a eu lieu était l'effet du dol ; qu'elle a été arrachée par la crainte en présence du bourreau et du bûcher, et par conséquent tortionnaire et imprévue, et que,
de plus , elle n'a pas élé comprise par Jeanne d'Arc ;
« Vu enfin les traités des prélats et solennels docteurs de droit divin et humain, concluant tous à la nullité et à l'injustice du procès;
« Tout considéré et n'ayant que Dieu en vue,
« Nous disons que le procès, l'abjuration et les deux jugemeiits rendus contre Jeanne d'Arc contiennent le dol le plus manifeste , la calomnie et l'iniquité, avec des erreurs de droit et de fait; et, eu conséquence, le tout est déclaré nul et invali le, ainsi que tout ce qui s'en est suivi, et, en tant que de besoin, est cassé et annulé comme n'ayant ni force ni vertu. En conséquence, Jeanne, les demandeurs (sa mère et ses frères), et leurs parents , sont déclarés n'avoir encouru aucune note ni tache d'infamie à leur occasion , dont , en tout événeme.jt , ils sont complètement lavés et déchargés. » •
Le surplus des dispositifs concerne les réparations dues à la mémoire de Jeanne d'Arc. Il est ordonné que le jugement sera publié solennellement dans la ville de Rouen; qu'il y sera fait deux processions, avec prédication publique, l'une à la placé Saint -Ouen , où s'est passée la scène de la fausse abjuration; l'autre, le lendemain , au lieu même de l'exécution ; qu'il sera placé dans ce dernier endroit une croix, pour perpétuer le
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souvenir de cet horrible évéaement; qu'enfln il sera fait dans toutes les villes du royaume et dans tous les lieux remarquables que les juges eux-mêmes trouveront à propos de déterminer, une notable publication du jugement intervenu. Telles sont les principales dispositions de ce jugement aussi juste que célèbre, tardive et insuffîîîante réparation d'un crime atroce. Mais c'était tout ce que pouvait faire la justice humaine. Déjà, et depuis longtemps, une autre justice avait prononcé son arrêt irrévocable.