CONCLUSION
Aucune histoire ne repose sur des matériaux aussi certains , aussi authentiques que celle de Jeanne d'Arc , puisque tous les faits qui la composent résultent des informations juridiques et des dépositions de plus de deux cents témoins de tout âge, de tout sexe et de toute profession , qui ont élé entendus dans les deux procès dont nous venons de rendre compte. Environ trente manuscrits existant encore aujourd hui da is la bibliothèque du roi déposent, comme pir l'effet d'une justice divine, des vertus et de l'innocence de cette auguste victime, et portant au plus haut
degré l'évidence historique îles faits les plus surprenants de sa merveilleuse histoire.
Les écrivains de Técole de Voltaire ont essayé d'écarter lout le merveilleux de la vie de Jeanne (l'Arc. On conçoit que ceux qui nient les miracles de la religion refusent de croire à des faits qu'il n'est guère possible d'expliquer sans admettre une intervention divine. Cependant l'histoire de cette fille miraculeuse arrache aux auteurs de l'Encyclopédie un aveu bien remarquable. « Ce que nous avons rapporté de Jeanne d'Arc (disent-ils, P"" vol. de l'hist., page 475) et des résultats de son procès, combiné avec le récit des historiens , se sent sûrement beaucoup de l'enthousiasme qu'inspire cette fille singulière. La philosophie peut en retrancher ce qu'elle voudra... Cet instrument fut du moins bien actif et bien efficace ; peut-être en tout , ce phénomène historique est-il inexplicable. La condition, le sexe, Vù<;e, les vertus, la 'piété, la valeur , l'humanité , la bonne conduite, les succès de ce vengeur inattendu de Charles VII, offrent un ensemble où le merveilleux domine, (/uelque effort que l'on fasse pour l'écarter et l'affaiblir. »
Mais écoutons un des historiens les plus di lingues de nos jours, M. Charles Nodier, résumer dans ce passage toute la vie de Jeanne d'Arc, et en tirer la seule conclusion qui se pré-
sëntera à l'esprit de tout homme raisonnable et chrétien :
« Quand on suit, dit- il, cette jeune héroïne au milieu de ces mêlées sanglantes, sur ces murailles ébranlées qui vont un instant plus tard couvrir l'ennemi de leurs ruines, et qu'on la voit, impassible, n'opposer à l'effort des soldats furieux que son étendard flottant ou le revers de sa hache d'armes; quand on entend cette paysanne haranguer les premiers chevaliers du royaume, les hommes les plus polis et les plus distingués de son temps, dans des termes qui les remplissent d'étonnement et de respect; quand on développe celte longue suite de faits si difficiles à prévoir, qu'elle a pourtant annoncés, et qui se sont toujours vérifiés suivant ses paroles , soit pendant qu'elle était à la tête des troupes , soit même depuis que , tombée dans les mains des Anglais et livrée à ses bourreaux , elle cessa d'exercer la moindre influence sur les événements; quand on retrouve l'héroïne d'Orléans dans cette procédure monstrueuse, dernière épreuve de tant d'innocence et de vertu; quand on l'entend invoquer encore, au milieu des flammes près de la dévorer , les benoîts saints et saintes dont elle a raconté , avec une conviction si profonde , avec des détails si ingénus, la merveilleuse assistance; quand on se rappelle qu'à ce moment suprême
elle n'avait que dix-huit à dix-neuf ans, et qu'elle venait de passer sous les yeux du monde une jeunesse pleine de pureté et de gloire, qui n'avait pas même laissé de prétexte au plus léger soupçon , il est malaisé de ne pas croire que l'être le plus étonnant qui ait jamais honoré l'humanité avait reçu sa mission d'une puiî-sauce supérieure à l'humanité. »