‹ Histoire de Jeanne d'Arc dite La Pucelle d'OrléansChapitre 2 sur 29 · CES OUVRAGES ONT ÉTÉ ACHEVÉS LE XXV AOUT M DCCC XX · texte numérisé non relu

CES OUVRAGES ONT ÉTÉ ACHEVÉS LE XXV AOUT M DCCC XX

La démence de Charles Vï avait livré le pouvoir à ses oncles les ducs de Bourgogne et de Berri, et à son frère, le duc d'Orléans. Celui-ci, doué de qualités brillantes et chevaleresques, qu'obscurcissaientdesdéfautsnon moins saillants, secondé parla faveur de la reine Isabelle de Bavière,sabelle-sœur, s'empara bientôt del'autorité au préjudice de ses oncles. Cependant le duc de Bourgogne, Philippe le Hardi, à la tête d'un parti nombreux, résistait seul à l'ascendant de son neveu. Bientôt sa mort sembla rendre le duc d'Orléans maître absolu du royaume; mais lenouveau duc de Bourgogne, surnommé Jean sans Pew, prince ambitieux, dissimulé et cruel, préparait sourdement sa chute. 11 sut se rendre populaire en s'opposant à l'établissement de quelques impôts; il gagna l'université, si puissante alors, et bientôt il arriva dans Paris à la tète d'une armée. Le prince et le duc d'Orléans, eifrayés, prennent la fuite. Ce dernier rassemble la foule de ses partisans et toute la noblesse, indignée des lâches complaisances du duc de Bourgogne pour la populace. Une guerre sanglante allait éclater entre les deux rivaux. Jean, qui pouvait en craindre les suites, tente de se réconcilier avec son adversaire. Une négociation est entamée; des protestations de part et d'autre sont échangées; larécon-

b INTRODLCTIOX.

ciliation ost cimentée par les serments les plus sacrés, par la participation au saint sacrement de rautcl, et le lendemain de cette cérémonie le duc d'Orléans est assassiné par des gens aux gages du duc de Bourgogne.

Débarrassé de son redoutable antagoniste, Jean ne craint pas de se vanter de son crime, et il est applaudi par une populace féroce gagnée à prix d'ai-^ent et à force de bassesses. Les partisans du duc d'Orléans sont consternés. Cependant le lils de ce prince, le nouveau duc d'Orléans, fort du secours de son beau- père le comie d'Armagnac, entreprend de venger la mort de son père. Bientôt le dur d'Armagnac est à la lête d'un parti puissant, composé principalement des nobles et de tous ceux qui avaient été attachés à la fortune du duc d'Orléans.

La France se vit alors partagée en deux factions rivales, les Bourguignons et les Armagnacs. De tous côtés le sang commença à coule r. Les bouchers de Paris, dignes auxiliaires du duc de Bourgogne, se signalèrent surtout par leur férocité. Le duc de Bourgogne poussa l'audace jusqu'à vouloir s'emparer de la personne du roi. Mais ce complot ne réussit pas, et tourna cette fois à la honte de son auteur. La cour, le peuple même, mobile dans ses affections, se déclarèrent contre lui, et il se vit forcé de prendre honteusement la fuite.

L'habile Henri V régnait alors en Angleterre; profitant dos troubles qui agitaient la Franco, il réclame la couronne de ce royaume en vertu des prétendus droits d'iMouaid III, el sans perdre un moment il s'embarque avec une armée, et vient s'emparer d'Harfleui'. Cet événement fuit oublier à la nation les dissensions qui {l'agitent ; toutes les querelles particulières sont suspendues; on n'éprouve qu'un besoin, on ne forino qu'un vœu, l'expulsion de l'étranger. En peu de temps une armée quatre l'ois plus nombreuse que celle de Henri est réunie; mais elle n'a point de chef; elle agit au ha-

sard , avec imprudence , avec étourderie ; et l'ennemi , dirigé avec autant de sagesse que de valeur par Henri V, remporte dans les champs d'Azincourt une de ces victoires sanglantes qui changent la fortune des empires. Huit mille gentilshommes français furent tués; trois princes du sang, les ducs d'Orléans, de Bourbon, d'Alençon, et une foule de grands seigneurs tombèrent au pouvoir des Anglais. Trois mille prisonniers furent égorgés de sang-froid un quart d'heure après la victoire. Henri V ne put profiter sur-le-champ d'un succès si important. Le manaue d'argent et de troupes le força à repasser la mer; mais il trouva bientôt dans l'appui des factions un secours qu'il n'aurait pu espérer de la force de ses armes.

Le comte d'Armagnac, revêtu delà dignité de connétable et de surintendant du royaume, exerçait un pouvoir despotique et violent qui le fit abhorrer. Le duc de Bourgogne, dont les partisans avaient été proscrits par le connétable, se lia secrètement avec Henri V par un traité où il le reconnaissait pour roi de France. Isabelle de Bavière, cette femme qui excite une si juste horreur, comme reine, comme épouse et comme mère, vivait à Vincennes dans un désordre public. Le comte d'Armagnac , d'accord avec le nouveau Dauphin , qui depuis fut Charles VH, l'exila à Tours, où elle était retenue comme prisonnière. Isabelle, Jusqu'alors ennemie de Jean sans Peur, changea tout à coup de sentiments , et se ligua avec lui , pour se venger à la fois du comte d'Armagnac et de son (ils. Le duc de Bourgogne ayant réussi à l'enlever de Tours, elle établit un parlement à Troyes, reprit le titre de régente que Charles VI lui avait une fois accordé , et plongea la monarchie dans une contusion qui présenlait l'image du chaos.

Le duc de Bourgogne entre dans Paris par trahison; sa faction reprend le dessus ; un massacre horrible signale son triomphe. Ceux qui échappent sont jetés dans

les prisons et bientôt livrés à la populace, qui les égorge impitoyablement. Le connétable d'Armagnac , le chancelier, une foule de citoyens sont mis en pièces, traînés dans les flots de la Seine , précipités du haut des tours sur les lances des soldats. Le bourreau, à la tête de la populace, présidait à ces scènes de carnage. On vit le duc de Bourgogne causer amicalement avec lui, et celui-ci lui prendre la main en signe d'alliance et de fraternité. Le jeune Dauphin, enlevé de son lit parTanneguy du Chàtel, n'avait dû la vie qu'au dévouement de ce guerrier. Suivi d'une grande partie du parlement, ce prince se retira vers la Loire, et rallia autour de lui tous ceux qui purent échapper au fer des assassins. La reine vint à Paris, où elle fit une entrée triomphale, et fut accueillie par des cris d'allégresse et des chants de victoire. Bientôt une horrible contagion vint punir Paris dans sa joie homicide , en moissonnant cent mille personnes dans l'espace de trois mois.

Tant de crimes, tant de fléaux , semblaient frayera Henri V un chemin vers le but oîi tendait son ambition. Jl ne laissa pas échapper des circonstances si favorables. Bientôt, à la tête d'une nouvelle armée, il s'empara de presque toute la Normandie. Rouen lui opposa une longue et vigoureuse résistance; mais, privée de secours, cette ville se vit obligée de se rendre. Un des premiers actes d'autorité exercés dans Rouen par Henri lut de faire frapper des pièces de monnaie portant cette inscription ;

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