LE 8 MAI
Lorsque la victoire eut réalisé les promesses de Jeanne d'Arc, la vierge guerrière, au cœur chrétien et reconnaissant, alla processionnellement à Notre- Dame -des-Miracles-de-Saint-Paul, prier Celle qui est le secours des chrétiens de remercier le Dieu des batailles de la déhvrance d'Orléans. La pensée pieuse de l'héroïne fut comprise des Orléanais, et chaque année, depuis 1430, une fête commémorative et religieuse fut célébrée le 8 mai dans la cité fidèle et conservatrice de la nationalité française. Je me trompe, il y eut des interruptions : à l'époque de l'occupation d'Orléans par les calvinistes, depuis 1792 jusqu'en 1804, et après l'effervescence populaire de 1830.
Depuis 1840, la religion a été rappelée à la cérémonie du 8 mai, qui a subi bien des transforma-
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tions, et que nous nous contenterons de vous peindre telle qu'elle fut en 1847(1).
La veille, plus d'office religieux; des salves d'artillerie, les coups graves et lents du marteau du beffroi annoncent seuls la fête du lendemain. Quelquefois les symphonies d'une musique guerrière se t'ont entendre autour de la statue de l'héroïne. Le 8, dès le matin, la ville de Jeanne d'Arc, habituellement calme, morne, s'émeut, s'agite; ses barrières vomissent des flots de curieux accourus de tout le département et même des provinces voisines. Le pavé des rues privilégiées disparaît sous les rangs pressés de la foule ; des groupes animés, appuyés sur les balustres des fenêtres, présentent ;i l'œil enchanté une mosaïque aussi élégante que variée. Partout se révèlent la joie, le patriotisme et la reconnaissance pour Jeanne. Le bronze tonne, l'nirain des cloches retentit, les portes de la basilique roulent sur leurs gonds, et bientôt se pressent autour du sanctuaire le prêtre, le militaire, le magistrat, le fonctionnaire, le bourgeois, l'artisan, le paysan et le citadin. Le sacrifice saint est offert; l'orateur sacré, désigné par le maire, agréé par l'évr-que, prononce l'éloge de Jeanne d'Arc, et la procession se met en marche. Un détachement de gendarmes à cheval écarte la foule et s'avance en tête; il est suivi d'un peloton de gardes nationaux
(1) En 18!i8el 1849, la procession religieuse se fit dans l'intérieur ilf l'église. Il y eut it l'oxiérieiir une sorte de marche militaire.
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aussi à cheval, de quelques compagnies de pompiers. La troupe et la garde nationale à pied forment la haie : la ligne ferme la marche.
Prêtez Toreille. Entendez- vous ces symphonies tantôt douces et langoureuses , tantôt mâles et sonores : c'est un hommage rendu à Jeanne la Pucelle par les musiciens de la cité ou de la garnison. Mais les sons mélodieux des instruments ont cessé; la voix grave et pleine des choristes leur succède; rÉglise prête ses hymnes et ses cantiques à la reconnaissance des Orléanais, pour célébrer le Dieu qui confondit Torgueil d'Albion et releva la France humiliée. Lacroix s'élève sur douze points à la fois; elle précède le clergé des douze paroisses de la ville, qui vient aussi payer son tribut à la pieuse bergère.
Jadis les habitants du ciel eux-mêmes prenaient part à la fête ; leurs restes sacrés, renfermés dans des châsses pieuses, accompagnaient le cortège.
Aujourd'hui l'on n'y voit plus qu'une parcelle précieuse de la croix véritable sur laquelle le Sauveur a consommé son sacrifice. Elle est portée par quatre lévites en tuniques.
Plus de bannière de la Pucelle, plus de bâtons des corporations, plus même de drapeaux de la confrérie des Mariniers, que Ton voyait naguère encore.
Et le représentant de Jeanne d'Arc, et les rosières ! tout a disparu ; le présent a divorcé avec le passé. La conservation des antiques usages a pourtant bien aussi sa poésie !