‹ Histoire de Jeanne d'Arc dite La Pucelle d'OrléansChapitre 6 sur 29 · b UlSTOlRli · texte numérisé non relu

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prêtre attaché à Ja paroisse de Vaucouleurs, confesseur de Jeanne , et un grand nombre d'autres. Quelques personnes lui ayant fait ob^erver qu'il était dangereux de se mettre en route , vu le grand nombre d'hommes d'armes qui battaient le pays aux environs de Vaucouleurs : k Je ne « crains pas les hommes d'armes , répondit-elle « avec fermeté, et je trouverai le chemin libre ; . « car s'il y a des hommes d'armes sur la route, « j'ai Dieu mon Seigneur qui me fera mon chett min jusqu'à monseigneur le Dauphin. » Si quelqu'un témoignait son élonnement de la voir, si jeune et malgré la faiblesse de son sexe , accepter de si grands périls : « Que voulez-vous? « répondait-elle, c'est pour cela que je suis née. » Au reste les esprits célestes qui lui faisaient entendre leurs voix n'avaient pas néghgé de lui prêter en cette occasion le secours de leurs exhortations. « Va hardiment , » lui avaient plusieurs fois répété ces voix, et Jeanne marchait avec l'assurance que donne l'appui du Seigneur. L'adieu du sire de Beaudricourt n'avait pas été si encourageant. « Va, lui avait-il dit, et avienne que « pourra! » Au fait, que serait-il avenu si Jeanne n'avait eu que des encouragements humains? Ce fut le dimanche 13 février 1428 (1) que

(1) l{t28, si l'on coinplc, comme l'on faisait alors, l'année à partir de la féie de Pâques; et le 13 février 1^129, si l'on compte du 1«' jauvier, couime on l'a fait plus tard.

Jeanue et ses compagnons quittèrent les murs de Vaucouleurs. Tous ceux de son escorte ne partageaient pas sa confiance et sa fermeté. Jean de Melz et de Poulengy eux-mêmes avouent qu'au commencement du voyage ils éprouvèrent des doutes et des craintes. On peut juger d'après cela des terreurs qui devaient agiter les subalternes employés dans cette aventureuse expédition. Quelques-uns d'entre eux ont avoué depuis c( qu'ils l'avaient d'abord prise pour une folle ou une sorcière, et qu'effrayés des périls auxquels elle les exposait , ils avaient formé le projet de la mettre dans quelque prison; mais à peine eurentils commencé à la suivre, que, se trouvant entièrement disposés à faire tout ce qui lui plairait, ils éprouvaient autant de désir de la présenter au roi qu'elle en avait elle-même de lui être présentée, et ne pouvaient résistera ses ordres. » Ainsi cette jeune fille, si timide autrefois, soumettait à sa volonté, ou plutôt au pouvoir surnaturel qui la faisait agir , tous ceux qui l'approchaient. Le premier jour de leur voyage fut celui où ils éprouvèrent le plus d'inquiétudes , à cause des Anglais et des Bourguignons , qui occupaient tous les pays qu'il leur fallait traverser; ce qui les détermina à ne point s'arrêter le soir de ce jour-là , mais à marcher toute la nuit. Ils arrivèrent le lendemain à Saint-Urbain, bourg situé sur

la Marne, à une lieue à l'est de Joinville, et trouvèrent pour k nuit un asile dans l'abbaye. De Saint-Urbain à Auxerre, ils firent plusieurs détours pour éviter les chemins et les endroits trop fréquentés , dans la crainte d'être remarqués et reconnus, ce qui les mit souvent dans la nécessité de passer à gué des rivières assez considérables, telles que la Marne, l'Aube, la Seine, grossies encore, à celte époque de l'année, par la fonte des neiges et les pluies ordinaires de cette saison. Au reste, il ne faut pas croire que Jeanne d'Arc approuvât toutesces précautions; elle s'y soumettait, mais plutôt par déférence pour le zèle et le dévouement de ses compagnons que par aucune crainte. A mesure que nos voyageurs avançaient , ils admiraient de plus en plus le courage calme, la conduite noble et toute chrétienne de la jeune héroïne. En l'entendant parler, en la voyant agir, tous les doutes qui avaient pu s'éveiller en eux sur la réalité de sa mission ne tardèrent pas à s'évanouir entièrement. Pendant les longues marches de la journée, ils s'entretenaient souvent avec elle; toujoursprêteà répondre aux questions qu'on lui adressait, elle le faisait avec bienveillance, d'une manière simple et ingénue, mais qui n'était dépourvue nidegràçeni de noblesse. « Etes-vous « bien sûre, lui demandèrent-ils un jour, de faire « ce que vous dites? — Ne craignez rien, répon-

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« dit-elle j tout cela m'est commandé; car mes « frères de paradis me disent ce que j'ai à faire. » Elle leur dit que ces voix s'entretenaient souvent avec elle depuis qu'ils voyageaient ensemble. Elle ajouta : « Il y a déjà quatre à cinq ans que mes (( frères de paradis et mon Seigneur (c'est-à-dire « Dieu) m'ont dit qu'il fallait que j'allasse à la « guerre pour recouvrer le royaume de France. » D'autres fois, pour les mieux encourager, elle leur disait : « Ne craignez rien ; car, quand vous « serez parvenus en la ville de Chinon , le noble « Dauphin vous fera bon visage. » Pendant les premiers jours du voyage, quelques-uns de ceux qui l'accompagnaient, voulant éprouver si l'assurance qu'elle montrait était réelle ou feinte, imaginèrent de s'écarter de la troupe et de revenir ensuite l'attaquer, en faisant semblant d'être Anglais ou Bourguignons ; et comme ceux qui étaient auprès d'elle feignaient de vouloir prendre la fuite : «Ne fuyez pas, leur disait-elle avec calme; c( eu mon Dieu ils ne vous feront aucun mal ! »

Sa conduite n'était pas moins remarquable que ses discours. Souvent elle avait témoigné le désir d'entendre la messe; tant qu'ils furent dans le pays occupé par Tennerai, ils n'y consentirent que deux fois, parce qu'ils craignaient que cela ne les exposât à être reconnus. Jeanne se soumit sans murmurer à leur volonté. Sa première peu-

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sée , en s'éveillant , était d'invoquer le Seigneur •en faisant le:;jgne de la croix : jamais ses compagnons ne virent en elle la moindre chose à blâmer; au contraire, elle se montra toujours à leurs yeux comme une sainte. De Metz et Poulengy, dont le témoignage subsiste, déclarent que dès lors ils ajoutèrent foi à ses paroles, qu'ils la regardaient réellement comme une envoyée du Ciel, et qu'en sa compagnie ils se sentaient enflammés de l'amour de Dieu dont elle était animée.

A Auxerre ils ne s'arrêtèrent que le temps qui fut nécessaire à Jeanne pour aller entendre la messe dans la principale église; ils partirent ensuite pour se rendre à Gien, oîi ils arrivèrent sans accident. C "était la première ville de la domination française que Jeanne eût rencontrée sur sa route. Dès lors, quoiqu'il lui restât presque autant d'espace à parcourir qu'elle en avait déjà traversé, elle allait voyager du moins dans des provinces restées françaises , et ses compagnons , plus que jamais remplis de coniîance en elle , n'auraient plus recours à toutes ces précautions minutieuses qui avaient allongé et rendu si fatigante la roule qu'elle venait de faire. Jeanne et ceux de sa suite ne craignirent plus de parler du but de leur voyage; le bruit s'en propagea rapidement, et bientôt il fut apporté jusqu'à Orléans, qui n'était pas tellement investi, qu'il n'y entrât de temps à

autre des personnes du parti du roi. Un jour, en effet , la nouvelle se répandit , sans qu'on sache par qui elle avait été apportée, «qu'une jeune bergerette (qu'on ne désignait déjà plus que sous le nom de îapucelle) avait passé à Gien, accompagnée de quelques gentilshommes des Marches de Lorraine, dont elle était originaire, laquelle avait annoncé qu'elle se rendait vers le noble Dauphin , qu'elle venait de la part et par ordre de Dieu faire lever le siège d'Orléans et conduire ensuite le roi à Reims pour y être sacré. )> Cette nouvelle extraordinaire circula rapidement dans la ville , et fut comme une lueur d'espérance qui annonçait le jour de leur délivrance prochaine.

Jeanne d'x^rc passa la Loire à Gien et continua sa route vers Chinon. Le voyage se fit sans accident. Arrivée à Fierbois, village de Touraine où se trouve une église dédiée à sainte Catherine célèbre par les pèlerinages dont elle était l'objet , Jeanne voulut s'y arrêter. Ne se trouvant plus qu'à vingt à vingt-quatre kilomètres de Chinon, elle pouvait se regarder comme arrivée au terme de son voyage, et elle résolut d'aller remercier l'une de ses protectrices célestes au pied d'un autel où elle était invoquée. Elle envoya delà au roi une lettre pour lui demander ses ordres, lui disant « qu'elle avait bien cheminé l'espace de cent cinquante lieues pour venir vers lui, à son secours,

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et qu'elle savait beaucoup de choses qui lui seraient agréables. »

En attendant la réponse à sa lettre , Jeanne se livra avec d'autant plus d'ardeur à tous les actes de dévotion auxquels elle était accoutumée, qu'elle en avait été plus souvent privée pendant son voyage; elle entendit jusqu'à trois messes dans un jour.

La réponse du roi ne se fit pas attendre , et Jeanne arriva le même jour à Chinon avant midi. ELle se logea dans une hôtellerie , chez une bonne femme, près du cLàteau de Chinon.

Ainsi s'était accompli, en onze jours seulement, malgré les nombreux détours qu'on avait été obligé de faire, uu voyage de six cents kilomètres , malgré les obstacles de toute nature , à travers un pays eimemi, à la fin de l'hiver, par des routes coupées de rivières profondes; ainsi s'annonçait une entreprise surnaturelle et miraculeuse par un fait qui lui-même pouvait être déjà regardé comme surnaturel et miraculeux.

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