I . . ^ , , . \ HT 1 de la cour
phni se retirèrent précipitamment a IVlelun àMeiun. avec les autres enfans de France : les ducs de Berry et de Bretagne, le sire de Montaigu et un grand nombre de seigneurs les suivirent.
Ainsi le meurtrier du duc d'Orléans resta maître de la personne du roi, et fit signer à ce
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faible prince des lettres patentes qui pronon-çaient l'abolition de toute recherche relative à l'attentat commis. Les grandes charges furent enlevées à ceux qui les possédaient, et données aux partisans les plus zélés du nouveau maître de l'Etat.
Ce prince téméraire, enhardi par la terreur de ses ennemis, et croyant son pouvoir inébranlable, osa, peu de temps après, s'éloigner de Paris pour marcher contre les Liégeois qui refusaient de reconnaître pour évêque son beau-frère, Jean de Bavière. Ce prélat prétendait jouir des avantages de sa nouvelle dignité sans recevoir l'ordination; car beaucoup de princes , dans ce temps , se croyaient au-dessus des lois religieuses, comme des lois civiles. Suite Les affaires de l'Eglise étaient, à cette époschisme. que , daus un aussi grand désordre que les affaires temporelles. Nous avons déjà vu que, par l'influence du duc d'Orléans, le roi était rentré , depuis quelques années , sous l'obédience de Benoît, qui lui promettait toujours de travailler efficacement à la paix de l'Eglise, dont il attribuait les troubles à la seule opiniâtreté de son concurrent; mais, sur ces entrefaites, l'antipape Boniface mourut: tout prétexte manquait alors à Benoît pour différer son abdication ; et il démasqua pleinement son ambi-
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tion, ainsi que sa mauvaise foi, en reftisant de descendre du siège pontifical.
D'un autre côté, les cardinaux romains, me- Élection prisant toutes les sollicitations qui leur étaient cent vu. adressées, élurent un autre antipape, sous le nom d'Innocent VIT , disant, pour unique excuse, qu'ils n'auraient pas agi de cette sorte, si le pape d'Avignon, plus sincère, avait voulu remplir ses sermens tant de fois prononcés, en abdiquant, et en rendant ainsi le calme à la chrétienté.
Dans ce moment, Benoît fit un voyage en Italie, aux frais de son clergé. Arrivé à Gênes, il demanda un sauf-conduit pour un légat qu'il prétendait envoyer à son rival, afin de s'entendre avec lui sur les moyens de terminer un schisme si scandaleux. Mais le nouveau pontife de Rome, non moins ambitieux que Benoît, refusa d'accorder ce sauf-conduit, sous prétexte des mauvais traitemens que le pape d'Avignon avait fait éprouver aux envoyés de son prédécesseur.
Cette insigne mauvaise foi des deux chefs de l'Eglise commençait à lasser la patience des princes, des nobles et des magistrats. Le parlement de Paris, indigné, crut devoir intervenir pour délivrer l'Église d'un schisme dont la durée, répandant partout la discorde, com-
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promettait également les intérêts de l'État et ceux de la religion. Une affaire de cette nature, mise en délibération, devait donner et donna lieu en effet aux plus vives discussions sur les limites à poser entre la puissance spirituelle et la puissance temporelle.
Ce fut ainsi que l'autorité pontificale, qui s'était vue près d'atteindre à la monarchie universelle, fut arrêtée dans ses conquêtes en voulant les étendre trop loin, trop vite, et en abandonnant le ciel pour la terre. Depuis, elle alla toujours en déclinant, plus par l'ambition des papes, que par l'habileté des princes et la raison des peuples. Une puissance spirituelle peut durer long-temps, parce que sa source est cachée dans les cieux; mais dès qu'elle veut devenir temporelle, elle appelle l'examen : ce que ne peut supporter aucun despotisme, aucune usurpation; car alors le voile tombe, l'homme seul reste, et le prestige disparaît.
Juvénal des Ursins, le plus éloquent magistrat de son siècle, soutint, dans ces débats, que le roi avait le droit, en consultant l'Université et les évêques, de prendre, dans cette importante contestation , le parti que sa conscience lui ferait regarder comme le plus conforme à la justice; et l'assemblée décida que le seul re-
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mède aux calamités dont l'Église était affligée, était la prompte convocation d'un concile général.
L'ambition des papes était vivace ; mais leur Élection vie était courte. Innocent VII mourut peu de glire'x' temps après son intronisation. Les cardinaux romains se montrèrent quelques jours incertains de la marche qu'ils devaient suivre; enfin ils élurent un nouveau pape, né à Venise, et qui prit le nom de Grégoire X. Mais cette élection fut conditionnelle, et on ne proclama Grégoire qu'après qu'on lui eut fait promettre d'écrire à Benoît, afin de convenir tous les deux de leur abdication simultanée. Le nouveau pape tint sa promesse ; il écrivit en effet à son concurrent, ainsi qu'à la plupart des princes de l'Europe.
Benoît, plus opiniâtre et trop vivement pressé, chercha le moyen d'éluder une démarche si formelle, et à laquelle il ne pouvait opposer aucun refus légitime : il proposa donc une conférence entre les cardinaux de Rome et ceux d'Avignon, afin, disait-il, de terminer régulièrement et définitivement cette longue et honteuse querelle.
Ce que l'artificieux pontife avait prévu , arriva ; les cardinaux discutèrent long - temps sans pouvoir s'accorder sur le lieu de leur ré-
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union. De part et d'autre, on disputa, on s'aigrit, on s'injuria, on se brouilla. Benoît garda son siège, et rendit au roi, ainsi qu'à l'Université de Paris, un compte peu fidèle des efforts impuissans qu'il avait tentés pour le rétablissement de la paix. Cependant les députés de Grégoire, plus effrayés ou plus concilians, déclarèrent qu'ils acceptaient Savone pour y tenir leur conférence; et une ambassade française fut envoyée aux deux papes , dans le but de les exhorter à se démettre de leurs dignités, en les menaçant de les y contraindre s'ils s'y refusaient.
On aurait cru, par ce moyen, enlever à Benoît tout moyen et tout espoir de prolonger son règne par de nouvelles ruses, toutefois il le tenta; mais les ambassadeurs ne lui accordèrent que dix jours pour se décider à conclure ou à rompre la paix.
Grégoire opposait aux négociateurs un autre genre de résistance, fondé sur des motifs politiques. Il ne pouvait, disait il, descendre du saint-siège, si préalablement on ne terminait pas les différends relatifs à la couronne de Naples, donnée à Ladislas par les papes de Rome, et à Louis d'Anjou par les papes d'Avignon. En même temps, ce pontife ambitieux, qui comptait peu sur l'appui de ses cardinaux, en
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nomma de nouveaux : les anciens, irrités de cet acte hostile, se retirèrent à Pise, bravèrent les censures du souverain pontife, et en appelèrent au concile général.
Cette dissension imprévue, parmi les membres du clergé italien, réveille tellement alors les espérances et l'ambition de Benoît, que, se croyant sûr de la victoire, il reprend le langage hautain de ses prédécesseurs, et menace d'excommunication tous les rois, princes et particuliers qui ne reconnaîtraient pas son autorité. A cette nouvelle, toute la France est émue; le clergé se rassemble, et décide que la bulle menaçante du pape sera déchirée. On arrête les porteurs de cette bulle, et ils sont exposés à la risée du peuple, devant lequel on les fait paraître avec des mitres de papier, sur lesquelles on avait écrit : Ils sont déloyaux à FÉg lise et au roi.
En même temps Grégoire, poursuivi par la haine publique, sort de Rome, et n'ose y retourner. Le maréchal de Boucicaut reçoit Tordre d'arrêter Benoît, qui se sauve et fuit jusqu'à Perpignan.
Enfin , de tous côtés , on demande la convocation d'un concile général à Pise. Il s'y réunit conciie le 25 mars '^. Ce concile déclara les deux anti- *^ * 1409-
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Election papes déchus : conformément à ce décret , les
n Ale.xan- il 7
die V. cardinaux réunis élevèrent au siège pontifical le cardinal de Milan, sous le nom d'Alexandre V. Telle fut la fui de ce long schisme, qui porta de graves atteintes à l'autorité des papes, et même en quelque sorte à la religion ; car rien n'est plus capable d'ébranler la foi due à l'Église, que les égaremens de ses ministres. Les abus se confondent naturellement avec l'institution ; et l'obéissance à la loi divine se refroidit, lorsqu'on voit ceux qui l'interprètent, la pratiquer si mal et la respecter si peu.
L'Eglise, fatiguée de ces honteuses querelles, respira; mais les troubles excités en France par la démence du roi, par l'ambition fougueuse de Jean -sans -Peur, par les vices de la reine Isabelle , par l'inexpérience du dauphin, et par les passions des autres princes, acquirent une force toujours croissante, et un mouvement de plus en plus rapide, dont le résultat ne pouvait être que funeste à la monarchie.
Le duc de Bourgogne avait trop compté sur la terreur inspirée par son nom : on se rassura. La reine, les princes et le connétable s'avancèrent sur Paris, et y rentrèrent sans obstacles avec trois mille hommes d'armes. La crainte, en s'éloignant, permettait à l'indignation d'éclater : son premier effet fut de dépouiller Jean-
au ouvre.
sans -Peur d'une autorité usurpée à force d'attentats et d'impudence.
On tint un grand conseil au Louvre : l'avo- consdi cat-général, Juvénal des Ursins , déclara que le l roi, voulant faire cesser les rivalités qui divisaient les princes, confiait, pendant les accès de sa maladie, le gouvernement de l'État à la reine et au dauphin.
Bientôt on vit paraître en deuil, dans la capitale, l'infortunée Valentine de Milan et le jeune duc d'Orléans son fds, avec une suite nombreuse, affligée et menaçante. Tous deux, avec le consentement du roi , accusèrent devant le parlement le duc de Bourgogne comme calomniateur, assassin et rebelle.
On avait récemment entendu, dans une morne stupeur, dans un silence honteux, l'apologie du crime; mais alors la justice, paraissant se réveiller, développa avec force , par l'organe de l'abbé de Cerisi , toute l'horreur de ce forfait. La réfutation fut aussi éloquente, aussi noble, aussi motivée que l'apologie avait été absurde et infâme; cependant, comme les meilleurs esprits portaient l'empreinte des mœurs du temps, de même que le moine Petit avait hérissé sa harangue de passages tirés des Psaumes et de la Bible, de même Cerisi remplit la sienne de passages extraits d'Ovide et de.Cicéron.
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condam- Après cc discouFs, l'avocat Cousinot établit
nation du *
duc de dans ses conclusions que^ pour réparer les domgne. mages portés au trône et à la maison d'Orléans, le duc de Bourgogne devait être condamné et amené au Louvre, pour demander pardon au roi, au fds et à l'épouse de sa victime; qu'ensuite il ferait amende honorable sur le lieu où le meurtre avait été commis. Il voulait, de plus, que ses hôtels fussent démolis ; que sur leur terrain on plantât des croix; et que le duc fût obligé de fonder des chapelles et des hôpitaux à Paris, à Orléans, à Rome et à Jérusalem : les conclusions du procureur général furent conformes à cet avis.
Alors le dauphin prenant la parole, déclara que lui et les princes regardaient le duc d'Orléans comme innocent, et suffisamment justifié des calomnieuses imputations dont son meurtrier avait voulu flétrir sa mémoire. Ensuite, s'adressant à Valentine et à son fils : «Nous » avons entendu, leur dit-il, vos plaintes et vos » vœux; la justice y pourvoira suffisamment, » puisque le duc de Bourgogne , condamné au » parlement, et convaincu, par son propre aveu, )) d'avoir agi en prince félon et en assassin, » sera traité comme ennemi de l'État, et qu'on Munnures >^ ordouucra à chacun de lui courir sus. » Parïiens. Jamais arrêt plus juste ne fut prononcé;
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mais l'esprit des Parisiens était alors tellement fasciné par l'éclat du courage et de l'audace de Jean- sans -Peur, que de toutes parts l'air retentit de leurs murmures, comme si l'on avait condamné l'innocence. Une foule de placards et d'écrits séditieux accusèrent le prévôt de Paris d'avoir trompé le roi et la reine par des rapports mensongers. La fermentation était si menaçante qu'on fut obligé d'entourer de gardes ce magistrat : dans le même temps les troupes royales, ne recevant pas de solde, se livraient aux plus coupables excès. La reine demanda vainement aux bourgeois de la capitale l'argent nécessaire pour faire subsister ses troupes; ils répondirent insolemment qu'il valait mieux les congédier et les renvoyer que les payer.
Cette réponse et ces dispositions à la révolte ouvrent les yeux de la cour, et lui apprennent que son ennemi, absent, est encore plus puissant qu'elle dans la capitale ; et quoique ce prince fût alors occupé à rétablir l'autorité de Jean de Bavière dans Liège, le roi et la reine fuient devant sa vengeance, et partent précipitamment pour se rendre à Tours.
Cette fuite déconcerta autant le duc de Bourgogne que l'arrêt du parlement l'avait indigné; Paris lui paraissait une prison oiX il espérait
que ses ennemis resteraient renfermés. Trompé dans son attente , il charge le comte de Hainault de faire quelques propositions de rapprochement : elles sont accueillies favorablement par un gouvernement trop faible pour soutenir un acte de justice et un moment de courage. On ne demande au coupable que de faire des excuses au duc d'Orléans, et de se tenir quelque temps éloigné de la cour.
Trahison Mals l'inflcxible prince voulait l'autorité, et Moniaigu. uou uu pardou : il rejette avec indignation cette sorte d'amnistie; et lorsque Montaigu, grand maître de la maison du roi, se rend près de lui, dans l'intention de fléchir son orgueil, il le menace de lui faire couper la tête. Montaigu, effrayé de cette violence, sauve sa vie aux dépens de son honneur, et promet au duc de le servir de toute son adresse, en trahissant les princes qui lui ont donné leur confiance.
Jean-sans-Peur, satisfait, épargne pour le moment ce faible ministre, et court avec quelques hommes d'armes à Paris, où le peuple le reçoit en triomphe, aux cris répétés de Noël!
Noël!
Inutilement le roi fait parvenir au duc l'ordre de se soumettre, et de congédier ses troupes; Jean-sans-Peur les grossit, les rassemble,
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et marche contre la Touraine, qui se voit livrée au pillage par les deux partis.
Tant d'audace d'une part, tant de faiblesses de l'autre , la justice impuissante , le crime triomphant , la vengeance désarmée , la vertu sans refuge, mettent le comble aux profondes douleurs de Valentine; et cette princesse infortunée, succombant à des maux sans remède, à des chagrins que rien n'adoucit, perd à la fois l'espoir et la vie , laissant à un fds âgé de seize ans, le soin de venger la mémoire et la mort de son père.
Violences , faiblesses , querelles , rapprochemens, tout semble inexplicable à cette époque de désordre et de barbarie ,• la révolte comme l'autorité s'y montrent sans plans, agissent sans suite ; on n'y voit que des hommages sans respect, des sermens sans foi, des armemens sans résultat et des réconciliations sans sincérité.
Au moment où l'on devait croire que la guerre soumisallait placer le duc de Bourgogne sur le trône Tac de ou sur l'échafaud, il dépose son glaive dont ses ennemis avaient fui la seule menace; et, par l'entremise du comte de Hainaut et de Montaigu, il promet de se soumettre, accorde la paix, et consent à paraître aux pieds du roi, à Chartres, en présence des princes et des grands réunis ,* on convient même d'avance de toutes
Bourco-
IJ
les paroles qui seront prononcées dans cette conférence. <( Le duc de Bourgogne ( c'est ainsi » que doit s'exprimer la personne qui parlera » en son nom) vient en votre présence comme )) humble et fidèle sujet, serviteur et cousin, » pour le cas arrivé en la personne de monsei- » gneur d'Orléans, votre frère; si vous l'avez » pour agréable, il est prêt à vous déclarer )) qu'ayant su que vous en avez grand déplai- » sir, il en est affligé autant que cela peut être; » il vous supplie de bannir de votre cœur tout » ressentiment, de lui rendre vos bonnes grâ- » ces ; enfin il vous promet de vous servir et » obéir en tout ce qu'il plaira à Votre Majesté » de lui ordonner. » Ensuite le prince lui-même dira au roi : « Mon très redouté et souverain )) seigneur, ces paroles viennent de moi ; et je » vous supplie de m'accorder la grâce qu'elles » vous demandent. »
Alors la reine, le dauphin et les princes prieront le roi d'accueillir la requête du duc; et le roi répondra : a Beau cousin, pour le bien du » royaume, pour l'amour de la reine et des au- )) très princes , et en faveur de la fidélité que » vous nous promettez , nous vous accordons » ce que vous nous demandez, et nous vous » remettons toutes choses. »
Dans ce moment le duc sortira, on fera ap-
peler le duc d'Orléans : le roi et les princes le prieront, ainsi que ses frères, de pardonner le passé, et on lui communiquera d'avance les paroles que doit lui adresser le duc de Bourgogne. Aussitôt on mandera de nouveau celuici ; et dès qu'il aura paru , un de ses officiers , prenant la parole en son nom , dira : « Mon- )) seigneur d'Orléans, et vous messieurs ses » frères, voici monseigneur le duc de Bour- » gogne qui vous supplie de déposer de vos )) cœurs tout ressentiment ; il vous demande » votre amitié et vous conjure de lui pardon- » ner. » Alors le roi ajoutera : « Mon cher fils, » et vous mes neveux, consentez et pardonnez » tout. » Les princes déclareront leur consentement, et le roi ordonnera à leurs vassaux de cesser toutes discordes à ce sujet, et de se pardonner réciproquement , comme lui-même il pardonne à tous, excepté à ceux qui ont commis le meurtre par leurs propres mains.
Tout ce qui avait été ainsi convenu, fut ponctuellement exécuté, signé et juré sur l'Évangile ; le roi , sacrifiant la nature à la politique, donna la main de la fille du duc de Bourgogne au duc de Vertus, fils du duc d'Orléans. Tous se rendirent à l'église de Chartres; un nouveau serment fut prêté entre les mains du cardinal de Bar, par les princes, par la reine^
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par un grand nombre de seigneurs, en présence de l'archevêque de Sens, de deux évêques, de deux prësidens, de douze conseillers du parlement et de plusieurs chevaliers.
Le duc de Bourgogne reçut des lettres d'abolition ; le roi et la reine revinrent à Paris ; on licencia les troupes: ainsi la tranquillité publique fut passagèrement rétablie par une feinte soumission, par une fausse clémence, par une réconciliation apparente, qui laissait la haine vivante au fond des cœurs enfin, par une scène de théâtre, où l'on couvrait le mépris qu'on faisait du roi, d'un voile d'hommage au trône, et de respect pour la royauté.
L'influence et la dignité de la France , au dehors, ne pouvaient pas se maintenir longtemps, lorsque les étrangers voyaient l'intérieur de ce beau royaume livré à l'anarchie, et le trône du fds de Charles V ébranlé jusqu'en ses fondemens par la discorde des princes, par la cupidité des grands et par la turbulence des communes.
Affaires Aussi cc fut à ccttc époquc que le maréchal Gènes. ^^ Boucicaut, vainqueur des Turcs, libérateur de Chypre , sauveur et gouverneur de Gênes , soumise à son autorité, arbitre entre Florence et Milan , et pacificateur de l'Italie , vit soudainement tomber un pouvoir acquis par
les plans les plus sages et ar les plus brillans exploits.
Les peuples de laLombardie, las de la domination oppressive de leurs princes^ se soulèvent contre le duc Galéas et contre ses frères : l'un, Philippe, possédait Alexandrie, Novarre, Verceil, Tortone, Pavie, et Gabriel, les Etats de Pise. L'attaque fut si prompte qu'elle ne rencontra aucun obstacle; les rebelles s'emparèrent de presque toutes les places qu'ils assaillirent ; et les princes dépossédés implorèrent la protection de la France. Boucicaut, qui ne comptait jamais ses ennemis, marche à la tête de troupes peu nombreuses , mais aguerries , entre dans Milan , rend l'espérance et le courage au duc, et s'assied sur son trône, comme représentant d'un monarque protecteur.
Mais tandis qu'il jouissait de ce dernier triomphe, il apprend qu'une grande révolution vient d'éclater dans Gênes ; qu'on y brave son autorité; qu'on vient d'y massacrer tous les Français ; et que cette république insurgée, au mépris de ses sermens, a élu pour prince Théodore, marquis de Montferrat. Quelques auteurs attribuent cette insurrection aux intrigues des Gibelins; d'autres, aux injustes rigueurs de Boucicaut, qui avait condamné à mort, comme conspirateur, Gabriel Visconti, dont le véritable
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crime était de lui devoir de Targent, et de ne pas le payer.
Boucicaut, et sous ses ordres, le sire de La Fayette, non moins surpris qu'irrites d'une révolte si imprévue, marchent rapidement avec leurs guerriers contre Gênes; mais leurs efforts échouent contre la résistance des Génois, et les murs de la citadelle résistent à leur patience comme à leur intrépidité.
Non moins ingrat que ces républicains, le duc de Milan cesse de respecter une puissance qui tombe, et s'affranchit de la dépendance des Français ; de sorte que l'illustre maréchal, jusque là si heureux dans toutes ses expéditions, se voit contraint d'abandonner l'Italie , de repasser les Alpes, et de rentrer au sein de la France, qui le revoit pour la première fois, non triomphant, mais fugitif et vaincu.
La scène de ces grands événemens était trop éloignée pour qu'ils fixassent l'attention du gouvernement français, alors uniquement occupé des orages qu'excitait, dans son sein, l'ambition insatiable du duc de Bourgogne. compioi Jean-sans-Peur , toujours mécontent quand leansans- il nc régnait pas, et ne pouvant supporter la durée d'une paix qui lui donnait, dans le conseil, des égaux et des collègues, avait formé le projet de diviseï* les princes pour les dominer.
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Dans ce but, il forma d'intimes liaisons avec les diicsdeBerry, de Bourbon, et les rois de Navarre et de Sicile, afin de dépouiller de tout crédit et de toute autorité, le duc d'Orléans, le comte d'Armagnac et la reine.
Isabelle, instruite et inquiète de ce complot, s'éloigne encore, emmène le dauphin à Melun, et, malgré les sollicitations qu'on lui adresse, déclare qu'elle ne rentrera dans Paris qu'au mois de décembre. Le duc et les princes de son parti comprirent alors qu'il fallait regagner l'affection des Parisiens, mécontens et indécis, en manifestant la ferme résolution de respecter leurs droits, et de soulager leurs maux par une administration plus économique et plus sévère.
La chambre des comptes fut suspendue de ses fonctions: on charAca les comtes de la Marche, de Vendôme et de Saint-Pol, d'examiner avec rigidité l'état des finances, et de dénoncer les concussionnaires : enfin, pour reconquérir la faveur populaire, on rendit aux bourgeois de Paris leurs privilèges, leurs échevins, leur prévôt, leurs centeniers, leurs corporations et leurs armes. La garde de la ville leur fut confiée ; ils obtinrent même la permission de posséder des fiefs, avec les mêmes franchises et les mêmes prérogatives que les nobles; et poyr jouir de toutes ces prérogatives, il leur suffisait de prouver qu'ils étaient nés à Paris.
Ces mesures excitèrent une joie universelle; mais la reconnaissance populaire, qui éclata en remercîmens affectueux, fut loin de réaliser complètement les espérances du duc de Bourgogne ; car les députés de la bourgeoisie terminèrent les expressions de leur gratitude, en déclarant que , dans le cas où la guerre civile éclaterait de nouveau entre les princes du sang, la ville de Paris ne prendrait aucun parti qu'après en avoir reçu l'ordre directement et de la bouche même du roi.
On crut que le sire Jean de Montaigu , en ministre fidèle, avait conseillé cette déclaration : le duc résolut de le perdre et de le dépouiller de la place de surintendant des finances. Le roi de Navarre le seconda dans ce dessein; et tous deux, sans consulter le duc de Berry, protecteur du surintendant, firent arrêter ce ministre, qui fut enfermé au Châtelet. Le prévôt des marchands, Desessarts, se chargea d'exécuter cet ordre ri-o^oureux ; il arrêta aussi l'évêque de Cambray, ainsi que Pierre de l'Eclat, favoris et conseillers, l'un de la reine, l'autre du duc de Berry.
Aucune forme légale ne fut suivie; Montaigu fut jugé par une commission ; son appel au parlement fut rejeté. Il ne réussit pas mieux en invoquant la juridiction ecclésiastique, ou,
comme on le disait alors, le bénéfice de clergie; car, dans sa jeunesse, il avait été clerc. Ce ministre, né dans la bourgeoisie, et fils d'un simple notaire, était parvenu par ses talens au plus grand crédit et à la plus haute fortune. Le peuple l'aimait et le plaignait : sa popularité était un crime de plus aux yeux du duc de Bourgogne.
L'infortuné subit toutes les horreurs de la supplice question; et, malgré les prières de son frère Monuigu. l'évêque de Paris, on lui trancha la tête, aux halles, en présence d'un peuple consterné d'un coup d'Etat si violent *.
Avant de mourir, Montaigu, malgré les douleurs de la torture, n'avoua d'autres crimes que quelques dilapidations, dont alors personne n'était exempt; mais, avec un courage qu'aucune violence ne put ébranler, il justifia noblement la mémoire du duc d'Orléans, bravant et punissant ainsi l'assassin de ce prince, et son accusateur.
Au moment où la tête de Montaigu tombait, le roi retrouve soudainement sa raison et sa santé: il apprend, avec un profond chagrin, la mort de son fidèle ministre; il se montre prêt à punir ses juges et ses ennemis; mais tous se réunissent pour tromper le faible monarque.
Comment un roi peut-il voir la vérité, lorsque tous ceux qui doivent lui servir d'yeux et d'oreilles, ne s'occupent qu'à mettre vm voile trompeur entre elle et lui.
Sous le prétexte de célébrer sa convalescence, on le prie d'assister à un repas solennel ; et là, on étale avec magnificence une riche vaisselle, dont l'éclat excite sa surprise et son admiration, (c Elle appartenait à votre père et à vous, » sire, lui disent les princes, et nous venons }) heureusement de la retrouver chez Montaigu, )) dans son château de Marcoussy. » Ce fait, vrai ou controuvé, dissipa le courroux du roi , et Montaigu fut oublié.
Le duc de Bourgogne redoutait encore l'ascendant conservé par Isabelle sur le roi son époux ; il apaisa cette princesse , en mariant son frère, Louis de Bavière, avec la fille du roi de Navarre -, et donna aux deux époux ce même château de Marcoussy, confisqué sur Montaigu, sans qu'Isabelle ressentît la moindre honte d'un pareil marché. Il se rapprocha pareillement du duc de Berry, en lui cédant les revenus de la Guyenne ; il aurait aussi désiré regagner la confiance du duc de Bourbon -, mais aucun motif d'intérêt privé n'avait de pouvoir sur l'esprit de ce prince vertueux, inconsolable de la perte d'un ministre qu'il aimait et qu'il es-
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timait ; il s'éloigna, pour la seconde fois, d'une cour où les vices régnaient, où les services rendus conduisaient à l'échafaud ; et sa retraite fut un grand soulagement pour les autres princes ; car la vertu est toujours un témoin importun pour le crime et pour la tyrannie.
Cependant l'opinion publique exigeait des réformes ; et les princes se virent forcés de lui offrir de grands sacrifices. On diminua plusieurs impôts ; on en supprima quelques-uns. Les déréglemens de la reine excitaient contre elle une indignation générale: le dauphin avait atteint sa quatorzième année ; on l'enleva des mains de sa mère, et sur le refus du duc de Berry, la conduite de ce prince fut confiée au duc de Bourgogne.
En même temps , pour adoucir le coup que recevait Isabelle, le roi renouvela les lettres patentes qui l'investissaient de la présidence du conseil, dans le cas où la maladie du monarque se renouvellerait; et le duc de Bourgogne lui jura qu'il ne gouvernerait que par ses conseils : cette promesse fut confirmée par un traité en forme, conclu entre la reine et les ducs de Bourgogne et de Berry. La vile complaisance du prévôt Desessarts, fut récompensée par la surintendance des finances, malgré l'opposition du duc de Berry qui le haïssait.
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