JHESUS MARIA
« Haut et redoubté prince , duc de Bourgon- » gne, Jehanne la Pucelle vous requiert de par » le Pioy du ciel, mon droicturier souverain Sei~
DE JEANNE D'ARC. 3o9
» gneur, que le roy de France et vous faciez bonne » paix, ferme , qui dure longuement ; pardonnez » l'un à l'autre de bon cuer entièrement , ainsi » que doibvent faire loyaux xhrestpicns, et s'il » vous plais t aguerroyer , si allez sur le Sarrazin. » Prince de Bourgongne , je vous prie , supplie » et requiers , tant humblement que requierir » vous puis , que ne guerroyez plus au saint » royaulme de France ; et faictes re traire in- » continent et briefvement vos gens qui sont » en aucunes places et forteresses dudit saint » royaulme ; et de la part du gentil roy de France, » il est prest de faire paix à vous, sauve son hon- » neur , s'il ne tient en vous ; et vous fais assça- » voir, de par le Roy du ciel, mon droicturier » et souverain Seigneur , pour votre bien et pour » votre honneur , et sur voz vie , que vous n'y » gaignerez point bataille à rencontre des loyaulx » Françoys, et que touts ceulx qui guerroyent » audit saint royaulme de France , guerroyent » contre le Roy Jhesus , roy du ciel et de tout » le monde, mon droicturier et souverain Sei- » gneur. Et vous prie et requiers à joinctes mains » que ne faictes nulle bataille ne ne guerroyez » contre nous , vous , vos gens et subgiez ; et » croyez sûrement, quelque nombre de gens que » vous amenez contre nous , qu'ilz n'y gaigne- » ront mie , et sera grant pitié de la grant bataille » et du sanc qui sera répandu de ceux qui y ven-
3lO HISTOIRE
» clront contre nous. Et a trois semaines que je » vous envoyé escript et envoyé bonnes lectres :» par ung herault, que fussiez au sacre du roy , i qui aujourd'huy dimanche , dix-septiesme jour » de ce présent mois de juillet, se fait en la cité » de Reims , dont je n'ay eu point de réponse , » ne n'ouy oncquespuis nouvelles dudit herault. » A Dieu vous command, et soit garde de vous, 5) s'il lui plaist ; et prie Dieu qu'il y mette bonne » paix. Escript audit lieu de Reims , le dix- » septième jour de juillet. »
Sur le verso est écrit : « Au duc de Bour- » gongne. »
Revenons au couronnement et au sacre de Charles Y1L
« Le droit d'administrer l'onction royale , » dit le savant continuateur de l'abbé Vély , « in- » certain sous les rois delà première et de la se- )) conde race , exercé même par plusieurs prélats » de différens sièges dans les commencemens » de la troisième dynastie , avait , suivant le té- » moignage de la plupart des écrivains , été attri- » bué aux archevêques de Reims par Louis VII , » lors de la consécration de Philippe II son fils. » Ce privilège fut, dit-on, accordé à cette mé- » tropolc, en considération de Guillaume, car- » dînai et archevêque de Reims , frère de la » reine Adélaïde de Champagne. On ne rapporte » toutefois d'autre titre de cette concession ,
DE JEANNE D'ABC. 3ll
» qu'une bulle du pape Alexandre III , de Pan-: » nëe il 73, et un règlement transcrit dans :» les registres de la Chambre des comptes. On >> peut ajouter à l'autorité de ces monumens » l'usage constamment pratiqué depuis, et dont e> on ne trouve qu'une seule exception dans le » sacre de Henri IV , célébré à Chartres ; mais :» il faut en même temps observer que Reims » était au pouvoir de la ligue. Une possession » consacrée parla révolution de six siècles établit » suffisamment la prérogative des archevêques » de Reims , sans qu^il soit nécessaire de l'ap- » puyer sur des autorités antérieures, contre- » dites par des exemples contraires. Ce droit, » au surplus , n'était pas moins à charge qu'ho- » norable , puisqu'ils étaient tenus de faire les » frais de la cérémonie de la consécration et du » festin royal. Comme cette dépense était consi- » dérable , les habitans y contribuaient (1). »
Suivant un usage très-ancien, quatre seigneurs devaient être solennellement députés par le roi, pour obtenir que le vase sacré , connu sous le nom de Sainte- Ampoule , et confié depuis un temps immémorial à la garde des religieux de l'abbaye de Saint-Remy de Reims, fut confié à l'archevêque pour la cérémonie du sacre. Ces
(1) Yillaret, Hist. de France , lom. XIV.
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illustres envoyés estaient appelés otages de la Sainte-Ampoule, parce qu'ils s'engageaient sous
serment à ne la point perdre de vue , et à veiller sur elle à l'allée et au retour. Cette honorable mission fut cette fois confiée aux maréchaux de Rayz et de Sainte-Sévère , au seigneur de Graville, grand-maître des arbalétriers, et à l'amiral de Culan. Ils se rendirent dans l'église de Saint- B.emy , et firent entre les mains des religieux les sermens accoutumés. L'abbé-, revêai d'un habit pontifical , et « ayant dessus lui un riche pare- » ment d'or, » sortit alors de son église ^ entouré de religieux, et se mit en marche sous un poêle magnifique , tenant entre ses mains, « bien » dévotement » , le vase mystérieux , objet de la vénération des fidèles. La foule , avide de contempler ce don céleste , qu'environnait le souvenir de tant de traditions merveilleuses , se pressait avec respect sur son passage. Cependant l'archevêque , revêtu de tous les attributs de sa dignité, et environné de chanoines, était, de son côté , sorti de la cathédrale pour venir au-devant de la Sainte -Ampoule, et ne tarda pas à arriver devant l'église de Saint - Denys , où l'abbé de Saint- Remy s'était arrêté , selon l'antique cérémonial. Le prélat reçut alors des mains de l'abbé le dépôt précieux qui lui était confié , porta en grande pompe la Sainte-Ampoule dans l'église
DE JEANNE D'ARC. 3l3
cathédrale de Noire-Dame, et posa le vase sacré sur le maître-autel (i).
Les princes , les prélats , tous les barons et chevaliers qui avaient accompagné le roi dans ce saint veage j étaient déjà rassemblés dans ce temple auguste (2). La Pucelle, placée auprès de l'autel , et tenant à la main son étendard sacré (3) , attirait surtout les regards de la foule immense réunie dans cette vaste basilique. Frère Richard était également présent.
Le roi d'armes de France parut alors , et , se plaçant devant le maître-autel , appela par leur nom les anciens pairs laïques (4) ; savoir , les ducs de Bourgogne , de Normandie et d'Aquitaine , les comtes de Flandres , de Toulouse et de Champagne ; formalité jugée nécessaire pour constater leur absence (5) , et qui , en rappelant à la nation les antiques élémens de sa monarchie, servait à maintenir le droit de souveraineté des rois de France sur les rois d'Angleterre , grands vassaux de la couronne.
Les pairs appelés n'ayant point comparu , les
(1) Histoire au vray, etc. ; Chronique sans titre.
(2) Monstrelet , en sa Chronique.
(3) Déclaration de la Pucelle, interrogat. du 3 mars i43o.
(4) Monstrelet ? en sa Chronique.
(5) Villaret, Hist. de France , lom. XIV.
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seigneurs choisis pour les remplacer s'avancèrent revêtus d'habits royaux (i) , savoir :
Le duc d'Alençon, représentant le duc de Bourgogne ;
Le comte de Clermont , fds aîné du duc de Bourbon , prisonnier en Angleterre , représentant le duc de Normandie ;
Le comte de Vendôme , représentant le duc d'Aquitaine ;
Le sire de laTrémoille, représentant le comte de Flandres ;
Le sire de Laval , représentant le comte de Toulouse ;
Et le seigneur de Gaucourt , ou de Beaumanoir, ou de Mailly (car les historiens varient à cet égard) , représentant le comte de Champagne (2).
« Les fonctions des pairs ecclésiastiques furent » remplies par l'archevêque de Reims , les évê- » ques de Châlons , d'Orléans , de Séez , et » deux autres évêques que l'histoire ne désigne » pas (3). »
Le roi, « abillé comme il appartenoit », entra alors précédé de ses officiers , et vint se placer à genoux devantl'autel (4). L'archevêque s' approcha
(1) Monstrelet, en sa Chronique.
(1) Les diverses Chroniques du temps.
(3) Villaret, Hisl. de France, tom. XIV.
(4) Histoire au vray ? etc.
DE JEANNE d'àRC. 3l5
à la tête de son clergé , et adressa au prince les paroles suivantes, consacrées par l'ancienne coutume , dont il observa scrupuleusement les moindres dispositions (i).
« Nous te requérons de nous octroyer que à » nous et à nos églises à nous commises , conx serves le privilège canonique , loy et justice » due, nous gardes et deffendes comme roy est » tenu en son royaulme à chascun evesque ^ et à » F église à luy commise. »
Le monarque répondit, conformément à l'usage :
« Je , par la grâce de Dieu , prouchain d'estre » ordonné roy de France , promets au jour de » mon sacre, devant Dieu et ses saincts, que je :» conserveray le privilège canonique , loy et » justice à chascun de vous, prélats , et vous » deffendi ay tant que je pourray , Dieu aydant, » comme uug roy doibt par droit deffendre en » son royaulme chascun evesque , et l'église à » luy commise. »
Puis il ajouta, toujours d'après le formulaire: « Je promets au nom de Jhesus Xhrist , au » peuple xhretspien à moy subject ces choses : » Premièrement que tout le peuple xhrestpien » je garderay à l'Eglise , et tous temps , la vraye » paix, par vostre advis. Item , que je le deffen-
( i ) Histoi ce au yra y ? etc.
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» dray de toutes rapines et iniquitez de tous » degrés. Item , que en tous jugemens je com- » manderay équité et miséricorde , affm que j> Dieu clément et miséricordieux m'octroye et j) à vous sa miséricorde. Ttem, que de bonne foy » je travailleray à mon povoir mectre hors de » ma terre et jurisdiction à moy commise , tous » les herectiques déclarés par l'Eglise. Toutes » choses dessus dictes je confirme par serment. »
Tel était du moins le formulaire alors observé au sacre de nos rois (i) ; et, comme les chroniques du temps assurent que tout le cérémonial en usage fut minutieusement suivi (2), il n'est pas douteux qu'une disposition si essentielle n'ait été exactement accomplie. Dans des temps plus rapprochés de nous, la demande de l'archevêque et les promesses du monarque se prononçaient en latin (3).
Aussitôt le serment du roi prononcé , deux pairs ecclésiastiques, toujours conformément au cérémonial, soulevèrent le siège sur lequel le prince était assis , tandis que les autres pairs soutenaient la couronne royale au-dessus de sa tête ; et ils le montrèrent à l'assemblée , représentant
(1) Dutillet, Pvecueil des rois de France , leur couronne maison, icre partie, pag. 262 et suiv.
(2) Histoire au vray , etc. ; Chronique sans titre, etc.
(3) Villaret, Hist. de France, tom. XIV.
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le peuple , comme pour lui demander son consentement (i). Formalité auguste, imposante, et qui , à travers son caractère pacifique , rappelait cette inauguration de nos premiers monarques, qui consistait à les élever sur le pavois, aux acclamations d'un peuple guerrier.
Immédiatement après cette cérémonie , qui constituait le couronnement, le roi, à genoux devant l'autel, reçut selon l'usage, des mains de l'archevêque , « presens ses princes et prélats, et » toute la baronnie et chevalerie qui là estoit (2) », l'onction sainte, qui rend la personne des souverains inviolable et sacrée (3) ; « l'archevesque... » gardant tout au long les cérémonies et solemp- » nitez contenues dans le livre pontifical (4) ».
Jeanne d'Arc s'avança alors, s'agenouilla devant le roi , l'embrassa par les jambes , et « plo- » rant à chauldes larmes : Gentil roy » , lui dit-elle , « ores est exécuté le plaisir de Dieu , » qui vouloit que levasse le siège d'Orléans , et » que vous amenasse en ceste cité de Reims re- » cepvoir vostre sainct sacre , en monstrant que » vous estes vray roy, et celluy auquel le royaulme
(1) Villaret, Hist. de France, tom. XIV. (<2) Monslrelet , en sa Chronique.
(3) Monstrelet, en sa Chronique ; J. Chartier, Hist. de Charles VII ; toutes les dépositions 3 toutes les Chroniques.
(4) Chronique sans titre.
3l8 HISTOIRE
» de France doibt appartenir (i). » On assure qu'elle le supplia alors de lui permettre de se retirer , les deux objets de sa mission se trouvant heureusement accomplis (2) ; « et moult faisoit » grant pitié à tous ceulx qui la regardoient (3)* » Le roi fut armé chevalier par le duc d'Alençon , immédiatement après la consécration (4) : on ignore s'il avait fait la veille des armes dans la cathédrale de Reims, ainsi que l'avait observé son père, le roi Charles YI (5). Charles VII , avant de sortir de l'église , fit lui-même trois chevaliers , au nombre desquels était le damoiseau de Commercy (6), et érigea en comté la seigneurie de Laval (7) , pour reconnaître le zèle et les services de ce brave Guy IV, dont on a lu , au quatrième livre de cette histoire, une lettre si curieuse et si touchante. Le duc d'Alençon et le comte de Clermont firent aussi, en cette occasion , plusieurs chevaliers (8) , dont les noms ne nous sont pas parvenus. Des gants furent distribués à tous les chevaliers et gentilshommes qui — ■
(1) Histoire auvray , etc. ; Chronique sans titre.
(2) Villaret , Hist. de France , tom. XIV.
(3) Histoire au vray , etc.
(4) Chronique sans titre.
(5) Villaret , Hist. de France.
(6) Monstrelet, en sa Chronique.
(7) Histoire auvray, etc. , Chronique sans titre.
(8) Histoire au vray, etc.
im jeanne d'arc: 3ig
avaient assiste à la cérémonie (i); « et après, le 7) service, fut laSaincte Ampole reportée et con- » duicte ainsi qu'elle avoit esté apportée (2). »
Au sortir du temple , le roi , accompagné de tous les prélats et seigneurs de sa suite, se rendit au palais archiépiscopal , où le festin royal avait été préparé. L'archevêque de Reims fut le seul pair qui prit place à la tahle du monarque (3). Le duc d' Alençon , le comte de Clermont (4) , le comte de la Marche (5) , et plusieurs autres grands seigneurs (6) , le servirent pendant le repas.
La nouvelle du sacre de Charles VII parvint à Paris deux jours après. Les registres du parlement , qui en font mention , s'accordent avec la lettre de la Pucelle ci-dessus rapportée, pour en fixer la date au 17 juillet, et non pas au 27 , comme Ta marqué Villaret (7), ni au 7, comme Fa fait Lenglet du Fresnoy (8) , d'après Mons-* trelet. Yoici les termes dans lesquels le greffier , chargé de la tenue de ces registres , y fait mention de cet événement à la date du mardi 19 juil-
(1) La Pucelle, interrogatoire du 3 mars i^Zo.
(2) Histoire au vray , etc.
(3-4) Monstrelet , en sa Chronique.
(5) Villaret, Hist. de France, tom. XIV.
(6) Monstrelet , en sa Chronique.
(7) Histoire de France, tom. XIV.
let 1429. « Ce jour fut dit publiquement à Paris » pour nouvelles, que messire Charles de Ya- » lois , dimenche dernier passé , xvne jour de ce j» mois , avoit esté sacré en l'église de Reims, en » la manière que son père et les autres roys de » France ont esté sacrez par ci devant (1). »
Une grande joie attendait à Reims la jeune libératrice de la France. Son oncle Durand Laxart et son père, le respectable Jacques d'Arc , y arrivèrent presque en même temps qu'elle. J'ai déjà dit que ses deux frères, Pierre et Jean d'Arc , l'avaient accompagnée dans cette glorieuse expédition ; ainsi cette vertueuse fille put se croire un instant rendue à sa famille et au pays qui l'avait vue naître (2). Quelle dut être .rémotion de la jeune guerrière en tombant aux genoux du vénérable auteur de ses jours , en lui demandant encore pardon de sa désobéissance forcée , en implorant cette bénédiction , le .plus précieux héritage que l'homme vertueux puisse laisser à ses enfans ; et comme en voyant ce bon père, revenu de ses premières préventions, contempler avec ravissement le spectacle de son triomphe , une joie pure et délicieuse dut inonder son cœur! Oh! qu'il doit être doux d'enivrer de sa gloire les regards des auteurs de ses
(1) Registres du parlement, vol. XV.
(1) Dépositions deHussonleMaistre et de Durand Laxart.
jours , et de cacher leurs cheveux blancs sous les couronnes qu'on vient d'obtenir par d'illustres travaux ! Ah ! si la renommée a des charmes , si le bruit des éloges, si les vœux de la patrie reconnaissante, viennent frapper d'un doux concert les oreilles de l'homme de bien , c'est sans doute quand il peut renvoyer aux êtres chéris dont le ciel l'a fait naître ces hommages flatteurs, ce tribut honorable d'estime, de respect et d'amour. Malheureux celui qui , s'avançant d'un pas trop lent dans les champs de la gloire, ne peut recueillir sa moisson de lauriers que lorsque la froide terre des morts couvre les restes de ces êtres adorés ; lorsque tous les objets de son respect , de sa tendresse et de sa reconnaissance ont successivement disparu , ont disparu sans retour de la demeure des vivans ; et que seul désormais , au milieu d'une foule envieuse ou indifférente , privé des guides et des compagnons de sa jeunesse , sans parens , sans amis , sans émules , sans bienfaiteurs, il ne saurait trouver un cœur où répandre sa joie, ne compte sur l'affection, sur l'intérêt d'aucun être animé du soufle de la vie, et ne peut plus déposer ses trophées que sur d'insensibles tombeaux !
Il paraît que le roi fit venir Durand Laxart en
sa présence , et se plut à entendre de sa bouche
le détail de la manière dont la jeune inspirée
était parvenue, avec son assistance, à partir de
son pays pour venir accomplir les ordres du ciel (i). Il est très-vraisemblable, quoiqu'il n'en soit fait mention ni dans les dépositions ni dans les chroniques du temps, qu'il ne négligea point cette occasion de se faire présenter le père vénérable de sa généreuse libératrice.
La ville de Reims paya les frais du séjour de Jacques d'Arc dans ses murs ; un compte tiré de ses archives en offre la preuve. On y lit: « A » Alis , vefve Rolin Moriau ..hostesse de l'Asiie » rayé , pour despence faite en son hostel parle » père de Jehanne la Pucelle , qui estoit en la » compaignie du roy quant il fut sacré en cette » ville de Reims , la somme de vingt quatre li- » vres parisis , comme il appert plus à plain par
» le mandat duclit lieutenant ( Thomas de Ba-
)) zoches), donné le dix huictiesme jour du mois
» de septembre, l'an mil quatre cens vingt neuf, » et par quittance de ladicte Alis, escrite au » dos d'icelluy mandement , cy rendue ; pour
» ce. . . xxiiij. 1. p. »
Jeanne d'Arc , parvenue au faîte de sa gloire , n'en paraissait que plus humble et que plus modeste. « Mon fait, » répétait-elle souvent, « n'était » qu'un ministère (2). » Et comme on lui disait : « Jamais on ne vit de telles choses comme on en
(1) Déposition de Durand Laxart.
{•1) Déposition de frère J. Pasqucrel.
DE JEANNE D'ARC. 3a3
;> voit dans votre fait ; on ne lit rien de sem- » blable dans aucun livre. — Monseigneur, » répondit-elle, « a un livre dans lequel oneques » aucun clerc ne lit , tant soit il parfait en clé- » ricature (1). »
Le roi ne demeura que trois jours à R.eims(2): Mardi
^ ' t 20 juillet
Après en avoir fait gouverneur Antoine de Hol- 1429. lande , neveu de l'archevêque (3) , il en partit le mardi, 20 juillet au matin, pour se rendre en pèlerinage, suivant une coutume pratiquée depuis un temps immémorial, au bourg de Corbény , situé à cinq lieues de Reims , en un lieu où repose le corps d'un saint nommé Marculfe , mais plus connu sous le nom de saint Marcou (4). C'est par les mérites de ce saint, qui était du sang royal de France , et qui termina dans la solitude une vie consacrée au jeûne , au cilice et à la prière , que les rois de France passaient pour avoir obtenu du ciel le don de guérir, en les touchant de leurs mains sacrées , ces plaies hideuses connues sous le nom honteux ftécrouelles , que tant de races infortunées se transmettent en héritage ; aussi regardaient -ils comme un de-
(1) Déposition de frère Jean Pasquerel.
(2) La Pucelle, interrogatoire du 3 mars i43o$ Hist. au vray, etc. Chronique sans titre. -
(3) Monstrelet.
(4) Histoire au vray, etc.; Chronique sans titre,
voir indispensable de s'y rendre immédiatement après la cérémonie de leur consécration (i). Eh! qui pourrait n'être pas touché du motif généreux qui leur faisait attacher tant de prix à observer cette coutume toute bienfaisante et toute paternelle ? S'ils n'étaient pas intimement convaincus de la faculté miraculeuse que leur attribuait la multitude , du moins il leur suffisait de croire à l'efficacité des prières émanées d'un cœur humble et religieux, pour les déterminer à se rendre au désir de leur peuple , et à tenter une épreuve qu'il ne dépendait que de Dieu de rendre utile à tant d'infortunés. « Le roy te » touche , Dieu te guérisse ! » telles étaient les paroles qu'ils proféraient en imposant les mains sur les plaies de ces misérables (2) ; et ces mots exprimaient bien moins la promesse d'un miracle qu'une prière adressée au souverain maître des pauvres et des rois.
(1) Histoire au "vray, etc.
(2) Villaret, Hist. de France, tom. XIV.