‹ Histoire de JérusalemChapitre 10 sur 149 · CHAPITRE U · texte numérisé non relu

CHAPITRE U

Le paysde Cbanaan. Établissement des Hébreux dans ce pays. Passage de la fépubUque à la royaiUé.

(1445-1060 auë avant J.-O.)

Les contrées qui, plus lard, furent nommées Judée et Oalilée, les pays d'Apamée et d*Emcssc formaient celto terre de promission où le Dieu d* Abraham , dUsaac et de Jacob, avait appelé le petit peuple dont la mémoire devait occuper une si vaste place dans Thisloirc du genre humain. Nous avons décrit ailleurs (i) ces diverses régions comprises entre la Méditerranée, la mer Morte et le Jourdain , entre les montagnes du Taurus et les frontières sablonneiises de TÉgypte. Si nons mettions sous les yeux du lecleor un panorama delà nature et des cités syriennes, nous ne ferions que nous répéter nous-mémc ; nous nous bornerons, dans ce travail, à peindre les lieux lorsqu'ils pourront servir à rinlelligence des événements on ajouter à leur intérêt. Toutefois, au début do notre récit, il est important d^éclairer les lecteurs louchant le pays où tant d'événements vont se passer sons leurs yeux.

Ce pays avait de grandes richesses; le sol se couvrait

(1) Correspondance d'Orieot.

de moissons de froment» d'orge et de riz; il produisait le raisin , la figue , Tolive» Tamaude , la grenade et le citron. On y recueillait le chanvre, le lin et le byssos , espèce de coton très-fin. Des terres apportées au penchant des montagnes t et retenues par des murs, comme anjourdliui dans le Liban , formaient comme des vergers suspendus; dans les plaines, le labour était facile par Teitrème fertilité du sol ; les plaies d'automne et de printemps , et les rosées de Tété remplaçaient les rivières; les eaux des sources étaient douces à boire, les pâturages abondants elles bestiaux nombreux. La fécondité de la terre avait passé dans les flancs de Thomme; la population s^y multipliait plus rapidement qu'en aucune autre contrée de Tunivers. Les environs de Ramalbat et deloppé, et les plaines de Saron rapportàientau centuple; le voisinage du lac poissonneux de Génézarelb ^offrait des lieux charmants*, et la Galilée était un vastejardin; lesens primitif du nom de la plupart de ses cités , est comme un témoignage deVancienue prospérité de cette région ; ici vous trouvez Capharnauui (le heaii ijoiirg), là, Bethsaïde (la nraisou d'Aboiulauco ) , plus loin , .Naïiu ou Aaliiiu (la belle j, Maghedaiu (la délicieuse).

Dans kl chaude vallée de Jéricho, les récoltes mûrissaient les preiiiièrès , et les dalles avaient un parium plus exquis. Le baumier, dont la culture valut plus lard au\ Hoiiiains un revenu annuel d'un milluui, no croissait qu'en Judée. Le lac Asphallile au fond duquel cinq villes dormaient leur Mniuneil de mort, déposait sur ses rives du sel et du bitume qui formaient deux branches d'industrie. On enduisait les navires de bilumc comiue maintc- Tiant degoudron, et le bitume servait encore aux Egyptiens pour embaumer etcouberver leurs morts. Les cercueils des momies élaîenl faits avec le bois de sycomore , pres(iue incorruptible et si commua en Palestine : le sycomore était aussi un bois de couslruclion. Dans plusieurs plaines sV'tendaient des forêts de palmiers, merveilleuse ressource pour une contrée; le fruit du palmier nourrissait les

CBAPiniEU. S5

hommes elles bestiaux : on se chauffait cl on bàlissaiL avec son bois, on faisait des cordes, des paniers et des nattes en tressant son feuillage. Le térébinlhe de Judée a été remarqué pour la fioxiliililc de son bois, pour sa durée el son beau noir. Les fruits du cyprès et du myroljolan servaient à composer des parfums. Les abeilles , nourries de plantes aromatiques dans les montagnes de Jérusalem^ de Modin et d'Hébron » donnaient un miel exquis. Le murex, d'où Ton tirait la pourpre , se péchait dans la mer qui bat les pieds du Garmel. Enfin « le Jourdain s'échappant des limites septentrionales de la terre de promis^ion, et qui derail être un jour le fleuve le plus illustre de Tunivers» viTÎfiait trente^inq lieues de pays , avant de perdre ses belles eaux dans Timpure mer de Sodome.

Celte Indée, dontrignorance moderne a voulu faire un étemel amas de rocs stériles , n*a pas été seulement vantée par les livres saints et par rhisloricn Josèphe. t Les hommes sont sains et supportent les fatigues , dit Tacite , en parlant du pays des Juifs ; les pluies sont rares et le sol fécond ; les productions semblables auxnôtres y abond<int ; on y trouve déplus, lebaumier etlepahiner (i), î Pline , dans son Histoire naturelle , a décrit la Judée et loué ses productions. Si de nombreuses erreurs n'avaient pas affaibli Tautorité deStrabon touchant la Syrie, nous pourrions rappeler les louanges qu*il donne au Liban , aux bords du Jourdain et de la mer de Galilée. Virgile (s) a chanté les palmiers d^ldnmée. Auguste faisait ses déliées d*une espèce de dattes quelui offrait touslesans son poète Nicolas de Damas, et que sa gracieuse reconnaissance avait surnommées les Ifieola, Galien, voyageant, dans sa jeunesse, à travers rOrientpouragrandirlliorizon de son génie, n*avait point dédaigné de visiter la Indée; sans doute il laissa de curieuses descriptions de celte contrée dans quelques-uns de SCS nombreux écrits que le temps a ravis à k ^Odlciité.

(t) Histoires, liy. 5.

(3) Géorgiques*

IIISTOIRE DE JÉRUSALEM.

. Pausanias parcourut la Palestine et admira les trésors de son' territoire ; si nous en croyons Suidas et Élicnnedo Byzaucc, Pausanias fit pour la Phënicie et la Syrie ce qu*il avait fait pour la Grèce, et son ouvrage ne nous est point parvenu. Le géographe Solin « dans son PofyMttor» a va nié les produits de la, ludëe» et, pour terminer cette indication des'aatori tés païennes, noos citerons rhistorien Âmmten Maréellin ; qui a parlé de Pancien royaume des Hébi^nx comme d*ane' contrée fertile. C'est à de longs siècles de calamités de tonte nature qu'il faut attribuer la pauvreté actuelle de ces régions. ^

Ce que nous disons ici doit suffire pour établir la vérité ; si le doute demeurait dans quelques esprits t nous les renverrions aux excellents Hémoires de Pabbé Guénée (î).

11 n'entre point dans notre plan de raconter en détail rétablissement des Hébreux dans les contrées promises à leur pieuse fidélité; ce n'est pas Pbistoire des luifs, mais l'histoire de Jérusalem que nous entreprenons* Nous devons donc nous borner à des traits généraux.

Celte région dans laquelle les Juife venaient d'entrer après avoir passé le Jourdain , renfermait des places fortes et des populations belliqueuses ; les douze envoyés de Moïse y avaient vu, disaient-ils , de nombreux habitants, des hommes d'une plus haule taille que les Hébreux, des villes dont les murailles et les tours louchaient au ciel. Ces peuplades indigènes ou venues à la suite d'émigrations plus ou moins anciennes, étaient les Ammonites, les Madianiles, les Moahîtes, les Amaléciles , les Amorrhéens, les riiilislins, les Hélhéens , etc. , etc. Les Hébreux, se préson laiont comme leur ennemi à tous; la guerre allait commencer, guerre terrible, guerre d'extermination. Que de combats î quelle mer de sang sortira des glaives des Israélites ! Le regard se détourne avec effroi de ces mass acres se renouvelant sans cesse, et comme ils s'accomplissent

(1) Kecueil dc« Mémoim de PAcadémie des iotcriptions etbeUes-

CUAPITAË 11. 35

an nom de Jéhovah » nous devons faire dès ce moment une obserataon qai trouvera de fréquentes applieations dans le cours de cette histoire.

En vojint le sang couler comme Feau sous ré|iëe des Béi^reux , et les vainqueurs multiplier , sous les formesks plus tobares les images de la mort; en voyant la compassion ou la lassitude du glaive parfois punies, ainsi qa*une violation des ordres divins» il faut se ressouvenir qu*il n*]r avait aucune alliance, aucune transaction possible entre les Hébreux et les peuples de ce pays. Le Seigneur avait interdit toute amitié, tout rapprochement avec les babitaftts delà terre de Chanaan,et avait ordonné de les tuer sans miséricorde,, de renverser leurs autels, leurs images , leurs bois sacrés : i Si vous ne lesfàisies pas c mourir, disait le Seigneur, ceux qui resteraient se* c raient comme des clous dans vos yeux, comme des f lances dans vos flancs (i). i La pensée de Moïse était rétablissement du dogme de runité de Dieu ; toute relation pacifique avec les nations idolâtres devenait dangereuse pour le peuple juif, poursuivi par les souvenirs de la mythologie égyptienne; la guerre était nécessaire; la triple barrière des mœurs , des intérêts et de la religion, séparant éternellement les Israélites et les vingt nations qu'ils avaient à combattre, la lulle ne pouvait se terminer que par l'abaissement absolu de Tune des deux parties belligérantes : le champ de bataille devait rester aux indigènes ou aux Juifs venus des bords du Nil: il n'y avait pas de milieu poliliqu(yà espérer.

Un fait dut contribuer à rr iiii^'^JfÇÇjïSiiJicilc l'iMilréo des Hébreux dans ce pays, i|f iM|ri^iiiigra\ion d'une multitude deChananéens. A l'/^îi^"^ delà nation q^ui avait miraculeusement traversa i^o^fÇ^ug^^ te hulsîi^it derrière elle, ensevelis sous lglLls^e4Jiatai^nsVgpyt>tiens, cl qui avaK triomphé deiM|ieiasf|)jM^i^s^^^ de l'Arabie, les ChananéenJ^^ki^^ cle^^iett^^^asion ,

(I) Livre des Moni>res, cbap. ^^^^^«^[JU^f^

99 HÎSTOÎHE DE JÉRUSALEM.

furent saisis d'ellVoi ; un grand nombre s'en alla aux pays d'ATrique el de Grèce, dont les chemiDS leur étaienl connus par le commerce. Le Seigneur , eo divers passages de rÉcrilure» avait aanoncéaux Juifs la dispersion de leurs ennemis. Un curieux monument de celle dispersion sa voyait au vi» siècle dans la Mauritanie Tingilane; deux colonnes de pierre blanche portaient une inscription phénicienne dont voici le sens : i Noas sommes ceux qui c avons pris la fuite devant le brigand Jésus, fils de « Navé, > c'est-à-dire Josuë, fils de Nun. €*estPro€ope qui parle de ces deux colonnes; on a vonla contester son assertion , mais on n*a apporté contre ellè que des dénégations parement gratuites.

La forme sociale des luiis était une république dont léhovah était le chef. Cette théocratie était un gouverne* ment tout nouveau cfaes les hommes; avant Moïse, nul législateur» nul génie n*en avait eu l*idée. Un gouvernement qui ne soumettait pas Thomme à rbomme, mais à Dieu seul , relevait notre dignité morale, donnait aux lois l'immuable caractère de la divinité, ennoblissait Tohéiasance, et rendait la rA)e1lion plus difficile en la faisant plus criminelle : la révolte contre ses pareils se comprend mieux qu'une révolte contre Dieu. Les chefs étaient , non pas les maîtres, mais les ilrpositaires de la loi ; rien do plus sévèrement inlerdil qu\iii changement, nno mo lilication, mm addition ou un rotranchemcul dans le code inspire. L'Éternel, qui avait donné ce code, savait tous les besoins futurs de son peuple ; il 4i\ avait rien à refaire dans la législation, et par là devait se maintenir la grandeur politique : malheur aux nations à qui chaque jour il faut des lois nouvi lies ! La législation de Moïse est le premier corps de Ic'ulslalion écrit dans le monde, et nous offre tout d'ahord Tidéal de la perfection sociale : nous voulons parier de Dieu placé comme le seul roi, le seul niaitre, le seul législateur d'une société.

L'égalité des portions dans le partage de la terre de promissiou , et cette loi des propriétés qui empêchait TaccA-

CBAPITBE II.

mulation des biens dans une même maio , furent d*admiraUes conditions d*ordre dans la république hébraïque. Un homme forcé de vendre une terre avait le droit de la rih cheter lorsqu'il le pouvait; son bien lui était toujours lendu è Vépoqne de la solennité du jubilé, qui revenait tons les cinquante ans. Ainsi se maintenait l'équilibre des fortunes, le fléau du paupérisme, le plus grand mal de nos sociétés modernee , étai( inconnu aux Hébreux. Nous ne eonnaîssons rien de plus beau que ces privilèges du jubilé restituant les terres à lenrs premiers maîtres» et rendant la liberté aux esclaves. Les prêtres et les lévites n'avaient pas le droit de posséder dans la terre promise, mais ils avaient les prémices, la dime» les victimes offertes en sacrifice; ces revenus étaient considérables.

Tant que vécut losué, la république Israélite se maintint régulière et forte. Après la mort du fils de Nun , il ne se trouva plus de mains vigoureuses pour soumettre le tur* bulenl caiacLcrc des Hébreux; Tanarcbie éclata parmi les douze tribus : elle Jiu a seize ans. Mais chez un peuple qui avait h c soin do la guerre pour se soutenir, Tanarchie eût mené proraplemcnt à la ruine; il fallait opposer à la ligue des indigènes le rempart vivant de l'union. Le gouvernement des juges rendit pour un temps sa force à Israël. On choisissait pour juge le plus vertueux, le plus habile , le plus intrépide. Olhoniel, Gédéon , Jephlc, ïléli, fureiit les gloires de la judicalure. A soixante ans, i>amucl, usé moins par l'âge (jac par les laborieux efforts d'une carrière toute consacrée aux inl<?rôls des Hébreux, considérant sa faiblesse, son impuissance à porter le poids des affaires, avait nommé à sa place ses deux fils , Jaël et Abia , dont la conduite fut l'avilissement de raïUorilé : le peuple voulut changer la forme de son gouvernement, et demanda Téta* blissement d'une royauté.

Rien n*est plus curieux que le récit de rassemblée des anciens dlsraël , tenue à Ramathat (aujourd'hui Ramla), pour donander à Samuel un roi. Celte résolution des Hébreux avait rempli Tàme de Samuel d'une affliction pro-

28 HISTOIRE D£ mUSALKM.

fonde : € Sa tristesssci dit Thistoricn Josèphe, alla mcsmc € jusqucs à luy l'aire perdre le boire, le manger et le c dormir; et son esprit estoit agité de tant de diverses < pensées, qu'il ne faisoit, durant la nuit, que se lonnicr € dans son lict. — Voilà que vous êtes devenu vieux, € lui dirent les anciens d l^i arl, rassembles à Ramalhal, cl c vos fils ne marcbcnt point dans vos voies; donnez-nous c un roi pour qu'il nous gouverne» un jroi comme en ont c toutes les autres nations (i). t

Samuel, dans son discours aux anciens d'Israël, s'efforça de les détourner de leur projet t en leur Iraçant le tableau des inconvénients delà royauté; il disait que le roi aurait le droit d*enlever leurs fils pour conduire ses chariots , pour être ses cavaliers ou ses coureurs, pour en faire des tribuns et des centurions « des fabricants d'armes et de chars , pour les employer à la culture de ses terres et à ses moissons ; d*enle?er leurs filles pour ses besoins domestiques , pour loi préparer son pain et ses parCums. • Le roi , ajoutait le prophète , donnera à ses serviteurs vos champs, ▼os vignes, vos plants d'oliviers ; il vous demandera une part de vos revenus pour ses eunuques et les officiers de sa maison ; il vous prendra vos serviteurs et vos servantes, la llciH' (le voUc jeunesse, vos bêles de charge, pour les employer aux travaux qu'il entreprendra; il vous demandera la dîme de vos troupeaux , et enfin vous deviendrez ses esclaves; et vous vous plaindrez alors du roi que vous aurez choisi , et le Seigneur ne vous écoutera point, parce que c'est vous-mêmes qui aurez voulu un roi. >

Ainsi s'exprimait le prophète; l'amour de la royauté n'aurait pu résister aux sombres couleurs de son tableau , si les anciens n'ayaient pas soupçonné l'exagération de la satire dans ce noir avenir du gouvernement monarchique que leur présentait Samuel, i Nous serons comme toutes c les nations, [répondirent-ils; le roi rendra la justice parmi

(1) Histoire des Juifs, livre 0, ciiùpilie4, iraducliou U'Aniauld d'AadiUy.

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