CHAPITRE f
ICT dans notre propre abîme. Lorsque vous fermez ce livrcrlà, vous n*avez à redouler ni mécompte ni amertume soudaioe » ni perte de ravissantes illusions ; le livre vous avait remis avec Toas-méme, vous y restez, et, pendant de longs instants, vous enteodez en votre âme comme le mur* mare de vos soupirs; c*est la plainlc qui se prolonge: yotre Gceur devient alors comme le livre vivant oik voos acheyez de lire votre destin. Tel est le poëme de Job, ce triste et magnifique cantique de rhumanité exilée, . On connaît toute la magnificence delà poésie hë1>ral4|ue, mais rien , dans la Bible , ne surpasse le livre de Job en richesse de style. Il y a, dans le Pentateuque, des cantiques et des récits dont on ne se lassera jamais d*admirer rétincelante ou énergique expression , mais Hoise est bien plus poète dans son livre de Job. Quelle grandeur! quelle inépuisable variété d'images ! Comme la plainte est amère, la mélancolie profonde, la malédiction éloquente ! La voix de lliomme n*est jamais anssi puissante que dans les angoisses 4u désespoir. C'est là le caractère de notre organisation ; Doasavops à peine quelques mots pour parler de joie et de bonbeurt mais chaque boucbe devient un fleuve d*élo«> quence quand il s^agit de se plaindre et de gcmîr. Remarquez comme le son de la voix humaine est grave, comme tous nos cris sont sérieux ! Les chants de gaieté me paraissent une violence faite à noire naliirc; notre voix ju rd alors son plus grand charme, car elle e.^L surloulbellcilans les sujets tristes. Du reste, ce n'est pas seulement la \oix humaine qui est grave, ce soiil tous lesbruits qu'on entend dans la création. Écoutez les mugissements de la mer, les fleuves, les torrents, les ruisseaux , les forêts agitées par les vents; prêtez rorcillc à la pluie qui tombe, à la brise (fui passe sur vos toits; partout se révèle quelque chose ■ -1^ qui semble s'attrister et pleurer : vous diriez que les hommes et toulc la création foraieiiL comme un immense soupir qui moule, monte sans cesse vers Dieu.
Le poëmcde Job, chant prophétique des aflliclions des enfants d*Adam jusqu'au dernier jour du monde, reçoit,
FOOaOWl-AT, — T. I. %
i8 HISTOIRE DE JERUSALEM.
dans les universelles mélancolies de Tépoque setiielie> note frappante applicaUon. Au milieu des angoisses sociales t triste héritage des révolutions, que de bouches fontenten* dre des plaintes semblables à celles de lob 1 Combien vous rencontres dliommes qui maudissent le jour o& lie sont nés, qui ont des jours vides , des nuits de tristesse, et qui sentent une grande joie quand ils ont trouvé le sépulcre! Le livre de Jub est aujourd'hui iiolru plus véritable histoire, notre plus douce poésie.
Dans le livre de Job, Moïse est l'historien de 1 Ame humaine; dans la Genèse, il est rhislorien de la création , le révélateur surnaturel de toutes les origines. La naissance de la lumière , la fornKilion du malin , du soir et delà nuit, les vastes eaux enlcrmées dans les profondeurs derabime , la terre se couvrant de verdure et de forêts , le soleil placé au centre du firmament bleu , et la lune et les étoiles obéissant à la voix qui trace leur route à travers Timmensité ; les animaux , dans leur variété infinie, prenant possession des mers, des montagnes et des plaines; Thomme enfin, le dernier et le plus beau des ouvrages de Dieu , recevant en quelque sorte l'investiture delà royauté au milieu du jeune univers ; la primitive condition de bonheur de Taieul de la race humaine , la perte de TÉden, pour avoir voulu trop connaître, pour avoir désiré devenir semblable à Dieu , et puis, la condamnation au travail, à la souffrance, à la mort, et la promesse d'une réhabilitation : tels sont Ici» tableaux que nous trace la Gciièt.c. Elle nous révèle lu secret de Tâge du monde et de sa formation , le secret de la nature humaine tombée : en trois pages, Moïse nous a expliqué Tunivers et l'homme. 11 y a eu des milliers et des milliers de livres dans tous les âges, et chez toutes les nations anciennes et nouvelles, sur ces grandes choses-là dites en trois pages par Moïse; il n*y a eu de vrai que ce qui s'est trouvé conforme à son Icmoiguage. Les efforts du génie de quarante siècles, les profondes investigations dans les entrailles du globe sur les plus lointaines plages, et dans les souvenirs les plus ténébreux du genre humain,
n^onl fait que donner solennellement raison à îa cosmogonie mosaïque , cl (juand on a voulu étudier la mystérieuse nature de l'homme , avec son mclan£:;c de lumière et de nuit, de gloire et d'oppioLre, de bublimilé et de néant, il a toujours fallu remonter à un premier état de perfection, suivi d'une chute. Pour Texplication de l'univers, comme pour l'explication de l'homme, le récit de la Genèse est cet original divin dont il a circule, au milieu des nations ancîenne?^, tant de copies plus ou moias infidèles, plus ou moins défi urées.
Si le souffle de Dieu n'était pa"? In , ?;i l'œuvre seule de lliomme se montrait à nous, il n'y aurait pas de langues assez éloquentes pour admirer le léc^islatcur des Hébreux. Ce 1 )( calogue , auprès duquel les antiques lois delà Perse, . de rinde; de PÉgyple, de la Grèce et de Rome, ne sont qu'images grossières ou inventions dures, et qui est devenu le suprême guide du genre humain ; cette organisation morale, politique et religieuse d'une nation nouvelle, organisation s'élcndant à tout à force de sagesse profonde , de justice et de prévision; ces règles, ces prescriptions, ces maximes exprimées avec une simplicité surprenante , nous apparaissent comme la vérité descendant des hauteurs divines pour TisUer les hommes. Ce qui touche et frappe , à mesure qu*on arrive au terme da voyage d*Israël» c*estlaTaedeBIoïse, charge d'ans, se consumant en efforts pour rappeler aux Hébreux les bienfaits et la loi du Seigneur; plus le jour de lu séparation approche, plus il est tourmenté da besoin de leur redire ces préceptes qu'il leur a enseignés pendant quarante ans , de leur remettre en mémoire ce qu'ils dolTcnt accomplir dans le pays les merveilles de la pensée divine les attendent. Les bénédictions réservées à la fidélité religieuse, les malédictions contre les transgresseors de la loi , empruntent une imposante solennité à cette situation du vieillard qni bientôt ne parlera plus : on dirait un père de famille qui , sur les derniers confins de la vie , à Taspect du sépulcre entr*oa« vert, recueille ce qui lui reste de forces pour tracer à ses
enfants la grande ligne du devoir, leur monlrcr à qticl prix s'achètent reslîmc publique, l'honneur, le repos de la conscience, et par quelles voies ou se précipite vers la ruine et rî^noniinie, vers le mépris des horames et la malédiction de Dieu. Moïse fut ensevdi dans une vallée du pays de Moah , en face do Phoij;or ; à l;i date où s'écrivait le dernier cliapitre du Deutéronorae , nul homme n'avait connaissance du tombeau du chef des Hébreux. Un mystère dérobait au monde le lieu de sa sépulture, et Timagination aurait pu croire que les dépouilles de celui à qui léhovah avait parlé comme un homme parle à son ami » avaient élé emportées aux cieujt.