‹ Histoire de JérusalemChapitre 103 sur 149 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

ments orageux qtii balayent et emportent la corruption Le spectacle de tant de ruines ne pouvait, pas laisser le eceur indifférent. Le bruit de ce long craquement du vieux moode faisait gémir ranachorètc ; il mêlait ses sanglots à ceux des nations , recueillait dans sa cellule les soupirs de Tunivers. Plusieurs de ses lettres altestenti'impression profonde qu'il avait reçue de cet immense décl|irement.

Dans sa lettre à Héliodore (i), son esprit ne s*arréte q[u*avec horreur aux malheurs de ses contemporains : c Depuis plus de vingt ans, le sang romain coule depuis Constanlinoplc jusqu'aux Alpes juliennes. Le Goth, le Sarmate, le Quade, TAlain, les Huns, les Vandales, les Marcomans ravagent la Scythie, la Thrace, la Macédoine,la Dacie, TAchaiet TÉpire» la Dalmalie» les deux Panno^ nies, etc. Que de miitroues et de viei^, que de nobles personnes ont été le jouet de ces bétes féroces I On a tu les évéqnes chargés de fers, les prêtres massacrés, les églises renversées , les autels du Christ devenus les auges des chevaux, les ossements des martyrs enlevés de leurs tombeaux. Le monde romain croule, dit lérAme, et j^ur* tant notre téte superbe ne plie pas encore ! L*Orienti qui semblait à Tabri de ces maux , a été envahi par ces loups à face humaine lâchés des extrémités du Caucase. Antioche et les cités que baignent THalys , le Gydoûs et TEophralé ont été frappées Nous sommes malheureux, nous qui souffrons d*attssi grands désastres ou qui les voyons souffrir k nos frères I i Ce sont nos péchés qui font la force des barbares , ajoute Jérôme. 11 écrivait à, Héliodore pour rengager à ne pas trop pleurer la mort de son ami Népo-* tianus , et voilà que lui, Jérôme, pleure dans cette lettre les funérailles du monde entier. Le solitaire , par un mouvement éloquent, rappelant les larmes de Xercès à Uaspecl de son armée dont il ne resterait pas un seul homme au bout de cent ans, s'écrie que si, d'un lieu élevé, il pouvait découvrir toute lu lerie, il tiiOiilrei ail les nations

(l)LellreXXXV.

POQJOQLAT. — T. lU

ioO HISTOIRE DE JÉRUSALEM.

se heurtant contre les nations, les royaumes contre les royaumes, et l'univers enseveli dans ses propres ruines.

Ailleurs, parlant de la dévastation de la Phénicie et de Teffroi de Jérusalem à rapproche des barbares, il ditqu*il faut élever des murailkg et non poiiii faire des livres Au milieu des misères qui renvironneni el parmi les glaives tirés de Coûtes parts, il trouve assez riche celui qni ne manque pas de pain , assez puissant celui quin'est pas contraint d*étre esclave {%). La prise de Rome , de cette ville ^iit avait prii Vunimrs, vint mettre le comble à ses 4ouleiir« : c 0 crime 1 s'écria-t-il alors , Tunivers croule, c et les péchés ne croulent point en nous (s) 1 t La force de son esprit Tabandonna ; il fut obligé d*inlerrompre le Commentaire d*Ëiéchiel,qull venait de commencer. Beaa* eoopde nobles Romains, hommes et femmes, réduits à mendier une asile et do pain après la chute de leur patrie, se rendirent à Bethléem; lérdme cherchait partout des ressources pour suflBre à tant d*iuforlunes : il était la dernière espérance des débris du monde naufragé I

Lorsque, le 30 septembre 420» Jérôme mourut à Bethléem, ùgé de quaUc-vingts ans , son âme avait bien souffert; les ruines de l'uiiivers romaiii avaient jeté leur ombre sur sa face, mais une pensée le consola sans doute, la pensée que le maude était chréUen. il avait [»u dire, en écrivant à son ami (4), qu'il n'y avait plus de langue , plus de contrée qui ne célébrât la passion du Christ et sa résurrection; il avait pu se réjouir devoir l'Indien, le Perse et le Goth en possession de la vérité de l'immorLa- Itlé de Tâme , mieui. que Pythagore qui ne débita sur ce dogme que des chimères , mieux que Socrate qui , dans sa prison, 8*eiitretenait de cet espoir, uniquement, disait Jérôme, pour se fortifier contre la crainte de la mort. Lee peuples les plus faroaches avaient plié leur dur langage

(1) Lettre XLYUl à Théophile évêqae.

(2) Lettre XCV.

(3) Lettre XGVIII.

(4) Lettre XXXV.

CHAPITHL XXV. ISt

aux hymnes méMieux de la croix* et le nom <lii Christ mit passé dans la voix du monde entiei'. Nons nons sommes agenouillés à Bethléem auprès du tombean de saint Iér6me (i), placé dans le Yoisinage de la crèche , où fat le berceau du Dieu qu'il adora. Recaeilli devant cette grande mémoire, nons avons admiré tant de génie joint à tant d*hamilité, et* mêlant Timage du saint Tieiilard aux imeges de son siècle si troublé, il nous apparaissait comme l'esprit de ne planant sur un vaste abîme.

Dans une lettre, écrite de Bethléem (s), nous rappelions rirrésistible penchant de Jérôme vers la lecture des auteurs profanes, penchant qu*il combattît par la pénil(înce et quMl se reprocha comme un crime ; nous rappelions aussi la sccnedcsa comparution devant le souverain Juge, née du délire d'une fièvre qui l'avait conduit aux portes de la mort. Cette scène que nous nous bornions à indiquer, est une des pages les plus curieuses, les plus surprenantes de Thisloire de l'esprit humain ; nous devons la donner ici dans tous ses détails ; elle achèvera de peindre ce Jérôme qui nous a toujours paru un mystérieux phénomène dans le monde intellectuel. C*est lui-même qui va parler; il écrit de Kome à sa chère Ëustochium (s) :

« Il y a quelques années, dii-il, qu*ajant quitté ma mai* son» les auteurs de mes jours, ma sœur, mes parents, et , ce qui coûte plus à laisser que tout cela, une table où j'avais coutume de faire bonne chère, fallai à Jérusalem pour entrer dans la sainte milice ; je ne pus me passer des livres que j'avais réunis à Rome avec beaucoup de soin et de travaiL Ainsi, homme faible et misérable, je jeûnais avant de lire Gicéron. Après plusieurs nuits passées dans les veilles, après les larmes abondantes que le souvenir de mes fautes passées arrachait du fond de mon cceur, je prenais Plaute. Lorsqu'ensnite, revenant à moi , je m*at-

(1) Correspoudance d Oriciil, lettre XCV.

(2) lOid.

(S) uttfe XVIII.

ISt HISTOIRE DE JÉRUSALEM.

lacliaisà lire les prophètes, leur langage me semblait rude el négligé! Aveugle que j'étais, et incapable de voir la lumière, je ne m'en prenais point à mes yeux, mais au soleil. Pendant que Tantique serpent m*abi|8ait ainsi, une fièvre violente pénétra vers le milieu du carême jusque dans la plus intime partie de mon corps tout épuisé, et sans me laisser du repos , chose incroyable 1 elle consuma tellement ces membres malheureux, que mes os se tenaient à peine entre eux*

c Cependant on apprête mes funérailles ; un reste de chaleur vitale, tant mon corps était déjà froid, ne se faisait plus senlir que dans les palpitations d'un cœur tiède encore. Alors je me crus transporte en esprit devant le tribunal Un Juge suprême : là je fus lellcmenl ébloui de 1 celai donl hrillaicnl tous ceux qui élaientpi ésciils, que, prosterné contre terre, je n'osais pas regarder en haut, interrogé sur ma profession , je répondis que j'étais chrétien, et le Juge alors : Tu mens, dil-il, tu es cicéronien . ET NON PAS ciiuÉTiEN , cuT OÙ €si toti trésor y là aussi est ton cœur (i). Je me tus aussitôt, cl au milieu des coups de verges, car il nvaiL oi donné qu on me frappât, j'étais déchiré plus encore par le remords de ma oouscionce, en songeant à ce verset du psaume : Qui c?t ce qui vous confessera dam U sépulcre (a) ? Je me mis à crier et à dire en gémissant : Ayez pitié de moi , Seigneur^ ayez pUié de moi. Ces paroles retentissaient au milieu des coups de verges. Enfin ceux qui étaient présents, s'étant jetés aux pieds du Juge, le priaient de pardonner à ma jeunesse, et de me donner le temps de me repentir d*une faute, dont il pourrait me' punir plus tard , si jamais je lisais les livres des auteurs païens. Pour moi, qui, dans une si fâcheuse extrémité, aurais voulu promettre bien davantage encore, je commençai à jurer par son nom , à le prendre à témoin et à

dire : Seigneur, s'il m'arrive jamais d'avoir ou de lire des

(t)SainiMaUhieu, Vî, (3) Psaume e.

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