CHAPITRE XXV
livres prafanes, que je passe pour uii homme qui vous a renié. Remis en liberté après un Ici scrmcnl, je revins sur celte len e; et au grand clonnement de tous ceux qui urciitouraienl, j'avais les yeux baignes de larmes si aboudanles, que les plus iûcrédules étaieut convaincus de ma douleur. Et ce n'avait point été là un de ces songes vains qui souvent nous abusent; j'en allesle ce tribunal devant le(iuel je me suis [a oslernë ; j'en atteste ce jugement redoutable qui m'a épouvanté si fort. Fasse le ciel que je ne sois jamais appliqué à une telle question! J'avais les épaules meurUics, je sentais encore les coups à mon réveil; aussi devins je plus passionné pour la lecture des livres saints que je ne Tavais été pour celle des livres profanes, t
Nous ignorons si saint Jérôme put tenir la promesse qu*il fit, en ce moment terrible , de ne plus lire aucun auteur païen ; dans ce cas, il fallait que son intelligence en eût été prodigieusement nourrie , car sa correspondance qui nous est restée appartient à la seconde moitié de sa ▼ie, et les lettres de Tillustre solitaire, comme beaucoup d'autres de ses écrits, sont semés de souvenirs empruntés aux poëtcs ou aux orateurs de Vantiquité 1 Ces citations profanes mêlées à celles des livres sacrés , donnent aux productions de saint Jérôme une physionomie piquante et originale. Son langage vif, facile, coloré, n*e8t pas toujours inspiré par un goût parfait, et parfois on 8*élonue des libertés de son allure. Il soutint la supériorité morale de la virginité sur le mariage avec une dialeur de zèle qui l'emporta trop loin , et qui lui valut de vigoureuses attaques. Dans son enthousiasme pour la vie du désert et la perfection .spirituelle, préoccupé aussi de l'état du monde que les calamités semblaient poussera sa suprême ruine, saint Jérôme aurait en quelque sorte voulu faire de l'humanité une vierge cloîtrée attendant dans la prière et une lampe à la main, le divin Époux de la lia des temps.
Jérôme, esprit chagrin, passionné, violent, garda rarement de la mesure avec ses adveirsaires ; il eut à.
demanda àson Ofucifix la satiafoction d*imiiieiiiM beaolni, un âëdommagenent i de donloureax saorifioea; la wln lui était plas difficile qu^à tout autre » aa aainieté fnl itiie grande Ticloire anr ce qa*il y a dana L*|ioBiaie de plna ardent et de ploa rébeUe» et Toilà pourquoi elle noua inspire .tant d^admiralion el de respectl Au aujet dea divers aena de TÉcriture, lérdaie comparait la parole de Dieu à une perle qui peut être peroée de tous cAié» (i); celle perle s'ofTril à son génie avec une transparence dépouillée de tousses mystères, et, quand les corps sortiront immorlels de la iiuil des st pulcres, elle rayouiiera sur ba poitrine comme une parure tombée du ciel.
En écrivant ces pages» nous avons souvent songé à un aulro grand homme qui, de la rive africaine, correspondait avec le solitaire de Bethléem. Le jeune évêque d*Hippone, plein de vénération pour le vieux Jérôme, et qui avait remercié Dieu des merveilleux travaux du solitaire sur l'Ancien et le Nouveau Testament, fut admirable dans sa dispute avec notre anachorète, à Toccasion du Commentaire de Tépître ?mx Calâtes, et fut touchant dans la manière dont il déi»lora les querelles religieuses entre Jérôme et RuÛin, liés auparavant d*une si étroite amitié. Le cénobite de Judéo et l'évêque d'Afrique ne s'étaient jamais vus, mais la correspondance de ces deux esprits êi éminents nous prouve qu'ils s'étaient compris malgré les longues distances.
Nous ne voudrions pas terminer ce chapitre sans salaer oe grand nom de saint Augustin. Lorsqu'il faut caraclériaer» en quelquea lignes » un pareil génie, par quel côté de aa glorieuse vie devons-nous commencer t Quelles mvres signaler d'abord! Gomment suivre l'évêque d*Hippone dana aa laborieuse carrière, qui répond à tous les points du mcmde. moral et religieuxt L*explicatioit des fieritores, la dogmatique, la controverse, )a philosophie remplissent les jours d*Augu8tin. Son âme est une source
(I) Leilfe XTIII.
GHAPâTKS XXV* M
pntonâé qoi déborde en ûùH MUantt el Mlotaires sor rùnÎTers. 11 semble qoe Dien lui ait confié le T^ité ^ après la lui avoir révélée dans son Immense éienâoe« Saint Âagastin veille sur die , il en défend les droits et le carao tère, toujours, partout el de tontes manières. Les histoires et les philosophies da |»assé lai sont familières eomme k saint Jérôme; il nignore rien dé ce qui a ocoupé Tesprit de l*liomme; rien ne saurait le prendre an dépourvu; il est la règle et Tinspiration de ses contemporains. Du fond de sa demeure d'Afrique, il lance des torrents de clarté sur tous les doutes, sur toutes les anxiétés des inlellifjences; sa parole, volant à iravers l'espace, renverse, charme, raffermit tour à tour. Son génie paraît se renouveler sans cesse, è mesure qu'il y puise; c'est la fontaine intarissable où viennent s'abreuver les hommes, les troupeaux et les oiseaux du ciel, ou plutôt c'est la mer avec ses masses d*azQr toujours les mêmes, avec son étendue el son infini qui ne changent point.
Comme les écrits d'Augustin expriment la vérité éternelle, ils ne sauraient ni perdre de leur intérêt, ni viekUir, ni tomber au rang de ces inutiles reliques que les généralions laissent derrière ellos dans leur continuelle marche. Quoique nouï, soyons séparés du grand évêque par de longs siècles, il resle aujourd'hui un de nos meilleurs guides, de nos meilleurs consolateurs. Nous pouvons le prendre pour conseiller el pour ami jusque dans cette vague tristesse de nos ca urs, qui est née du spectacle de tant de bouleversements et de ruines ; lui aussi avait vu d'épouvantables catastrophes, des calamités inouïes, et" il avait éprouvé tout ce que peut éprouver l'àme humaine en présence des plus formidables révolutions.
Depuis quinze ou vingt ans , nous entendons beaucoup parler dévie intime et d'études psychologiques, cl je ne sache pas que la Uttéraiure intitM aiii produit un livre qui nous aide dans nos misères* 11 y a des mots et des surfaces dans nos romans et nos bavardages psychologiques, mais les choses senties» les choses profondes» où sont-elles?
UISTOIHË DE JERUSALEM.
Les recberelMs habiles dans les plis el les détours de râme, les savantes fouilles dans ces ténébreuses voies où se cachent les senllments, les désirs et les contradictions» ce ne sont pas nos barbouilieors de papier qui les feraient ; les marchands d*ânotions Sictîcest de sensations artificielles» les ezploitaleors de Vlrréflezion et de l'insouciance publiques» n*ont jamais porté cette lampe aux vives lueurs qui éclaire les coins et les recoins de la maison de Thomme et le met fitce à face avec les objets si divers qui Tenvironnent dans sa demeure intérieure. Ce flambeau sacré» Augustin Va. tenu dans ses mains; nous dirons aux âmes élevées et tendres qui veulent s'interroger , se connaître et devenir meilleures : lisez les Gmf»' 9¥m du grand prélat «d*Âfrique» c*est la muse chrétienne redisant les secrets du cœur, les peines et les vanités de la vie, les espérances immortelles; c'est d*abord une suppliante voix qui, du fond de Tabime, crie vers le Srîgneur, puis cette voix emprunte aux joies de la conscience je ne sais quelle calme suavité , et à la iin c*est du haut du ciel qu*clle vous parle.