CHAPITRE XXVI
Pbytianom ie générale du tv* et dn y siècle. — Paula et Euslocbiuni. — Mélanie et «a ftinille. — Histoire de Pélagie.
L^imaginalion homaine 8*est toujours attactiée de préférence au speclacle des empires qui s'écroulenl, des in-
slilulions qui s'ellaceni, des sociétés nouvelles qui sorlcnL du milieu des vastes débris; les ruines ont un g! and cbarmc pour elle. L'no cilé vivante et prospère l'énieuL beaucoup moins qu'une cité couchée dans la ]ionssièrc, une cité morlc où le lézard court au soleil, où gémit Toiseau des nuits, où le renard trouve une lannière. EWe aime à s'arrêter sur ce qui n'est plus et sur l'œuvre qui se prépare; elle se plaît à l'arrivée des ténèbres enveloppant le inonde, et à Taspect du matin illuminant peu à peu l'immensité. Voilà pourquoi, parmi les vieux âges de l'ère chrétienae, le iV et le v*-' siècle se présentent à l'imagînaiion avec un si vif intérêt. C'est alors que sous les llols envahissants des barbares, le monde romain roule en débris, et qu'une force nouvelle, la force cbrétienne, travaille l'univers. Autant que l'imagination, Tubservalion philosophique se plaitdans ces grandes luttes sociales: ces violentes commotioDSt où s agile ie destio des génératioDS futures, vous
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aidenl à ooonaitre lliomiiie. Quand Tauragan passe sur les mers , il les creuse josqn'à leur profondeur dernière, et rabime esl mis à nu » et tous les secrets semblent vouloir se montrer à vous; ainsi les révofutions entr* ouvrent cet autre abime qu'on appelle le cœur de Tbomme, et voua y découvres tontes ses passions, toutes ses tendances » tous ses instincts.
Les mœara de TOccident au if* et au f« siècle nous montrent une société qui subit une laborieuse et immense transformation. D'un côté, nous trouvons la corruption et la frivolité mêlées i la décrépitude de la civilisation romaine ; de Tantre, des vertus nouvelles, des abnégations sublimes, une indomptable énergie pour le bien, pour la vérité. Ici, des nations jeunes et terribles -s'avancent avec la baebe et l'Incendie , el emportent sur leur route les ceuvres du passé; là, de nobles Ames étonnent le désert par une angélique vie et font entendre les accents de la prière dans des cavernes qui n*avaient jamais retenli que des hurlements des bêtes fauves. Ce mélange des croyances anciennes el des crovances venues de Judée, donne au monde un curieux caraclcrc qui ne peut se rcnconlrer qu*unc fois dans l'histoire. L'antique élément païen s'attache opiniiltrén)enl à une civilisation vermoulue ( onuiic le lierre aux vieux murs délabrés, el le voilà peu peu etfacé par Télément chrétien qui arrive muni d'une puisvsance irrésistible. Les statues d'or de Jupiter et de Minerve lombeni en poussière à l'approche de la croix de hois; l'Olympe mytholofi^ique croule devant le Calvaire. Speclaclf unique ! rha iii^eiiKTi t rnpide et merveilleux ! bataille iif ii^Miitique où les iiuail^les el les faibles sont les vainqueurs, on les vaincus ne sont pas maudits, mais appelés à profiler du triomphe ! X'' ^ La li!!rr;Uure de ces époques en est t'^ipièle ex[>ressîon. IVo nous enfermons pas dans la Ji^We lorsque iïous Irouvonsau loin des caractères, des traita qui nous ardent à pénétrer ilinis r<'iie vieille société romàM d»ai les rutucs viuuucnt aboutir à Jérusalem. )
CUAPiTR£ XXVL IM
Aaaone» tour à toor profesieur à Bordeaux, sa patrie» ptéoeptear de GratieD, gouverneur de l'ItaUp et de TAfri*- . que, paie consid, est un des briUinte esprila du sièele ; il chanta la Moidle 1 la oour de Temperear Valentinien & TrèreSt et eon pcfime» o& les descriptions tiennent lieu d*idées et de sentiments , annonce une littérature en décadence. Son élè?e» deyenu empereur, le pousse eux fono* tiens les plusbautes. En ce temps-là les Muses menaient au pouToîr ; elles s'étaient fiitse courtisanes, et les princss des époques de corruption et de faiblesse ne croieni jamais payer asses cher les adulations. On s*est demandé si Ausone était chrétien; son adoration des Muses anciennes, ses habitudes et ses goûts païens ont empêché plus d*un auteur de reconnaître clatrement sa foi; mais tous les doutes se dissipent devant les assertions positives d*Aiisone lui-même. Dans le début de sa première idylle .1 « Voici « dit-îl, le retour do saint temps de la pàque salutaire. > Dans un autre petit poëmc intitulé : EphémêrêS^ Il parle d'un sanctuaire, où chaque matin, il adresse à la Trinité ses pieuses oraisons. Le rhéteur d'Aquitaine, écrivant à Paulin, son ami et son ancien élève, pour le presser de revenir de la solitude qu'il s'était faite en Espagne, invoque le Père et le Fils de Dieu. Ausone nous représente ces riches personnages du monde romain, qui, lout en ayant reçu la lumière évangélique , continuaient à vivre dans les vieilles mœurs si difficiles à déraciner et dans une douce frivolité d'esprit ; chrétiens par le cœur, ils redevenaient polythéistes par la puissance de leurs études et le commerce de leur intelligence avec Virgile et Cicéron , par les souvenirs mythologiques qui entraient comme d*înévitahles couleurs dans les inspirations poétiques. Des hommes comme Ausone étaient des chrétiens encore habillés en païei|^. C'étaient des gens d'esprit sans génie comme sans enthVsfsiasrae , incapables de se dessiner fortement , de résis^âu courant des choses vulgaires et de montera un gran«[ destin. ' ■
L'Espagnol Prudenée.SfVÉit une autre trempe d'inteUi-
«40 HISTOIRE DE JÉHUSÂLEM.
gencc que le préccpleur de Graiicn. A cinquailtp^sep^ ans, U chercha daos la fiolitnde i'ouhli des bruyants intérêts d*ici-has et le recueillement sans lequel Thomme ne peut interroger son harmonie intérieure. Il composa des hymnes pour les fidèles et des poëmes d'enseignement religieux. VApoUUiM de Prudence, dirigée contre les hérétiques et les Juifs» montre les oracles de Gumes muets et pleurant, les oracles d'Ammon se taisant dans, les Syrles libyennes, et le Capitole romain pleurant aussi à la vue du Christ victorieux. On connaît le discours de Symmaque demandant au nom du sénat le rétablissement de Tau tel de la Victoire, et faisant entendre que Rome, privée de ses dieux , était condamnée au malheur et à Timpuissance. Prudence écrivit eonin St/mma^ un poUme où Tironie vient en aide à une vive éloquence. La conversion des plus Illustres Romains lui inspirait des tableaux animés. Les pères conscrits revêtant le manteau de la piélé plus éclatant que la toge romaine; la curie d'Ëvandre, la famille des Annius, la descendance des Probus se précipitant dans les temples des nazaréens et aux fontaines apostoliques; les Gracques, amis du peuple, faisant briser les images des dieux et se vouant avec leurs licteurs au service du Crucifié loul-puissanl; six cents maisons de race antique rangées s()us les étendards du Christ ; le peuple lui-même méprisant les autels de Jupiter, visitant au pied du mont Vatican le loniheau de saint Pierre, ou bien courant a la basilique lalérane pour en revenir avec le signe royal qu'imprime l'huile sainte : tels sont les faits, les spectacles frappants que rappelle le poêle pour annoncer la domination de Jésus el les beaux destins de Rome chré> tienne.
Prudence, qui avait chanté les progrès de la foi et les martyrs des bords du Tibre, s*affligeait d clrc séparé du soi romain, riche en û:lorieux sépulcres, par de doubles Alpes, d'éli e retenu en deçà des neigeuses Pyrénées. Qu'il fut heureux lorsque, déjà au déclin des ans , il put porter ses pas vers celte terre de Koine, où la saiMieté preu«Mt la