CHAPITRE XXVî
place de la gloire ! Revenu de son pny<; d'Espagne , le pèlerio commcnçail une de ses plus belles hymnes par ces paroles adressées à l'évèque de Saraqosse : t ÎNous avons vil, ô Valcrianus ! digne pontife du Christ, nous avons va, dans la cilé de Komulus, les ianombrables tombeaux des saints. >
Nous avons prononcé plus haut , le nom de Paulin , qui appartendit, comme Ausone son maître, au pays d* Aquitaine, et fut évéquc de Nola. Issu d\ine famille sénatoriale, homme d'esprit et d'imagination, le poète Paulin fut appelé aux grandes charges; mais bientôt le dégoût du monde entra dans son âme chrétienne; il s'en alla suivi de - sa femme Thérasia» cacher ses jours aux environs de Barcelonne, pour y prier et y méditer en paix* Mous avons parlé d*une lettre d'Ausone, pressant le retour du solitaire qui avait renoncé au culte des Muses , et aux joies de la vie. Le rhéteur de Bordeaux , retiré auprès de Saintes, écrivit ainsi plusieurs épitres en vers, à Paulin, mais oelui-ci ne répondait point ; la manière dont Ausone lui reproche à la fin son silence, est marquée par une charmante inspiration : c Uennemi même salue Tennemi , les rochers répondent à Thomme , les cavernes et les forêts ont un écho qui nous revient, les brisants crient sur le rivage, les ruisseaux donnent leurs murmures, la haie qui nourrit les abeilles d*Hyhla se remplit de bourdonnements, les roseaux de la rive ont aussi leur mélodie, et' la chevelure des pins s'entretient d'une tremblante voix avec les vents : Paulin, lui seul, garde un silence obstiné. •
Hais le pieux solitaire ne reçut qu'au bout de quatre ans, les épitres' de son ancien maître, et voilà pourquoi il n'avait pas répondu. Ausone appelait impie la résolution de Paulin et ne demandait qu'aux Muses d'exaucer sa prière. L'époux deThérasia, dans sa remarquable réponse, parle de Dieu cl du Christ, avec une elévaiion (ridées et une profondeur j)hilosophiquc qui laissent Ausone aussi loin de Paulin , que la terre est loin du ciel. Le solilairc déclare qu'il est devenu un homme nouveau sous le souille
HISTOIBB DB JÉRUSALEM
du Pèro suprême , quo son esprit n*est plus ce qu'il étail. Paulin ne mène point une vie errante comme un insensé; plus d'imn fois les hommes, poussés par la Diyinilé, ont cherché une demeure dans les lieux déserts; les plus illustres des philosophes Tout fait pour les études et pour la muse ; aujourd'hui , cette voie est suivie par ceux qui ODt voué au Christ leurs chastes âmes; ils se tournent vers les astres sublimes, regardent Dieu, et loin des bruits du Forum , s*appliquent à considérer les profondeurs du vrai, à pénétrer dans les secrets des choses éternelles. Tout homme est de peu de dorée ; c*est comme on corps qui se dissout, comme un jour qui tombe; sans le Christ, c*est une poussière, une ombre. Ausone reprochait à Paulin t on ingrat oobli ; le saint lui promet une fidèle et ardente amitié dans ce monde et dans Fautre» et sa parole 8*écliappe comme un cri sublime du cour.
« Pendant tout Tespace de temps qui est accordé et t destiné aux mortels, dit Paulin à son maitre, tant que f je serai contenu dans ce corps qui mVmprisonne» quelle s que soit la distance qui nous sépare i dans quelque f monde» sous quelque soleil que je me, je te porterai ff cloué dans mes entrailles, je te verrai par le cceur, je c t*embrasserai tendrement par Tàme, tu me seras par« t tout présent, et lorsque, attiranchi de cette prison da c corps, je m^enyolerai de la terre, en quelque r^ion • que me place le Père commun , là encore , je te porterai i dans mon âme, et le dernier moment qui me détachera . « de mon corps , ne m*étera pas la tendresse que j*ai pour c toi ; car cette âme qui est d*origine céleste, et qui survit t à DuUe chair, il faut bien qu'elle conserve ses senti- « meuts, ses aH'cctioas, comme elle garde sou existence, c Elle ne peut oublier non plus que mourir; eliu doit ( vivre et se souvenir à jamais (i). >
Il y a quelque chose de vraiment beau dans le spectacle de ce Paulin , se plaçant si haut par le seul fait des senti-
(I) Leure mill.