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CHAPITRE IXVÏ

menls chrétiens qui l'iuspirent, illiiminaut pour ainsi dire des rayons de ia divine dlernilé la face de son maître Ausoue, chrétien par le cœur, mais retenu encore dans les ombres du paganisme ; l'un était enlevé aux régions célestes sur Taile de la méditation évaogétiqae et de Tespérance infinie; Tautre, avec quelques lueurs chrétiennes, continuait à se livrer aux félicités fugitives. A ees -époques où la foi éclairait peu à peu le monde, et impressionnait d'une façon inégale les âmes plus ou moins disposées à la recevoir, il dut y avoir fréquemment de ces «emples d'amis qui se séparaient. G*est là un côté de la vie sociale et intime dés m*, iv* et v* siècles. On quittait son frère, son ami , pour se rapprocher du Père d*en haut* et souvent les adieux de la ferveur chrétienne fuyant loin des villes, ressemblaient aux adieux d*nn mourant.

Paulin composa un panégyrique de Théodose, dont le style avait paru à saint Jérôme, d^une pureié ekinniami. Eavi de Teenvre éloquente de Paulin, saint lérôme •*éeriait : c Oh ! s*il m'était donné do conduire un esprit de cette trempe , non point comme chantent les poëtcs , sur les monts Aoniens , sur les sommets de rHétIcon , mais sur les montagnes de Sion , du Thabor et du Sinaï ! Si je pouvais lui enseigner ce que j'ai appris, et lui donner comme de main à main , Fintelligence des mystères contenns dans les prophètes, il naîtrait parmi nous quelque chose que ia docte Grèce nous cnYiei aiL! »

Nous ne dirons rien de Claudieii , dont le caractère est si connu. iNé à Alexandrie , au déclin des arts et de l'empire, il est le poêle de la mythologie expirante; la foi chrélienne i^M andit et s'étend partout , mais Claudicu ne la comprend point. D'ailleurs, un inlaiiiible moyen d'arriver à la fortune, s'offrait alors, c'était de chanter les croyances cl les mœurs du passé : Tami do Sliiichon fut comblé d'honneurs et de richesses. La poésie deClaudien rendait à l'Olympe ses splendeurs évanouies; Homo, on l'écoulant, pouvait croire que ses dieux planaient encore sur les hommes. Quand on songe aux efforts inouïs de U

société romaine pour empôcher le ciel paien do f rouler anlonr d'elle , on s'ctonue que les imaginalioiis reconnaissantes n'aient pas offert l'empire au poëLe qui sut le mieux prolonger les illusions de la ?ie, auprès du grand cercueil du polythéisme mort.

\j Itinéraire du Gaulois Rulilius revenant dans sa pairie, noos montre les derniers reflets de la poésie romaine. On a comparé l'Itinéraire de cet ancien préfet de Rome, aa ChUd'HwrM de iord Byron ; il y a , selon nous , dans ce rapprochement , plus de fantaisie que de Térilé. Les deux poètes voyagent à travers les ruines des croyances et des empires» et Tallure de leur narration est indépendante et capricieuse* Toilà leur seul point de ressemblance; c*est une ressemblance d'époque et de forme, et pas du toat de caractère , d*âme et de génie. Byron voit des croyances» des institutions, des mœurs qui se modiBent ou qui tom* bent , mais il ne les défend point , il ne les regrette point ; bien au contraire, levol destructeur des révolutions n*est pas assez rapide à son gré, et il espère que le monde se couvrira d*autres ruines ; Byron est l*homme de tout ce qui est nouveau, de tout ce que Tavenir peut promettre ; Rutîlius est rhomme du passé, l'homme de «ce qu*0B attaque, de cequi meurt ; il invoque les divinités anciennes pendant qu^elles s*entassent dans le sépulcre , poursuit de son vers la doctrine nouvelle qui se propose de changer Tunivers, lance des sarcasmes contre les disciples de rÊvangilequi s'enfoncent au désert pour y prier ou pour échapper aux violences du paganisme désespéré. Nous le répétons, on peut reconnaître jusqu'à un certain point, une ressemblance d'époque et de forme, entre Tlti ncraire du poêle gaulois du v° siècle cl le voyage du poëto anglais du XIX®; mais là, s'arrête à nuire avis, tout rapprochement.

Sur celte lointaine route où Thisloire romaine iinit avec Ammie-Marcellin , nous rencontrons Boèce avec qui finit la plnlosophie, pour ne plus reparaître que bien ^ longteiiips après. La philosophie, dans ses adieux à un

ilHAHTRE XXVI. 145

noiide qui ta être envahi par la nuit, consale un illustre

marlyr de la probllé politique ; elle parie de la vertu et de la Providence au consul prisonnier, que Théodoric n*a

pas su ou n'a pas voulu défendre, et mêle les doux rayons de respérance à la tristesse des verrous. Près de s'enfuir devant les âges barbares, elle remplit son plus bel office ici-bas, celui de ranimer et de soutenir une victime de rinjuslice des hommes. Il manque au livre tic Boèce, de la Consolaiùm de la philosophie, une vue plus claire de la vie à venir et des destins qui alleudent les bons et les mécbanls; il y manque une perlccLiun morale que pouvait seule lai donner ridée chrélienne : Boèce e|)rouve une sorte (le li ouble et tie vaL;ue elfroi en face dti réLerniLé, et refuse d éleadre son vol par-delà ces limites humaines , où l'empire appartient à Tordre, à Téquilé, à l'harmonie. Mais tout incomplet rpie puisse être l'inspiration du philosophe capLii , elle est féconde en consolations pour rhoromedebienqui souffre, et, après l'Evangile et Tlmttation de Jésus-Christ, la Consolation de la philosophie est . le meilleur bréviaire des persécutés.

Quelles puissantes intelligences la Providence suscitait aloi s pour défendre et affernjir l'Eglise portée sur les riols d'un temps de malheur! Quels livres que les Instiiutions divines de Eactance, et la TriniU de saint Hilaire, surnommé le IlIi uie de l'éloquence latine! Qu'il est beau de voir saint Ambroibe , le grand évèque de Milan, ranimant l'Église occidentale , achevant la ruine du paganisme tenace, imprimant ayx. événements et aux hommes une allure et une énergie chrétienne! On admire sa vivacité et sa vii^ueur, iorsqu il veut faire entrer dans les ànies les préceptes évangéliques , lorsqu'il poursuit les riches qui croient avoir seuls le droit de posséder la terre!

Nous pourrions parler encore de saint Eucher de Lyon, de saint Sulpice Sévère, de Vincent de Lerins , de Satvien, de Sidoine, si nous ne craignions point de sortir de noire sujet ; ce qui précède doit suffire pour faire entrevoir ce

PO0IOIILAT. — T. II. 10

146 HISTOIRfi DB jERUSALBIl.

monde d'Occideùl , dont les longs ébranleKiaiU vieilneat rcLcnlir en Jddée , el dont Tesprit nouTeau nous est reprd»

seulé par des solilaires de Jérusalem et de Belhlécm , parlis des bords du Tibre.

SUITE

DU CHAPITRE PRÉCÉDENT

Les ïctlrps et la parole de saint Jérôme avaient travaillé la socié{(> (le Home; l'ardeur de son prosélytisme avait été féconde. Marcella lui la première romaine qui entra daos la vie monaRtîque ; celle pensée de Platon : La philosophie est la mcditaiio}i de la mort^ penséequc l'enseignemen t ch vé- ' tien développait et agrandissait , frappa vivement Timagi nation de Marcella ; séparée du monde, elle porta jusqu'à la (in des vêtements qui ne lui faisaient point oublier le tombeau. Saint Jérdme lui écrivit plusieurs lettres et prononça souvent son nom avec de grandes louanges. Les monuments contemporains ii*odI pas gardé le nom de toutes les dames romaines qui se firent servantes du Christ. La correspondance de saint Jérôme nous révèle les noms d'Âlbina , de Marcellina , de Félicité , de Blesiili , une des filles de Paula , de Léa, d'Âsella ; ces veuves ou ces vierges , enfermées dans les bornes étroites d*une cellole, jootssaient à Tavance de la vaste étendue da paradis^ comtiie parle leur illustre maître. Plusieurs d*entrtt elles savaient le grec el Thébrett , et toutes mettaient leurs délices dans la leclnre des livres saints. Le cilice, le lit sur la terré nue» les privations, le diant ou la prière durant lamoîlté

148 HISTOIRE DE JËBUSALEH.

de la nuit, une vie d^humilité, de paumlé el de souffrance, avaient remplacé les costumes soyeux, les couches molles, le laxe des festins , les bains, les spectacles d*ane cité* Heureux de ces conquêtes faites par Ui folk dê la Jérôme disait que Rome était devenue une autre Jérusalem* Les railleries des païens bourdonnaient autour des retraites des nobles matrones; mais avaient-ils le droit de railler, eux dont les dieux ne se trouvaient plus à Rome que dans les greniers avec les hiboux et les chouettes? Notre attention ne doit s*arrèter ici que sur les dames romaines entraînées aux. lieux saints par Tamour des choses célestes. Il en est trois'qui se détachent dans cette pieuse fuite en Judée : Paula , Èostochium , Hélanie.

On connaît rillustre origi ne de Paula , fille des Gracques el des Scipîons* Après la mort de son mari , elle n*eut plus d*autre ambition que celle de servir Jésus-Christ; elle enrichit les pauvres, secourut les malades et se chargea des funérailles de tous ceux qui mouraient dans Tindigenee* C*est ainsi qu'elle préluda à sou volontaire exil à Belhléem. La pieuse amitié qui liait Paula el Jérôme fut transformée par les méchants en liaison coupable; on prélait les plus grossières pensées de la terre à ces deux âmes chrétiennes qui n'étaient 'plus occupées que de la terreur des jugements divins. Dans sa lettre à Asella (i), Jérôme demandait s il n'y avait pas à Home d'autres femmes à aimer que celle Paula, pénilenlc et nioriifiée, négligée dans SCS vélcmenls, presque aveuglée par les larmes, passant les imiLs à fléchir la miséricorde du Seigneur, et que le soleil Uouva plus d'une fois en prière,' celte Paula qui avait pour toute chanson les psaumes , pour tout entretien l'Évangile, pour tout plaisir la coutiaeuce, pour loule nourriture le jeùae.

Bientôt Paula quitta llomc et ses enfants, prenant seulement avec elle sa fille Euslochium. La voilà à bord d*un navire cherchant déjà des yeux l'horizon lointain do la

(l) Lettre XXViir. , .. .i..

CHAPITHL XXVI.

Palestine. Elle avait parmi ses compagnons de voyage Épîpbane, cvéquc de Salamine eo Chypre, et Paulin, ëvéque d^Ântioche. Saint Jérdmet qui nous a décrit Titinéraire de la noble Romaine, marque tour à tour Métbone, les Gyclades, Tile de Chypre, Salamine, Antioche et la Pbénicie. Paula voit Bérithe, Sidon, Ptolémaîs, Lydda, Ramla.

Le proconsul de Palestine, informé de sa procbaine arrivée, envoie des appariteurs pour préparer le prétoire; Paula préfère une hamble habitation dans la ville où son Dieu est mort. Prosternée devant le bois sacré de la vraie croix» elle adore le Seigneur comme si elle Vy eût vu attaché; entrée dans le divin sépulcre; elle embrasse la pierre de la résurrection écartée par Tange au grand jour de la victoire sur la mort , et colle ses lèvres sur la place'on avait reposé le corps de Jésus, comme si elle çùt étandié une soif brûlante dans une pure fontaine. Jérusalem 8*émeut et se recueille à la vue des larmes et de la douleur de la sainte voyageuse. Paula visite le mont Sidn; 8*<agenouine devant la colonne de la flagellation qui soutenait le portique d*une église et fait sa prière dans le Cénacle. Elle se dirige au sommet de la montagne de TAscension où jadis, chaque année, on brûlait" en holocauste au Seigneur une vache rousse dont la cendre servait à purifier le peuple d*lsraël. Arrivée à la crèche de Bethléem , Paula protesta à Saint Jérôme qu'elle voyait de ses yeuxTenfant enveloppé de langes, les mages prosternés à ses pieds, Tétoile brillant sur Tétable, les pasteurs venant adorer la nuit Tagncau de Dieu dont la pure et blanche lot* son était couverte de la rosée du ciel. Tous les lieux delà Judée et do la Galilée, consacrés par un mystère ou par un souvenir deVÂncicu cl du Nouveau Testament, reçoivent, successivement les hommages religieux de la fille des Sci< pions* Non-seulement Eostochium , mais un grand nom* bre de vierges accompagnaient Paula dans ses courses chrétiennes. Kllc se rendit aussi en Égypte où rallîraient la mémoire de reofance de Jésus et les moeurs séraphiques

IjO . HISTOIRE DE JÉRUSALEM.

des anacliorclcs. Son dessein élail irachcvcr ses jours à Bclhléem cl d'y fonder des conmiunaulés ; elle occupa trois ans une pelilc demeure avec sa ûlie en allendant qu'elle eùl fait construire des cellules et des monutèrtSt et des hôtelleries pour les pèlerins.

Saint Jérôme nous a peint la vie austère de Paula. Des clltces sur la terre nue formaient son lit; elle disait comne le psalmiste : Timtêt Us nuits f arroserai mon lit de lairmtÊ, et je baignerai ma couche ^mtiplmrs (i). Jérôme lui repro> ehaii quelquefois de irop pleurer les fautes légères, et rengageait à cooaerver ses yeux pour lire rËvangile : < Il |aut» lui répondait Paula» il faut enlaidir ud vtsâge ^ . 4 que je coamia si souvent de ro ugr , de écrase et d*an- ' c timoine; tout ce long rire, il faut le racheter par des t larmes continuelles. > Le vin, le poisson^ le miel et les cBufs avaient été bannis do sa nourriture; excepté les jours de fàle « c*e8t à peine si elle se permettait un peu d'huile. On no pouvait que, dans le cas de grave maladie, la dëter« miner à prendre des bains. Depuis le commenoement de son veuvage jusqu*! sa mort, elle ne s^assit jamais à table «vec un bomme. Elle prenait de Vargent à intérêt pour être on état do ne refuser l'aumône à aucun pauvre, et soubaitait d*ètre ensevelie dans un suaire emprunté. Un monastère d*bommes et trois monastères de jeunes filles de toute condition et de diverses provinces, food^ par la mère d*Euslocbium, retraçaient auprès de la crècbe du divin Enfant une image des communautés do la Thébaïde, lérôme dirigeait le monastère d'bommes, comme nous Tavons déjà dit ; Paula dirigeait les communautés do jeunes filles dont die était en même temps la providence. Séparées pour le travail et la nourriture, les religieuses de Bethléem priaient et psalmodiaient ensemble* Toutes devaient savoir les psaumes qu*elles chantaient à diverses heures du jour et de la nuit. Elles n'allaient à Téglise ou à la basilique que le dimanche; on les voyait

{i) Psaume VI.

Digiii^co Ly <jOOgIe

CHAPITBË XXVf. 151

alors sortir par bandes ayant chacnne h leur tète une mkm spéciale. Leur eoslumc était uniforme ; elles ne se servaient de Hnge que pour 8*essnyer les mains. Cette eolonte de vierges Tenues dc.loin, se montre à Bethléem comme une charmante parure î c'est une corbeille de lis posée devant la crèche entre les mages et les pasteurs.

Paula et sa fille se chargeaient elles-mêmes des soins dti monaslèrc. Ces femmes, dirons-nous avec Jérôme, ces femmes qui auparavant regardaient comme un laideau un vêlement de soie, comme un incendie la chaleur du soleil, défigurées maintenant sous des vêlements de couleur triste, préparent les lampes, attisent le feu, balayent les appartements, apprêtent les légumes, jettent des brassées d'herbe dans des chaudières bouillantes, dressent les tables, présentent les vases, servent les mets. L'obscurité de la vie que s*était choisie noire sainte Romaine, au lieu de la faire oublier des vivants, a jouta tout à coup à l'éclat de son nom. La Judée était alors la contrée de Tunivers la jtlus visitée, et les pèlerins enlendaient parler de la haute vertu de Paula, de ses macérations perpétuelles, de sou inépuisable charité. Elle était devenue, dit Jérôme, l'admiration des Romains comme des Barbares.

La mort de Paula, arrivée vers l'an 404, fut aussi sainte (]ue la seconde moitié de sa vie. Des versets du psalmiste, conformes aux espérances du chrétien qui s*en va de la terre, ne quittèrent point ses lèvres jusqu'à son dernier souffle : Que vos taberwtetei sont aimahles. Dieu des vertu» l répétait-elle ; mon âme ioufire aprê» la maison du Seigneur, et ses désirs la font tomber en défaillance... Taime mieux être la demUre dans la maison de mon Dieu que de demeurer dans lu tentû du pécheur. Elle formait avec un doigt le signe de la croix sur ses lèvres. Saint Jérôme, révéque de Jérusalem, d'autres pontifes et beaucoup de prêtres assistèrent à son départ de ce monde* Ils virent s'achever dans Tans* térité monastique une vie commencée dans les palais au milieu de Topulence et des plaisirs humains* 11 n*y eut ni cris ni gémissements au bruit de la mort de Paula ; mais

aussildl OD entend il des chœurs noinbreax chanler h» psaumes en diverses langues, comme pour escorter afvec de saintes harmonies son âme montant au ciel. Bethléem n*avait jamais vu des funérailles pareilles à celles qu*on fit à Paula; les pontifes, les prêtres, les lévites, les vierges et les moines de la contrée étaient là ; les habitants des cités voisines étaient accourus; quatre évéques portèrent le cercueil sur leurs épaules. Déposé d*abord dans Téglise de la Nativité, le corps de Paula fut ensuite descendu dans une grotte à côté de la crèche. Quinze ans plus lard, Ëustochium devait avoir dans celte même grotte son lombeau à côté de celui de sa mère, et le vicuiL Jérôme, destiné à survivireà toutes les deux, devait y dormir aussi son sommeil.

Nous n'avons point montré Ëustochîum veillant au chevet de sa mère, rafraichissanlavec un éventail son visage brûlé par la fièvre, lui froltani doucement les pieds, lui réchauffant restomac avec sa main , devançant les servantes dans tous les soins, courant du lil maternel i la crèche du Sauveur pour demander une prolongation de jours, et la grâce de mourir en même temps. Lorsque la vierge ne vit plus devant eHe qn*une froide dépouille, elle ' baisait les yeux de Paula, se collait à son visage, embrassait son corps et suppliait qu'on rensevellt avec sa mère.' Séparation cruelle, surtout à mille lieues de la patrie! Pour nous peindre Tétroite union de la mère et de sa fille, le panégyriste de Paula nous dit qu'Ëustochium ne se coucha jamais, ne fît jamais un pas, ne prit jamais la moindre nourriture sans sa n^ère.

Saint Jérôme nous apprend qu^Eustochium demeura chargée de dettes après la mort de Paula ; et que , pour les payer, WI9 mtlaitiaemfanee dmi (amùiricorde du Chmt, * L'abondance des aumônes et l'entretien de tant de fondations avaient anéanti une fortune considérable. Obligée de pourvoir aux besoins des communautés fondées par sa m^e, Eustochium parait avoir éprouvé des dilBcnttés et des soucis.

Cette noble femme que Jérôme appelle tour à tour sa

CHAPITHE XXVI. I»

sœur, sa iUle, sa souveraine , le premier joyau de TÉglise, et poar laquelle son imagioalion divinisait la virginîlé , avait, comme sa mère, une rare vertu el une haute intelligence. La mère et la fille lisaient et parlaient Thébreu , et pouvaient chanter ainsi les psaumes dans la langue* même de David. Avec un maître tel que Jérôme, Eustochium , tout en cueillant les fleurs de la virginité , Paula, tout en menant sa laborieuse vie de veuve (t), avaient a^krofondi la science des Écritures, et savaient par cœur les psaumes, les évangiles, les écrits de tous les prophètes.

Il nous reste de la mère et de la fille une lettre intéressante et colorée qu'on dirait écrite par saint Jéréme luimême; elles s^adressent à Harcella, leur première institua triée dans la vie monastique , lui reprochent de les laisser seules, exposées à la rapacité de Tépervier et de tous les oiseaux de proie , et lui demandent pourquoi elle ne vient pas les joindre en Judée. Paula et Eustochium lui peignent cette région monlueuse qui offre tant de délices spirituels, et vers laquelle Marie se dirigea , après avoir entendu les promesses de Fange ; elles parlent de Jérusalem , ettto» de ' paix, qui a produit tant do glorieux personnages : autant la Judée est au^'dessus des autres provinces , autant cette ville est au-dessus de toute la Judée. Si Marcella disait que Jérusalem est devenue moins sainte el moins digne d'amour depuis que ses perles ont clé brisées, depuis qu'elle a versé le sang d'un Dieu, depuis que lerainisUic des apôlres a Lrarib^orLc aux nations Yantique famili'irUe de Dieu avec la Judée, nos deux l'ioniaiues répuiidraieiiL que le San vcur aimait Jérusakin puisqu'il a pleuré sa ruine, que les lialjilants ('taient les coupables el non poinl la terre, et qu après luut, même à considérer rélal présent de Jérusalem , le sépulcre du Seigneur surpasse en sainteté» el en gloire les chérubins, le propitiatoire, l'arche du Testaiiieul, la manne, la verge d'Aaron et l'autel d'or. Si la Judée est une terre maudite parce qu'elle a bu le sang

(1) SaiDi Jérôme, lettre XXVill.

}oi HISTÛIER DE iEEUSALËM.

du Christ « pourquoi appelle-t-on lieux de bénédieUon les lîeax où Pierre et Paul , les chefs de Tarmée chrétienne, ont répandu leur sang pour le Sauveur 1 1 Quoi ! 8*écriettt les deux amies de Marcella, nous vénérons partout Icâ ^ tombeaux des martyrs nous nous mettons sdr les yeux leur cendre sacrée , nous la portons à nos lèvres autant que cela peut se faire, et il y a des gens qui pensent qoMl faut négliger, le tombeau dans lequel a été enfermé le Seigneur I Si on ne nous croit pas nous-mêmes, qu'on en croie du moins le démon et ses anges; toute» les fois qu'on les cbasse des corps des possédés en présence de ce tombeau , pareils li des criminels cités devant le tribunal du Christ t ils tremblent , rugissent, et s*affiigent d'avoir crucifié celui qu'ils redoutent. >

Paula et Eostochiom ne veulent pas entreprendre de compter les évéques, les martyrs , les doctes hommes qui sont venus à Jérusalem depuis l'ascension du Sauveur ; ces hommes auraient cru ne pas avoir reçu la haute main des vertus , comme on dit , s'ils n'avalent adoré le Christ au lieu même où l'Évangile rayonna d'abord sur la croix. Jadis un orateur illustre reprochait à on personnage d'avoir étudié les lettres grecques » non point è Athènes , mais à Lilybée, et les lettres romaines , non point à Ronie, mais en Sicile ; on peut en dire autant de ceux qui 'négligent Jérusalem» car Jérusalem est l'Athènes de la foi et du savoir chréticu. Nos deux Romaines nous montrenl le chœur le plus brillant des moines et des vierges des Gaules accourant aux lieux saints, le Drelon , séparé de notre fflobe » quittant son soleil occideuL.il pour chercher un licti qui ne lui est connu que par les Écritures; les Arméniens, les Perses, les peuples de l'Inde et de l'Htliiopic , ceux ♦ d'Egypte , du Pont, de la Cappadoce , de la Cclésvric , de la Mésopolaniie et de tout l'Orient, venant chanter , dans leurs langues diverses, les louanges du Seigneur à Jt rusalem. Les dillcrences de costume n'allireni pas les regards ; chacun peut marcher comme il lui plaît sans éveiller la moindre parole ; rhumilité et la cbarilé régnent parmi

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