‹ Histoire de JérusalemChapitre 110 sur 149 · CHAPITRE XXVK IM · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVK IM

Jeu no Mi'lnîiic, son mari el sa mère, vendcni lonrfï doiiiaines, allranchissent huit mille esclaves , lant à Rome qu'en Afrique, et vont rhercher dans les lieux sainls la paix et les choses du ciel (417). L'épouse de Piiiicn continuai! à Jérusalem la sainte vie de son aioule; elle travaillait de SCS mains , passait les nuits en prières dans le saint lombeaii» et distribuait aux pauvres le prix de ses derniers biens vendus à Rome. Saint Jérôme écrivant à saint Âuguslin, le saluait de la part de la jeune Mélanîe, de Pinien el d*Albinc. Le grand év^ue d'Hippone leor adressa deux livres contre Pélagt».

Au retour d*un voyage en Ëgyplc, où probablement Tcxemple des Solitaires de Nitric avait redoublé son amour de la pénitence, Mélaoie s*enferroa dans sa cellule da mont Iles Olives , el se sépara tout Ir fa il de la ville de Jérusalem et des bruits humains. A peine voulut-elle se permettre de recevoir sou mari et sa mère une fois tous les cinq jours. KUe véciit ainsi quatorze ans; elle ne sortit de' sa eellule que pour rendre les derniers devoirs h sa mère AIblue (43â).

Enfermée de nouveau dans les ténèbres d*ane autre cellule^ elle en sorti I pour fonder un monastère de femmes, où Mie ne consentit à demeurer qu^en qualité de servante. Vettve en 455 , elle fll le voyage de Gonstanlinople pour eonvertif Volusfen, son oncle , et , rentrée dans les lieux saints, elle y reçul en 458 rimpératrice Eudoxie(AthénaYs) qui ne trouva point & Jérusalem le repos qu*eUe était venue y chercher. La fille d*Albine mourut en 459 , au milieu dcii larmes et des prières du peuple cl des solitaires.

Ainsi de nobles dames, telles que Paula, Euslochium, les deux Mélanic, Albine, firent bénir en Judée ce nom romain i[in . longtemps, n*y avait excité que ht liaine ou PelFioi. Durant plusieurs siècles, Jcrusalom n'avail reça de Home que la menace, l'oppression , la ruine; maintenant tout ce qui venait des bords du libre était doux et bon comme le géiii(^ ( lu élieu.

Les souvenirs du iiècic nous remettent à Pesprit

m HISTOIRE DE JERUSALEM.

rhistoirc Je sainte Pélagie, une des plus cbarmantes légendes que le pèlerin puisse recueillir autour des grottes et des rochers de Jérusalem. Féiagic était une jeune, belle et célèbre comédienne d'Ântioche; on Tavait surnonnuée Marguerite, parce qu'elle était la perle du pays. Elle menait une vie déréglée et ne sortait jamais sans être escortée d'une troupe déjeunes gens. Un jour, un saint prélat, Nonus, évêque de Ball)(k, discourant des choses religieuses à la porte de Téglise de Saint-Julien , à Ântioche, entouré du patriarche de cette ville et de huit évéques arrivés aux bords de i'Oronle pour un concile, vit passer la jeune Pélagie avec le bruyant éclat de sa marche accouluméo. Nonus, qui, d'ordinaire, délournTiit la vue de tout objet profane, arrêta longtemps ses regards sur la belle jeune femme, dont la pnrure éfaît éblouissanlr de pierreries, puis il éclata vu sanglots en songeant à Pélagie, qui faisait plus de choses pour plaire aux hommes qu'il n'en faisait lui-même pour plaire à Dieu. La nuit suivante, le prélat vit en songe une colombe noire et souillée qui voltigeait autour de lui à Taiitel; il avait beau la chasser, elle revenait sans cesse , et ne disparut qu'au moment oti le diacre dit aux catéchumènes de se retirer. Après la messe, saint Nonus avait trouvé la même colombe sur le seuil de sa porte; il avait fini par la prendre et l'avait plongée dans un bassin plein d'eau; la colombe en était sortie toute blanche et s'était envolée vers les cieox. Tel avait été le prophétique réve du saint évdque.

Le lendemain , Nonus prficba au milieu d*une immense multitude attirée par la renommée de l'orateur ; la curio* sité entraîna Pélagie dans la foule; elle fut touchée et pleura. En sortant de l'église , elle écrivit à l'évêque de Balbek» invoquant le Dieu qui n'avait pas craint de converser sur la terre avec les pécheurs et les publicains ; elle réclamait la faveur d'un pieux entretien et le baptême. Nonus , redoutant quelque piège» refusa la conférence que lui demandait cette nouvelle Madeleine; il répondit à Pélagie quVlle pourrait lui parler, mais en présence de

' CHAPITRE XXVI. i6l

toqs les éyéques. Celle-ci courut se jeter anx pieds du «tint prélat dans Féglise de Saint- Jalien. Les principaux articles de la foi lui furent enseignés » et Teau de la régénération coula sur le front de la jeune pécheresse. Le démon » dit la légende , eut grande colère de celle mémorable conTcrsion ; il remplit de cris et de hurlemenls la demeure du prélat, c N*était-ce pas assez « lui disait Tesc prit de Fabime avec une voix lamentable , d'avoir bapc tisé et converti trente mille Sarrasins et toute la ville c .d*HéUopolis (Balbck)t Non content de tontes ces conc quêtes que tu as faites à ton Dieu à mes dépens , lu viens c encore m'enlever celle conrlisanc qui seule me dédomc mageait de toutes mes perles ! Maudit vieillard ! puissest tu mourir bicnlôt ! »

Huit jours après, Pélai^îc, qui avait distribué tous ses Liens aux pauvres cl aliVaiichî tous ses esclaves, portant un dur ciliée cl vôLuc d'un petit manteau iriiomme, partit sccrèlemonl d*Anlioclîe, s'en alla à Jérusalem et s'enferma dans une gioUe du mont des Oiivcs sous le nom de Pelage, Le jeune solitaire ne vivait que de racines et ne conversait qu'avec Dieu; ou le citait comme l'anL^n" de la moiiLague des Oliviers ; on admirait sa pénitence, sa sainteté. II y avait quatre ans que la perle d'Anlioche s'était ensevelie vivante dans celte espèce de sépulcre, lorsqu'un diacre de l'église de Balbek, venu à Jérusalem en pèlerinage, demanda des nouvelles du solitaire Pelage. On le conduisit . à la grotte pratiquée dans le roc et ne recevant le jour que par une ouverture presque toujours fermée ; le diacre trouva Fanacborète ; il avait vu à Antioche Pélagie dans sa beauté et dans toute sa gloire mondaine ; les traces profondes des larmes et des macérations jointes à Fidce qu'il parlait à un homme» rempêcbèrent de reconnaître la brillante courtisane des bords de FOronle. Le diacre lui dit .quUl venait de la part de révrqueNonus ; le jeune solitaire se contenta de lui dire que Nonus était un saint, et qu'il se recommandait à ses prières ; puis il ferma sa petite fenêtre, et le diacre, dit la légende, Tentendit commencer tierce.

V0VI01IL4T. — T. Il* H

IG2 HISTOIRE 0E JÉROSALEH.

f Après avoir visité les saints lieux et plusieurs monas- • tères où il n'cntendaiL parler que de la sainteté du solitaire Pélage , le diacre voulut aller le revoir avant de s'en é retourner en Syrie, dil le père Croiset; étant arrivé à sa cellule, il fît du bruit pour se faire entendre, et, voyant qu'il ne paraissait point, il revint lejendeiiiain , et , n'entendiuiL poini bouger, il regarda par la petite fenêtre qui était entr ouverte, et fut bien surpris de voir qu'il était mort. Il courut avertir les solitaircii voisins, qui vinrent aussitôt lui rendre les derniers devoirs. Ayant enfoncé la porte, on mil le saint corps dehors pour rcmbaumer; mais on fut admirablement surpris quand on reconnut que c'était une fenirae. Alors oa s écria de tous côtés : Soyez éternellement béni, ô mon Dieu! d'avoir tant de trésors cachés sur la terre, non-seulement parmi les hommes, mais encore parmi le se.vele plus faible cl le plus délicat. Le bruit de cette merveille s'étant répandu, il vint de Jérusalem et des monastères de filles qui étaient dans la plaine de Jéricho et le long du Jourdain, un nombre prodi^Mtiix de saintes vierges qui, toutes, le flambeau à la main , et chantant des hymnes , assistèrent à ses obsèques. Elles se lircnt avec beaucoup de solennité, et depuis ce temps le nom de Pélagie fui célùbrc dans toute l'Église. Celle mort si précieuse aux yeux de Dieu , arriva au mois d'octobre, vers Tau de Nolrr -Scigncnjr iG3. Son corps, plusieurs siècles après sa mort, fut transporté, en France et déposé dans l'abbaye de Jouare, en Brie, dans le diocèse de MeausL» où l'on célèbi'e sa translatioa le douzième de juin (i). »

Nous avons vu sur le mont des Olives la grotte de Pélagie. Quatorze siècles ont passe depuis que le peuple de Jérusalem et les solitaires des bords du Cédron parlaient de sa sainteté, et sa mémoire» que les traditions chrétiennes de Judée conservent encore, a pris possession Ôû tous les royaumes de la catholicité. Ce nom de France, *

(1) Année ebrétteDiie«

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