CHAPITRE XXVII
gnail pas de dire eu face au saint vieillard, environné de la foule empressée , qu'il prenaii plaisir à s'arrêter el qu'il s'arrélait tout exprès. Saint Jérôme rappelle d*autres Iraila qui nous donneraient une pauvre idée de Jean de Jérusa- .iem. L'illustre anachorète parcourt les erreurs d'Origène, qu'il suppose infester Jérusalem, et les démolit pièce ii pièce* c Yoas« jérosolymites, dil-il, vous riez des anges eoz-inéiiiesi vos mystères cependant sont dévoilés; vos dogmes, tissus de ùibles païennes , ou les fait connaître aux chrétiens. Ce que vous admirez aujourd'hui nous le méprisâmes jadis dans l'iaton ; nous le méprisâmes parce que nous avons reçu la folie du Christ; nous avons reçu la folie du Christ, parce que la folie de Dieu est plus sage que la sagesse des hommes. •
Jérôme accuse lean de regoi|^ de richesses, de faire sea profit de la piété de tout Vunivers. Celui-ci défendait à ses prêtres de Bethléem de baptiser les catéchumènes présentés par saint Jérôme et les compagnons de sa soli« lude; il interdisait rentrée de Féglise à ceux qui recon« naissaient comme légitime Tordination du frère de saint Jéirôme t Paulianna, laite par Épiphane, dans un menastjhre du territoire d*£lheuthéropolis. Les solitaires de Bethléem ne pouvaient plus voir que de loin la crèche du Seigneur; ils en étaient chassés, tandis qu'on y admet* tait les hérétiques. Jérâme reproche à Jean de refuser aux vivants une hahitation , aux morts un sépulcre , et de solliciter l'exil de ses frères , d'abandonner aux injures 4n temps les cendres innocentes et les ossements des saints.
Dans une autre lettre, adressée à Théophile (i), saint Jérôme %^ plaint que TApologic de Jean, publiée en 39G , Tait injurié; c Souvent mon nom y revient, dit-il, sans aucune de ces politesses dont les hommes ont coutume d'user les uns envers les autres : il rae déchire , il raebaffoue, comme si j'étais etlacé du livre des vivauts; ou bien comme si j avais cherché à me faire connaître par bcs
(1) Ullie XXXIX,
HISTOihfc: DE JWiLS.aEM.
réponses , comme si j*avais couru après de telles frivolités, moi qui, dès ma joimesse, enfermé daus roi»8carilé d*uii moDastère« me suis efforcé d*étre plutôt que de fHirailre quelque chose. » Jean avait irailé d^imposteur le frère de saint Jérôme, et blâmé celui-ci d'avoir traduit Origène en latin. Saint Jérôme désire que Jean revienne sincèrement à des pensées de concorde; volontiers alors il loi tendra les bras , lui et ses compagnons de Bethlé^ ; s'ils ont quitté leur patrie, c'est pour vivre en paix dans les champs et la solitude*
Nous avons parlé de la dévastation des monastères de Bethléem en 414; Jean fut soupçonné d'avoir loi-méme dirigé secrètement la rage des hérétiques et reçut , à cette occasiout du pape Innocent I*', des avertissements sévères. - Il avait auprès de lui, à Jérusalem, Pélage dont il avait fait son ami, et qu'il favorisait dans ses doctrines nouvelles. Le prêtre d'Espagne , Paul Orose, se trouvant alors à Bethléem auprès de saint Jérôme , avait été appelé à la ville sainte pour y assister à une conférence sur Pélage, et cette conférence semblait n'avoir pour bot que la justification de l'hérésiarque breton. Un concile de qnatorae évèques , tenu la même année (415) à Diospolis (Lydda) , crut pouvoir absoudre Pélage qui eut l'air de condamner ses erreurs sur la diute originelle et la grftce. Jérusalem n'était pas en ce moment la gardienne fidèle de la vérité catholique; son inspiration dans la personne de son évéque portait des atteintes à la foi ; mais le génie et la sainteté d'Augustin veillaient sur les doctrines de TÉglise.' Les deux conciles de Carlhage, dont il fut IWme, condamnèrent POhii^tj, sur qui le pape Zoziiiie s éUiit trompé par une faute grave (casus gravis), dit DossueL (i), et la chrétien lé tout entière adopta leurs décrets. Jean mourut en 417, après trente du trente et un ans d'épiscopat, dont le seul événement c^loricux fut la découverte des reliques de saint Ëlienne (416), au village de Gamaliel, à vingt
(1) Défense des proïKMiiioiM du clergé de France*
CUAFITRË mil. i69
milles de Jérusalem. Le pape Ànastane, saint Jean Chrysostôme, Théodôret» Basile de Séleacie ont loué Jean de lérusalein ; ces louanges sont de nalore à atténuer les acciisalions de saint Jérôme, trop souvent enclin à la mlence yis-à-vis d'un adversaire , mais le nom de Jean n*a pas été maintenu sur la liste des saints de TÊglise catholique , ce qui atteste des doutes sur la pureté de sa loi. Le cardinal Noria l'appelle un évéqno illustre par la sainteté de sa vie et Texciéllence de sa doctrine ; ses partisans ont prétendu qii*il défendit la personne de Félage et non point «es erreurs. TootefoiSt nous le répétons » les iûts accumulés dans les deux lettres de saint Jérôme, et la lettre du pape Innocent l*', ne recommandent point la mémoire de Jean de Jérusalem.
Prayle, doux comme la signification grecque de son nom, selon Théodoret, avait commencé par imiter, à régard de Pélage, la conduite de son prédécesseur Jean ; maïs, Tannée même de son àTénement à Tépiscopat de Jérusalem (4i7), dès qu*il fut convaincu de la mauvaise foi et des erreurs de Pélage , il le chassa des lieux saints. En 419, d'effroyables convulsions ébranlèrent le pays do Jérusalem et toute la Palestine ; des cités et des bourgades furent t eovei sées. La Lene s'entr'ouvrit à Jérusalem ; des lûurbillons de flamme s'en échappèrent. Cet incendie, sorti de Tabîme, menaçait do louL drvorer; le souille divin , disent les vieux auteurs , poussa les torrents Je feu du côté de la mer, qui seule put les éteindre. L'histoire ajoute que Jésus-Christ se manifesta alors dans une nuée sur le mont des Olives. Ikaucoup de Juifs et de païens , saisis de crainte, demandèrent le baptême, et la croix brilla sur les vêtements de ceux qui venaient de recevoir l'eau de la régénération. Prayle, l'évêque de 'Jérusalem , écrivit à ce sujet une lettre adressée à toutes les églises de la terre, lin historien ecclésiaslique contemporain , Pbilostorge, rapporte ces tremblements de terre et ces prodiges; saint Augustin parle de sept mille personnes baptisées à la suite des ellrayauies merveilles qui rappe-
laicnt celles par les(|u^e3 Tceavre imj^i^ d(Q JaUeii 4faU élc condamiioe.
On place la mort de Prayle en 421 ou 424. Il eut pour successeur Juvénal, qui, le premier, prit le titre de palriarclic de Jérusalem. Juvénal fut un de ceux qui, au trop fameux roncile d'Éphèse , en 440, suivit cal le parti de Dioscorc d'Alexandrie , pour la réhabiliULion des doctrines d'Eutichès; le saint pnpe Léon voulut relr vurher le prélat de Jérusalem de la comiuuuioQ calliolique, ce qui donne à penser que Juvénal avait souscrit à rexcommunicalion prononcée dans le brigandage d'Éphèse contre le souverain pontife de Rome. Juvénal , ayant renoncé au parti de Dioscore , rentra dans le giron de TÉglise , et obtint que le concile de Calcédoine reconnût sou patriar> cat* Césarée avait reçu le titre de métropole de la Palestîue; on avait craint que Jérusalem, mère de toutes laa Églises, trône apostolique , une foi$ miseau premier rang dans la hiérarchie ecclésiastique du pays , n'eût envie de monter à Tempire et d'effacer Rome même. Mais l'ambition qui porta Juvénal à élever le siège de Jérusalem à la diguité de patriarcat , fut une ambition légitime; la montagne de Sion méritait cet honneur. Juvénal , pendant ses quarante ans d*épiscopat, ne cessa d'étendre l'iniluence de son Église aux dépens des Églises voisines ; il ne se soumettait ni à Césarée ni à Ântiochc , et semblait dire que le siège où s'était assis le frère du Seigneur ne devait s^incliner devant aucune suprématie. Un faux érèque euticbéen , Théodose, usurpa sa place pendant quelque temps, Juvénal , que les annalistes ecclésiastiques (i) nous montrent comme un lion dans la paix , un cerf dans les combats» se vit contraint de s'éloigner ; il revint en 453« époque où Théodose fut chassé de Jérusalem. Il mourut trois ans après. Anastase» son Successeur, Hartyr, Éliot Salluste • occupent tour à tour le trdne patriarcal de Jérusalem durant la dernière moitié du v* siècle.
(t}fi4ro]aus.
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^todqvtti ubktm fmmmém du paya 4e Mmàm Wtici troirrer plaça* Hésyqua, nélJtfrvlMleiii»oidooni prttra jar Térèqua Jean « qui favaii tiré du dàerl où il 4Mi>^t ^ pnailt inatroiaait las fidilaa da la vîlleaainte, al , diligeala aiieille dans la cbamp dei £oriturfl9 « rappor* tail à a4»ii tgUaa U w dea flapra bibliqaaa. Il éorivil en grec an conuttenlaifa aat la Li^viliqna divisé eu sepi lifraa; on la tradoiail en latin* C*aai un travail eii, par<r Ma « vona crpiriaa rencontrer la pénétration et le aavoir de aaint Jéréme* Il çomppsn un commentaire aor Êsédiiel qui ne nous est pas parvenn et n'eut pas le temps d*écrire nn commentaire sur TExode, qu'il avait promis. Hésyque, * principalement connu sons le titre de prêtre de Jérusalem, était aussi désigné sous le titre de garde des chartes (ou archives) de la sainte Hésurreclion. Ses contemporains rappelaient le Théologien, le Maître de TÉglise» cl plus d'un passage des vieux auteurs nous fait croire que le prêtre Hésyque Gui un giauU éclat de $oa vivant. U mourut en 458.
Les environs dcJérusalemétaient une pépinièredc saints. Tallade , né en Galatie , dont nou^» avons déjà prononcé le nom , vécut dans la dernière moitié du iv^ siècle et la première moitié du ; il s était condamné à la pénitence aux bords du Jourdain, mangeant des dattes et des herbes, et s'ouvrant ainsi le chemin du ciel. Il fut plus tard évèque d*Hélénopolis en Bithynie. Son Histoire Lausiaquc , ainsi appelée du nom de Lausus, préfet ou chambelian sous Théodose le Jeune, à qui l'ouvrage avait été adressé, est un intéressant récit de la vie des anachorètes dont il fut le compagnon ou dont la sainteté lui avait été connue. Ce livre nous peint une société qui ne tenait plus an monde et qui s'etlurçail de gagner réterniié par le mépria le plus complet des choses du temps.
£uthyme» né à Alélitène» aujourd'hui Makthiê (i),
0) Voyez une belle descripUon de MâlaiLiadani le ftsailer VOlane du Vof/Q^ éê k*Aùê Mimut, de mon frèia*
172 HlSTOmE DE JÉUUSALEM.
en 577 , éiait venu à Jérusalem à Fâge de Tiiigt-Qeîif ans ; iJ 8*enferiDa dans une cellale à la Lawn de Miariuk , à six milles de la ville sainte, sor le ehemin de Jéridio*' On appelait taure un espace couvert de cetlalea séparé» Tune de Tautrc , nini^ à de faibles distances. La lauredePiminn avait été fondée par révèqne Macaire» que nous avons vu présider à la constnietion de relise du Saint-Sépulcre* Celle région montagnense, à l'est de lérusalem, n'offrant que des terrains arides, dès rocs grisâtres « ronges ou calcinés, environnait de sévères images» de sombres inspirations les solitaires qui lliabitaient. La laure de Pbaran * ne put suffire que pendant cinq ans à la piétéf d'Enlhyme.' En 440, il prit pour demeuré iine caverne du voisinage » & droite du cbemin de léricbo. L'anacborète de MéU* tène, auquel se joignirent ensuite plusieurs disciples, éleva auprès de sa caverne une église et un monastère. Caiangeant une seconde fois d'asile , il forma au désert de Zlph une laure dont le patriarcbe Juvénal bénit l'église. Sa parole , et surtout ses exemples, multipliaient les chrétiens et les moines. Des Sarrasins , qu*il avait convertis , embrassèrent la vie monastique.
Saint Eothyme mourut sous le patriarcat d*Anastase (474), qui voulut aller lui-même Tensevelir; il avait quatre-vingt-seize ans. Tous ces anacborèles vivaient de longs jours ; il y avait bien plus de vieillards dans les cellules que dans les palais.
La contrée qui s'étendait enlre Jérusalem , le Joui tlaiu et la mer Morte , était couverte alors li iiabiiaïUs sileo- 'Cieux, voués aux maccialions ei à la contemplation mystique, ne possédant rien eux-mêmes, pas même leur tunique grossière , pas inéma leur cellule; ils monlraieut bien que la terre n'élaiL pas kur pays. A les voir pdles , mueLs, (Jécharnés, vous les auriez pris pour des morts attendant la sépulture. On distinguait plusieurs genres de vie parmi les solitaires de Judée; les uns étaient réunis dans lUi monastère, d'autres menaient la vie cellulaire, d'au lies enfin s'enfermaient dans des cavernes, des trous