CHAPITRE XXVÏII. lOt
avons soigneusenicnt recueilli tous ces détails de TaDliquité de la terre sainte » détails peu connus.
Les relations des pèlerins sont pour nous les histoires de Qfilte époque. Celle de Willibald ou Guillebaut, évéque nxoiif fut rédigée par une religieuse de sa famille, faible fmim, qui, privée de sagesse et n'étant pas douée du génie dn^prandi homtM$,maii d*une volonté soudaine, voulut cueUUr gudqws fleurs et quelques fruits dam un champ fécond (i).
Willibald, suivi de douze compagnons, quilUi les régions septentrionales eo 756. Le récit de son pieux voyage ne noQS apprend rien d'important. Une corde, destinée ' à aider les fidèles qui renouvelaient lepr baptême dans le Jourdain » avait remplacé le pont dont nous parle Ârculphe. Quinze lampes, au lieu de douze, veillaient dans le divin tombeau. L*évéque saxon emporta dans son pays une calebasse pleine de baume. On peut conclure des narrations des pèlerinages d*Arculphe et de Willibald , que la domination musulmane n'était pas trop dure pour les lieux saints.
■ Les Omniades, califes de Syrie, n'étaient plus. La Aimille d*Abbas , oncle de Mahomet, àvait saisi Tempire. Haroun al Recbyd (le Juste), le grand calife de la dynastie abasside, brillante renommée, dont les contes arabes se
sonl emparés, comme si l'bistoirc orientale cliL élé trop étroite pour la contenir; llaroun, guerrier et poiilc, fut tolérant et doux envers les chrétiens. Le maître magnifique de l'Asie se tourna vers le puissant génie qui tenait rFurope dans sa main. Il voulait gagner l'amitié de Char- . lemagne pour aller au-devant des pensées chréliennes que Consfnnliuoplc aurait pu appeler à son secours, el qui commençaient à s'émouvoir au «mil nom de Jérusalem esclave des musulmans. Avant Uamijassadc du calife (807), des députés du patriarche de la ville sain le étaient venus implorer l'assistance de l'empereur des Francs ; il avait répandu sur les saints lieux de pieuses largesses de la
(1) Acta Be&^d., pan «econda*
m mSTCMIIK DE itiftUSALEM.
même main qui Lirail rOccidenl de Tanarchic cl de la Duit -J.es clefs du saiai sépulcre, préseiUôos au grand empereur au nom du calife de Bagdad, proclamaient le droit de la chrétienté sur la ville des prophètes et du Sauveur. La France, dans ia personne de Charlcmagne, prenait ainsi po^ession de Jorusalemi^ où plus lard devaicul ra|>peler
sa foi et son génie.
Quaratitc-six ans après la mort de Tompcreur d'Occident, un Français, le moine Bernard, relronvait In bibliothèque et l'hospice des pèlerins , fondés dans la ville sainte par ce grand homme ; ceUebibliothcque et un hospice louchaient à l'église de Sainte-Marie. Lorsqu'un chrétien arrivait d'Europe, ou venait le recevoir avec la croix à la porte du couvent, et puis on le conduisait dans une chambre. La nourriture était frugale et les repas peu fréquents. L^hèr lelleric, composée de douze pièces, avait des champs, des vignes, un jardin, dans la vallée de Siloé. Près de là blancbissaieni les lombes sous lesquelles reposaient les pieux étrangers morts à Jérusalem. Un marché se tenait devant la demeure des pèlerins; le droit de s'établir dans ce marché coûtait par an deux ëcus d*or, qtt*on payait au monastère latin. Les commerçants des côtes d'Italie et surtout les Âmalfilains y IraGquaient* Le moine Bernard vil le saint tombeau orné de neuf colonnes dont Ârculphe n*avait point parlé. A l'époque de son passage, d^à se pratiquait la cérémonie du feu sacré le samedi saint. Ber* nard rencontra à Nazareth un solilairebourguignon nommé Pierre; il ne nous dit point comment ce Bourguignon fut amené à embrasser la vie d'anachorète dans le pays ou le Fils de Marie avait passé sa jeunesse. Le seigneur Frolmond de Bretagne et ses frères, coupables du meurtre d'un oncle et d'un jeune frère, s'en allaient a la même époque expier leur crime sur le chemin de Jérusalem (i), car on imposait alors le pèlerinage comme une pénitence; deux voyages en terre sainte, accompagnés de mille et mille tortures
(1) Acu Bened*, pin seconda»
CHAPITHE XXYlli. 195
peaTent à peine suffire pour réconcilier avec le ciel les meurtriers bretons. Les fatigues et les périls do saint Tôyage forent aussi imposés à Gensiûs, préfet de Rome» coupable d*a?otr chargé de fers le soccesséar de Pierre; On allait à Jérosalem pour échapper aux tribulations de U ▼le. Hélène, noble dame de Soède, faussement accusée d'avoir fait mourir son gendre, n'est point effirayée de la vaste étendue des terres et des mers, et porte au Calvaire ses chagrins et ses immortelles espérances. Revenue danssa patrie, elle expia par la mort le religieux courage d*avoir bftti un sanctuaire chrétien sur les débris d'un temple consacré aux croyances païennes du Nord (i).
Une lettre d'un important intérêt historique traverse comme un rayon Tépaisse obscurité de ces temps* En 881, Hélie, patriarche de Jérusalem, expose la situation de rjËglise de Jérusalem à Charles le Jeune, d Ions le$ pnnces iréi^agnifiques , trêS'jnmuB et trè^lorieux d$ TiUwtreraee du grand empereur Charlei, aux rm de fous tes payt des Ga/u- U$, aux comtes, aux trit-sainis archevêques, mitn^Utedm, évéques, abbés, prêtres, diacres, soue^iaares et ministres de la êoiwte Église, aux saintes sœurs, 4 tous tes adoretteurs de Jisui- Christ, aux femmes illustres, aux princes, aux dues, à tous les eaîhoUques et orthodoxes de tout Vunivers chrétien (s). Cette lellrc, portée en Occidenl par deux moines, nous fait entendre la voix de Juriisalem chrétienne et pauvre, implorant la pitié de rKurupe, rappeianl les devoirs de lu iialernité religieuse, et commençant ces plaintes solennelles qui doivent un jour armer des millioiii» d liummes pour sa délivrance. Le gouverneur de la ville sainte s'était fait chrétien; les fidèles avaient obtenu la restitution des sanctuaires enlevés et le droit de rebâtir les sanctuaires détruits. N'ayant pas d'argent, ils avaient euipruiilé aux musulmans en leur livrant en gage leurs oliviers , leurs vignes et leurs vases sacrés ; n'ayant pu encore retirer
(1) BoUandisles, tome VIL
(2) Bibliotbiqtie des croisades» de !!• Michaud» part. I, pag. 443
et 444.
rOQJOUUT. — > T. Il» iS *
biyilizûQ by GoOglc
msTOiriE m Jérusalem.
ces garanties, ils en étaient arrivés à manquer d'baile pour les lampes des autels» à voir les pauvres et les moinet menacés de mourir de faim. Les sapplications du patriap* chê ne furent sans doute point vaines ; Hélie avertissaîl qu*on poavail remetire en toute sûreté les offrandee à acs deux messagers : t On peut, disait le patriarche, confler I sans crainte tout ce qu'on "voudra à ceux à qai le âa«- 4 veur n*a pas craint de confier aes saierements et son t toml>ean. \
CaiAPITRE^XXIX. "
Pèlerinages el illuaUon de la terre 8:\inie dan» le il*" ei 1^ xt*
jusqu'à Pierfç r£riai(et *
:VjLa rdUglon répandait sur Iw mfxm une Umohunte poésie dans cet vieux lemps t oh le :dém d*aUev pjrier à Jéruaalem saisifiMit tout è çoap nn homme qui, #oayeiit» ]i*élaU jamais sorti de son lien natal; ii recevait de son pasteur, à la mwe pannssiale, le bourdon, la pannetière et la bénédiction; une lettre de son évéqae ou de son prinee le recbmmandàlt à toutes les àatorités religienfles, à tous les fidUes qu'il pouvait rencontrer sur son chemin ; ses proches et ses amis raccompagnaient h une certaine distance, rcolbrassaient en pleurant, loi redisaioit leurs pieux souhaits de bon voyage, et demandaient à Dieu de f^e marcher devant lui ses anges ; puis on se séparait, et • les amis continuaient à suivre des yeux le pèlerin jusqu'à ce que Tcspace ou la montagne Tcusseot dérobé à leurs tristes regards. L'évéque et le prélre, le chapelain, Tabbé et le prieur lui accordaient en roule u ne fralernelle hospitalité. Le pèlerin éLail allVaiichi dcb péages, et tout homme porUuit les armes n'aurait pas pu sans félouie refuser
b^ourâ au pauvre pèlerin m^iaac^. liorsqu'il s'emba^ i^ait
i06 HISTOIRV DE JÉRUSALKH.
pour se rendre aux côtes de Syrie, on réduisait à peu de chose le prix de son passage; les navires de Marseille le poi laient gratuitement en terre sainte. Après avoir visité Jérasalenoi et tous les lieux révérés, le pèlerin s'embarquait souvent sur un navire de Gènes, de Pîse ou d'Araalphi, se diriL,^eait vers Rome, et regagnait par les Alpes la ville ou le hameau d'où il était parti. Plus d'une fois, on allait à sa rencontre en procession , on le conduisait à Téglise au bruit des chants sacrés; la palme cueillie dans la vallée de Jéricho était déposée sur l'autel de la paroisse. Quelle fête que ce retour ! Avec quel respect on s'approduiit de celui qui avait touché de sa main le saint tombeau et le Calvaire, qai était entré dans Tétable de Betbléfiin et s'était baigné dans les saintes eaux du Jourdain t Que de questions on lui adressait ! Avec quelle curiosité pieuse on lui redemandait les mêmes détails sur des lieux si chers à leur foi 1 Eu le voyant, en Técoulant, en le touchant, les fidèles croyaient respirer Tair de la Judée » entendre les bruits bibliques du mont Sion et du mont des Olives, et embrasser le sol foulé par Jésus-Christ I
11 y aTait tout un avenir nouveau dans ces Toyages d'hommes simples franchissant une distance de mille liebes; ces déplacements inspirés par la foi, et dont on
' ne pouvait comprendre alors que le sens apparent, ca-' chaient des révolutions profondes qui devaient- se développer dans les âges suivants et se poursuivre dans les temps futurs ; ces premiers hommes allant à Jérusalem avec le bourdon et la pannetière nous représentent les premiers mouvements de TBurope vers TÂsie, Tinstinct naissant des populations du Nord vers les riches contrées du soleil, le commencement de cet élan providentiel destiné k rapprocher les nations et à pousser lentementl*huma-
' nité tout entière dans les voies d*une civilisation uniforme sous la bannière de rÉvangite.
Rien de plus curieux que la manière dont les sagéb de Tépoque expliquaient les nombreux pèlerinages en Orient: estait, disaient-ils, pour aller au-devant de TAntechrist