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les nations s^ouvraient un passage vers ces léf^ocu lointaines. Un chroniqueur contemporain (i), en rappor* tant cette explication , ne prétend pas cependant, ajoute* t-il, que les fidèles ne doivent recevoir du souverain Juge la récompense de ce pieux pèlerinage. L'approche de Tan mille, où Satan deTaitètre déchaîné, d*après uneinte»prétation des Écritures , avait rempli de terreur les contemporains. On croyait à une Qn prochaine des temps; les phénomènes et les calamités ne manquaient pas pour appuyer Tannonce prophétique du dernier jour. La terre avait perdu tout son, charme pour des imaginations préoccupées du suprême jugement; on convertissait toutes ■aes ricbesses en bonnes œuvres; mais aucune voie de salut ne paraissait plus sure que le chemin de Jérusalem. Quel spectacle que celui de ces populations s*arrac1iant è leurs habitud^, à leur patrie, à leurs intérêts pour s*en aller attendre en Palestine le dernier avènement du Fils de l*homme! Ne croiraitpon pas que les trompettes du ciel ont sonné, et que ces troupes de pèlerins sont de pâles phalanges de la tombe accourant an tribunal divin Y La conversion du roi de Hongrie, qui prit le nom d*Êtienne, facilita cette ardeur des pèlerinages dans les dernières années du x* siècle ; Étienne offirait une route par ses États avec protection et sécurité.
La situation de Jérusalem était de nature aussi à émouvoir la piété de TEurope; les victoires de Nicéphore Phocas en Syrie, à la suite de la chute des Àbassides, n*avaient amené aux saints lieux que des misères nouvelles; le patriarche de la ville sainte avait été br&lé vif parce qu^ou Taccusait d*avoir favorisé de ses vœux les armes des Grecs. La mort deZimîscès était venue interrompre d*uliles triomphes contre Tislamisme; Jérusalem ne trouvait pas trop lourd le joug des Fatimiles, lorsque le troisième calife de celte Jynaslic, Hakem (Biamz-Àllah) , le despote extravagant, perséciila les adora leurs de Jésus-Christ.
(1) Glal)er, liv. IV.
fia ^g6y un pèlerin illustre, Gerbert, archeréqne de Ravennes, faisait parler, dans une lettre éloquente, TÉgliae éé lérusaltm : tile «^adressait à VÉglUe vmWstfU», tomh mÊukdant aux iû^tm dêt roi» (i) et sollicitait des secours pour les saiiita lieux ravagés . < Tou te renventfe que je sois « maintenant, disait Jérasalem , Tanivers me doit beau» % coup; j*ai possédé les oracles des prophètes et des pt-
< triarches; les apôtres, ces lumières du monde, sont t sortis de mon sein. L'univers retrouve ici la fol du t Christ i son Rédempteur est venu de mot ; quoique sa
' c divinité soit partout, cependant, par son humanité, il « est né , a souffert, a été enseveli dans ces lieux, et c*e8t
< d'ici qu'il s'est élevé au ciel. Parée que le prophète n I dil : Son §ipulerê «m iglorimuâ, le démon a tenté de lui
< ravir sa gloire en faisant ravager les lieux saints par les 4 inlidèles. Soldats du Christ, faites des eUbrts, levés c l'étendard, combattes, etc. i C'est un appel aux armes au nom du Christ. Gerbert, qui fut ensuite pape sous. le nom de Sylvestre II, est donc le premier prédicateur des «croisades. Les Génois, les Pisans, le roi d'Arles, Boson, entendirent sa voix, Ils menacèrent les rivages de la Palestine ; mais la pensée des croisades n'était point arrivée à sa matariié.
Hakem , ce farouche insensé , qui s'était fait proclamer IHeu et dont les Droses du Liban invoquent encore lamémoire comme celle d'un grand prophète , ordonna la destruction de la basilique du Saint*Sépulcre , en 4009 ou 1010. Àdé&ul de respect religieux , une considération hosMine aurait pu l'arrêter i le patriarche delà ville sainte était nn frère de sa mère Marie. Le calife Azîz , en épou< sant Marie, avait placé ses deux frères. Ton sur le siège de Jérusalem, raulrcsui lc siège d'Alexandrie. Il paraili ait, diaprés les vieilles chroniques, que la démoli t i on de l'église de la Résurrection fut inspirée au calife d'Égypte par les Sarrasins d Espagne, et surtout par les luifs de France,
fi) Bibiiutii(j»iue dcb Croisade*, pari. 11, pag. 4tt8.
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ipd rinformërent de Télal des opinions ea Europe et des projets chrétiens. On lui conseilla d'effacer jusqu'à la dernière trace du saint lorabeau , pour que le désir de le délivrer ne précipitât poiut l'Europe contre TAsie mnsulniane. « Si vous ne détruisez pas le saint sépulcre, lui « écrivit- ou, votre propre royaume sera bientôt dé^ i truit. •
Deux chroniqueurs contemporains, le moine Glahor et le moine Adhémar de Chabanues, parlent de cette inlervenlioû des Juifs : i Ils accusèrent les chrétions, c dit Adhémar, d*avoir une armée toute prête à marcher c contre les Sarrasins d'Orient (i). » Glaber nous ap«* prend (2) que le de m on n'ayant pu voir sans envie la prodigieuse foule des pèlerins de Jérusalem , résolut é^emphyet tnaore les Juifs , sa nation favorite , d iouffler le poison de m méchanceté 9ur les serviteurs de la vraie religion. Les Jailli d'Orléans gagnèrent à prix d'argent un vagabond nommé Robert, clerc fugitifdel'églisede Sainte-Marie, à Moalîérs-, «t qai S9 travestissait sous tm faux ooslumc ; ils renvoyèrent aa ealife du Caire avec un message écrit en caractères hébraïques et qii*on eat soin de cacher, à l*aide de petites ipointes ëefer, dans un bâton de pèlerin. Â la lecture du maisagê que Glaber appello m» ehef-d^œuvre de perfidie et d9 $Mmtm$, Hakem, furieux, «xpëdia à Jérusalem des soldats dnilffc de ronrofser la basilique. Lesexécuteursdes ordres éa câift essayèrent en vain de détruire le divin sépulcre placé dans la rotonde de la Isasiliqne* Adktaar nous dit q«o les mosolmsns ne pfortnt parvenir 1 Iwûler les pierres de TégllM» et qu'elles résistèrent à raetion du fea comme le diamant. Le brait de Tacensation portée contre les Mh ne tarda pas à les livrer anx horreors d'une persécution universelle; besneoup d^éntre eux échappèrent anx sop* plices fn le baptême ; revenu à Orléans , Robert fut battu de veives , avoua son erlmei ce qal ne Fempècha pas d'ilre vfAlé*
(1) Biblioibèque des Croisades, part. I, pag. 2(Kt. (3) Chronique de Glai)er, livre ili.
m HISTOUUS D£ JÉRUSALEM.
Lpr6qii*eii IQSI , le poignard d*aD mdsalfliiaii dd SîM eut déiMmSÊé VOrienl de Hakem « le Caligula des Orientaux» on travailla & relever la basilique de lërusalem» La veuve du calife Axh s'intéressait à sa recûDSfroctipn. L'empereur de Constantinople , Romain Argyre, entretenait des rapports d*amitié avec Daher, fils et successeur de Hakem. Les ressources ayant manqué à FœuTre de rcconstruclion , un religieux d'une noble famille de Conslanlinopie , Jean Carianite, qui vivait pauvre à Jérusalem, fut charge (raccompagner une dépuLâiion de la ville saillie vers CoiisUuLào MonoiiKicpie (Y) ; reropereur accordâtes fonds que les députés lui deiiiaadaieul; en 1048, la basilique de la Résurrection reparut dans sa magnilicence. Combien de fois la flamme ou le fer l'avait renversée depuis sa foiidalion irapériale I Sa deslinée s'élail inôlée étroitement h celle des fidèles de la terre sainte. Quand les maîtres musulmans, se jouant de la fortune des chrétiens, voulaient leur arracher jusqu'à leurs dernières ressources, ils les menaçaient d'abattre l'église du Saint- Sépulcre. Elle était entre leurs mains comme un moyen de gouvernement, et son rcnvorsemcnL était toujours l'expression de la dernière misère de Jérusalem. L'Europe avait considéré comme une grande calamité la démolition de la sainte basilique; des tremblemeiUs de terre, le Bosphore glacé, rinccndie de beaucoup d'églises d'Occident, une pluie de pierres sérieusement racontée par ]e moine Glaber, avaient annoncé d'une sorte d'ébranlement et de deuil universel. A la nouvelle de la reconstruction du temple, l'Occident se montra joyeux, et, comme pour obéir au signal de celte résurrection matérielle partie de Jérusalem, de tous côtés on se mit à bâtir ou à réparer des églises, j On eût dit (ce senties expressions du clirot niqueur Glaber), que le monde enlier avait secoué les € haillons de son antiquité pour revêtir la robe blanche f des temples du Seigneur, i Des reliques de bienheureux
(1) Geillaume de Tyr, livre 1.
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furent alors Irouvces; ks saints eux-mêmes, dit le chroniqueur déjà cité, étaient venus réclamer les honneurs d'une résurrection sur la lerre. Ainsi l'Europe s'associait, à toutes les joies comme à toutes les douleurs de Jérusalem; on sent veoii I heLiie où les dpées de l'Occident ne connaîtront rien de plus beau à défendre que les iulérèls de la terre sainte.
Le XI* siècle eut un nombre infini de pèlerins. « On n'aurait jamais cru, dit Glaber(i), que le saint sépulcre du Sauveur put attirer une affluence si prodigieuse. Ce fut d'abord la basse classe du peuple, jiuis la classe moyenne, puis les rois les plus puissants, les coiïiles, les marquis, les prélats i enfin, ce qui ne s'était jamais vu, beaucoup de femmes noLles ou pauvres entreprirent ce pèlerinage. >
Parmi ces pieux voyageurs, il eu est dont l'histoire a retenu les noms. Saint Macaire, évt que d'Antioche, saisi d'un ardent amour pour la conquête des âmes, quille les bords de l'Oronte, entreprend 1 œuvre difficile de la conversion dos Juifs et des Sarrasins, donne à sa foi une énergie nouvelle en adorant sur le Calvaire les traces de la Passioji , puis vient prêcher en Germanie et mourir à Gand, dans le monastère de Bavon. Foulques d'Anjou, surnomme le Noir (1020), appelé tour à tour grand édificateur» parce qu'il bâtit beaucoup d'églises , ei palmier^ parce qu*il rapporta trois fois de la terre sainte la palme du pèlerinage , expia ses meurtres à Jérusalem ; il parcourut la vlUe saiole la corde au cou , battu de verges par ses serviteurs, et nous ne répéterons point le moyen naïf dont il se senrit pour tromper la vigilance des gardiens musulmans qui ne voulaient lui permettre d'adorer le divin tombeau qu'après l'avoir souillé* Foulques éleva près du château de Loches une église sur le plan de celle de la Résurrection.
Lethbald, du territoire d'Âutun, fut un des premiers pèlerins après Thorrible famine décrite par Glaber, famine
(1) Um IV» chap. 6.
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M HISTOm JM itÊmALEM,
inouïe, où ron recourut aux meurtres pour s'approvisionner de chair humaine. Lelhbald, debout sur le sommet du mont des Olives, étendait ses mains vers îe ciel, comme pour s*élancer vers les demeures étemélles, et demandait à Dieu, en cas d'une mort procliaino, la grâce de mourir dans les lieux saints. Le vœu du pèlerin bourguignon fut rempli, t Certes, dit le chroniqueur Glaber, celui-là n'avait pas fait le voyage de Jérusalem par vanité comme tant d'autres , qui ne rentreprenaient que pour s'en faire honneur à leur retour (i). n Obbfr nrait recueilli, dans le mnnasl«»re de Bczo, de la botirhe tnème de? compagnons le" LetbbaLd les détails i^u'il donne sur cette mort mei voillcuse.
A la môme épo(jue, Odoiric , évéque d'Orléans, fut témoin dumiraclc^du feu sacré, le jour du samedi saint. Pendant que la foule des fidèles , réunie dans la Lnsilique do la Résurrection , attendait le miracle , un plaisatil Sarrasin se mit à crier : Agios , Kyrie éléison. C'était le chant des chrétiens au moment ou le feu paraissait. Le Sarrasin, que Glaber appelle un impudent bouffon, riait aux éclats; il s'échappa avec un ciergis qu'il avait arraché des maios d'un chrétieut Celui-ci le poursuivit et reprit sob cierge. Si nous en croyons le chroniqueur, le Sarrasin expira bientôt dans des tortures inouïes. Le fea sortit , comme de coutume, d'une des -sept lampes suspendues dans le saint tombeau et courut aliamer toutes les autreSt L'évèque Odoiric acheta de Jordanus , patriarche de Jérusalem, au prix d'une livre d'or, la lampe snr laquelle était descendue la céleste flamme; il l'apporta à son église d'Orléans, avec l'huile qu'elle contenait» et qui, selon Glaber (s), guérit beaucoup de malades.
Bononius, abbé du monastère de Lacqaes, voulait oublier des malheurs domestiques. Après avoir prêché la foi en Égypto et avoir vécu de la vie des solitaires dans les
(I) Um IV, chap. «.
(1) im.
cHAMmB xxnc. hb
environs da Caire, il va à Jérusalem et s*ëtâblit sur le IDOnt Sion. En 102t), en mourant à Liicques à la léle de 6on monastère, le souvenir des services que Bonouius avait reiukis anx chrétiens d'Orieutiuî doauail de la €00» lUkUce pour paraître devant Dieu.
Plaisance était un lieu de passage pour les pèlerîoC'. Un jeune honme de cette ville , Raynood , regardait avee «Bvie les étrangers B*eii allant Tisitcr an loin les vestiges gacrés de la rédemption , fit une donee mélancolie Tarait Baisi. Â la Gq, il avoue à sa mère, qui était veuTe, son secret désir. Sa mère approuve son dessein et part a'ree lui. L^évèquede Plaisance las bénite et, chose curieuse . attache sur lear poitrine une erêix fOf$§e: il leor recommande de seresaonveoir de leur patrie. Lorsqn^ils eurent aalisfait leur dévotion dans les lieux ^ints , Raymond et aamèrea'embarqnèrent ponrreTenir & Plaisance ; Raymond dlantteinbéiiiaUide, Téquipege vonbit le jeter à la mer, par saite de l'idée sàperstitiense qu*an malade h bord d*iui navire amène inévitaUement un nanlirage. La saati • 4e Raymond revint, mais sa mèremourat en route. Il arriva sent à Plaisance» ou la population et le clergé le reçurent en procession* Conduit à Téglise métropolitaine^ Raymond déposa sa palme anrle maitre^antel.
En 1043 eu 1044, Rtcbaid , abbéde Saint-Vietor, prend It cbemin de Jérasalem à la tète de sept cents pèlerins (i} . •Ricbard II, d«c de Normandie, se chargea des dépenses do voyage. D*aprè8 le chroniqueur Glaber, ce duc Richard fournissait aux besoins de tous ceux qui voulaient se rendre en Palestine: il envoya une fois cent livres d'or pour le sépulcre du Sauveur («).
La trouve des pèlerins normamls fit son entrée à Jérusalem en chantant lantienne du jour des Rameaux: Inrjre^diente Domino in mnetam cwitatem. L'abbé de Saint-Victor reçut d'un Sarrasin un coup de pierre à l'épaule au
(1) Bolland., vol. II. * .
(2) Chronique de GiaJber, livre 1.
HISTÔII^E DB JÉRUSALEM.
moment ou il se baignait dans le Jourdain. Il oilicia sur le mont Sion ca présence du patriarche et du clergé de Jérusalem , lava les pieds aux pauvres et leur dislribua de la nourriture et des vêtements.
Une troupe encore plus nombreuse que celle de 1 abbé de Saint-Victor se mit en roule en 1054 sous ia conduite de Lielbert, évéque de Cambray: trois mille pèlerins s'étaient rangés autour de loi comme autour d*un chef militaire, et leur bonne contenance les fit appeler Varmée du Sngtmar, Arrivés à Laodicée, eu Syrie, ils apprirent que le calife du Caire avait fermé aux chrétiens rentrée du saint tombeau et furent contraints de s*en revenir dans leur pays sans avoir tu Jérusalem. Dix ans plus lard» sept mille pèlerins marchaient encore sons le commandement de Sigefroid, archevêque de Mayence, de Guillaume, évéque d^Utrecht , de Gunther , évéque de Ramberg , d'Othott, évéque de Rattsbonne. Des guerriers normands faisaient partie de la pieuse phalange. À une lieue de Bamla, cette troupe chrétienne se défèndit vaillamment contre douze mille Arabes, tentés par Téciat des costumes des prélats et des chevaliers, fille entra k Jérusalem au bmit des timbales, à la lueur des flambeaux. La ville sainte recevait ces pèlerins comme les précurseurs des gràndes armées qui devaient la délivrer. On a dit que les pieux élraogersdonnèrent au patriarche Sophronime des sommes pour relever la basilique du Saint-Sépulcre, couchée dans les ruines. Or la basilique avait déjà reparu dans sa gblre depuis dix-huit ans. II est possible que les pèlerins aient laissé des souvenirs de leur charité et de leur foi dans l'église du Saint-Sépulcre, mais leurs olFrandes ne pouvaient avoir pour but la reconstruction du monument. 11 y avait parmi eux des commerçants; on aUeniit qu'ils eussent vendu LouLes leurs marchandises pour reprendre Je chemin de la pairie. Une flotte génoise ramena en Europe les pèlerins allemands ; les fatigues ou les périls leur avaient ravi trois mille de leurs compagnons (i).
(ij Uarouius, Anoal. lOSi.