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CHAPITRE XX iX

Nous ne dirons rien des pèlerinages de Frédéric, comle de Verdun , de Robert le Frisoo» comte de Flandre « de Bénnger II , comle de BarceloBiie , qui n^offire&t auciih earacâre |>arli€ulier.

ÂTiDt de poursuivre ce récit, il est bon de montrer en pea de mots quel était alors Tétat de TOrient.

Une dominatioii nouvelle s'était précipitée sur le WNide; les Turcs, dontForigine historique échappe aux investigations, sortis de TAlta! (Allountagh), et répandus d'abord dans les fécondes contrées de la haute Asie« aujourd*hui leTurkeslan , avalenl eu , pour premier chef organisateur, 0|^oui-Kan , père des sis souTerains , appih Uti par la tradition : Kmu du Jour, â§ la luee, tff Vitoih, éê le Mattêagnet d$ la Mvr, Trois cent cinquante ans après la mort de Ibhomet, Salour, deseenidant du kan de la Ifontagne, avait embrassé la doctrine du Coran à la tète de deux mille familles et avsil donné è son peuple le nom de TureomoA (i), pour le distinguer des Turcs encore païens» L'Arménie occidientaieet les rives orientales de la mer Caspienne reçurent les Turcomans dans leurs migrations, divisés en oteUmknuB et en DrienUmx» Les Seldjoucides, issue des pis d'Oghous, kan de la mer, vivaient dans le voisinage de Boukhara, à la fin du siècle , et furent conduite ensuite , par le puissant Mahmoud, au deUi de rOxus, dans le Khorassan. Ce Mahmoud est le premier qui ait échangé le titre de rot contre celui de sultan. Les Sddjoucides eu levèrent l'autorité à la famille du prince qui les avail imprudemment appelés et s'établirent dans toute rélcndue du pays compris entre la mer Caspienne et la Métlilcriauce ; ils s'élaienl partagés en cinq dynasties : celle de Fars, de Kermaii , d'Alep, de Damas cl de Houm (Asie Mineure), l a porle dos conquêtes se Irouva louL à fait ouverte aux Seldjoucides, lorsque loghi ul-liey, petitfils de Seidjouk, vengeur du caliie du Bagdad, Kaïuubiem*

(f ) D*après Neschr! , le mot turcoman est une contraction de turc ot imam (foi). Histoire de l'empire ottomao, par iiaiiuner» tome I,

rillah , qui avait imploré Tappui de son C^éc, eut reçu , en récompense, dans une cérémonte solennelle, le liire d'Etniroloumera , prince des princes du chef suprême du voitù empire des califes (i). La Cappadoce, TArménie , la Géorgie et la Phrygie, furent rapidement conquises par Âip-Ârsian (lion vigoureux), successeur de Togbrul; il mit son pied sur la tête de Uoniaiiiis Diogène, cet empereur de lîyzance qui avait tenté d'arrêter sa ccnirse. Le Lion Vigoureux tomba sous le poiguaid; l'épilaphe de son tombeau à Mereu, dans le Khorassan, dit encore au voyageur: 9 0 vous , qui avez vu la grandeur d' Aip-Arsian élevé jus* c qu'au ciel, regardez ! le voici maintenant en poussière I • ^ous le règne de Halek-Schab , son fils et son successeur, la Syrie , depuis Antioche jusqu'à Gaza, passa au pouvoir des Turcs, et le drapeau des Sël^acidea flotta aux murs 4e Jérusalem , à la place du drapeau des califes du Caire. Les chrétiens et les Égyptiens d» k fiUe aaiale lurent enveloppés dans une calamité commune.

Telle était la puissance des TnrcB» Irenle ans avant yirdente explosion des croisades ; le monde oriental leur appartenait ; ils menaçaient les débris de Tempire arabe de Mahomet, rédnil à TÉgypte , à l'Afrique, à une partie de TBapagne ; Ue menaçateni Constantinople d'où parfois aortaieni dea empereurs avec le ierme dessein d'arrêter Irn InTasions venues de la Tartarie, maisf ni n'avaient phn ponr nation qu'on amas de peuple parmi lequel tout éiail iNMnbé on corrompu : Iwnnenrt patriotisme, courage, reUnitm* Les lions de la bante Asie ne renoontraleni partout devant enz que des troupeani dliommes sans énergie* Assea de dédites avaient prpuvé que Bjvance no pouvait pas servir de liarrière à TEurope. Les armées turques, mer bouillonnante, battaient les rivages de TOceident et le menaçaient de leurs vagues imsMnaes; il fdiait, pour son salut, que la dirétienté continuât sur do nouveans diamps do bataille les triompliee qui

(i) Uammer, Ui^i. i emp. oU., tome I« «

chapitrb xiK.

ravaicnt délivrée de Tislamismc dans le pays de Tours, En s'armanl pour la délivrance des lieux sninls lirotanés et des chréliens esclaves, les nations curopteiints s'armeronl pour leur propre sûreté , pour leur propre indépendance; la cause de Jérusalem est devenue la cause du genre humain dans ce qu'il a de plus noble et de plus haut; elle se lie à la liberté, à la vie , à l'avenir des sociétés modernes : Tinlérèi de la religion r^ésenle ici tooi ^intérêt du monde.

Les sinistres bruits d*au delà les mers tiennent TOccicident en haleine ; la pitié publique s'exalte au récit des aialbeurs de la Palestine ; les peuples n'ont plus de larmes %iie pour Jérusal^ captive. On échange des vœux, des •eatimeiiU de comptseion t ott interroge avec une anxiété de plus en plûa me tons ceux qui arrivent de la Jadée^ cl de je«Bfl9 courages se mettraient volontiers au service de la croix outragée en Orient. Mais quelle influence « quelle autoritéi quelle ooctslon allumera cette flamme içeligieuae et guerrière qui coure eu fond des àmcsl Quelle voix fera retentir tout haut ce qui se murmure autour du foyer et deviendra l'ardente expi^ession des sentiments universels ?

On a dit que' Grégoire VU conçnt le premier Tidée des croisades, comme si les grandes révolutions pouvaient être Touvrag^ d'un liomme« quel qu'il soit t Cinq lettres de ce pape (i), Tune adressée à Guillaume de Hourgogne^ Tautre à |ous les fidMes , la troisième h rempereur d*Alle« magne t une qiiairiènie î tons les fidilee et surtout è ceux d*au delà les Alpes, la cinquième enfin au comte de Poitiers» nous donnent la mesure des pensées de Grégoire Vil sur ce point* Michel Ducas loi avait demandé des secours contre les musulmans prêts a s*âancer sur Byzance , et lui avait promis la réunion de FÊgltse grecque avec TÉglise )afine« Le souverain. pontife Voccopa d'aj^ler leschré^ liens m armea pour, sauver Vempire grec, mais il ne

(1) Bibiiolliëque des croisades, part. II, pag. 4^

^8 HISTOmb: DE JÉRUSALEM.

prononçait point le nom de Jérusalem , ce grand nom qui résume toute h pensée des croisades. Dans sa lettre à rempeieor Henri , lorsqu'il parie des cinquante milk chrétiens prêts à marcher si le pontife se met àlear téte, Grégoire ajoute avec une sorte de surprise que' ces chré-» liens veulent aller jusqu'au sépulcre de Jésu^Chrî st. L'es* poir de la réunion des deux Églises avait sonri an génie de Grégoire VII mais , nous le répétons, pas un seul mot dans sa correspondance n'indique ie dessein de délivrer le divin tomheau* La voix de ce grand pape n'émut per* sonne en France , ni en Allemagne, ni en Angleterre, ce qui prouve que le mouvement des guerres saintes ne dépendait pas de la volonté d'un homme. L'expédition méditée par Grégoire, et dont le projet s'évanouit à sa mort, se présente à nous avec le même caractère que les eipéditions contre les Sarrasins sous ses prédécesseurs, et celle de son successeur, Victor Itl , contre les mosuU mans d'Afrique. Si on pouvait appeler les croisades une idée, et non pas le mouvement de toute une époque, Tid^ appartiendrait à Gerbert , archevêque de Ravennes, comme nous Tavonadéjà dit.

C'est dix ans après Grégoire VII que toutes les populations de rOccident s*âl>ranlent. Le si^uu! des pèlerinages en Europe était parti des derniers rangs de la société ; c'est aussi d'en bas que part le signal des croisades , déve< loppement et dernière expression de k pensée des pèlerinages à lérusalem. Un pauvre ermite du diocèse d'Amiens, qui avait vu les misères de la terre sainte et mêlé ses larmes à celles du patriarche Siméon , était revenu en Europe, l'imagination vivement frappée, l'âme remplie de douleur et tourmentée d'un immense besoin de secourir la ville de Jésus-Christ. La désolation des lieux saints avait passé dans son cœur , l'enthousiasme de la foi l'enivrait d'espérance ; sa douleur et sa piélé débordèrent en flots d'éloquence, et, comme il exprimai L en ce uoment l'opinion de tout le monde, tout le momie le comprit et se leva à âa yoùl.

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