CHAPITRE XXX
lés terribles forces musulmanes; Tanarchte féodale, le désordre politique de TEurope, 8*est changé en une magnifique unilé dont TinspiratioD est la foi ; Jérusalem brûle les Ames dhin feu diTln , rallie les intelligences , offre à la vengeance des nations la cause du Fils de TÊternei ; le dégoài de TEorope et de ce qu'elle donne saisit les peuples ; le foyer domestique n^a plus d*attrails, les valléi» natales plus de charme, les caslels et les palais plus de joie, les combats pins de gloire , c'est du cité de Jérusalem que la félicité et la gloire habitent; Jérusalem est devenue un espoir prodigieux , an mobile immense, elle apparaît aux imaginations plus belle qoe la céleste Image révélée I l'exilé de Patmos : pour les uns, aller I lérusalem, c'est aller &Dieu; pour les autres, c'est mander veradee mets veilles incennues ; pour d*aiitres enfin, c'est oomriraut trésors et aux empires de l'Asie ptomis à' la bravoure; podr tous, c'est obéir à la volonté dlWne et travailler à la délivrance des Irères persécutés. L'Occident , ayant à se tète la France, se lève tout à coup comme pour donner li liberté à l'univers ; les rois ne sont pas aperçus dans ce vaste mouvement d'enthousiasme énergique ; il n'y a plus d'autre roi que Jésus-Christ, d'autre drapeau dominateur que la croix : la croisade est Fœuvre de la république chrétienne.
Le concile convoqué à Plaisance par Urbain H n'avait rien décidé pour la guerre sacrée, malgré la présence des ambassadeurs d'Âlexis Conmènc qui implorait le secours des Latins; mais les deux cents prélats, les quatre mille ecclésiastiques et les trente mille laïques accourus à l'appel du souverain pontife annonçaient à quel point le prédicateur de la { roisade, l'ermite Pierre, avait trouvé les esprits préparés. L'Italie, trop préoccupée d'intérêts com- ' merciaux pour s*ouvrir à ronlhoiisiasme religieux, trop peu considérable pour entraîner les nations à sa suite, n'était pas destinée à donner le signal de ce belliqueux mouvement. Cet honneur était réservé à la France. lAassemblée de Clermont, au mois de novembre 1095, encore
plus nombreuse que celle de Plaisance , présenta dans sa tlixit'inc séance un spectacle de foi ardente et de dévouemenl passionne, qui ne s'est plus renouvelé ne se renouvellera jamais sans doute avec la iiiènie e]K*rgie. L'orniilo Pierre, vêtu d'un manteau de laine et d'une robe serrée d*unegrosse corde, fit retentir l'air du nom de Jérusalem, de ses malheurs , de l'oppression des chrétiens d'Orient, et tous les yeux versèrent d'abondantes larmes ; Urbain , à son tour, retraça les incursions désastreuses des musulmans, les profanations et les ravages des lieux saints , déplora , les crinaes d'une époque qui avait mérite de voir s'accomplir des maux pareils, et appela la guerre pour arrêter la marche des ennemis de rÉvjingile : les opuîeats royaames de rOrienl attendent les vainqueurs , le royaume du ciel attend ceux qui succomberont. La grande place de Glermont et les montagnes environuantes redisent mille fois les cris : XMeu U vmi! Dieu le veut! et tous les assistants^ ëvéqueSt chevaliers, simples fidèles, attachent sur leurs vêtements une croix rouge de drap ou de soie. Le pape accordait à tous les croisés la rémission de leurs fautes, mettait leurs personnes , leurs familles et leurs biens sous la protection de l'Église, les exemptait des impdls , et défendait à leurs créanciers de les poursuivre pendant la durée de la croisade. De tels privilèges étaient de nature à multiplier le nombre des soldats de Jésus-Christ. Le pape avait lancé Tanathème contre ceux qui ne rempliraient point leur serment d'aller délivrer le saint tombeau. Des conciles particuliers présidés par Urbain à Nimes, à Ad* gors, à Tours, à Rouen, continuèrent à répandre le feu de la guerre sacrée; les pasteurs de tous les points delà France n'étaient occupés qu*à bénir des croix. Bientôt TAngleterre, TAllemagne et^TItalie, embrasées par Tenthousiasme français, 8*ébrahlèrent au nom de Jérusalem* . La trêve de Dieu, que le pape avait proclamée à Gler^ mont, suspendait en Europe toute guerre politique; il n'était permis d'aiguiser les épées que pour combattre les musulmans.
chautre m. m
Trois cent mille hommes qui formaient des bandes, les unes conduites par Pierre l'Ermite cl Gaulhici sans Avoir, les autres, par Gotschalk prclre du palatinal, d'autres p aile prêtre Volkniar cl le comte Émicon, n'avaient pas voulu attendre le départ des princes; aux premiers jours du printemps de l'année i006, ils s'él«incèreni sur les routes de l'Orient; ils périrent ou furent dispersés dans la Bulgarie, la Hongrie et la iiilhynie. C'étaient des mullitudes confuses, ne connaissant ni discipline, ni soumission, ayant à leur tôle des chefs incapables, et marquant leur passage par d iiorribles excès : l'Europe bouillonnante venait de jeter ainsi son écume. L'enuile Pierre avait toutes les qualités pour prêcher la croisade avec suc* ôs, mais ne s'entendait pas à con luire des troupes; il s'engagea imprudemment au milieu de maux infinis, trouva quelques consolations dans l'accuèil de l'eniiu l eur de Bysance, et puis son nom fut à peine prononcé dans le cours delà p^ucn c qui aboutit à la délivrance du saint tombeau. Gauthier sans Avoir était un brave guerrier qui eût servi utilement la cause chrétienne, à côtédeGodcfroid ; en tombant percé de sept flèches, à six lieues à l'ouest de Nicée, il mêla un rayon de gloire à la déroute des Français désoi^ donnés qu'il commandait.
Hâtons-nous de passer aux peintures héroïques. C'est avec Godefroid que commence la croisade ; ce qui précède n*aété qu'un débordement populaire. Huit mois après le concile de Clermoni, le duc de Lorraine pari avec quatre- Yingt mille fantassins et dix mille cavaliers de la France et des bords du Rhin ; il a pour principaux compagnons , ses deux frères Euslache de Boulogne cl Baudouin , et son cousin Baudouin du Bourg, Baudouin de Hainaut, Garnier de Gral, Gonon de Monlaigu, Dudon de Goutz, les deux frères Henri et Godefroid de Hache, Gérard de Ghérisi» Renaud et Pierre de Tonl, Hugues de Saint-Paul et son CIs Eugelran. Le comte Hugues, frère de Philippe I^, se met l la léle des pèlerins du Vermandois. Robert de Normandie, fils ainé de Guillaume le Gonquérant, Robert de
VI HlbiUlUt; DE JÉRUSALEM.
FUndre, Ëtienoe de Blois dont les chlLtoaux étaient aussi - nombrèu]L que les jours de rannée , prennent la croix à U téle de leurs vassaux , et })eaucoup de riches et illustres seigneurs marchent avec eux. Les croisés et toute ta noblesse de la Gascogne, du Languedoc • de la Provence p du Limousin et de TÂuvergne, se mettent en route sons les bannières d'Adhémar de Monteil, pontife et guerrier» «t de Raymond» comte de Saint-Gilles et de Toulouse, qui avait combattu les Mores en Espagne. Bohémond» prince de Tareote, fils de Robert Guiscard, 8*embarque avec dix mille eavalierst vingt mille fantassins et toute la fleur guerrière de la Fouille, de la Calabre et de la Sicile; Tancrède, que THomère de Ferrare devait célébrer cinq siècles plus tard , et sur lequel Thisloire a parlé comme la poésie , surpassait en éclat tous les chevaliers de la suite de Bohémood<
Tels sont les princes qui forment la première expédition sacrée. Godefroid s*est avancé vers Gonstantinople, en passant par la Hongrie et la Bulgarie, et la tenue de sou armée relève l'honneur de la croisade parmi les populations qui n'avalent pu voir que des meudianls ^t des bandits dans \H soldats de lésus-'Ghrisl. Hugues , Ëtlenne de Blois et les deux Robert , ont franchi les Âlpcs , et se sont embarqués pour Gonstantinople, dans des ports deVItalie. Les cent mille croisés du Midi ont traversé les Alpes, la Lorobardic, le Frioul et TEsclavonio, obligés plus d'une fois de lutter contre la férocité des peuples slaves. Les lettres et les ambassadeurs d'Alexis Gomnène avaient soir licité les armes de TOccident; la vue de tant de be1U« queuses phalanges réunies autour de sa capitale, épouvanta l'empereur; il ne fut tranquille qu'après avoir ubleuu à force de présents et de bassesses, l'hommage passager des ^ji-inces huins. La piété de Godefroid qui ne s'était armé que pour cotuballre les musulmans , .sauva l^ysance ; sans l'inlervcnlion pacifique du duc de Lor^ raine, les Latins se seraient em]iarés delà capitale de rem]»ire grec; tvtlc fuu(?j>ie biurièr^ cqtrc l'Europe et
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