CHAPITRE XXXI
parvenu à monler sur le sicgc de Jérusalem sans qu on eût atlendu la mort do i>alriarcbe grec; le nouveau pasteur avait commencé par vouloir exiger de ïancrède les trésors enlevés à la mosquée d*Omar. l/illuslre chevalier, faisant valoir son droit el la coolume des croisés de laisser les biens au premier occupant, consentit à peine à l'abandon de sept cents marcs d'argent pour Téglise de la Résurrection. Lorsque Arnould, dont l'élection était regardée comme frauduleuse, eut fait place à Daimbert, archevêque de Pise, celui-ci, fougueux disciple de Grégoire VII , pèrsuada à Godefroid et à Bohémond, qui se trouvaient alors à Jérusalem, de recevoir de lui, Tun, Tinvestiture de son royaume , Tautre Tinvestilure de sa principauté. Daimbert, non content du vaste patrimoine libéralement assigné à son patriarcat, réclama comme sa propriété Jérusalem et la forteresse de David; la forteresse de Jaffa et son territoire. Godefroid, humble et doux, détestant les querelles, fatigué de perpétuelles obsessions, finit par résigner au patriarche un quart delà ville de Joppé, la citadelle de David , la ville de Jérusalem et son territoire. Il ne mit d*autre condition que celle d*nser et jouir de ces deux ci tés jusqu'à ce qu*il se fût emparé d*une ou de deux autres places de la Palestine ; après la mort de Godefroid, Jérusalem et Joppé devaient revenir au patriarche , si le prince mourait sans héritier légitime.
Guillaume de Tyr, étonné des prétentions de Daimbert, a fait beaucoup de recherches pour découvrir ce qui a pu lesmoliver. Tout ce qu'il sail, c'est que bien avant Tarrivée des Latins, iwi qunrt de la cité (le quartier du Saint' Sépulcre), apiiarleiiait au patriarche. Après de longues inveslij^alions , rarrhnvéquc historien a trouvé Toriginc lie cette possession. Chaque fois qu'un rrjtarail les murailles de Jérusalem, on obligeait les chrétiens d y concourir h leurs frais. Au temps de(ionstanlin, surnomméMonomaque, en 4063, les lidèles de la ville sainte, vivement pressés par le calife d'Égyple , qui voulait relever les remparts de la métropole de la Judée, eurent recoure à la pieuse
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libéralité do l'empereur de Byzance; celui-ci répondit qu'il fournirait l'argent , à condition que le souverain d*Égypte donnerait aux chrétiens pour demeure particulière et exclusive la portion de l'enceinte dont le rétablissement serait leur ouvrage. Celte condition fat acceptée» et depuis lors, le quartier du Saint-Sépulcre, entouré det murailles rebâties par les chrétiens ^ n'eut que des ehréUens pour habitants, et ne recoDQutd'autre juridiction
que-celle du patriarche.
Le prélat des bords de TAruo, qui imposa à la piété de Godefroid des droits si étranges dans un royaume ne relcyanl que de la puissance de Tépée, n'était point arrivé au patriarcat de lérusalem par des voies parfaitement pures» si nous en croyons ÂlVbrt d*Aix (i). Envoyé en Espagne, en quaiité*de légat d'Urbain , il avait reçu du roi Alphonse et des grands de la péninsule, de riches présents en or el en argent, entre autres, un magnifique bélier d*or, que le roi oU'rnit au souverain pontite; Daimbert avait tout gardé pour lui. Le chroiîic[ueur nous dit que l archevcque de Pise emporta en terre sainte tous ces trésors, et qu'il s'en servit pour acheter les suffrages des princes. Nous ne répéterous point les reproches que Guillaume de Tyr adresse au clers^é de la croisade, et dont les mœurs et les sentiments avaient beaucoup perdu de leur pureté , depuis la mort du pontife Adhémar.
La recoiisiruclion de Jaifa avait créé une nouvelle place de défense pour ce petit royaume, et ouvert un port à tous les marchands chrétienset pèlerins ; les places voisines encore musulmanes, et les princes de l'Àrabie, payaient des tributs, lorsque Godefroid tomba malade en revenant du pays de Damas à Jérusalem; ses souffrances Tobligcrent de s'arrêter à JatTa , dans une demeure qu*il avait fait récemment construire pour son usage, f Quatre de ses < parents l'assistaient , nous dit Albert d'Aiz; les uns lut t pansaient les pieds et les réchauffaient sur leur sein;