‹ Histoire de JérusalemChapitre 135 sur 149 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

appelle, nous les montre marchanl à la bniailie avec discipline, sagesse et prudence , les premiers à combattre et les derniers à se retirer, n*ayant jamais la permission de lonrner le dos ou de revenir sar leurs pas sans un ordre exprès ; toutes les fois qu'on crie aux armes, dit le même chroniqueur, ils demandent où sont les ennemis et jamais leur nombre; lions à la guerre, ils sont de doux agneaux dans leurs demeures; à Téglisc, pareils %. des ermites ou à des moines, ils sont durs et féroces pour les ennemis du Christ ; ils marchent précédés d'une bannière blanche 6t noire quMls appellent Bauséant, et ces deux couleurs indiquent , Tune, leur candeur envers les amis du Christ , Taulre, leur sombre fureur contre ses ennemis. Les templiers punissaient avec une extrême sévérité les violateurs de la discipline et de la r^;le. C*est ainsi qu'ils se firent un nom honorable , ajoute le chroniqueur déjà cité, c La renommée de leur sainteté répandant de suaves odeurs comme une cellule parfumée , s'étendit dans le monde entier; la maison de la sainte Église fut remplie d*odeurs embaumées. En rappelant le souvenir de ces hommes, tes fdèles avaient la bouche comme remplie d*un doux miel. Aussi toute TÉglise des saints racontera leurs vertus et leurs combats, et leurs glorieux triomphes sur les enne< mis du Christ, i

Ce témoignage rendu aux templiers par un prélat de Syrie, de la première moitié du xiii» siècle, est l'expression indëpeïidanle de l'admiration des contemporains. Quand Jacques do Yitry parlait ainsi , il y avail Uéjà plus d'un siècle que les chevaliers du Temple étaient sur la scène ilu uioude. Cent ans plus tard, aux yeux de Philippe le Bel, le roi faux monnmjeur, ils furent surtout coupables d'élre riches ; les désordres de quelques membres ne pouvaient pas justifier l'immolation d'un grand et illustre corps qui avait servi de Itoulevard contre lu barbarie nuisulraane. L'équitable postérité a cassé l'arrêt qu'une cupidité sauvage osa porter. L'ordre du lemple, établi pour la croisade, devait perdre quelque chose de sa grau*

HiSTOmi: DE lËftflSALEM.

deur morale à mesure que respril (\e la guerre sainlc s'affaiblissait; c'est ce qui amena son malheur. Des possessions, fies richesses égales à celles des somerains, élaieul devenues une tenlalion terrible pour un roi à qui il fallait de l'argent à tout prix ; on résolut de livrer aux flammes les templiers comme on se décide à luer un homme pour lui prendre son trésor. Jacques de Vitry semble avoir pressenliles calamités cachées dans ces terrestres biens, lorsque, parlant des chevaliers tealonStii Élit des TCBUX pour que le Seigneur éloigne d'eux e$ richesses orgueilleutet, aividei, qurnlleiuet , qui n'engendrent que éeeemi^ Ueiiudes et tant ennemies de la reUqion^{i).

Ainsi le royaume de Jérusalem , composé d'hommes de toutes les nattons de l'Occident , avait fait de la Palestine une terre toute nouvelle; la culture fécondait de vastes solitudes. On appdalt PouXaine, ceux qui étaient nés en terre sainte depuis la délivrance de Jérusalem; ce nom vient-il de puUue, parce que la génération née dans les derniers temps était comme un peiit jMiibtà côté de Tancieuneté des Syriens? vient-il du nom delà PdNtttf, parce qu*on avait appelé de celte contrée beaucoup de femmes pour être les épouses des Européens? Les chroniques demeurent incertaines entre ces- deux étymologies et n'affirment rien. Les Poulains désignaient les Européens sous le nom d^enfants à*hémaiitde « ce qui , d'après Jacques de Yltry, équivalait à imbécile « idiot ; mais Torigine du mot hemande nous est inconnue. Les sobriquets entre ces nations indiquent dés jalousies. A côté des Occidentaux vivaient, dans le royaume de Jérusalem, les chrétiens d'Orient, les Syriens, les Grecs, les jacobites, les maronites, les nesLoriens , les arménieiis , les grégoriens. Ces peuples, aj>parlenaijl à îles coniimiiiioiis diverses, se coiii^olaieiil , à l'omljriï des bannières latines, de la lungue oppression musulmane; livrés à l'agriculture et au commerce , ils contribuaient à répandre la vie dans le royaume

(1) Livre I,

franc, el parfois aussi ils ( nnltaiiaicnl à càlû de nos guerriers. Les Maronites surpassaient en vigueur belliqueuse tous les chrétiens du pays; ils avaient servi de guides à Tarmée de Godefroid traversant la Phéoicie. Us embrassèrent la foi catholique en 1167. Nous avons loagdement parlé ailleurs (i) de ces admirables montagnards, restés les amis de la France jusqu'au montient où nous écrivons; ils avaient pour voisins, dans le Liban, les Baténiens ou Assassins (s) qui, esclaves fanatiques des volontés du Vieux de la Montagne « tenaient au bout de leurs poignards la vie des princes et des rois.

La piété , la bravoure , le commerce , la curiosité se donnaient rendez-vous dans le royaume de Jérusalem. Les peuples arrivaient à la ville sacrée, non plus seulement de $aba, mais de tous les points du monde; un navire attirait un autre navire, et les nations, se donnant la main, se disaient entre elles : MowIom d (a monlo^fie du Seigneur (5). On voyait s'accomplir ces paroles de Tobie, adressées à Jérusalem : Tu InUeraê d^une himiire ictatante^ et lu «mif réo^ée jusqu'aux exIrémUH de la terre (4). Biais ce royaume que les chroniques nous montrent comme an paradis exhalant des parfums pareils à ceux des roses, des lis el des violettes, ne larda pas a être livré à Vantique serpent, ennemidu genre humain. La cori upliori envahit la terre sainte ; Jacques de \ iti y nous en fait une peiolure, chargée d'ailleurs des exagérations les plus noires. Lorsqu'il ne voit dans les prélats que des vaches engraissées sur les vwntagnes de Samarie, dos pasteurs enyratssvs du ihilrimoine du Crucifié, et tondant les brebis au lieu de les imitre ^ des conducteurs aveugles, des chiens muets ne sachant pas aboyer, l'évôque d'Acre pousse l'observation morale jusqu'à la satire. Les poulains, issus de leurs pères, comme la lie provient du vin, la rouille de l'argent, l'ivraie du froment f

(1 ) Correspondance d'Orient, lettre GLXXX. ^

(2) GorreipondaDce d'Orient, tom* VL

(3) Isaïe, t 11 4). Il, vers. 3.

(4) Cbap. XIU, ver8« 15 et 14.

m HISTûttB M imMALBH.

étaient pai <"s comme 'des temples, et plus accoutumés au jl Lains qu*aux baiaiiles. Les mtisuhnans, qui tremblaient devant les pères, ne voyaient dans les fils que de faibles femmes. On comparait ces Francs dégénères aux saules qui ne produisent aucun fruit. Leur occupation eiail de i^Mi Jcr Ir li s femmes, à qui leur jalousie permettait à peine do sortir une fois par mois pour aller à Téglisc; les plus riches avaient trouvé le moyen de ne plus laisser sortir leurs épouses, en leur faisant dire la messe sur des autels dressés dans leur chambre. Nous ne répéterons poiol tous les crimes et les horreurs que Jacques de Vitry impute auE habitants de la terre sainte; les censeurs nous font l'humanité trop laide, et l'histoire n'accueille point la violeoce de leurs discours. Toutefois, il est certain que, dans le royaume franc, les mœurs perdirent de leur pureté, les caractères de leur énergie : cette dégénération favorisait les entreprises des ennemis*

Nous avons laissé la couronne de iérusalem passant de la tète d'un vieillard à la téte d*on enfont (1144). Le eourageux dévouement du jeune Baudouin UI éclate dans l'inutile expédition de Bosra. L'année suivante, un ennemi formidable, Zengui , prince de Moussoul, fondateur de la dynastie des Atabeks, s'empare d'Ëdesse , dont il méditait la conquête depuis longtemps ; un effroyable carnage fait ruisseler dans cette ville le sang chrétien ; la perte de cette grande cité, suivie de Timmolalion des fidèles, retentit bientôt en Europe. La foudre tombée .sur les églises du Saint-Sépulcre et du monlSion, ra|)[iarilion d'unecomèle annonçait aux itnagi nations chrétiennes des maux eontre icst^ucls il iallait s'armer. L'esprit des f^uerrcs saintes vivait encore dans sa force en Occiihul, i éloquence de saint Bernard reiiouv< la les scènes d'enthousiasme qu'on avait vues cinquante ans auparavant. Cent raille croisés français, ayant à leur lôte le roi Louis VU, une nombreuse arnïée conduite par rempereur Conrad III, une foule de guerriers d'Italie cl d'Angleterre, s'avj|ncèfei}( contre l'Orient.

L*Asie Mineure dévora les trois quarts Je ces grandes troupes; Louis Vit, qui gagna de la gloire aux rives du Méandre et au milieu des précipices dn mont Gadmus, Conrad qui n'avait montré aucune capacité dans cette expédition, se trouvèrent réunis à Jérusalem au commencement de Tannée J148. On ne s'occupa point d'Ëdesse, dont les malheurs avaient armé TOccident. Les Latins désiraient la possession de Damas comme une barrière de défense pour le royaume de Jérusalem. Dans une assemblée, tenue à Saint-Jean-d'Âcre et provoquée par le jeune Baudouin 111, on décida d'aller assiéger Damas. Cette riche cité était près de céder aux victorieuses attaques des chrc-liens, lorsque la discorde et la perfidie firent échouer misérablement Tentreprise. La croisade de Louis VII 6( de Conrad s'acheva sans profit pour la Palestine*

En 1 149 , Baudouin III , faUgaé de la régence de n mèfe Mélisende, lui faitd*abord des concession! pour conquérir son indépendance, et puis l'oblige de le contenter de Maplouse. Ces débats avaient trouUé le royaume; la Iranqallliié se rétablit, dit Guillaume de Tyr, tomtne Vétoik du matin qui briUe au milieu de Ut nm» Le jeune roi de Jéruaalênit ^o l*agrandissement de son royaume préoccupail aana cesae, parvint à conquérir après un si^ opiniâtre, dette place d'Âscalon qui, depuis si longtemps, résislail aux Latins, et dont la possession fermait la Palestine aux Égyptiens, On convertit en ^lise et on dédia à iaint Paol la grande mosquée d*Âscalon. Le mariage de Baudouin avec une nièce de reroperear Ibnuel» conclu en 1155» apporta des trésors au royaume de Jérusalem qui Dymqoait . toujours d^argenl; celte allianee eut été bien plus utile aux États chrétiens, si les Latins et les Grecs avaient voulu sincèrement réunir leurs forces contre rennemi commun (i).

De temps en temps , la succession des patriarches de

Jérusalem amenait des querelles parmi le clergé de la ville

( i ; Michaud , Histoire des croisades, livre Y.

m HISTOIBE DG lÊRUSALEM.

sainte. Fowcher, qui avait succédé à r»iîilîaume en i était mort en H59. Aiiiaury, prieur de rêglise du Saint- Sépulcre , né à Neslo, au diocèse de Noyon , le remplaça irréguliorement : c'était un homme incni>;tlih' , poné par des iùlrigues de princesses. Il crut légilimer sou élection cil envoyant acheter à Rome le manteau de patriarche au prix d'abondantes largesses (i).

Mélîsende , que Guillaume de iyr juge digne d'être transportée au milieu du chœur des anges, mourut en ilOl. Baudouin IH la suivit dans la voie de toute ciMir, l'année suivautc, ùBérylhe, âge de trente-lrois ans. 11 avait Thabilude de prendre chaque année une médecine avant le commencement de l'hiver; il reçut à Autioche du mû Jocin du comte de Tripoli des pilules empoisonnées qui le menèrent lentement à la tombe; une portion de pilules destinées au roi furent mêlées dans du pain et données à une petite chienne qui en mourut. Celle expérience ne permit plus de douter du poison. L'archevêque de Tyr nous apprend à ce sujet que les princes chrétiens, dédaignaui la science des médecins latins, n'accordaient leur confiance qu^anx Juifs, aux Samaritains, aux Syriens ou même aux Sarrasins, fort ignorants dans Tart de gaérir. Baudouin lU remplit noblement sa mission de gardien du royaume de Jérusalem ; il porta un grand coup aux Égyptiens en leur enlevant Ascalon , et tint léte à Nourreddin, fils de Zengui, qui, maître de Damas» attaquait ▼igoureusemenl la Palestine.

Amaury, auparavant comte de Joppé et d*Ascabn , successeur de son frère Baudouin III, voulait à tout prix établir la domination cbrétienne en Égyple; la guerre civile, produite par Tambition rivale de deux vizirs, désolait ce pays; le sultan de Damas convoitait l'Égypte comme le roi de Jérusalem ; le calife de Bagdad, ennemi de celui du Caire, donnait son appui religieux au projet de Nourreddin. Les Latins, unis aux Égyptiens, qui avaient imploré

(l)GQiUaumc do Tyr, livre ,\V1II.

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