‹ Histoire de JérusalemChapitre 136 sur 149 · CHAPITRE XXXU · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXU

Uar secours, assiégèrent duranl plusieurs mois les Tores entrés dans Alexandrie; ceux-ci capitulèrent enfin. L'Égypte s'engagea à paver au roi de Jérusalem un tribut de cent mille écus d*or, et Ions les seigneurs «les chevaliers et les soldats chrétiens revinrent en Palestine, chargés de trésors ; une garnison chrétienne avait été placée au Caire. Âmaury ne s'élait éloigné qu a regret des bords do Nil; sans s'inquiéter de la violation des traités et sans tenir compte des prudents avis d'une partie des chefs chrétiens, il reprend le chemin de TËgyple avec une armée , s*empare de Bilhéis sur la rive droite du Nil; mats, au lieu d'aller droit au Caire qui ne pouvait lui résister, il commit la faute politique d'écouter les supplications des ambassadeurs du calife et d'accepter leurs offres d'argent. Les richesses promises se Orent attendre, la (loUc impériale deByzanec que son beau-pcre Manuel lui avait annoncée , ne païul point ; pendant ce lenips-là, les l'gyptiens relevèrent leurs niin iiilles, legi'iK raldcNourrcddin, appelé par le calife du Caire, arriva loiit à coup, et c'est ainsi que le riche royaume de Pharaon fut perdu pour les guerriers francs. Aniaiijy, ne pouN.niL luller contre les Turcs et les Égyptiens réunis, revint lionleusemenl à Jérusalem. L'arrivée de la flotte de Ryzancc le décida à recommencer son entreprise; Amaury attaqua Daniieltc; mais, après cinquante jours d*un sicge désastreux, iUaliui y renoncer. L'armée de Damas avait aiiicnc au Caire un jeune émir jusque-là sans gloire, mais dont le nom devait remplir le

monde. Ce jeune émir, élevé au viziral à la place de (jhircou son oncle, c'était Saladin.

Guillaume de Tyr av;iii Jxaiicoup connu Amaury, c'est d'nprès ses instances qu il entreprit son œuvre historique ; il a tracé de ce roi un portrait détaillé qui abonde en traits curieux. D'après ce portrait, le cinquième roi latin avait une grande expérience dans les affaires du monde et une prudente conduite. 11 avait la langue un peu embarrassée» ^ ce qui Tempéchait de s'exprimer avec grâce cl élégance. Nul ne connaissait mieux que lui le droit coutumier du

rd^aume. 11 étslf mollis lettré que son frère, oMis II afffll

Tesprit vif, pénétrant et uue solide mumoirc* Âmaury înlcrrogeail souvent , aimait la lecture et se plaisait beaucoup aux récits de riii.sloii c. Les Ijaladiiis et les jciix dè hasard no l'a m usaient pas du tout ; la chasse au faucon et au héron était son principal divertissement. Oii vaniail sa patience, sa sobriété, sa facilité à oublier les injuKs. Amaury était souvent taciturne et sombre et manquait d*urbanité ; on remarquait d'autant plus ce défaut (\uon se ressouvenait de la bienveillante ailabililé de son frère. Il était avide d'argent plus ([u'il ne convient à un roi, cl sà justice ne résistait pas souvent à la séduction des présents. Amaury avait de l'embonpoint , une taille au-dessus de la moyenne, une belle figure, un air de dignité, des yeux pleins d'éclat, le nez aquilin , les cheveux blonds^ un peu rejelés en arrière, et une barbe bien fournie. Pen* dant qu'une petite lièvre lente retenait le roi danslaeUa* délie de Tyr , il faisait èouvetit appeler Guillaume podr lui sotimetlrc les questions qui lui passaient parTespriti c êl ces conférences atcc moi, dit rhistorien (i) lui plaisaient infiDiment. i Le roi lui demanda un jour â*il y atall iHt dehors de la rétélailoD chrétleDDedesmoycfnsdeprouver U Térité de ta future résarreetion. Celte ^ttéstion causa tiuo émotion rive à rarchcyéqdfe de Tyr. 11 satisfit la curiosité philosophique d*Amaury lut disant que les misères de rhomme vertueux et le triomphe des méchanls dans ce monde rendaient nécessaire une autre tic ùh Dieu trailâl èhactitt selon ses œtitres*

Nous touchons aux mauvais jours du royaomède léhisalem. Amaury , à son Ut de mort (H 75), n*aurait pu Imaginer que leSi dernières catastrophes étaient s! prochaines. Que de malheurs accomplis durant le court espace de quatorze ans! BaudouinlIIavaitdit.en parlant du fllsd'Amaury, qu'il tiut sur les fonts baptismaux : « Je lui donnerai le royaume de Jérusak ai. i Combien elle fut Irisle la royauté

(1) Livre XIX.

GHAmRe XXXI. m

dè fiaudoam IV, pauvre jeune Idprciii d'un ôout ol noble caractère, s*épaisanl en douloureut offbris pour ca<ïher son mal et sopporter le poids des affaires ! Milon deMnnci, chargé d*abord de radmînislratttfn dti royaume » avait éiê poignardé à 8aiDl-Jcan-d*Acre, par des rivalités cniicmici?, et la régence avail été confiée à Ra^ntf<lnd , coMite de TrlpoWt quatrième descendant d<t fame<<x Raymond de Salhl- Gilles. Dans la cinquième abUée de son règne , Bslddoutf? répara les Murs de Jérusalëm tombant de vétusté, èl décida tous les princes, laïques e( eccléslasliquès, à slmposér unfe sofAiftie annuelle pour payer lès travaux. Un lrioii»phe rem< porté sur Saladin , aux environs d'Ascalon , ràvifil aidé à obtenir des sifllans de Damas eft du Caire une trêve de deux ans , fort utile au royaùme , et que rompirent les imprudentes violences de Renalud de Châlillon. Cetui-ci, devenu seigneur deCarac et de Montréal, par son mariage^ en secondes noces avec la veuve de Honfroy de Tharse, s'élait jeté, au mépris des traités , vers la mer Rouge, et n'avait pas cfainlde porter ses armes contre la Mec(pie et Mcdînc, les saintes cités musulmartes. Ilenaud de Châlillon, homme iriimiicur aventureuse, et d'impétueux caractère, lype ronianestjuc de celle chevalerie ci raule , que les croisades amenaient en Oj icut , irrita Saladin par son infraction au droit des gens ; il prc( ipila les Francs de la Talestinc dans une guerre où s'ahinia le royaume de GodelVoid. Toutes les pensées se dirigèrent alors dans un but de résistance aux armes de Saladin.

Baudouin venait de perdre la vue, et ne pouvait plué remplir sa tâche de roi. 11 fallait un homme fort à la tcle du royaume; le pauvre liaudouin donna la régence à son beau-frère, Guy de Lusignan qui, dans cette grave et décisive situation , commit presque un criincconlre l'Klal, en acceptant un fardeau si nu-dessus de ses forces. Baudouin le dépouilla de <;n di^uilé, après ^on iiu ple conduite en Galilée, où le rcgenl aurait pu mettre en dérotile les troupes de Saladin , campées enlre le mont (ielboc et Scytbopolisi mais Guy de Lusignan était destiuéà caler-

2Ci HISTOIRE DE JliRUSALEM. '

rcr le royaume fondé et soutenu i)nr lanl tic prodiges de bravoure. Un cnfanl de cinq ans , ne du premier mariage de Sibylic avec le marquis de Monlferrat, est couronné roi sous le nora de Baudouin V, avec la régence de Raymond de Tripoli , homme de courage et d'expérience. La morldc Baudouin IV, vivante ruine que réclamait la tombe, el bientôt après, la mort de Baudouin V, fragile espérance au milieu d'un vaste naufrage, laissèrent la place à Guy deLusignan et à sa femme Sibylle , couronnés dans Téglise du Sainl-Sépulcre , malgré Topposition des barons du royaume.Quand Dieu veut châtier les peuples, il leurdonnc quelquefois des chefs sans intelligence, et rincapacité du pouvoirVoffre alors comme une malédiction d*en haut* U étail impossible qu*une grande image de gloire ne vint pas se mêler aux funérailles de ThéroSque royaume latin* Le premier jour du mois do lûai (4187), cent trente guerriers, parmi lesquels on remarquait les chevaliers de FHÔpital et do Temple , atta(}uent dans le voisinage de Nazareth, sept mille cavaliers musulmans, commandés par Aphdal , fils de Saladin ; après d'incroyables merveilles d*armes , la petite troupe chrétienne succombe; le . grand maître du Temple , et deux de ses chevaliers reviennent seuls du combat. Le lieu où se voit maintenant le village d^El'Mahed, à une heure à Test-nord-est de Naza* reth, fut le théâtre de cette admirable lutte. Le sang de ces illustres défenseurs de la croix, ruissela sur les fleurs que le printemps avait semées autour de la cité d'Anne et de Marie.

Deux mois après , ce pays de Galilée, marqué pour servir de tombeau à la royauté française de Jérusalem , est le

rendez-vous de cinquante mille conibattants chrétiens, et

de quatre-vingt mille guerriers marchant sous les ordres

de Saladin. Les lorccs latines étaient réunies à Séphoric; Saladin occupait Tibériade ; un espace de pays rocheux , désort et brûlé , séparait les deux armées. Ou avait de l'eau cl des vivres à Séphone ; Uaymond de Trii)oli demandait que les chrétiens gardassent celte pusiliou au lieu d'aller

GHAP1TRB XXXI. m

chercher Saladiu à Iravcrs un pays où la multitude souffrirait de la soif , sous un soleil ddvorant , et serait accablée par la souflfrance, avant d'atteindre rennetni; quoique Tibériade appartînt à Raymond, du chef de sa femme, le comte était d'avis quUl fallait sacrifier celle place, platôt que de sacrifier le royaume. Les chrétiens avaient peu à . gagner dans une vicloire, et toutà perdre dans une défaite* Il valait mieux atleudre Fenncmi» 6t» s'il voulait la bataille , l'obliger auparavant à livrer son armée aux calamités de la soif, aux horribles fatigues d*iiDe marche au milieu des ardeurs de Tété. L'avis de Raymond de Tripoli était sage, et déjouait le plan de Saladin; il eût sauvé alors le royaume de Jérusalem. Mais, dans les époques de division , les chefs se défient les uns des autres ; le seul sentiment de rivalité suffît pour inspirer des opinions contraires. La plupart des chefii de Tarmée approuvaient le conseil de Raymond ; le grand maître du Temple parla de trahison , pensa qu*il fallait lever le camp et marcher vers Tibériade y et imposa son avis au faible . Guy de Lusignan. En donnant Toidre de partir , le roi creusait pour son armée une immense tombe* La bataille livrée le 4 juillet, est connue sous Je nom de bataille d*Hilin ; elle eut pour théâtre tbn vaste plateau situé entre trois vallées : colle d*Hîtin au nord , celle de Batouf à Touest , celle de Hama au sud^est. La colline d'Hilin où se passèrent les dernières scènes du désastreux comhat, est appelée dans rÉvangile, montagne des BiatUudei, Le bois de la vraie croix, qui tant de fois avait ouvert aux guerriers francs le chemin de la victoire , tomba au pouvoir des Turcs ^ au lieu ou fut prononcé le sermon sur la montagne. Le comte Raymond, qui s^étail enfui à Tripoli , le jeune Renaud de Sldon , comle de Tibériade , et quelques guerriers de leur suite , furent les seuls qui se dérobèrent au glaive et à la captivité. Après celte effroyable défaite d'où s'exhalait, pour les enfants de l'islaraisme, un parfum suave (i), des débris

(1) Expressions d'Ëmmad-Ëddin. Bibliothèque des croisades, tome iV.

BISTOfftÈ DE lËHUSALEM.

sahglants couvraient ies hauteurs d'Hitin, et, les confies des tentes musulmanes ne sufllsrin! point à lier les prisonniers, trente ou quarante cavaliers étaient attachés à ia même corde. Un guerrier fut vendu pour une chaussure. Baladin , en faisant trancher la tète aux chevaliers du Xcmpie et de THôpilal, souilla sa victoire y comme les pr6mi«f8 eroisés araient souillé lear conqué&e de iérasalem.

C'en est fait de ce royatime sans roi et sati$ttrmée. P(olémats, Naplouse, Jéricho, Ramla , Gésarée, Arsor, iaffa. Bérylhe, se sotimeUerit au sultan. Ascaloo f aplrèal mm hériUque résistance , capitule a des eoudilioifs 4{fii raclietaieul le roi Guy de Lusignan, peu digne d'un 1^ sacrifiée^ Les pensées de Saladin se touroeot du cdté de' lérdsalem } wà rapport de Taoteur arabe, Bfoglr-Eddiiiy Itf aultan héstlail ; ses craintee fareAl dissipées par or message en trois ▼ers, que M adressa oif des masulmans pristfàniers dané la Tille sainte. Le eaplif, qui plds tard fut payé de son mes- : sage par son élévation à la dignité d*lman, faisait parler Jérusalem qui disait :c 0 prince qu'i renverses les drapeam « de la croît , c'est la ville sainte elie-niéme qni vient se f plailidre h tel de son ntallieorea& sort. Tontes les mosf qu des ont été purifiées; moi seule » a«i iHlIîett de ma t gldire, je suis encore cliaigée de soulllcfres. > tJn astrologue annonça au fils d^Ayoib qo*ll prendrait Jérn** sakm « mais qu^il lui eoliterait un mil : < Dussé* je I devenir aveugle , répondit le snllan , je nua prendre i cette ville (i). > Madin , campé sor le» murs de Jérusalem , rassembla Un jour ses émirs , et leur parla de là ville sacrée, dans des termes qu'il est inléressadt de recueillir ici : t Si Dieu nous fait la grâce de châsser l'enuemi de la maison sainte , de quelle félicité n'allons-nous pas jouir ! comme nous lui Lluio fanerons alors notre reconnaissance! Voilà plus de quali c-viugls ans que la ville sainte est au pouvoir des infidèles , et que Dieu n'y reçoit

(i) EmoiaU-EUdin.

CHilPlTRB mi. ÊÊfl *

l|«ie 4èé iMfiuniiagéft impies. Dèprtth ICAigliMpd , les pfidces M ftatmans êMttâeti la délttter ; mai» llâ ont tood éobd«é âai&s lènr dmein $ Dim réserVait iftte tdle gloire aux Ayott- Mes, pour gagner à eti\ tous les cœurs musulmans. La mosquée Âlacsa qui s'y trouve ^ est l'ouvrage do la loi ; c*csl le séjour des prophètes, le lieu où reposent les saint-îï, le lieu du pèlerinage des anges du ciel; c'est làqn\nuioiît lieu la résurrection générale et le jugement dernier; c est lù que se rendront les élus du Soignenr. hh esl la pierre dont la beduté est intacle, et d'où Mahomet est monté an ciel; c'est là que la foudre a brillé, que la nuit du mj'slère a resplendi, et qu'ont éclaté lès lumières qui ont éclairé toutes les parties du monde. An nombre des porles de la ville sainte, est la porte de miséricorde; quiconque entre par cette porte, esl digne dn paradis. C'est là qtj'est le trône de Salomon, la chapelle de David , la fontaine de Siloé, comparàbleau fleuve du paradis (i). i

Le sultan, après avoir dressé ses tentes à roccident de Jérusalem sur les hauteurs où avait campé Raymond dé Saint-Gilles, alla s'établir au nord^st de la ville, dans Tcn^ droit où s'était placé Godefroid pour manœuvrer avec ses grandes machiiieâ de guerre. Le siège de la sainte ci(é, commencé le %0 SeptembM, dura treize )oop8# lérusaletri, devenue le refage de beaucoup de eltfétiens pouf suivie pat la guerre t renfermai! én ce nNMMilt plus de cent taille habitants. 4 liane pOUTaieiifc êsM dedans ka maisona^ < dit le continuateur d# Qftillaumlr de Tyr, ains (mais) c les convenoit estrtf pami ïth ruée (•)« » Le» guerriers ebfétiens ëuient w petit nemlire; il» anient pris pour chef Baléan d*Ibelin« Ce patrlareke et le clergé eicitaient les fidèles à lu défense. Gin^ mille prisounieta masulmuna ae trottfaienl dafla la tille* Saladiu «tait d'abord proposé ^u*on lut remit ta titlë satta oombaii il promettait d*étre généreux envers la population chrétienne* Cette efflre ayantlSlé rejetée , le sullaft avait juré de tout inn»»ler.

(1) Eiuniad-Eddin.

(2) Bibliothèque des croitôdes, part. L

Nul ne demeurait en repos dans la villo assiégée. Ua cbroniqucur, témoin oculaire (i), nous dit qu*on ne pouvait voir, sans éclater en sanglots» les armes briller entre les mains des moines, des chanoines, des prêtres, des lévites des anacborèlcs courbés sous* le poids des ans. Les flècbes pleuvaicnt sur la ville; on ne pouvait montrer le doigt au-dessus des remparU iam cire atteint. Tel était le nombre des blessés, que les médecins de Jérusalem ne suffisaient point pour arracher les traits de leurs corps. Le cbroniqueur à qui nous empruntons ce détail ^ eut le milieu du nez percé d'une flèche. L*air relenlissait de gémissements et de ces paroles : Saint» MarU, $amt$ Marie,

Quand les Lalins s'aperçurent qu'au nord-est de la ville, la mine allait renverser les murailles, quand ils furent informés du complot des chrétiens grecs pour livrer Jérusalem, ils demandèrent à capituler; il fallut que Baléan d'Ibelin menaçât Saladin de tout le désespoir des chrétiens pour que le sultan acceptât ses conditions. Chaque homme, riche ou pauvre, eut à payer dix pièces d*or pour sa rançon ; chaque femme, cinq pièces d*or, chaque enfant, deux. On accorda aux chrétiens un délai de quarante jours. Ceux qui ne pourraient pas payer ce tribut seraient esclaves.

Sur cent mille chrétiens , seize mille seulement , parmi lesquels on comptait un tiers d*enfants, demeurèrent dans la servitude. Le patriarche emporta des ornements sacrés et des vases qu'Ëmmad-Eddin estime à plus de deux cent mille pièces d'or. L'historien arabe nous parle d'une princesse grecque qui avait embrassé la vie monastique à Jérusalem, et doiiL la douleur était grande en quittant la ville sainte; les larmes coulaient de ses yeux comme le^ pluies descendent des nuages. Les chrétiens de Jérusalem purent se rendre à Anlioche, à Tyr ou à Tripoli ; cinq cents prirent le chemin de TÉgyple et s'embar<^ucrcnt à Alexandrie

(1) Raoul Uc Ck>ggeshale.

Page 1