CHAPITRE XXXII
Pflbris de l'Europe pour relever le royaume de Jérusalem etdéirpiv» nslamlsme m Orieni. — Jérusaleui dai^» le» deniers temps.
(tin Jusqu'à uw jours.)
Culte Wlle de JéraMlem , k laquelle les chrétiens vain* ces vienneDt do dire un IriBte adieu , a gardé dans les âmes ass^ d'empire pour que son nom seul en Europe
rassemble des armées. On va voir passer encore d^Occidenl en Oi iciU J'iiiuoiiibrables masses d'hommes , les guerriers les plus intrépides et les plus illustres , les princes cl les rois; mais le malheur des événetneuis et la direction des chefs cmpêcheronl les armes chréUennes de rendre au divin sépulcre sa liberté.
La perle de Jérusalem avait frappé l'Europe comme une immense calamité. Un long gémissement était parti de tous les poinls des divers royaumes. Urbain UI en mourut de douleur. Son successeur, Grégoire VIH, appelle les peuples l\ la guerre sacrée; il meurt au nulidi do sou œuvre inachevée, et ("lémenl 1111a poursuit. Guillainiie de Tyr, rhistui itn que nous avons plusieurs fois citd, s'était chargé de raconter les désnsiros de Jérusalem aux rois aux nations, et d'eiciler leur courage à de religieux
exploits. Trois armées se lèvent ; commençons par colle qui fui la plus malheureuse.
Cent mille Allemands , partis sous les ordres d'un grand empereur, traversent la Hongrie et la Bulgarie, soumet* lent Andrinople, Didymotique, Sélyvrée, Gallipoli, menacent la perHde Byzance, passent Vilellespont, et s'avancent dans l'Asie Mineure, triomphant des ennemis , de la soif et de leur Ignorance des chemins ! 11 ne restait plus aux Teutons que de sortir yiclorieux des difl&cullés du passage à travers le Taurus, lorsque leur empereur trouva b mort dans la petite rivière de Selef (Guieuk-Sou), où il n*avalt pas d*eao jusqu'à la ceinture ! Le sort de Frédéric Barberousse est un mystère dont la pidté des chroniqueurs est épouvantée; ils n*osent pas regarder le ciel en présence d*ntte catastrophe qui renverse tout à coup Tespoir d*one expédition sainte pour laquelle le génie de la prévoyance avait tout fait. Les restes de Frédéric furent ensevelis li Antioche dans la basilique de Saint-Pierre. A peine cinq mille croisés allemands arrivèrent en Palestine; il n'y avait pas, dans là Cilicie, dit Kmmad-Eddin, une famille qui n'eût trois ou quatre Allemands pour esclaves. Les débris des Teutons furent mal accueillis en Judée, c Leur renommée nous aidait, disaient les chrétiens du € pays , leur présence a coupé les ailes à nos Tictoires. t
Deux autres armées, Tune conduite par Philippe- Au- ^ guste, Tautre par Richard Cœur de Lion, débarquent à Ptolémaîs^ les Français étaien t partis de Gènes, les Anglais, de MarseiUe* Guy de Lusignan , à la tète de neuf mille chrétiens, avait commencé le siège d'Acre ; le comte Henri de Champagne, accompagné d'une foule de guerriers de l iaucc, d'Anglelerre et d'Italie, s'élaiL juiul au loi de Jérusalem. Ce vain litre de roi de Jéi usalem éveillait encore des ambitions; le Ijrave Conrad , marquis de Tyr, fils du marquis de Monlferrat, voulait régner sur la l\ilestine ; il épousa Isabelle, dont on cassa le mariage avec Iloutroy de Thoron; Isabelle était la deuxième fille du roi Amaury et sœur de la reine Sibylle; morte avec ses deux enfants.
GOAPITIŒ XXXIÎ.
Jl y eut donc an parli pour Conrad et un parti pour Guy de Lusignan; Philippe-Auguste soiiliut le premier, Rî« chard, le second : une ardente rivalité poussait les deux rois à des voies contraires. Le siège de Ptolémaïs» commencé à la 6n d*août i i 89 , dura deux ans; il fut un grand spectacle. M. Michaud (t) l'a retracé dans tout son drama» tique intérêt. Le génie de Saladin se trouva en présence de forces terribles. L*Orient et TOccident apprenaient à se connaître mieux que dans les précédentes époques; comme on s*était plus rapproché, on se montra moine harbare. Combien elle coûta cher, la conquête de Ptolémaïs ! Le glaive ou les maladies moissonnèrent plus de cent mille chrétiens autour de la colline de Turon et sur le sable du Bélus; chaque jour, des navires amenaient des légions chrétiennes qui périssaient misérablement dans les plaines de Sainl-Jean-d'Àcre. On aurait pu croire qne la terre et la mer s'entendaient entre elles, et que Tune avait été chargée de dévorer ce que l'autre lui apportait. Des royaumes se précipitent à grand bruit pour délivrer Jérusalem , et toute cette tempête vient gronder et mourir sur une cité des cêtes de la Palestine ! Les chrétiens auraient pu sans peine soumettre rOrient à l'empire de la croix avec les forces qui s'engloutirent sous les murs de Ptolémaîs. Après la prise de la ville, Philippe-Auguste, prévoyant que la croisade lui laissait peu de chose à faire pour sa gloire, reprit le chemin de la France, laissant dix mille guerriers commandés par le duc de Bourgogne.
Ce fut pendant ce siège que des soins généreux , prodigués aux pauvres sul(.lals du Nord, dcvinicul roi'iginu de rassocialioM liospiLalière des clicvaliti ;> tculoniqucs. Alors aussi b'élablit 1 iiisUlulioii de la Trinité, dans lu but de racheter les chrétiens captifs chez les musulmans.
Joachiiii, le solitaire des montagnes de la Calabre, avait annoncé à Richard qu'il délivrerait Jérusalem i année qui
(t ) Histoire des croisades^ livre YUt.
ITé HISTOIRE DE JÉRUSALEM.
serait la septième depuis la conquête do la sainte Oité pir Saladin , et lui avait promis une grande renommée; cette prophétie n*eat de vrai que le destin glorieux promis à Rieliard. L'histoire n'a jamais raconté de plus heaiut fiilta d'armes que ceax dn roi d'Angleterre en Palestine. Lah«taille connue sons le nom d'Assnr, où la flenr guerrière de l'Europe triomphade8plusbrayesdéfenseur8del*islaminne, aurait pu ravir à Saladin la Syrie et TÉgypte, si les vainqueurs en eussent profité. Les bords do Uddar, qui ne connaissent aujourd'hui que les tentes noires des Bédouins et n'entendent que les pas timides du pèlerin s'acheminent vers la cité sainte, forent alors témoins de plus d'héÉiMtemc que n*en virent jamais le Simoïs et le Grauique. Le parti du duc de Bourgogue voulait qu'on s'emparât de Jérusalem; le parti de Richard, beaucoup plus fort, voulut qu'on se bonmt à rebâtir les places voisines. lUcu n'était plus facile, au milieu de la terreur des armes chrétiennes, que de reprendre Jérusalem. La discorde entre les Franoais et les Anglais éleva une infranchissable barrière entre la yiile de Jésus-Christ et les troupes chrétiennes victorîenses. Dans ses prodigieux combats à Jaffa, à Ramla, tout le long de la plage drpnis Saint-Jean-d'Acre jusqu'à Ascalon, Richard redisait pour cri de guerre : Dieul iecourez le saint tépulcreleiy par une étrange fatalité, sa puissante ëpée laissait le saint sépulcre captif! Un jour, dans ses ezcursioils au milieu des montagnes de la Judée, il aperçut Jérusalem des hauteurs de Modin ; le héros versa des larmes ( larmes sublimes ! ) à la vue de la cité qu'une triste et mystérfeote loi Tempèchait de délivrer; il ne se trouva pas digné de la contempler et se couvrit aussitét la face avéc son hott* clîer.
Les Âllemtnds* commandés par Léopold , due d*Atttrlche, étaient partis] te due de Bourgogne, mécontent ét découragé i é*était etifefrmé dans la ville de Tjr. lean, fttte de Richard, troublait rAnglcterrc; Philippe-Auguste menaçait la Normandie; cbrétiéns et musulmans étaient fatigués de la guerre; Richard se décide à retourner eu
caiAPims XXXII.
Europe. On conclu! une l rêve de Irois ans et huit mois; les portes de Jérusalem se rouvrirent à la |)iélé des pèlc-r rins chrétiens, et , de Jalla à ïyr , la eôle leur fut rendue. La démolition d'Âscalon fut une des clauses du traité* Le roi d'Angleterre avait proposé un mariage entre Jeanne, Teuve de Guillaume de Sicile, et Malek-Adel, frère de Saladin; tous les deui auraient régné sur Jérusalem; Baladin acceptait cet arrangement; mais la réprolMlioii des évèques obligea le roi d'Angleterre à renoncer à ce , projet, et la réprobation des docteurs de rislamisme ar<* réta le sultan, Henri, comte de Champagne, neveu des roia de France et d'Angleterre» reçoit le titre de roi de léniaaleiil à la place de Conrad, poignardé par detiK jeonea ianaélitcs. En dédommagement d*ane royauté iaaa^naire, Richard donna à Guy de Lusignan l'Ile de Chypre, ^u^il avait conquise avant d'arriver en Faleatine; toutefois, il fallut ipie Guy la rachetât des templiers, à qui le roi d'Angleterre l'avait vendue.
Les compagnons du duo de Bourgogne aimèrent mieux rester ï Tyr que d'aller visiter lérusalem par le chemin que leur ouvrait Richard. Les autres troupes de croisés s'y rendirent pieusement; ils étaient partagés en trois caravanes; la première avait pour chef André de Chavigni ; la hcconde, Havel de Deissum ; la li oisième, Hubert, évéque de Salishury. Saladin ordonna queles pèlerins fussent prolégé:^ dans leur marche; il offrit à Févêque de Salisbury de le loger dans son palais; le prélat refusa en disant : Nous soj/ima des pclcrins. Le sultan lui montra le bois delà vraie croix lombé en son pouvoir à la bataille deTibériadc. Dans les conversations qu'il eut avec Tcvêque, Saladin prononça sur Aichard un jugement que Thistoire pourrait ratifier : < H est reconnu, dit le sultan à c Té vùq lie anglais, que votre roi a reçu en partage un ( cœur généreux , une âme intrépide, mais il nVst pas c assez prudent. 11 se montre trop prodigue de sa vie. c Pour être grand prince , j'aimerais mieux avoir de la t sagesse et de la modestie que de laudace et de la
m HisTdme de jtiRusAim
c vanUé(f). tSaîadin ayant désiré qacleprélatlaiadrc3<^ât .une demaQde, Hubert obtint que deux prêtres et deux diacres latins fussent admis à célébrer l'office divin au Saint-Sépulcre, à Bethléem ei h Nazareth, concurremment avec les prêtres syriens, et que les ecclésiastiques latins pussent recevoir» comme les autres, les offraDdes des pèlerins.
Lorsque la flotte du roi d^Anglelcrre sV'Ioigna du port de Sain t-Jean-d' Acre, on entendit partout sur la rive des cris et des sanglots ; les larmes coulaient de tous les yeux, ff 0 terre de Jérusalem ! répétait-on en gémissant, quel « défenseur tu viens de perdre! S'il arrivait que rennemi fl rompit la trêve, qui auraîs-lu pour te secourir, puisque < le roi Richard s'en va ! > Le navire du roi vogua toute la nuit à la clarté des étoiles. Au lever du jour , nous dit Gauthier Vioisauft l'historien si abondant et si cùrieuxde cette époque, au lever du jour , le prince, tournant vers le rivage des yeux mouillés de pleurs, prononça ces mots d'un air triste et rêveur : c 0 terre sainte! je te recomc mande à Dieu : si le ciel m'accorde de longs jours, si t c'est la volonté du Seigneur queje revienne tesecourir, t j*espère que lu me reverras encore. >
Peu de temps après > un étroit cachot d'Allemagne renfermait le héros dont la renommée remplissait le monde.
Ainsi que nous l'avons dit ailleurs {t) , Richard et Saladin, différents de caractère et de génie, sont les deux héros de la grande épopée, qui , dans les dernières années du XII* siècle, occupa Tattention de l'Occident et de rOrlenl, le premier avait plus d'audace et de bravoure, le second* plus de gravité, de prudence, d*esprit de conduite; Richard avait plus d'imagination, Saladin plus de raison. Pressé par une inconstante humeur, ne résistant jamais à la fougue de ses impressions diverses,- le roi d'Angleterre ne connut jamais la modération ; il aurait été incapable
(1) Chronique de Gauthier Vinisawf.
(2) Abrégé de l'Uist. des croisades, tome 1*