CHAPITRE XXXII. f7t
de gouverner, car il ne sut jamais se gouverner lui-même ; ce qu'on éprouve en conlcmplant sa destinée, lient plus de la surprise que de l'a 1 mi ration. De tous les guerriers des temps modernes, RicLarJ est celui qui a le pins de ressemblance avec les héros d'Homère; on retrouve on lui ce courage que rien n'arrête, celle présomplion qui ne doute jamais de la vicLoiro, ce désir d'élever jusqu'aux cieux la renommée do ses armes, et aussi ces faiblesses de râme, cc^ tristossos qui font pleurer Achille comme une femme. Saladia, placé à la tête d'un empire que sa naissance ne lui avait pas donné et que lui imposa pour ainsi dire la fortune des armes, effaça le crime de Vusurpalioa par son habileté dans la guerre, par de haules vertus et un constant ainoiir du bien. < Du sein des camps , il couc vrait los pciiitles dos ailes de sa justice, dit une chroc nique orientale , et faisait descendre sur les villes les € nuées de sa libéralité. > Les chrétiens ont célébré la bonté généreuse de Saladin, les infidèles ont loué l'invincible valeur du roi des Francs; le nom du monarque anglais fut pendant un siècle la terreur de l'Orient; lorsque, sur le chemin , l'ombre d'un buisson ou d'un arbre effîrayait la monture d'un cavalier sarrasin : c Àê-tu vu f ombre dô^ Richard ? > disait le musulman à son coursier*
L'empereur Henri Yl couvrit du nom de Jérusalem ses projets dMnvasion ; il resta en Europe avec les ressources que lui avait données la croisade et s'empara du pays de Naples et de Sicile. Après sa double conquête , d'où plus tard devaient sortir de désastreuses révolutions, il promit trente marcs d'or à chaque f^errier qui s'en irait combattre en Syrie et qui demeurerait sous les drapeaux jusqu'à la fin de l'expédition. L'armée ainsi levée, fut conduite par Conrad , évéque de Hidelscbeim ; elle avait été précédée par deux autres armées d'Allemagne, ayant pour cheb, l'une, les ducs de Saxe et de Brabant ; l'autre , î'évèque de Uayence, et Valeran, comte du Limbourg. Toutes les forces germaniques allèrent se fondre autour de la citadelle de Tfaoron, entre la mer et le Liban ; le Champenois
170 HISTOIBB DB JËRUSALEai.
Henri, qui n'civail ricu trouvé dans sa pauvre royaulé de Jérusalem, éiait mort en tombani d'une fenêtre de son palais; sou titre de roi de Jêrusilein revint à Amaury , successeur de Guy de Lubijjuua dans ie royaume iatiu de Cliypro.
Un grand pape venait d'être donné à l Lgli^e. Innoconl III, élevé sur le Irône de saint Pierre, dans Loulc ia vigueur de la jeunesse, cet audacieux génie qui poursuivit de bi beaux destins pour l'empire catholique, ne pouvait manquer tic ^'.i Humer au feu de la guerre sacrée. La servitude de Jérusalem remplissait son ànie d'amertuirn> , et lui paraissait comme un i>igne d'opprobre au froni de la chrétienté. A sn voix, et aussi à la voix d'un curé de Neuilly-sur-Marne, des armées se levèrent. Mais, dans celte croisade magnifique , on ne fit rien pour Jérusalem ; on prit Constantinople , retfe métropole si cruelle envers les Latins, et que leurs armes avaient tant de fois menacée. Un prince français, Baudouin, comte de Flandre et de Haioaut , s'assit sur le trône des Césars. Le Vénitiea Thomas Morosini , occupa le trône patriarcal de Constaii«tioople soureis à TÉglise vomaine, La Bilhyoie , la Thraoe, la Grèce , depuis lo8 Thermopyles jusqu'au cap Suniura» los cités les plus importanlea de l'Archipel devinrent un empire français ; les Vénitiens , qui avaient si vaillammeal aidé nos pères dans celte conquête , eurent pour leur part les Sporades et les Cyolades , les îles cl la côte orientale dtt golfe Adriatique, les ports de l'Hellespont, de la Prot ponlide et de l'Euxin, les- pays maritimes de laThessah lie, etc. Les vainqueurs de fiysance lîrèreni au sort eu joiièrentaux dés les royaumes, les provinces, les villes dont les noms avaient le plua retenti dans l'antiquité poétique; les pèlerins vendaient entre eux les plus Illustres contrées chantées par Homère, i Gonstanttnople « dit 4 H. Michaud, fut pendant quelques jours un marché oh t Ton trafiquait de la mer et de ses lies , des peuples et de • ieute richesses; où runivers romain ^tait mis à l^en- I ehèfo, et trouvait des acheteurs dans la foule obseure