‹ Histoire de JérusalemChapitre 141 sur 149 · CHAPITRE XXXil · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXil

demanda à Teropercur d'Allemagne, résidanl alors en Sicile , son alliance: la ville sacrée et la Palestine devaient être le prix de cette amitié. Arrivé en terre sainte, Frédéric ne rencontra parmi les chrétiens que des visages ennemis , et ses jours furent en p<Ml. Frédéric , sons le poids des foudres de Grégoire IX , s'avançant en Judée comme une créature maudite, comme une bête immonde, A*ayant d'autre distraction que celle de causer philosophie avec Témir Fakreddin, Tenvoyé du sultan du Caire» espérait sortir » par la délivrance de Jérusalem , de Tabime ofk le plongeaient les anathèmes de Rome.

« Je suis ton ami, écrivait-il à Halék-Kamel* Tu n^ignores c pas combien je suis au-dessus de tous les princes de c rOccident, c*est loi qui m*as engagé à venir ici ; les rois < et le pape sont instruits de mou voyage : si je m*en f rclournais sans avoir rien obtenu, je perdrais loulc con- I sidéralion à leurs yeux. Après tout, cette Jérusalem t n'est-ce pas elle qui a donné naissance à la religion t chrétienne? N'est-ce pas vous qui l'avez détruite? Elle c est maintenant réduite à la dernière misère. De grâce , I rendS'la-nioi dans l'état où elle est, afin qu*à mon retour • je puisse lever la lète parmi les rois. Je renonce d'avance I à tous les avantages que je pourrais en relirei t). i

Le 24 février 1229, on jura la paix pour dix ans cinq mois et quelques jours; Jérusalem ei les villages depuis • Jaffa jusqu'à Ptolémaïs et quelques autres places furent rendus aux chrétiens; mais il leur était interdit de rebâtir les remparts de la ville sainte. La mosquée d'Omar et la chapelle de la Sakra restaient au culte de l'islamisme.

G*est au bruit du tonnerre de l'excommunication qu'un prince chrétien délivre Jérusalem et fait son entrée dans les lieux saints restitués à Jésus-Christ. Quel surprenant spectacle pour les contemporains! Au temps de la grande ferveur des croisades , rien de pareil n*eùl été prévu. Frédéric, roi de Jérusalem, veut être couronné dans Téglise

(I) Déhébi, Vf* vol. de la ItibUoib. dfls croisades.

niSTOIIlE DE JÉRUSALEM.

de la Rcsurrectioii , et la basilique est tendue de noir, et c'est l'Ëmperenr qui prend la couronne sur Tautel et la met lui-même sur sa tête! Gérok!, le patriarche lalin, await frappé d*interdîl les sanctuaires de Jérusalem redevenus libres, et fermé aux pèlerins les chemina de Sion l ïandis que l'Empereur écrivait au roi d'Angleterre pour se rejouir de 06 qu'il avait fait en Palestine » le patriarche adressait à tous les Gdèles une lettre pleine d'accusations violentes contre ce Frédéric qui , de la pîanU éêt pieds au sommeê df fa ÉêUf n*mit poi un ^ratn d» bon tmi (i). Qiie de peine eat Frédéric pour se faire pardonner la délîmnce du saint tombeau 1 Que d*instances, de prières, de supplications adressées ao papet Jusque-là, il n*y avait pas de grands crimes que le pèlerinage ou la croisade n^eùt effacés , et maintenant Tanathème conlinuait à gronder sur le libé» rateur de Jérusalem 1 Aussi Frédéric disait, dans une de set lettres, que la cour romaine m wMt donc poipiêU Jhwdmm eoulâi pour tout h monde,

Fendant les deux jours que Frédéric passa ï Jérusalem, il fut logé chea lecadi de Naplouse, l'émir Schems-fiddin; celui-ci avait reçu du sultan Tordre d'accompagner Tem-' pereo? d*Allemagne et de veiller à ce que rien ne provoquât son méconiantemeiit. Le premier jour, le cadi oublia d*in* terdire aux muenins leurs cbants du baul des minarets, et Tun d'eux, comme pour venger sa mosquée du voisinage d'un prinee chrétien, éleva la voix plus que de coutume * afin que ce passage de TAlcoran pût retentir aux orcillea de Frédéric : Comment serait'U pouible que Dieu eûlpour fiU Jésu$, fils de Marie? Le cadi, appelant aussitôt le muezzin, lui reprocha son audace et lui défendit de monkr au minaiel la nuit suivante, i iiîdciic, qui savait la langue arabe, n'ayaiiL plus entendu le crieur de la mosquée, en demanda le lendemain la cause au cadi, qui parla de sa crainte de lui déplaire : « Vous avez eu tort, lui répondit • TEmpereur, pourquoi manquer ainsi, à cause de moi,

(1) Mathieu P&iis.

cBAMTRfi mu, m

f à votre âevoir , à votre loi , à YOtre Nligionf i II i^la d*aiitres paroles miitilées dans le texte arabe (i), qui, probablement , voulaient dire que si le eadi allait yisiter les Ëtats de Frédéric» on ne suspendrait point, par égard pour lui, les cérémonies cl les usages cbrétiens.

Quand vint le jour où les musulmans durent évacuer la ville, ils éclalèreiit en sanglots. On composa des élégies sur la perte de la cité, i 11 on coûte, disait un putiLe € musulman, de voir Jc'rusalcia lumbor en ruines, et le • soleil de ses monuments disparaître cL se coucher. Les € larmes nous manquent pour pleurer; car, à un tel f spectacle, les larmes coulent et se répaiulenl (2). i I^es • croyants de Damas déplorèrent avec amertume la cession de Jérusalem aux chrétiens. L'iman de la grande mosquée de celte ville, qui était l'historien Ibn-Giuusi , prononça , en présence du prince cl du peuple de Damas, un dis- • cours doQl chaque phrase ûl couler les pleurs des assistants.

Les Latins avaient très-peu gagné à cette convenlion du 24 février 1229 ; le seul bénéfice du passage de I l éléric en Palestine était une li cve accordée aux chrélieiis du pays. Quant à Jérusalem , sa possession était chimérique, puisque les Francs n'avaient pas le droit de la tirer de ses ruines. Ce ne fut point dans Tintérêt de la terre sainte, mais dans son propre intérêt politique, que Frédéric fit rendre Jérusalem aux chrétiens; il voulait se présenter dans sa lutte coiUre le jtapo avec une auréole religieuse, et ne regardait la restitution de la ville sainte que comme un utile argument en sa faveur. Si le salut des colonies chrétiennes avait occupé sa pensée, il n*aurail pas quitté Jérusalem sans la mettre en état de se défendre. Nous n'adoptons pas toutes les préventions, tous les griefs qui s'amassèrent alors sur la léte de Frédéric, mais il est iqjipottible dç ae pas eemw T^wre phitooplii^ de

(1) GhrooiqM dnraM.

mm.

984 BISTOIHE D£ JÉEUSALEM.

rempcreur d'Allemagne, et son indifférence pour la cause de Jésus-Christ, n'étaient pas de nature à édifier la Palestine. Frédéric , ce prince roux et chauve, qui, selon les auteurs orientaux, n^aurait pas valu deux cents drachmes s'il avait été vendu an bazar des esclaves , eut le malheur de se placer en dehors des idées de son siècle , et se condamna ainsi à ne rien produire de bon ni de grand.

L'expédition de Thibaut, comte de Champagne et roi de Navarre» qui amena dans les contrées syriennes une belliqueuse noblesse du pays de France (^239) » ne fut (.raucun prolit pour les saints lieux, l es chrclieiis, rompant la trêve, avaieiiL relevé les forliticalions de JL'i'iisalem, mais le prince de Carac ne tarda pas à raser les tours et les murailles, et jusqu'à la forteresse de David, jusquelà restée dcboui ; le snnp^ des fidèles de Jérusalem ruissela sur les débris. I.es conipagnons du roi de Navarre, du comte de Bar et du duc de Bourgogne furent vaincus , après d'inutiles c xjiloiis, au milieu de ces sables des environs de Gaza amoncelés par la mer et les vents.

Depuis i rente ans, il n'y avait aucun esprit de suite dans la conduite des affaires d'outre-nier ; en même temps qu'on prêchait la croisade contre les musulmans, on la prêchait aussi contre les Albigeois, contre les idolâtres de Prusse, contre Frédéric U; un pou plus tard, elle devait être prêchéeen Anglelerrc contre Henri 111, et les soMnls du duc d'Anjou devaient n^aroher à la conquête du royaume de Naples , comme ils auraient marché à la délivrance du divin tombeau ; l'abus des guerres sacrées leur faisait perdre de leurs prestiges; on donnait à d'autres intérêts qu'à ceux de Jérusalem les forces chrétiennes qui, réunies sous un même drapeau, auraient écrasé l'islamisme, surtout en mettant à proGt les discordes de la famille de Saladin et de Malek-Adel.

Jean deBrienne qui, ne pouvant ressusciter le royaume de Jérusalem , avait été appelé à arrêter la décadence de l'empire latin deByzance, mourut à quatre«vingt neuf ans» sous la robe d'un cordelier. U y a des hommes dont l'étrange

Page 1