‹ Histoire de JérusalemChapitre 142 sur 149 · CHAPITRE XXXIl. m · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIl. m

destinée est de défendre des ruînos, ci Je dévouer leur génie à rcconslruiro ce que la Providence condamne à périr.

Les Karisniiciis , venus des bords de la mer Caspieime, d'où les avait chasses Gengis-Kan, le terrible chef lartare, renouvèlent à Jérusalem avec {tins (riiniTcur les scènes du prince de Carac. Ils l'gorgùreiil tous les cbréliens de Jérusalem, tfkliiisirent en servitude les femmes et les enfants, dépouillèrent l'église de la Résurrection, brisèrent le saint sépulcre, ouvrirent les tombeaux des rois français couches sous le Calvaire, et livrèrent aux flammes leurs ossements; ils profanèrent d'autres tombeaux où reposaient des guerriers latins. Gesbordes mettaient leurs félicités dans les dévastations; emporlaui le souvenir des maux que leur avaient faits les Tartares, elles cherchaient des peuples et des cités pour assouvir un effroyable désir de vengeance. La victoire qu'ils remportèrent à Gaza (1 245) sur les Latins et les musulmans réunis contre rennemi commun, fut un coup terrible porté à la puissance chré» tienne en Palestine ; celte victoire qui remit les Égyptiens en possession de lérusalem , enleva à la terre sainte ses plus braves défenseurs. Les Karismiens, dont TÉgypte 5*était servie comme d*un instrument de destruction» ne tardèrent pas eux-mêmes à disparaître sous les coups d'une vaste coalition musulmane; mais la destinée des cbrétiens de Judée n*en devint pas meilleure; Tinvasion les menaçait du côté du Nil, du côté de Damas et du nord de la Syrie. Jérusalem implore encore une fois l'appui des rois de rOccident.

SUITE

DU CHAPITRE PRÉCÉDENT

Comme on Ta déjà vu, il ne s'agissait plus seulement, dans les expéditions doulrc-nier, de délivrer le saint sépulcre, mais de refouler au loin l'islamisme, et d'établir Fempire de l'Évangile dans les beaux pays d'Orient. Plusieurs fois les chrétiens avaient essayé de prendre TÉgyple; ils avaient reconnu qno la possession tranquille de la Syrie, n'était pas possible sans la possession de ri^-yple, et, dans l'histoire des guerres de l'Orient, on ^ oiL que CCS deux régions se complétant Tune par l'autre, elles n'ont jamais pu demeurer en repos sous un maître différent. Voilà pourquoi î^aint Louis , à la tete d'une belle armée, porta d'abonl ses drapeaux vers le Nil fl250); il emmenait avec lui une foule d'artisans et de laboureurs , et se promettait de faire fleurir la civilisation cîiréliennc dans la vieille patrie du polythéisme. Le temps n'était point encore venu, où devaient se réaliser ces fécondes pensées de propagande européenne ; l'expédition de Louis IX dans ce pays d'Égypte que Lcibnilz appelait (a Hollâtide de l'Orient, indiquait la large voie où, tôt ou tard, entreront les générations de l'avenir; elle ne servit alors qu'à faire admirer la bratoore française à Damielte ,

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cl à luonlrcr, dans la cclesle altitude d'un roi chrétien captif, toute la grandeur morale que les vertus de l lCvan- . gile peuvent donner à radversitc. Un simple calcul de cupidité sauva les jours de saint Louis; les morts ne payent pas de rançon, dit un émir. Quatre cent mille besanls d'or rachelèrcnl le roi et ses barons.

Arrivé en Syrie (lî251), le monarque relcvâ les murs de Saint-Jean-d'Acre , deCaïplia, de Jaffa et de Césarée; il visita le Thabor , Cana , Nazareth, mais ne vit point Jérusalem ; il imposa ce dernier sacriGee à sa piété, parce qu*unroichrélien nedevaîl entrer dans Jérusalem qu'après Vavoir délivrée. De sa vaillante armée, il ne restait plus à Louis IX, que sept cents chevaliers; les musulmans n'avaient poiut cessé de le regarder comme une puissance considérable, en pensant aux nombreux renforts d'Europe que sa présence attirerait bientôt, sans doute, en Palestine. Durant sa captivité à Mansourah, le roi de France avait va les mameluks Baharites se mettre violemment à la place des Âyoubites ; les nouveaux maîtres de TÉgypte, craignant pour leur autorité mal affermie, recherchèrent son alliance ; on conclut un traité qui donnait aux chrétiens là ville sainte et toute la Palestine, excepté Gaza et Daroum; mais ce traité, dont saint Louis attendit en vain Tesécution pendant un au, ne fut qu'un leurre; les mameluks finirent par attacher une moindre importance à leur union avec un souverain qui continuait à demeurer seul avec une poignée de guerriers. La terre sainte eut tout à coup pour ennemis, le sultan du Caire et le sultan de Damas, qui, auparavant, avaient plus d*une fois importuné de leurs pacifiques négocialions le roi de France. Â de tels périls Louis iX n'opposa que des vœux impuiassants. La France, séparée de son monarque depuis cinq ans, avait besoin de son retour; la mort de la reiue Blanche en fit une nécessité. En partant de Plolémaïs, le 25 avriH254, au milieu des regrets et des bénédictions d'une muUiiude de chrétiens, saint Louis laissait en Judce cent ciievaiiers commandés par Geoffroy de Sargines, qui, i>our prix de

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tmte ans de combats contre rislamîsme» porta dans la suite, le titre de yice-roi de Jérusalem.

Louis IX reprendra dans seize ans le cbemin de -cet Orient où sa vertu vieut de laisser comme un long parfum du ciel. Avant ce temps, de quels coups seront frappés les États chrétiens de Syrte ! à quels inau% seront livrés les Iristcs débris de tant de travaux et de tant de gloire î • Bibars , cet esclave des bords de la mer Noire , vendu à Damas pour huit pièces d'argent, et revendu par son premier acheteur, à cause d*une tache blanche qu il avait dans rœil (i), ce formidable chef des niameluks Baharites, surnommé le roi inumphaUur , la colonne de la religion, le 2)ère des conquêtes, prit et saccagea Nazareth, Césarce et Arsouf , immola les templiers à Séphcl malc^ré Ja capitulation, s'empara de JafPa , ravit n\r%. rhrêlicns celtevilled'Antioche qui leur avait tant coûté, et dontles murs et les tours (i) offrent encore au voyageur des croix latines, monuments glorieux de notre vieille domination. Pendant que les dernières places chrétiennes en Syrie croulaient sous les efforts de Bondocdar, les Grecs étaient rentrés dans Byzance, comme des voleurs de nuit, pénétrant par un égout au sein de la capitale de Tempire (25 juillet 1261). C'est au milieu des vastes ruines de rOrienI chrétien que Louis IX (1270) traverse une seconde fois les mers, et va mourir à Tunis de celle mort dont le souvenir attendrit encore la postérité; la Providence voulait que les funérailles d*un saint roi de France fussent mttées aux funérailles des empires latins d'Asie, c Le < pieux génie, ou plutôt Fange des croisades, dit H. Mic chaud, se couvrit alors d*un crêpe funèbre, et remonta t au ciel avec le roi. >

Le gouvernement de Charles Savait en le projet d*élevet un monument à la mémoire de saint Louis aussitét que le drapeau de la France aurait flotté sur les murs d^Aiger ;

(1) lbn-Férat.

(2) Correspondance d'Orient, tome VII.

rOUJQUUT» — T. U. i9

la révolution ne lui laissa pas le temps d'honorer lesou^ Tenir du saint roi au lieu où il mourut. Le gouyernemenl de 1830 vient d'accomplir ce pieux projet. Une élégante chapelle, dédiée à saint Louis , doatla première pierre a été posée le 25 août 1840, s'élève sur le monticule de rancieQiie Blrza, à six lieues de Tunis, à deux lieues de la Goulelle» entre Sidi-Bousaia (raucienne Garthage), elles iroîs ports de Tantique citadelle de Birza. Le 25 août 1841, une statue de saint Louis en beau marbre de France (i), faite d*après celle qo^on voit à Salut-Deuis sur son tombeau, fut placée au-dessus de Taulel de la chapelle , au milieu d'une pompe solennelle et au bruit des sal?es.d*sr* tiilerie des vaisseaux de guerre français en rade e| des aalves de rartillerîe musulmane* En dedans et en ddiors de la porte de la chapelle SainirLouis, on a gravé deux inscriptions en français répétées en caract^es arabes sur les trois faces extérieures autour du ddme : voici la traduction littérale de la seconde inscription arabe composée par notre savant ami M. Reinaud, de i'Acadéaùe deà luàciiplions et bell(î^-it^t>ii :

Ici est mort Le mUvtn magnifique et juste Louis, tiis de Louis, roi de France*

Dieu aie piUe de lui.

Ce lieu a été donné pour toujours, Par rémiir illustre Ahmed-Be^fi Au soltaD de France, (^iewiiae respectera ce monument, Dieu le bénira* Il a> a jpn û'tMn IMeu que IMett«

La belle et pieuse ainbiùoa de Louis IX était de planter la croix sur la terre africaine; le signe glorieux et sacré brille aujourd'hui sur sa chapelle, à peu de distance des ruines de Carlhage; l'Arabe de la idaine de Tunis l'aperçoit au loin, el le navigateur le salue : les descendants de saint Louis ont continué sa croisade, et la croix a triomphé en Airique.

(1) Celte statue est rouTfSge de M. Seane ataé*

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