‹ Histoire de JérusalemChapitre 2 sur 149 · EXPOSITION · texte numérisé non relu

EXPOSITION

Le iO avril d851, lorsqn'après un séjour de deux mois je dis adieu à Jérusalem, mes yeux se remplirent de larmes ; j'y d\nh passé les jours de ma vie les pins sérieux, les IÀU6 remplis de méditations , d'études et de pieuses rêveries; j'y étais comme séparé du monde, séparé des vivants, entouré de ruines et de tombeaux, tout entier livré à Taustère contemplation d'un passé fécond en enseic^nemculs sublimes; Jérusalem m'avait mis, pour ainsi dire, en possession de toute mon ànie; le destin de l'homme, la grandeur de Dieu, les mystères de la création morale s'étaient mieux révélés à moi, en face du Calvaire et du mont des Olives. Quand il fallut s'éloigner de la ville sainte ^ il me sembla qu'on m'arrachait à la vérité, à l'amour, aux douces pensées, et que je laissais derrière moi quelque chose ou mon coeur était resté : un moment je me crus semblable an premier homme exilé du paradis. Je m'arrêtai longtemps f les regards attachés sur Jérusalem; puis je ehe-

4 histoire: de JËRLSÂLEU.

minai lentement, bien lentement, et à mesure que disparaissaient les murs et les coupoles de la cité sainte , je tournais la téle comme pour adresser un dernier salut à des amis qu'on ne doit plus revoir.

Après avoir dépassé les hauteurs qui me dérobaient la cité de mon âme, je lui promis ca silence de ne point roublicr ; je conçus des lors le projet d'écrire l'histoire de Jérusalem. Bien des années se sont écoulées sans amener raccomplisscment de ce projet. L'homme csl rnrrment libre de choisir son rpuvre ; il est placé sons TciiiiMi G de nécessités sans nombre, qui deviennent les inflexibles maîtresses de ses jours; mille choses diverses s'emparent de son intelligence ; le noble esclave accepte le sort qui lui est fait et rêve des temps meilleurs.

La Providence nous a fait naître en des jours sans repos ; quel esprit grave n*a pas été attristé par le spectacle de tant de révolutions ! qui a pu rester iudilférent à tant de luttes et de sacrifices inutiles, i tant d'illusions évanouies, à cette stérilité universelle ! La terre étant ainsi couverte de mécomptes et de débris, on s'est tourné vers leci.el, qui apparu plus beau ; le mouvement contemporain csl allé à Dieu, dont les promesses ne trompent pas» dont la parole demeureéternellement. Quant à nous, notre pensée 8*est alors établie avec plus de charme sur le mont Sion, le Carmel cl le Liban, aux bords du Siloé, du Cédron et du Jourdain ; elle a parcouru la Judée cl ses souvenirs, comme jadis les pèlerins la visitaient dans les temps de trouble et de hic^ubre prcsrsi uliiiK ni : nous convions à ce voyage religieux toutes les intelligences I

Nous entreprenons Thisloirc de Jérusalem , depuis Tcpoquc oii elle était une simple citadelle, à la fois lieu de refuge et lieu de défense, jusqu'à l'époque présente oii nous-méme nous l'avons vue ville sainte , ville solitaire, dont les chemins ne sont plus connus que des étrangers curieux et des pieux hadji (i) d'OrienL Dans cet espace de

(I) PëleriDt.

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