‹ Histoire de JérusalemChapitre 36 sur 149 · CHAPITRE IX. lOtt · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX. lOtt

peuples dtt Gëphise , de TEvitHas, et de TÂlphée. L*édifico seeéparederarcliitecttirede Hempliis et de Thèbcs par la ncherehedee ornemeats el Tamour des brillants dciails ; c*est*au génie phénicien qu'il doit sans doute ce caraclèrc, et peut-être aussi les arts de Tyr et de Sidoa obéissaieutils ici au goût des Hébreux.

Quelle féte parmi les Juifs que la dédicace du lemple, et combien Salomon dul être heureux en conlenaplant l'œuvre achevée ! Oh î de quel saint orgueil dut battre le cceur des Hébreux à la vue decetie den^eurc du Seigneur qui jjorlait si baut leur croyance et leur gloire! Voilà ce temple deinaiidé par Jéhovah lui-même, bâti dans la ville qu'il s était clioiijic (i) ; voilà Jérusalem devenue la cité sainte, le Jomiciledu Seigneur, la résidence de sa gloire, la métropole religieuse , qui, en réalité politique, appartenait aux tribus de Juda et de Benjamin, mais qui, en droit religieux, appartenait à toute la nation. Cest seulement h Jérusalem que Jéhovah veut recevoir les sacrifices de son peuple ; la pos^cssiou de ce lieu sera la condition fondamentale de l existeuce religieuse des Hébreux. Quand viendra l'époque du malheur, non point celle de la captivité à îîabylonc, niaiij celle de leur dispersion sur !a terre, époque où Jérusalem aura délînilivement passé eu d autres mains, celle belle république des Hébreux que lEcriturc appelle un sacerdoce royal , sera dissoute.

Tout le peuple d'Israël lut convoqué à la solennité de la dédicace; il fut appelé d'un bout de la frontière à l'autre; on devait célébrer la dédicace en transportant Tarche d*al- ' liancc du tabernacle de Sion, où l'avait placée David , au temple où Faltendaient les magnificences de la terre* Belle et louchante cérémonie! Le grand prêtre Sadoc ouvrait le cortège : par*dessus le caleçon et la tunîqoedelin, il portait une tunique couleur d'hyacinthe, autour de laquelle étaient entrelacées soixante et douze clochettes d'or , et autant de grenades faites de Un » de pourpre , d'hyacinthe

(1) Elegi leroMileDu

HISTOmB HB JAlUfiALBH.

el d'ecnrlate. L*éphod , éblouissant mantéaa, s'agrafait sur chaque épaale avec des pierres précicoses enchâssées dans de l'or; sur sa poitrine étincclail rornomeot appelé lonr h tour coschcn , pectoral ou rationaî, coniposé de ion/f» pierres précieuses portant chacune le nom d'une des douze tribus; c'est dans les merveilleuses lettres produites par l'éclat de ces douze pierres que le sarrificaleur lisait les dt risions de l'Oracle ou de l'Urim et du Thummin (£mmiéres ci Ferfections). Tons; les feux répondaient à cetix du pecloraL La tiare du iiontifc se dislin^Miait de la mitre des prêtres pnr une triple couronne d'or; une lame d'or, sur laquelle était i;ravé le nom de Jéhovah, couvrait son fi orit; des prêtres vèltis de lin portaient l'arche vciutcc; les lévites balançaient les encensoirs d'or; les harpes, les psaltérions, les tympanons, les sistres accompagnaient les chants de David, el d'ineffables et vastes accords remplissaient le ciel; des milliers de trompettes faisaient releotir les montagnes de Jérusalem et les vallées.

cortège n*aurait pas pu se déployer dans le court intervalle qui séparait le mont Sion du temple ; nous pensons qu'il descendit dans la vallée appelée aojomrdhai ▼allée de Josaphat , qn1l monta au temple en passant pat la porté orientale, ou tifen qu'il tourna du côté de Touestt et arriva à la maison sainte parle cèté septentrional.

Le pontife et le roi accompagnèrent seuls Tarche d*al* liancejttsqaedans le saint des saints. Tout à coup » & leur sortie dn sanctuaire, une ntiée s'étendit dans le temple. Le Seigneur, dit rÉcrlture, remplissait satmaison de sa gloire (i). Salomon prenant alors la parole, étendant ses mains yers le ciel , les deux genoux à terre et 11 face tonrnéeversle peuple, implora la miséricorde de. Dieu pour Israël , lui demanda d*ètre propice à ceux qui voudraient prier ou se repentir dans le temple , et le conjura d^écarter de la terre de promission les fléaux et tontes les invasions ennemies. Ensuite le roi debout, et d'une voix très-haute,

(I) lii' iivre des RoiS) ciiap. 8.

cdAnrRB ne.

bénit îc Sei^near, qui avait donné \ë rqios à Israël, et qui avait accompli tontes les promesses faites à Moîse, son serviteur. Le sang coub sur l'autel ries holocaustes; Salomon fil immoler vingt-deux milic Ijœufscl cent vîngtmiHe béliers! Pendant ce temps, le temple retentissait de cbants eUriiarironîr*;. Ln frfc dura srpt jour? ; puis lous les

Israélites venus à Jérusalem s'eu relournèrcut Joyeux daQS leur pays.

Ainsi, les espérances desJaifs recevaient une admlrablé réalisation ; la vie errante et pauvre du désert , les persécutions et les combats avaient fait place à un établissement paisible, puissant et glorieiit; le Seignedr Died d'Israël n*avâit plas pour demeure un pavillon de peaux debétes, mais un riche el immense édifice qui avait occupé sans relâche pendant sept ans deux cent millehommcs. La nation israélité pmivait , & bon droit , être fière de ce momlttient bftti en quelque sorte avec ses propres trophées ; la victoire en avait fait les fl^als, et le temple de Jéhovah , élancé vers le ciel comme un hymne perpétuel d*adoratioD , fédlsaii aussi les triomphes et la force politique de ce peuple venu de loin.

Salomon , pour se construire une demeure auprès de cdle de David, mit six ans de plus que pour la construction du tettiple; il avait songé à la maison de Dîeii avant de songer à k sienne, et pressa bien plus les travailleurs pouf le temt>le que pour le palais. Le livre' des Rois, le livre des Paràlipomènes et l'historien Josèphc, nous ont laissé une description du palais de Salomon , de celui de la reine sa femme, et du troisième , qui portait le notn de la fofét du Liban (i)^ probablement parce qu*on avait employé uué grande quantité de cèdres à sa construction. Nous ne répéterons point les détails des orncmetits et des richesses de ces palais que Salomon avait faits à Timagc de sa gloire. 11 avait quarante mille crèches pour des chevaux de chaiâ , et douze mille pour des chevaux de course.

(i) Domu« sallus Ubani*

i08 HISTOIRE D£ i^RUSALËM.

Ces chevaux avaient été amen^ de TÉgyple et du pays de Goa, aujourd*]iQi rofaume de Choa en Abyssin îe, petit, royaume de 1,800 biâbitanls livrés aux travaux agricoles. Toute chose autour de Salomon était devenue vaste comme son intelligeace.

Le royaume d*Israël était partagé en douze préfectures ou gouvernements, dont rÉcriture nous donne les noms. Les gouverneurs étaient chargés de pourvoir tous les mois au service de la maison du roi : il fallait par jour trente mesures de fleur de farine, soixaulc mesures de luiiic commune, dix bœufs engraissés et l)œufa de pàlu-

rages , cenlbéliers, saui. compLcr les ctifs, les chevreuils» les bullles el le gibier. Un luxe prodigieux se montrait dans les festins de Salomon. Observons , en passant, qu'à celle époque les Hébreux mangeaient à laide à peu près comme nous aujourd'hui , el qu'il s'écoula Uui» ou quatre siècles avant qu'ils eussent adoplé l'usage de se coucher ou de s'étendre sur des divans ou des lapis pour prendre les repas.

La guerre, qui avait été jusqu'à David la vie politique des Hébreux, ne s'élail plus raoulrcesous le règne dr sou successeur; on jouissait des conquêtes anciennes, on ii\;u faisait plus de nouvelles. Emalh est la seule place dont s'empara Salomon, cl celui sans combat. Il munit Jérusalem de nouveaux bastions, releva plusieurs villes : Gaza , dévastée par les Égyptiens vainqueurs, !n haute el la basse l'clljorou, Balaak au désert, et Palmyre qui, après bien des reconstructions et des révolutions» olfre encore au voyageur les plus belles ruines de l'Orient. Salomon donna des murailles à toutes les cités qui en manquaient; il creusa dans sa capitale, et à Ethan,^un peu au delà do Bethléem , de vastes piscines que nous avons pu admirer , .et laissa des traces de sa grandeur dans toutes les parties du royaume. Il acheva de soumettre sans eflbrts les Âmorrhéens,les Hétijcens, les Phéréscenset les Jéîmséens, ces indigènes contre lesquels s'étaient tant de fois armés les Hébreux.

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CaiAPITRE IX. m

Sans le témoignage des Écritures, nous aurions peine à croire à luuios les richesses accumulées sous la main du roi d un pays aussi peu étendu. Le revenu annuel dà royaume de Salomon s'élevait à six cent soixante-six talents d'or (plus de quarante-six millions de notre monnaie); dans ce revenu n lîlaiLiit point compris le produit des droits dont on frappait les marchandises, le produit des tributs des gouverneurs, des princes et des rois de l'Arabie. La flotte de Salonion s'en allait à Tharsis avec lailotte d'Hiram , et rapporlait de l'or et de l'argent , des dents d'elépiiaiil , des siui^c^ cl des paons qui çLaicnl fort rares il celle é[)0(}iie. Le roi de Jérusalem se l eiidil lui-iiH'inc un jour à la cilcd'Âziongaber, sur la mer Ilougr, pris d Elaib, et vit partir pour Opbir ses navires dirigés par d'habiles naulonicrs phéniciens qui revinrent chargés de trésors. Salomon continuait avec les vaisseaux de l^liénicie le commerce que son père avait commencé , lorsqu'après la conquête du royaume d Édom, les villes d'Élalh ei d'Azioi^ gaber tombèrent en son pouvoir.

On a beaucoup disserté pour savoir en quel point de TAftie il fallait placer Ophir et Tarsis qui, d'après le témoignage évident des Écritures, D'apptrtenaient pas à la même contrée. Quand les vaisseaux se rendaient à Tarais* leur Yoyage durait trois ans. Ophir , selan Origènet est le nom que les Seplanle ont donné à Sophir ; Huct pense que ce lieu estSofala, sur la côte orientale deTAfrique. D*AnTiUe est de son avis. Nous n'hésitons pas à partager cette opinion. Joeèphe et saint Jérdme placent Tarsis dans Tlnde, et looles nosétndes nous portent à nous ranger à leur juge> ment. Longtemps a?ant les Hébreux , les Phéniciens, inventeurs de la navigation , étaient allés chercher les trésors de TAfrique et de Tlnde; Homère, en appelant les Phéniciens miét et trompnan , a peint d*un mot le caractère général des peuples commerçants.

. L*argent, nous* disent les Livres saints, était devenu commun à Jérusalem comme les pierres. Que de magnificence! quelle heureuse abondance dans le royaume d*ls-

m HISTOIAB JNfi i&ftIISALEM.

rM l AxoL lam solmiiteb , lorsqa*!! se rendit tu temple , StloiBoii éÙH précédé de aidais portant des beaeUert d'or. Le Seigneur avait téna parele à Salomon, et jamait plus de richease B*avail entoord on roi. De quel éclat do*

yait resplendir le suecesseur de David , quand il était assis sur son trdne d'ivoire et d*or , cet ouvrage à nul autre pareil, selon riiislorien des Uois ! Deux Lras soutenaient le siège (le rhaquc côti', cLprès de ces bras deux lions ëlaienl debout ; le ii ùiic avait six marches avec douze lionceaux, moitié à droite, moitié à gauche. f>e génie de l'artiste étincelail avec la blancheur de l'ivoire et la fine pureté de Ter. Les chefs des plus grands empires ne s'étaient point encore assis au milieu de tant de gloire, ^ul prince n'avait compris , comme Salomon , la majesté hnmnine.

Sous le règne de David , Jérusalem s'était plus d'um? fois agrandie; Salomon acheva de lui donner les limiles qu'elle devait avoir dans sa plus haute magnilieeuce. J>e laliniid nous parle d'une cércinonie qui avait lien à chaque agrandissement de la ville sacrée. Le grand sanhédrin , le roi et un prophète consultaient l'oracle du Seigneur ; ensuite les conseillers du sanhédrin, après avoir chanté des cantiques d actions de grâce, prenaient deux pains levés, et sor^ taient au milieu des guitares, des psaltérions et des cym- ImiIos; ils s'arrêtaient à chaque coin de POOf à chaque édifiée public qu'ils rencontraient , et proaonçaienl cea paroles : < le te célébrerai, ô Éternel, parce que tu ra*as élevé. > Celte procession religieuse a'arrétaità la limite oli devait être portée la ville. Alors on mangeait un des deux paina letéa et on brélait raotre (i). 11 est probable qu'on B*obaenrait paa toejoura rigoureusement cette cérémonie « ei noua pensons qu'on ne consultait pas l'Urim et le Thummln ponr le simple agrandissement do la cité; mais il est à eioire qu'une coutume leligiaiise y était attachée.

Puisque & Tépoque dont nous retraçons les souvenirs « lérasalem était dans tonte sa gloire, nous vendrions poa-

(f ) Mainonide, Balachn Be(h hMt^ira, chap. iO.

yuAr lionaer m ié^ de 1é vlUe ielU 40*011 h voyait •lors. CMibîeii à» fois» du haaldu nontdcsOliYM qml doBlu, du côté de rorieat, la yallifie de losapfaat et la eiitf 4e lévmlmê aimienei reeoastraire par nnagmation la iwRr^K^e des iManx joiift de la nalion c)ioisie I Lo temple environné deees yeslilMiles et de ses galeries , occupant le mont Moriah et présentant comme un palais superbe au milieu d*UDe cité à part, faisait face à la muiilagae des Oliviers, l e mont Sion , au midi, la portion la plus élevée de Ja viile, était couvert d*une imposante citadelle, du palais de David et de Salomon et des déitendances de la royale demeure. Le mont Acra, au couchânt, formait la ville basse; le mouvemenL de ces deux principale.^ rnoiUagnes de Jérusalem et des hauteurs de Bezelha et de Gilioii donnait une magniflque variété à Taspecl de la ville ; ceux qui ont vu Rome et Constantinople avec leurs sept collines, comprendront mieux cette variété qu^offrait Taulique capitale du Seigneur.

La moitié de Jérusalem , an midi, au couchant et au non] , s'élevait en amphithéâtre autour du vaste et splendide sanctuaire de Jchovah. Les toits des maisons, plats comme aujourd'hui , formaient autant rtç terrasses bordées de balustrades où les familles respiraient la fraîcheur du soir et du matin. Ces milliers de terrasses , couronnées de pavillons verdoyants à la fête des tabernacles, devaient présenter le plus ravlssaDt.coup.d'cBil. 11 n'y avait pas de jardins dans la ville , non point par les raisons frivoles qulndiquent les talmudisles, mais afin de laisser toute la place aox habitants déjà resserrés dans une enceinte d*en- ▼iroQ deujL lieues de circonférence. Nous pensons toutefois que des fleiirs , des plantes et des palmiers croissaient anloor de la demeure du roi.

Le seul tombeau enfermé dans Jérusalem était celui de David sur le mont Sion ; le même honneur sera accordé è Salomon et è plusieurs de ses successeurs, mais le resta de la nation a sa sépulture hors de la cité. Des remparts épais avec douze portes d*one belle architecture et munis

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HISTOIRB DK itfHUSALEIf.

tic fossds et d'un grand nombre de fortes lours , élaient la majestueuse ceinlure de la maîtresse des nations. Hors des murs , près de la fontaine de Siloé, aa pied orieulal da rooDt SioD, s'étendaient des jardins comme on en voit encore maintenant. Quant à la nature de Jérusalem , nous ne croyons pas ^'eUe fàt alors beaucoup plus riche qu*à présent; les olirlers et les palmiers s*y montraient sans doute en plus grand nombre » car tant de dé? astatlons depuis plus de vingt-huit siècles laissent d^inévîtables traces; mais « à notre avis , les environs de Jérusalem ont toujours été secs, pierreux , rochenx ; ce n'est pas pour la fécondité du sol que ce lieu avait été choisi , c'est pour sa forle x)0si lion au cœur du pays de Chanaan.

SUITE

DU CHAPITRE PRÉCÉDENT

On arrivait de loin pour conifmpler In face du roi des Hébreux, et loiilr^; ces merveilles doiu le bruil avait re» tenti à tous les pays de I Asie. Chacun connaît l'hisloire de celle reine venue du fond de l'Arabie Heureuse avec des problèmes quVlIc voulait souinoitre à Salomon ; ellectail suivie de chameaux chargés d'or, de parfums el de pierres précieuses. Pas une des questions posées par la reine de SaLa ne resta sans réponse. Témoin de la science cl de la sagesse de Salomon , de la splendeur de sa demeure , de la magnificence du service intérieur, des holocausles otFerts dans la maison du Seigneur, elle dit au roi que son génie et ses œuvres étaient au-dessus de sa renommée , et qu'elle trouvait heureux les serviteurs pouvaient le voir et Venlendre toujours. Salomon* qui avait reçu de la reine étrangère un don de cent vingt lalenls d*or (sept milliona de notre monnaie), nela laissa point partir sans de riches présents. Le voyage de la princesse d'ArabiOt tout en appartenant aux réalités de Thistoire , s*offre comme un de ces fabuleus récits d'Orient qui enchantent Timaginalion des hommes* Les musulmans ont gardé confusément le

miOOLAT. T. I. < 9

HISTOIRE DE JÉRUSALGII

sonvenir de la reine d'Arabie. On liouve dans le Coran , au ( liapiLrc de la fourmi, une huppe qui arrive du royaume de Saba cl en apporte des nouvelles àSaloniou, un démon, en un clin d'œil, va chercher le trône de la reine, et lorsque, arrivée à Jérusalem, la reiue de Saba est inlroduitc dans le ^iaîs du roi, elle prend le pavé pour de Teau , et découvre sa jambe, levant ta robe de petit de la moitmet (i); Salomon lui dit que le pavé était dè verre poli.

On respire une douce paix sur celte. terre où règne Salomon, et qui 9 durant quatre siècles, avait été sillonnée par de sanglanles batailles; une moisson de félicité a mûri dans cette contrée que Tépée labourait sans cesse , que le sang arrosait toujours ; Salomon recueille tout ce que le courage, la persévérance cl les sacrifices ont si péniblement semé. l*our peindre le calme heureux de celle époque, nous n'avons qu'à emprunter les paroles du livre des Rois (a) : t JuJa et Israël vivaient sans nulle crainte, chac cun 80US sa vigae ^^\Ài6r^ depuis l>an jusquà

c Bersabée. i

L'historien sacré compare l'étendue de rinlelligence 4e Salomon ao aable qui ooovra au loin le rivage des mnrs. Sa sagesse # et par ce mot nous entendcms ici la science , surpassait celle de tous les ti^pUena et de tous les Orientaux, nous dit TÉcriture» Il composa tma mille paraboles et cinq mille chants. Il parla de la nature» depuis leeèdre qui déploie son front superbe sur les baup teurs du Liban jusqu'à Thysope qui sort des murailles ; il parla des oiseaux, des reptiles , des poissons, de toutes les bêles de la terre. La plupart de ces ouvrages ont péri à travers les siècles, el la philosophie, la poésie et les sciences ont immensément perdu. Ku décrivant les animaux des foréls el des montagnes, les habitants des flots et les habitants do iair, avec leur forme, leurs mœurs et leurs instincts; ea observant les arbres,', les plantes ei les fleurs, Salomon

(I) TMneiioii de Bn Itycr* (3) LivroS,cksptéf

ivait fait peiU-être en détail pour l'hisloire nalurelîe cf* ^ae Moïse u fait dans un abrégé sublime pour Thisloircde faicréatioià; k zoologie, lornilhologie, la botanique, si elles ivaient ptt ««tire à profit les études habiles de Salomon , •eraientsaiis doute beaucoup plasarancécs dans Texplortu tion des secrets de *1 'nul vers. Ces milliers de citants et de paraboles disparosdans le tombeaa dn passé, qa«de cou* leurs et de poétiques trésors, que d'enseignements profonds H salntaîres ils nous eussent offerts !

Les inspirations qui nous restent nous font sentir la ▼aleur de celles que le temps nous a ravies. Nous avons cité plus liaut le Canliquc des (ïaïUiques qui iions an ivecomme un par Tu m de la vallée de Saron, connne une gracieuse vision de la Judée en ses jours les pius heureux; le p^cnie de Salomon respire encore pour nous dans le livre des Proverbes, dans le livre de rKcclésiasle, et dans le livre de Ruth, cette ravissante idylle qui fait songer au premier printemps du monde* Quelles admirables leçons nous don. tÈtai les paraboles de ce grand moraliste , et quelle philo^ Sophie peut se comparer à la sienne! 11 promHe un péné* tiant regard sur l'iiomme, sur le monde et les sociétés, et oppose i toutes les misères qu'il voit la justice et U mtêéricorée. Il fait aimer ta sagesse , source féconde de tous les biens, tenant dans sa main droite les longs jonrs, dans ha main gauche les richesses el la gloire; la sagesse dont les voies sont belles et les sentiers paciilques , qui ajouteaiix grâcesd'un jeune fronletrentoui c d'une illustre couronne. Salomon poursuit le paresseux qui cache sa main sous son aisselle et regarde comme un travail de la porter à sa boucbe ; il le presse de s'arracher au sommeil coaunele daim quis*écbappe, comme Toiseau qui s'envole des mains de Toiseleur ; il le renvoie à la fourmi qui lut enseignera la sagesse* La fourmi n'a ni chef, ni maltre« ni roi , et fait ses provisions^ dorant Tété s pendant que le paresseux prolonge son sommeil, yoicl rindigence ^ui arrive à loi comme un homme marchant ft pas rapides , et k pavneté qui l'attaque) comme un homme armé. En allait

quant aiusi la parcssse , Salomon élablit la loi du Lravail comme fondement de Torganisation politique. Le moraliste inspiré parcoûrt toutes les conditions, tous les setitimeols 'littoiains ; il parle du roi » dont la colère est comme le rugissQBient du lîon, et le sourire comme la rosée qui descend sur Therbe ; il parle du frère qui , aidé de «Uk frère, devient «ussi fort qu*unecité entourée de grands murs*

Soavenir remarquable I spectacle frappant 1 rhomme qui, sdon ses propres paroles , se glorifia dans ses ouvres, qui se fit des palais superbes « des jardins où nul arbre ne manquait, et qui ouvrit des piscines pour les arroser ; qui eut à lui des serviteurs et des servantes, une vaste domesticité, plus de chevaui; etde troupeaux que personne autour de lui à Jérusalem ; le roi qui amassa tant d'or eC d'argent, et entassa dans ses palais les tributs des provinces et les tributs des rois , qui s*entOttra de chanteurs et de dianteuses et de tous les délices des enfants des hommes et fit sculpter des coupes et des vases pour verser le vin , qui surpassa tout le monde en richesses et ne refusa rien ni à ses yeux ni à son omur ; ce monarque, repassant chacune des œuvres qu'il avait ai heureusement accomplies, et chacune des joies qu*il s*était données , reconnut en toute chose vanité et affliction d*esprit» et vit que rien ne demeurait sous le soleil I

L'Kcclcsiaste meta nu le néant de la vie si on la sépare de son but élernel; il nous montre à quoi se réJuisenlles choses humaines : gcniu, bonheur, justice, si nous ne les rattachons pointa Dieu et à nos futures destinées. Salomon, dont les jours ont été si calmes , si radieux et si pleins , et qui, plus que nulle créature humaine, a joui de toutes les choses auxquelles on a coutume de diinander la félicité, semble surpris et tristement confondu du peu qu'il a trouvé au fond de ce qu'on appelle les grandeurs et les joies de la terre. Encreuïsantel crcusanl loiijruii-^ pour arrivera lasolulion des ])roblèmcs, l'homme tout seul ne découvre rien. Salomon juge tout difilcileà notre faiblesse. Pourquoi met-

CUAPllEE IX. 117

tiioQS-noas nolrè bonheur dans le speelaele de ce qui aéuâ enTiroBoet L'EcclésîasteconeîdèreaTec ennui la monotonie de la vie et le retour des mêmes réalités. Une géDératioa passe et une autre arrive ; le soleil se lève et se couche , retourne à sa place, et renaissant encore, recommence la mime course; ce qui a été, c'est ce qui doit être encore ; ce qui a été foft se ferarnol ne peut dire sous le soleil : Ceci est nouveau. Le roi d'Israël se demande à quoi bon les laborieux efforts de Thomme sans les pensées et les espérances éternelles , puisque le sage et l'insensé tombent également dans le lé nébreux oubli du sépiiicre ; il voit les calomnies, les passions mauvaises, les durs travaux, les larmes dos innocents, ne trouve personne pour consoler ceux qui souffrent, elles morts lui paraissent plus dignes d*envic que les vivants ; les mêmes choses arrivent à tous : au juste et à l'impie, à l'homme debien et au méchant. C'est là un grand désordre qui doit iioirau delà du temps. Dans son mépris de la science de ce monde, Salomon ne veut pas nous dire si l'esprit des enfants d'Adam remonle làhaut , et si l'esprit des bétes desceiul en bas. Au milieu de lant de noires impressions qu'il reroit du monde des vivants, Salomon , voulant sortir en quelque sorte de celte pesante atmosphère morale , s'écrie que la lumière est douce, et qu'il est délectable pour les yeux de voir le soleil. Le chant de rEcclésiaste retentit au bout de la grande carrière du successeur de David, comme lesoupir delà plainte au bout de toute course humaine.

£n traitant avec sévérité celle portion de la vie qui ap« parais de ce côlé-ci de la tombe, le iils de David en détaclîe notre cœur et nous oblige à cberdier, plus loin que nos horizons , la fin pour laquelle nous avons été crées, la réalisation de nos vœux, le complément de notre nature. Le dernier chapitre de rËcclésiaste, comme pour nous on- . vrir le chemin de cet avenir immortel, nous* trace en quelques mots nos devoirs : t Souvenez-vous de votre créa- € teor aux jours de votre jeunesse, noos dit Salomon, < avant que le temps de la fiitigaè soit arrivé p avant Tap-

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ii^ UISTOmE DE JÉRUSALEM.

1 proche de ces aaiiéea dont irous dires : Ce» aimée» ma c déplaisent.. . avant que la poussière rentre dans la terra I d*€è elle a été tirée, et que Tâme relourne àDieii qui Ta f donnée, i PuieleSajipe nous dit qo*il n*est pas besoin de multiplier les livrée, que la «owlinneUe méditation de 1*0^ ptii ÀligMe le corps, et qne craindre Dim et oUerver «m commandements, e*eet U lont Thomme.

Salomon , qui avait jugé la fenme plus amère qqe In mort, qui avait appelé son cmn? un filet, sa nmin dea chaînes, Ini qui disait, en parlant de ses recherches dn vrai et du bien : « J*ai tronvé un homme sur mille, et n*ai pas trouvé une seule femme; > ce rot qui avait révélé wl monde tout ce que la sagesse a de suave et de fécond » d*adinirable et de divin, et qui, pour ia peindre, avait ravi des eonleurs a» ciel même, se précipila, au terme de ses jours, dans les bran des fismnïcs. Eu Cmo de ce lemple élevé au Dieu qui Tavail eonblé de biees^ dans cette ville de Jérusalem qui, brillante et riche, attestait la protection de Jéhovah durant le règne nouveau, Salonaon, ou- Liiaut les préceptes de Moïse, s'entoura de femmes moabiles , aiiimoiiites , iduméeniies, sidoiiiennes, hûliiéciuies ; il en reçut sept cents comme époui»es ul iciues, el Uob ceuts comme concubines.

Les femmes étrangères imposèrent au vieux Salomou leurs dieux. Le fils de David adora Astarlé et Moloch. Astarlé ou mieux Achlorel, la Vénus phénicienne, qui plus tard eut desaulelsdans la Grèce so\is !e nom cl Auhrodite, el des autels à Carlïinge sous le nom ilc lunon, brillait dans les cieux comme le symbole de la Flm oiuliié. Des piei res coniques ou pyrambbiles, une bellejeuiie fcmmcà Icle de vacbe , une femme au front superbe, à la laillc majestueuse, ont élc les formes diverses sous lesquollt s \slarté a reçu les homrnages des nations; elle avait pour principaux allribnls le lotus et la rose, la coloml)e, le rhoval, le homard; ces attributs représentaient les plantes, les fleurs-, les oieeatts, les animanx de la terre et les habitants des mers, anamueia bi déesse eemmunêiuait son snufle

géoénleQr.MolocliJeraidc» divinités pMnkteMi» le Saitoroe Feo, demiidait d*êS(t9jMm iterUiM; ^Bsk T«Uée d*EiiiioD, qui prit alors le nom deTopM (tambour), la slatue en broaie de Moloch 4tail uee lorle de fMmaîae ardoBie qui déYorait les eofuUs au hnùH des tamboun et des ojmbales; eUe mit les deux bras étendus oemne pour recevoir les jeunes vietîmcs daue>iw embrasseamt iaferual. G*est ainsi que les homas eomprenaient la purification par le feu 1 Salenen, qui a? ait bâti le temple de Jébovah « eut la faiblesse de faire construire sur lemoot des Olires des aanetiiaires pour les dieux de seefraunes. Cette baote raison avait roulé de nuage en nuage jusqu'au fond de la nuit.

Hais le Dieu des Israélites punira les désordres de Salomon ; il lui apprend que son royaume sera parlagé , cl qu'une seule tribu restera à sa famille, ("o n'csl qu'après sa mort que s'accomplira la division. La honteuse vieillesse de Salomon dut éloigner de lui le respect des Hébreux; rhostilitc permanente des tribus d'israfel trouvait une occasion Je sortir de son silence. Les menaces qui avaient éclaté, au retour de David» du côté du Jourdain , allaient s'accomplir. Le jeune Jéroboam, iiis de Nabath, de la tribu d*Éphraïm, ministre de Salomon , et désigné dans l'Écriture comme un homme fort et puissant, s étant mis à la tête des mécontentements populaires, songe à prendre la place de son roi. Il rencontre en chemin, aux environs de Jérusalem , le prophète Ahias , de Silo , couvert d'n n maiileau neuf; ils entrent tous les deux dans un champ; là, le prophète ayant coupé son manteau neuf en doii7o morceaux, annonce à Jéroboam que le Seigneur partagera ainsi le royaume d'Israël , et qu'il lui donnera dix tribus. Le fils de Xabath, dont le complot avait été connu de Salomon, s'enfuit en Égypie pour se dérober aux menaces du roi , et pour y attendre l'heure de sa grandeur.

Salomon mourut après quarante ans de règne ; sa gloire s'était couchée avant qu*il se couchât lui-même dans le tombeau de ses pères. U avait survécu à Tédat d*un règne

liO iUST01R£ OE JÉRUSALEM.

«levant lequel on 8*él«il Incliné jusqu'aux dernières limites de FAsIe; ses derniers regards virent s*avaneer rexpiallon de ses désordres, expiation prenant la formé de révolutions terribles. L'histoire, qui ne juge pas un homme d*après la iiiblcsse de ses derniers ans, mais d*aprte Tensemble de sa Tie , a placé le nom de Salomon parmi le petit nombre de ces noms que toas les âges et toutes les nations répètent. H est resté l'expression de la plus haute puissance des Hébreux, et les peuples Tonl adopté comme un symbole de gloire, de justice et de science. L'Orii nt u a pas de renommée plus poéliquc et plus merveilleuse ; l'imagination musulmane a donne à Salomon des armées composées d'hommes , de dénions cL d'oiseaux ; les cnfanls de l'islamisme nous disent que cet ancien ami de Dieu savait le langage des habitants de Tair et tout ce qu'on peut savoir, que les vents lui obéissaient du couchant à l'aurore, et que les démons allaient lui cherclier des pierres précieuses au fond des mers. vSelon eux , tontes les constructions de Salomon sont l'ouvrage des génies; ces génies , esclaves des ordres du roi, le servirent encore après son trépas, dont ils ne furent averlis que par les vers qui rongeaient le bout du Ijàlou sur lequel s'appuyait le corps mort de Salomon. Des traditions semblables nous révèlent toute Timpression prQionde que laisse un nom dans la mémoire des peuples*

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