CHAPITRE XI
Le royaume de Juda depuis le successeur de JudapUal jusqu'à
Ëzécbias. *
amU.-G.)
Noos entrons diins des époques où les crimes et les désastres s^amoneellent Presque tons les représentautsde la monarchie de Jérusalem qui vont passer devant nous ont peu de gloire et peu de génie; les rayons qui traversent celte nuit morale s'échappent du ciel ; ils brillent sur le fro[iL (]es pr(^phèles, messaj^ers du Seii^neur, gardiens vigilants (le la loi , défenseurs coura!j;cMi\ du l;i nalionalité Israélite» énergi(^ues et peibcvéranls iipûlres de ses futurs destins.
Josaphat fit une faate en donnant pour épouse à son fils Joram, Athalie, fille d'Achab; cette ardente et ambitieuse femme avait du caractère ; elle soumit le faible Joramàses volontés, et, comme ses volontés étaient perverses, le successeur du saint roi se traîna dans les voies mauvaises. Le meurtre des quatre frères du nouveau roi fut évidemment «ne inspiration d*Alhalic. Lorsque Joram, oubliant le Dieu do -^es pères cl brisant l'œuvre réparatrice de ses deux prédécessenrs, souilla son royanmepar des idoles, il céda honleusemeiit à mie leitie élevée dans les impiétés deSa-
marie. La révolte des Iduméens s'aifirauciiissant du tribut,
la perte dcLobna, villesacordolaleau midi delà Palcslinc, d*aliVei>scs menaces renfeniices dans des lettres du prophète Élie, lous CCS averlissenienls ne servirent de rien à un roi corrompu. C'eslà pr i ne s'il s'aperçut que les Philistins et les Arabes, de ravage en ravage, avaient pénétre dans son palais , enlevé lous ses trésors, pris on égorgé ses femmes et ses enfants, à l'exception de Joachaz ou Ochosias, le plus jeune de ses fils. Une maladie honteuse le conduisit lentement au tombeau. 11 mourulà trente-neuf ans après huit ans de règne , et la Justice populaire ucper* mil point qu'il fût enseveli dans le sépulcre des rois.
Ochosias, son fils, docile inslromeDl des passions d'MhaliCt ne fait que passer sur le trône ; il 8*élait montré un moment au siège de Ramotb-Galaad, avec Joram, rot d'Israël, et puis il esl frappé à mort, par Jéhu, fils de Josophat, peiiUiils de Namsi. Jéhu, chef de l'armée de Joram, vainqueur de celte ville de Ramolli -Galaad, que les rois d'Israël et de Syrie s'étaient souvent disputée, avait été.chargéde l'exécution des arrêts célestes. Un jeune liomme est allé le sacrer roi d'Israël de la part d'Élisée. Il lui a annoncé que le Scigoeitr lui donnait la mission d'exterminer la famille d'Achab « de venger le sang des prophètes Y répandu par lésabcL Jébu fait périr d'une flèche les rois d'Israël et de Juda ; par son ordre, lésabel , qui , depuis trente ans, déchirait Ifs royaume, est précipitée des fenêtres de son palais, foulée aux pieds des chevaux » et ses restes sont abandonnés aux chiens* Soixante et dix princes du sang d'Àchab sont égorgés à Samarie. Il y avait à Jezraël des amis et serviteurs d'Âchab; on les immole tous .en un seul jour. Quarante-deux hommes de la famille d'Ochosias , ignorant encore ces catastrophes, s'en allaient visiter à Jérusalem les enfants de loram ; Jébu les trouve dans une habitatiotf de bergers, et les fait mourir l'un après l'autre dans une citerne voisine* Revenu à Saroarie, l'impiioyable léhu s'était arrêté à un moyen terrible de frapper le culte de Baal, ce dieu-soleil, qui avait ravi des adorateurs à Jûhovah ; il avait imaginé de réunir
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4e lous les poiots, dans le lemple deBaal « $6$ propbèies
et ses sacrificateurs , comme pour une cérémonie soIcn> iiclle, cl à un signal donné, tous les ministres de Baal éUieul tombés sous le glaive. Quelle bouclierie de rois » de princes et de prêtres t Quels flots de sang vomis sur la terre! Ce sont des paroles sorties de la bouche d'un adolescent (i) qui ODlcomaïaiidéces scènes d*où la miséricorde est absente, et le jeune âge de renvoyé d*Éli$ée contraslo avec le caraetère de sa mission.
Le roi de Juda, Ocbosias , avait laissé plusieurs fils en bas âge; Athalie voulait régner àlérusaleni ; an lieu d*étre la mère de ces princes enfants, elle devint leur bourreau. Un seul'écbappa au fer, ce fut loas , sauvé par les soins de Josabetb/Qui ne connaît l'histoire du royal orphelin et de son avènement au trône de David? Elle a inspiré à notre grand Racine le plus bel ouvrage dramatique sorti de Tesprit humain , et Timmortellc popularité à*Àthali» vient se mettre à la place de notre récit. Gen*e8t point sans quelque joie m^ée de fierté que , repassant de lointaines époques el de tragiques aventures , nous nous trouvons tout à coup liée à face avec une gloire française.
ioas ne se «aontra pas digne do dévouement qu*ll avait inspiré. Tant que vécut le grand prêtre Joiada , cet homme vertueux , habile et fort, qui avait conservé la couronne à larace de David, loas, dirigé par son ministre, marcha vers le bien ; mais du jour où ce ferme appui lui manqua , il trébucha , cl ne sortit de son impuissance que pour faire le mal. Depuis plusieurs règnes, l'entretien du temple était négligé; Alhalîe et ses fils l'avaient plus d'une fois dépouillé au prolil du saiicluau e de Baal , ou s'occupa de le réj)arer et de lui i endi c s i splendeur. Joas, pour subvenir aux frais de la réparation du saint monument , rétablit l iinpot général d'un demi-sicle par tête (environ dix-sept sous de noire monnaie), que Moïse avait exigé de tout Israël dans le désert, à Tépoque de la construction du
0) Unum ûa iiiii» prophclarum. IV* liv. de» Aois, chap. 9.
m UJSTÛiRE DE i^USÀLËH.
taberiiMli»* Joïadit i^y prêtait pea ;les lëvitetaeparciVAÎeBl eel impéi qu'avec négligence , ce qui annonce que le peuple deluda ne l'approuvait point. Le grand prêtre imagina UQ moyen dont le succès fut immense; il s'adressa à la piélc généreusOf fit placer un tronc à la porte du temple, et recueillit d'énnrmps j^ommes. La reslauraliou (lu temple 8 acheva rapidement et avec éclat. Quand Joïada mourut, il avait cent Irente ans; il eut, pour récompense de ses services, une place dans le tombeau des rois.
JoaSt aprbs quarante ans de règne, n'obtint point oet honneur : n*aTait-il pas, lâclieel infidèle gardien de Jéras»> lem , envoyé an roi syrien , qui le menaçait , les trésors de son palais et da temple? Il*avalt-il pas laissé relever les divinités contre lesquelles s'était tant de fols armé le lèle des princes de ludat Ne fit-il pas lapider le fils mémo de loîadaT ee Zaeharie qni reprochait au peuple son coupable abandon de la loi, et qui, à la pensée du double crime d'iinpiélé et tl iu^raULudc de Joas, disait en mourant : c Quele Scif^neur voie et qu'il juge! i Les Syriens, qucce prince sans iiravoure avait désarmes à force de richesses , reparurent à Jérusalem ; ils égorgèrent , pillèrent, n'épargnant aucun outragea Joas, qui, peu de temps après, fut tué dans son lit par les vengeurs du sang de Zacharic.
Le premier acte d^Amasias, son successeur, fut la puni* ' tion des meurtriers de son père ; il arrêta le glaive sur les meurtriers, et ne le porta point sur leurs fils, se souvenant de ces paroles de Moïse : c On ne fera point monrir les c pères pour le crime des enfants » ni les enfants pour le < crime des pères , mais chacim expiera son propre c crime (i). i Ce précepte, dicté par la justice naturellcb n*avait pas toujours servi dérègle aux princes juifs. Ama" sias , fidèle aux lois de TéquiLo eL de la religion , interrompit une paix de douze ans pour diriger une expédition contre les Iduméens; il vouiailjoindrc à ses troupes, dans
(1) Oaaiéfeiioney diap* 24, vert 16.
CHAPlTRfi XI. m
celle èspédilioB , eem mille corolMltaiiU disrtM , payés
d^avance, mais un prophète rendétoorna, par des molifii religteux qui ayaienl si souvent fail condamner les alliances desroisde Jnda et de Samarie. Amasiasmit en déroula dans la Vallée des Salines ou vallée de Jéricho , ceux que rCeriture appelle les fils de Sélr, el leSTSinqueurs préci'* pitàrent une multitude de prisonniers du haut d*une grande roche appelée depuis Jeetehel (i). Par une incroys*' hle grossièreté d*esprit» Amasîas se mit adorar les dieux de la nation dent 11 venait de triompher.
Les coi^ltants que le roi de Jérusalem avait renvoyés sur Tavis du prophële, s*ëtaient répandus en ennemis depuis Samarie jusqu*à Belhoron. Amasias s'en plaignit au roi d'Israël; Joas, qu'il ne craignit pas de menacer. Le roi des dix tribus lui répondit par cet insultant apologue ; t Le chardon du Liban s'adressa au cèdre, en disant : Donf nez-moi voire fille en mariage pour mon fils. Et pendant • qu'il achevait de parler , les bêles de l i lorél passaient « el écrasaient le chardon sous leurs pieds > Joas engage Amasias à demeurer tninpiille dans son palais, à ne pas s'exposer lui et sou peuple. Une bataille se livra h Belhsamé, au midi delà Palestine ; le roi de Juda ia [urdît el fut fait prisonnier. Joas se rendit triomphalciiK iit à Jérusalem avec Amasias enchaîné, renversa quatre cents . ' coudées des murai lies de la ville, depuis la [iorle d'Éphraïni jusqu'à la porte de l'Angle, et commanda que les trésors du palais et du temple lui fussent apportés; il reprit ensuile le chemin de Samarie. Plus tard, une conjuration éclata à Jérusalem conlre Amasias; le souvenir d'une humiliante défaite et l'élal de dépendance sous lequel élaii tombé le royaume de Juda vis-à-vis d'Israël , durent enfanler des méeonlentemenis et des haines. Amasias crut échapper au complot en se réfugiant sur les dernières limites de son royaume» à L.achis (El-Aricb), mais le glaive
(1) iv< livre des Rois, cbap. 14.
(3) Ibidm.
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140 llISTOniË ht. JbUySALEM.
alla le trouver. On rapporta son corpsà lémsalem dans le tombeau de ses pères.
Amasîas, étourdi d\in succès sur les bords de la mer Morte, avait provoqué imprudemmcnl les forces de Joas , et ce fut là sa perte. Le roi de Juda, voulant ressaisir Tintégrilé de ia monarchie de David cl di; Salomon, aurait^iu appeler la royauté des dit tribus à une sorte de duel solennel; les troubles incessants dlsraêl auraient favorisé ses efforts ; mais Amasias n*élait pas de taille è accomplir une telle œuvre ; il aurait fallu pour cela un roi unissant à Tascendant religieux l'ascendant de la bravoure ; et ce roi ne se rencontra point.
Dans le tableau que Tbistorten sacré (i) nous trace du long règne d*Osias, on trouve quelque ebose de réparateur et de paisible qui plait à Tesprit. Les sages inspirations de Zacbarie, qu*il ne faut pas confondre ni avec le fils de lolada ni avec le fils de Baracbie , veiUèiynt longtemps autour d*Oiias. Le roi fortifia d abord la portion des murs de Jérusalem renversée par le vainqueur de son père , et d*autres points dans la même direction, il établit dans la ville un dépét de boucliers, de casques, de cuirasses * de piques, d'arcs, de frondes : véritable arsenal destiné JH la dtfense du royaume. Il plaça dans les tours et aux angles . des remparts , des machines , les unes pour lancer des flèches, les autres pour lancer de grosses pierres. Osias avait de grands troupeaux aux champs et an désert : il éleva des tours qui [irotégeaient les bestiaux contre les incursions des Arabes, et creusa des citernes qui recevaient l'eau da ciel. I/Écriture nous le montre comme un homme livré aux soins de l'ai^ricuUure, et nous parle de SCS vignes et de ses vignerons sur les montagnes de la Judée, sur le Carmel. Osias reprit aux IJuméens le port d Klatli, et enleva aux Philistins Gclh, lamnia (aujourd'hui ibelini) etÂzoth. Il vécut raisérablemcnl dans les derniers temps de son règne; frappé de la lèpre au iront pour avoir
(i) Livre il des Paralipomènes» cbaj>. 36.
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osé prendre renceDSotr, il se vit reMgaé dans aoe demeora séparée. Son fils lonalhan gouverna à sa place; comme la lèpre était un signe de réprobation , le roi« qui, dorant cinquante deux ans de rigne, n*eut à se reprocher qu*one atteinte portée à la prérogative du sacerdoce, ne fut point enseveli dans le tombean des rois » mais dans un champ voisin.
Une vision d*lsaye est datée de Tannée où mourut Osias ; cette vision, qui traversa son génie à Jérusalem nous appartient comme historien^ et les paroles du grand homme Inspiré, seront les couleurs de noire récit. Le prophète vil dans le temple le Seigneur assis sur un tréne élevé et entouré de séraphins; ils avaient six ailes « deux pour voiler leurs faces, deux pour voiler leurs pieds, devx pour s'envoler. Ils se criaimit fun à Vautre, et disaient : Saint, saint , saint est le Seigneur Dieu des armées ; toute la terre est remplie de sa gloire I Ce cri des anges ébrank les portes do temple, qui se trouva plein de fumée, témoignage de la présence de Jéhovab. Malheur à moi, dit le prophète, parce que je me suis tu, parce que mes lèvres sont impures, el que j'habite au milieu d*un peuple qui a aussi les lèvres souillées ! et j*ai vu de mes propres yeux , le Roi, le Seigneur des armées t Alors, un des séraphins louche la bouche d'isaîe avec un charbon de feu et lui rend sa pureté. < Qui eiivcrrai-jc , cL qui marchera pour nous? s'écria la voix du Seigneur. — Me voici, euvoyez inoi , » répond le fils d'Amos. Ainsi commença la mission d'Isaïe. A notre tour, nous dirons : Malheur aux hoaimes qui, a^'anl reçu la puissance d'agir, par la {»lumc ou par la parole, garderaient le silence lorsqu'autour d'eux le mal s'accomplit, el mêleraient l'iniquité de leurs lèvres muettes aux iniquités de tpute une génération I
La grande porte orientale du temple, des construclions autour de la citadelle d'Ophel qui défendait la maison du Seigneur, quelques places nouvelles dans les muiitagncs de Juda, des tours et des forteresses à travers le pays,
telles furent les œuvres de loalham. Une victoire contre les enfants d*Aninion lui Taliil, de leur pari, pendant iroie •nSt «n tribot de cent talents d*argent, de.dîi raille nerares de blé et de dix iniUe mesures d*orge (1)4
Fils d*an sage et vertueux roî, Âchaz renouvela pour» tant « difts le tsII^ de Gébennon, les scènes d^idslàlrie qui» toujours proscrites et toujours ramenées* annoncent* cbci le peuple juif de cette époque, une nature étroite, ayengte* corrompee, dont noire intelligence sYHonne, U eonsacm au dieu Molocb son propre fils , brûla des parfems» Immola des ▼ictimes sur les bauts lieux et dans leé bois sacrés* Les Syriens lui enlevècent le port d*Élath et remplacèrent les Jaifs (t) dans le commerce du golfe Per- Slque, pendent que le roi se roulait dans la poessière, a« pied d*idoles muettes et sourdes.
On comprend la sublime mélancolie d'isaie à la vue de rabaissement moral de cette nation « pour laquelle tant de menreilles s'étaient accmaplies : « Le Seigneur a nourri et glorifié ses enfants ; ils Font méprisé. Le bssnf ceanatt son maître,* et Téne , Tétable oè il est nourri ; mais Israël ne connaît plus le Seigneur , et son peuple ne le eemprend jilus. Que font à Dieu les victimes « le saog des bàiers» des ireaux , des agoeanx et des boucs? Il les repousse dé^ sonnais. Ses ennemis deriendront ses veogeors ; ceux qui Dnt abandonné le Seigneur seront frappés; ils sereni comme un cliêne que les vents d'automne dépwûllentde ses feuilles, comme un jardin sans eau (s). >
Déjà baiiu auparavant par Rasin, roi de Syrie, Acbas voit péril" line ioule de ses soldats sous le glaive des eeeiballanls d'Israël. Le vainquim , PLacée, emmène en servitude deux centmilleJuiis, iemmes, Jliles, juunes hommes. Un prophète, par l'autorité de sa parole, obUal du roi
(1) Parallp. liv. II, cb. 27.
(2) IV« livre dt 8 T^ais, chap. iG. C/ost ici que pour la première fois les Hébreux soDi désignés dans la Bible, soas le nom de Juifs (Ju-
(3) Propheiîe d'isaîe, chap. 1.