CHAPITRE XI. m
ëternilé la demeure de Sennachérib, son entrée, sa sort ic, son chemin et sa fureur contre sa grandeur divine. Pour le punir de ses blasphèmes, il mettra un cercle à ses narines, un mors à sa bouche, el le renverra par le môme chemin. Or , une nuit, la peste, portée par Tange de la colère , frap|Mi qaatre-vingt mille hommes dans le camp des Assyriens ; au jour naissant , lorsque Sennachérib se lire, il voit tous ces corps étendus, et retourne à Ninire (i). Peu do temps après, il fut tué à coups d*épée, par ses deux fils, dans le temple de Nesroch, constellation ou soleil adoré sous la forme d*on vautour.
Toutes ces scènes sont empreintes d*on magnifique caractère de poésie. Elles commencent aux menaçants discours des envoyés assyriens près du Champ du I oulon, et se terminent par rexterminalion soudaine d'une grande armée. Ce roi, ces ministres, ces prêtres les plus anciens, couverts du sac, implorant Tassislance d'un prophète au milieu de Jérusalem troublée, menacée; celle prière d'É/échias que Dieu éconic, et à laquelle Dieu répond par la bouche d'isaïe , la majesté superbe de Sennachérib qui apparaît sur les sommets du Liban comme pour se mesurer avec la majesté de Jéhovab, tout* dans ce tableau^ dont nous avons présenté les principaux traits, est marqué d*un intérêt grave, d*une sublimité frappante. ' ^
La maladie d'Éséchias ajoute au merveilleux de cette époque une touchante mélancolie. Isaïe lui annonce que SA dernière heure est prochaine; le roi tourne sa face vers le mur , et prie Dieu de se ressouvenir qu'il a marché dans la vérité et dans la droiture du cœur; il verse d'ahondanles larmes à la pensée de celte vie qu'il lui faut si lot quider , à la pcusée de la mort, dont le mystère est toujours si terrible, et sans duuic aussi en songeant que, ne laissant point de fils après lui, la race de David va s'éteindre. Avant qu'isaïe soit sorti du palais, la voix du Seigneur lui ordonne de retourner auprès d*Ézéchias : le
(f) Livre 4 de» Rois, cfaap. 19.
Seigneur ^ enMBodu sa prière et vu ses pleur»; le malade sera guéri, dans Irois jours ilmoetera au temple, quinze
années lui seront accordées ; en témoignage de ceUe miraculeuse promesse, rombic du cadran d'Achaz recule de six degrés; le soleil remonta donc à l'horizon du côté de Torient, et la journée fut langue de dix. lieurcs. La maladie du roi était un ulcère ([ui devait le conduire rapidement à la mort ; Isaïe le guérit avec une masse de figues qu'il ûi appliquer sur la plaie. Oo a cru écarter loul le merveilleux de la guérisoa d'Ézéchias, eo reconnaissant que les figues sont en effet un remède contre les ulcères, mais il faudrait pouvoir supprimer auset le prodige du soleil rétrogradant dans le ciel, prodige qui parut à Babylone comme k |érnielem« et m lequel les ambassadeurs des rWee da Tigre et de TEuphrate interrogèrent Êzéchias* Le chant du roi , enlevë à Tombre menaçante du trépas , est admirable par une douce et calme poésie. Chose remarquable! il y a line tri^lesse vaguedaus cechantd'un lioMinie guéri tout à coup d'un tuai mortel. L'imagination reUouve sur le visage d'Ézéchias comme la funèbre pâleur du sépulcre auquel li vient d'écbapper. Nous allons traduire ce cantique, que Jeaa-^pUsU li04isaeatt a $i beureusemeoi imité:
c l^aidit : leraqnejenesuis encore qu*à la moitié de la « vie , je m'en Tais eux portes du tombeau. Je cherche en
• vain le reste de mes années. J*ai dit ; je ne verrai plus le § Seigneur Dieu , sur la terre des vivants ; je ne verrai
# pins aucun homme » aucun de ceux qui habitent dans le I monde. Mon existence finit , éUe m*est enlevée comme f la tente des bergers qu*ou plie et qu*ofi emporte; le fil « de ma vie est coupé comme le fil de la toile est coupé i par le tisserand ; mes jours sont retranchés quand ils ( commençaient. Le malin je disais : Seigneur, vous me f laisserez jusqu'à ce soir, et , le soir, j'espérais vivre à f peine jiiscpj'au matin, car Dieu, semblable à un lion, € avait brisi' mes os , et le matin , je redisais : Seigneur, t vous me donnerez encore cq jo.ur* Je crierai comme le
CHâpiTRB XI. in
I pelit de rhirondelle, je fjfémîrai comme la colombe; c mes yeux se sont lassés à force de se lever en haut, f Seigneur je souffre violemment , répondez pour moi. I Quedis-je? que pourra t-il aie répondre, puisque c'est I lui qui a fait tout ceiaî repasserai devant vous loules I mes années dans FamertunM d« mon âme. Seigneur, si € c^est ainsi que Ton vit, et si îMie est la Vie de mon t esprit, vous me châtleres et vous me viviierez. Voilà < que l'affliction la plus amère m'a coaduità la paix. Mais « TOUS , Seigneur , vous m*aves empéclié de mourir ; vous I avez jclé derrière vous loules mes fautes. Ceux qui sont i dans le sépulcre ne vous béniront point, et les morls c ne chanteront point vos louanges; ceux qui descendent c dans le lac ténébreux , ne peuvent plus attendre l'act coniplissement de vos promesses. Ce sont les vivants, ' c ce sont les vivants qui vous béniront , comme moi je 4 vous bénis aujourd'hui. Le père apprendra votre vérité « à ses enfants. Sauvez-moi, et nous chanterons vos canc tiques dans votre maison tous les jours de notre vie (i). »
Les hisioriens sacrés («) énumèrent les richesses d'Ëzé* chias , son or et son argent , ses pierres précieuses , ses aromates, ses armes de toute espèce, ses vases d*un grand prix, ses entrepôts de froment, de vin et d'huile, ses étables pour les bétes de somme, et ses parcs pour d'innombrables troupeaux. Lorsque les ambassadeurs du roi de Babylone vinrent à Jérusalem féliciter Ezéchias de sa guérison et bii proposer unealliance, leroidcJuda se plut à leur montrer tousses trésors ; par là il excitait et appelait contre lui l'ambition cupide des Babyloniens. Isaïe lui reprocha cette faute, et lui annonça qu'un jour les richesses, amassées dans sa royale demeure, seraient emportées à Babylone sans qu'il en restât rien , et que ses petits-enfants seraient pris pour être eunuques dans le palais du vainqueur. Ézéchias inclina son front résigné ,
(1) Isaïe, cLiap. 58.
(2) Paraiipofflènes, liv. 2, ch. 32.
ei demanda de pouvoir au mointi achever ses jours dans la paix et la vérité. Après f ingt-neaf aûs de règne « quand il s*endormit avec ses aïeux , on lui fit de belles funérailles. 11 n'avait rien pu accomplir d'assez grand pour sauver ce pauvre royaume menacé paries formidables dominations des rives de l'Euphrale et du Tigre, mais il s*était efforcé de reconstituer la vie morale et religieuse au milieu de son peuple, et avait chercbé à vivifier une société dégénérée en la retrempant dans son principe et dans la sainte éner< gie de la loi. Malheureusement l'impulsion donnée à Jérusalem changeait à chaque roi nouveau, et l'œuvre du pieux tiéchias ne fut point continuée par son fils Manassès*