‹ Histoire de JérusalemChapitre 48 sur 149 · CHAPITRE XIII. ISS · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII. ISS

reux royaume renferme d'hommes eu élaL de combalire, et attend dans ses murs la puissance du dcvaslalcur babylonien . Ni lui ni les braves qui lui restent ne s'épouvantent des misères et des périls d'un siège; ils savent que le triomphe d'un ennemi dont ils auraient bravé les forces serait mille fois plus terrible : leur délermiuation n'en est point ébranlée. Nabuchodonosor arrive; il enferme la place dans des retranchements. C'est surtout par le côté septentrional qu'il dut l'attaquer. Ce cdlé» qui offre uo terrain plat, est le plus favorable pour dresser et faire mouvoir des machines. Au bruit de la marche des troupes égyptiennes, commandées par le pharaon Apriès, de la vtngl-sixième dynastie, le roi des ttords du Tigre interrompt le siège et va les mettre en pièces. Sédécias, réduit à ses propres ressources, aux seules inspirations de son courage et du courage des siens, ne renonce point à la lotte. La rode opiniâtreté du caractère juif se montra pour la première fois dans cette difficile r^tance.

Jérémie, qui avait lu dans Tavenir, ne voyait d*atrlre moyen que la reddition pour sauver la ville et le temple; il prêchait au peuple et aux combailanLs la soumission. Quelques centaines de familles se présentent au camp des Assyriens, mais l'allilude du roi fut unefenne résoliilion de se défendre jusqu'au bout. Deux iiilluences poliliques se partageaient Jérusalem : celle de Sédécias et celle de Jérémie. Ilfallul de la pai l du roi une remarquable énergie pour entretenir l'ardeur de la masse des habitants et les dérober à l'opinion du prophète. Nous ajouterons que, $*il eut été un méchant prince, il aurait commencé par sedébarrasser de Jérémie, dont la persévérante opposition entravait la défense de la place. I^orsque les principaux et les plus intrépides du peuple, lassés des discours du sage d*Ânalhot, l'emprisonnèrent comme un séditieux , comme un ami de Télranger, comme un homme vendu à Nabuchodonosor, Sédécias aurait voulu lui rendre la liberté; et lorsque Jérémie fut sauvé de ce puits sans eau et plein de boue au fond duquel on devait le laissa mourir, le libé-

It6 HISTOIRB DE JIÎRU8ALEH.

râleur obéissait sans doute h quelque oritre «ecrcl du roi.

Les écrivains sacrés ((ui l egai daiciil la résislance au roi deBabylonc coinnie une sorle de rébellion contre Dieu, ont passé sons silence l'héroïsme de ce ])euple subissant les longues privations, les lonçjs assauts, les louons tourments de la faim pour défendre ce qui était la pairie. L'tiistoire ne pouvait ici les imiter, elle avait à parler avec respect de cette forte lutte soutenue pendant trente mois. Sédécias, dernier roi de la monarchie des Hébreux » ne fut point fidèleà la loi religieuse , mais il eut de la vigueur et de ht bravoure, et le trdne de David et de Salomon ne •*écrou1a point aani honneur.

Détournons nos regards des scènes qui ensanglantent la victoire des Babyloniens , et de cette impitoyable veo^ geance qui n'épargne ni les femmes, ni les enfants, ni les vieillards. Après qu'il a vu ses fils égorges , on crève les yeux à Sédécias « qu*ott envoie prisonnier à Babylooe.

Ainsi finissait cette royauté do cinq siècles. Des ruisseaux de sang baignèrent les débris du temple magnifique qui, f)t»iiianl plus de fj nuire sici lcs et demi, avait m U^iti de prières, les débris de ce palais uù vingt cl uu rois avaient passé.

Les dépouilles de la cité dévastée el une troupe de Juifs du parti de Nabuclinfionosor fiirent transjiorlés dans les contrées d'Assyrie. On laissa au pays de Jérusalem des laboureurs el des vignerons chargée de la culture des terres au profit du vainqueur; ils eurent pour gouverneur un homme de leur nation placé sous Tautorité babylonienne* Jérémie, que Tennemi avait respecté, obtint de rester, avec son disciple Baruch , dans cette pauvre Judée où la destruction venait d*imprlmer une si profonde trace. Quelques mois avant reffroyable chute de Jérusalem , il avait élit enlever du temple Tarche d'alliance, Tautel des holoesttstes et le feu sacré, et les avait fait porter dans une caverne hors de la ville; nous pensons que cette caverne est ce qu'on appelle aujourd'hui le Tombeau de le Viergo au pied du mont des Olives. Après Le départ de

GHAPiTias SOI. m

Nabuchodonosor , le prophèle, suivi de quelques Juifs fidèles, se rendit au souterrain, chargea ses compagnons de l'arche et de l'autel, les mena au delà tln Jouidain, et cacha ce double trésor daus une grotte de la montagne du Nébo. C( s restes vénérables du culte d'une nation frappée, cesdeux luonumenls de la religion de Jéhovah, portés avec mystère i]an«; la coiilrée où s'élait achevée hi mission de Moïse, ces imaL^es de la proscription des liéljreux rencontrant Je souvenir de leur preniii re grandeur moraleet politique, frappent vivement Tespril. Jérémie avait laissé le leu sacré dans le souterrain de Gelhséraani ; ce Hmi no devait pas iDOurii* dans le pays de Juda; celui dont la parole demeure élerDellemenl avait fait des promeases impérissables à la grande race israélile.

Représeotons-nous Jérémie , parcourant les ruines de cette lérusaleiD qui , tant de fois , avait entendu ses avertissements iniitiles. La demeure divine où la multitude s'était souvent rassemblée autour du prophète, la demeare royale oa son audace iospirée. avait fait trembler les mauvais princes, les tours et les murs dans lesquels les rois plaçaient leur confiance, n'offraient plus que des monceaux de pierres et de décombres* Un peuple, dont les char riots étaient plus rapides que Touragan, dont les coursiers étaient plus promptsque les aigles, avait entouré iérusalea comme un champ, et la destruction était tombée sur les saintes montagnes, lérémie soupira sur les débris. Les Lamentations sont les poétiques larmes qui coulèrent alors des yeux du prophète. Combien ces plaintes sont tristes! comme elles sont touchantes I Jérémie est bien le poète des grandes douleurs.

Aux jours de la sainte semaine, quand les splendeurs du culte ont fait place aux images austères, et qu*autour de l'autel chrétien, les anges invisibles penchent la tète et pleurent, on écoute avec recueillement les belles et graves lamentations. Au bruit de ce chant , l'imagination prend son vol du côté de Jérusalem , et se promène parmi les ruines de la cité (^ui iaisail ïa joie de toute le teire. Je

HISTOIRE DE Jl^RUSÂLEM.

n'oublierai jamais rimprossioti profonde que produisaient en moi les Lamentations de Jérémie, chantées à Jérusaleait en face du divin tombeau , par les religieux franciscains. Je n*étai8 pas loin de la grotte de Jérémie, et la ville de Jérusalem , au milieu de laquelle je me trouvais , était misérableel soumise au tribut, comme au temps où pleurait le prophète. Il me semblait entendre la voix de Jérémie luimême gémir à mon oreille ; le passé d*lsraël sortait de la tombe et m*apparaissait avec tous ses malheurs.

Jérusalem n'avait pas même un peu de paix après sa dévastation. Les Hébreux de Sichem , de Silo et de Samarie qui , la barbe coupée et les vêtements déchirés, étaient venus oflOrir de l'encens et des présents sur les débris- du temple, sont massacrés. Jobannan , ancien olBcier deSé- * (it'ciii^, réuuiL tous les Juifs qui rc^taienl à Jérusalem et dans le pays, et les conduit en Égyplc , malc^ré les sévères remontrances de Jérémie. Ce grand homme fut contraint de s*en aller du culii dos bords du Nil; son disciple l'accompaguait. Ses prophéties contre les Juifs d'Égv ptc, accomplies avec une désastreuse vérité, furent les dernières inspirations de l'homme d'Aiiathot. C'est an pays dos Pharaons qu'il mourut. 11 est à regretter que Baruch ne nous ait rien appris sur la fin de son maître, sur la manière dont il quitta ce monde, sur le lieu de sa sépulture. Après avoir pendant si longtemps exposé sa tôte aux orages de la place publique, aux tempêtes des passions populaires, Jérémie périt-il de la main des Juifs d*Égypte qu*il importunait par ses discours? Quelques auteurs Font pensé, mais un mystèi'e a couvert pour nous sa mort et sa tombe* et peut-être les os du prophète se sont mêlés au sable du désert qui bat le pied des pyramides.

Nabuchodonosor, dans un dernier passage en Syrie, avait achevé ses œuvres de ruine et de mort ; il soumet , dépouille ou emmène les peuples qu*il rencontre ; il est chargé de raccomplissement des prophéties d'isaieet d'Ézéchicl annonçant le renversement do Dumas eL de Tyr; les restes des Syriens périssenl comme la gloire des enfants d*Israél ;

Page 1