‹ Histoire de JérusalemChapitre 51 sur 149 · CHAPITRE XIY · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIY

Itloor des tribas deiida et de Benjamin. >— Construciion du second Jtewpîe. — Ëstiras. — Néliemie rebfttU jérusalem, — PassagO

~ En voyant le peirple juif parlant pour l'exil, nous nous attendrissions sur le spectacle de loule une nation emportée an loin par les lois du vainqueur ; maintenant nous nous associons aux saintes joies du retour. Ces joies ne tenaient point précisément au sentiroenl qu'on éprouve en retrouvant les lieux aimés d'où nous a chassés la forlaae. Buraul les soixante et dix ans» la génération israéllte a*ëtaU mouvelée; la plupart de ceux qui arrivaient Mtiit ML delà de TEuphrate , et les vieillards rendus IHiil^èMlMt natale avaient seuls gardé un souvenir de 4êl/mkm. Les joies des Hébreux éUientd*abord religieu- MH itimloiité du ciel les remettait en possession des r«^gfoM consacrées par les merveilles de leur Dieu, régions oà reposaient les ossements de leurs pères. Pois ils allaient redevenir une nation ; chaque famille pouvait regagner la ville à laquelle elle avait appartenu , rhumilialion du joug faisait place à une existence libre. Toutefois , il ne faut pas croire que la condition des Hébreux exilés fût celle d'un peuple condamné à une dxm serYÎtttde* Les Juifs à ^

idre à Jérusalem et sa mort.

(55ït«8U avant l.-C)

nmomE m jërusaiem.

Babylone n*claient point malheureux comme leurs aïeux Tavaient été en Égy[)le ; ils formaient une sorte de colonie

laborieuse et commerçanlc ; beaucoup d'enlrc eux s'élaienL ouvert la roule tles emplois publics et des honneurs de la cour. Pendant leur caplivilé, les Jails n'avaient cessé de se gouverner d'après leurs propres coulumes et leur propre loi; ils se montraient, au sein de l'empire des Mèdes, une société à part ayant pour chef le grand prèlre.

Il se rencontra seulement quarante-deux mille trois cent soixante Juifs (i) qui voulurent d'abord profiter de l'édit de Cyrus. La perspective des pnys de Syrie, ravagés par la guerre et longtemps livrés à l'abandon , tentait peu les Hébreux qui s'étaient fait un sort en d'autres climats. La domination perse, si favorable à leurs intérêts, devenait une raison nouvelle pour garder leurs établissements dans ces contrées. Ceux qui rentrèrent les premiers appartenaient aux tribus de Juda et de Benjamin , et dans la suite, il n*y eut encore que ces deux tribus qui fournirent les diverses migrations vers la patrie , sous la conduite de Zorobabèl et d'Ësdras. Joscphe dit positivement que lesautres dix tribus restèrent au delà de l'Euphrate On conçoit que les Israélites appartenant à rancien royaume séparé du royaume de Juda, n'aient pas eu grand désir de venir en Palestine; ce n'est qu^en frémissant qu'ils auraient accepté une espèce de soumission aux tribus de Juda et de Benjamin , et le Cea des vieilles rivalités se serait rallumé. Mais , pour le peuple hébreu , quelle calamité -politique qu'une telle séparation ! Et combien on sent ici rétendue des fautes commises par la vieillesse de Salomon et la jeunesse de Roboam I Sur douze tribus , deux seulement reviennent dans les contrées qu'avaient conquises leurs aïeux, et que plus lard doivent attaquer des dominations puissantes. Le schisme accompli entre les dix tri*

(1) Livret d'Esdras, cliap. 2

(2) LImli, ihap.î», ' .

CHAPlTUt; XIV,

bas et celles de. iuda et de Benjamio lim U nation de .léhoYah aux coups des Assyriens ; c'est grâce à cette sdjiaration que des eDiiemis; partis de FOccident, parviendront à triompher de Jérusalem. Quand on réfléchit à tout ce qn^ont pu faire les deux tribus réduites à leurs .seules forces» , on n*hésite pas à croire que les armées assyriennes , macédoniennes et romaines seraient venues se briser contre Tunité nationale des Hébreux. Les dix tribus restées à Babylone ne tardèrent pas à se disperser dans les régions asiatiques , et c'est d'elles que descendent les Israélites de la Perse « de l'Afrique et de l'Inde.

. Nous n'avons aucun moyen. d'évaluer le nombre de ceux qui rentrèrent dans la contrée de promission. Nous ne pouvons guère admettre le chiffre de quatre millions six cent vingt mille luifs marchant sous la cooduiLc de Zorobabel et du grand prêtre Jésus.

€eque nous savons mieux , ce sont les impressions naturelles de la mullilude des Hébreux à Taspect du pays de Jérusalem , à l'aspect des débris de la ville et du temple; les vieillaids iclrouvaient des lieux connus, les ruines d'une cité qu'ils avaient vue puissante et belle, les derniers vestiges d'un temple qu'ils avaient jadis couleniplé dans sa gloire; les jeunes hommes , nés dans les régions étrangères , se trouvaient dans un pays tout nouveau pour eux; ils arrivaient là comme autrefois les compnn^nons de Josué mettant le pied sur le sol promis à leur religieux courage. Depuis près de trois quarts de sit^cle , la plus grande partie drs terres était resiée sans culture ; il fallait qu'un travail opiniâtre les couvrît encore de trésors. Chaque famille cherchait son ancien domaine; que do contestations et de difficultés devaient s'offrir ! Sans doute en plus d'un lieu, des hommes s'étaient établis à la place des anciens maîtres ; ce n*est point sans lutte que les familles regagnaient leurs cités. Le pays de Jérusalem présentait de faibles ressources ; peu de Juifs voulaient y fixer leur demeure. Aussi lisons-nous dans le 1I« livre

108 tiiSïuiHË m immxim.

â*BÊàT9S (i) qnè le p«Qple donna des bèndèieliou et des "louanges à eenx qui s*offirirenl TolonlairemenI pour hM* ter lérosalen. L'imagin'allon s*arréteaTee un grave intd» rét sur eesHébrenx rentrant dans leur patrie ; ils venaient poursuivre Vœuvre providentielle confiée à k postérité d* Abraham , d'Isaac et de Jacob , et emportaient aveo eux les destinées morales du geure humain.

Le temple dont Gyrus avait autorisé la construction aux frais de son trésor , et pour lequd il avait rendu cinq mille quatre cents vases d*er ou d*argent emportés de Jérusalem par Nabudiodonosor , ne tarda pas à rencontrer des obslacles jaloux; les peuples de Syrie et les Samaritains ë*inquiélèfent de voir les Juifs remuant des pierres sur remplacement de leur ancienne capitale. Enhardis par la mort deCyrus, protecteur des Hébreux, ils s'adressent à son successeur Cariib} se ; lui nionlrcuL les Juils comme les éternels ennemis des rois, et lui annoncent qu'une fois la ville et le temple bâtis, il ne sera plus possible de les soumeltre au tribut. Cambyse ordonna Tintei rupiion de l'œuvre, et celle inl( rrnplion dura neuf ans. Zorobabel , qui avait apparu au prophète Zacharie (2) relevanl la maison du Seigneur, et qui a été loué dans le livre de TEcclésiastique (3 , obtint de Darius, fils d'HysUspe, la faveur de poursuivre la construction du temple.

Josèplie nous raconte à ce sujet une histoire qui probablement n'a pas une grande vérité, mais qui est tout à fait dans le goût oriental. H nous dit qu'au sortir d'un grand festin, Darius, après avoir dormi, se réveilla, et que, ne pouvantse rendormir, il s'entretint avec les trois officiers de sa cour, dont l'un était Zorobabel s le roi promit de magnifiques honneurs à celui d'entre eux qui répondrait le mieux à une question dont la solution l'occupait beaucoup. Il demanda au premier officiers! la cbose la plus forte du monde n'était pas le vin ; au second, si ee n'étaient

(1) Chap. li.

(3) Propbel. Zacharie, chap. 4.

(5) Chap. 49.

^telrob , M MtiiiiM , il cê n'élitot pis Im tmmm , on 11 la vériU »• mrpttiiil pu lootit cit thm9ê* 11 eoiii« QNiiidft aux troia oflloim d'y peBttr al lear innonça qu'il aaleiidnilt leur réponte le Irademiiii an prtaeiiea d*uiio Bombraïae asMinbléa. A Phaoro marquée, la puinanea èa tIh at aalledaa roia fanant aialléfs tour i toar avoo ëlaqnaiiea. SorobaM , ehirgé de vanler le peuvelr dea fnniiiaa et oeloi de la vérild, parla le dernier; il remplit la tlolie afee tant d*éelat • et nM»nlra ai bien , en dernier lien , rirrésiatible supériorité de la vérilé sur touic chose, que le roi, charmé, le laissa mailrede lui demaiiLler ce qui serait le plus dans son désir : Zorobabcl demanda la reédification de la maison de Dieu à Jérusalein. Darius raccorda et maintint île la sorlo Vvd'il de (^n rus , doiil loriginal fut trouvé à Echalane , où Cuiiibyâû avait fait irans» porter les archives de 1 Élal.

On avait d'abord songé à construire un autel pour offrir les holocaustes ; les gouverneurs du pays reçurent du roi de Perse Tordre de pourvoir eux-mômes aux sacriiices; les Samaritains étaient contraints d*y contribuer, ce qui explique l'ardeur de leur animosilé contre tout projet de rC" lever le sanctuaire à Jérusalem. Sous h direction de Zorobabel on reprît les travaux avec une activité leile, que le temple fut debout en quatre ans. Le î:^rand prêtre Jésus, les prêtres et les lévites s'étaient associés aux ouvriers; les hymnes de David, chantés en chœur, avaient réchauffé le lèle des travailleurs et enflammé leur imagination, c l^e t Seigneur est bon , répétaient d*harmonieuses voix , sa t miséricorde s*étendra éternellement sur laraël. > Les ' prepbèlea Aggée et Eacharie avaient eonatamnent aonlenu le eevrage du peuple en butte aux Titas oppositlona des fcHsins. Dana lea discours de ces deux prophètes , il n'é" taltplita queallen de rini4|aUé dea Juifs, mais d*un réta» bilseeinent, d'une grande eapërance, d*une glaire future.

A la Tqado nouveau temple , les vieillarda qui ae reasou» venaient de la magnificence de Tancien, pleuraient et gémiaaaient, car la comparaison dea deitt aMmuments

leur donnait la mesure de leur abaissement et de lear choie; les jeunes hommes poussaient des cris joyeux, et tous ces accents divers se mêlaient an son des trompettes* Le second temple avait soixante coodées de moins que celui de Salomon ; les regards y cbercbaient en vain tant de richesses en or, en argent, en J>ronae, tant de détails splendides que des mains opulentes avaient prodigués dans la primitive demeure de léhovtfh. Ce qui manquait surtoni an nouveau temple , c'étaient des trésors d'une autre nature, se mêlant aux souvenirs religieux les plus graves et les plus chers: Tarcbe d'alliance, la verge d*Âaron, un rcsle de la manne sacrée » TUrim et le Thummin. Les témoignantes précieux du passage au désert, cachés durant les iiialheurs de Jérusalem , ne furent plus retrouvés , et, comme si le second temple était moins saint que le premier, le grand prêtre n'y consultera plus roracle du Seigneur. Cepond cHil la dédicace se célébra (vers 1 an 5i3 avant J.-C.) au milieu de la muiiilude des Hébreux accourus de tous les points de la Palesliiie. Le livre d*Esdras (i ) nous apprend qu'on immola cent veaux, deu'c cents béliers, quatre cents agneaux, et douze boucs jiour le péché de tout Israël, selon le nombre des tribus. Celle féte de la dédicace du temple était comme la fête de la nationalité hébraïque reconquise.

A Lba(jue nouveau roi de Perse, il fallait lutter pour garder la protection du trône en faveur des Juifs, qui avaient contre eux tous les peuples de Syrie. Esdras, en obtenant d'Ârtaxerxès Longue-Main la grâce d'amener à Jérusalem une troupe d'Hébreux restés à Babylone, obtint aussi des sommes considérables destinées aux frais des sacrifices et Icxemption du tribut pour les sacrificateurs* les lévites, les chantres , les portiers , pour tous ceux qui occupaient des emplois dans le sanctuaire. Ce docteur, si célèbre dans les annales israélitcs, qui composa PanU^m^iMi et le premier des deux livres historiques portant son nom,

^t un de ceux dont rbabileté fit tourner au profit des

(I) Une 1, chap. 6.

CUAPITAfi.XlY* âOI

Ittifil la polittqne des rois ds Perse. Profondémeift versé dans la connalsiaDce des livres saints » il élablil dans les icritures celte division en trois inrties que les luifoetles chrétiens ont conservée : la Loi , les Prophètes et les Psaumes* Esdras s'occupa avec une infatigable activité de la réorganisation du culte et deTobservance des divers préceptes; réducatioorélîgieusedes Juifs revenus à Jérusalem fol son ouvrage; il se montra comme leMoito de ceretour & la terre promise.

Esdras entreprit une tâche pour laquelle il dut déployer surtout une grande autorité; beaucoup de Juifs, même des prêtres et des lévites, avaient épousé des femmes étraiigL'res ; il les obligea à les répudier , elles et les eulantsués de CCS mariages. Le livre qui porte sou nom nous a conservé la prière qu'il prononça alors, avec son manteau et sa tunique déchirés. Il s'était étendu ensuite par terre à la porte du temple dans raltilutle du })hi s sombre désespoir, et le peuple l avait relevé en lui prometlanl le renvoi des femmes étrangères et des enfants. L'expulsion d'une épouse et des enfants sérail à la fois une horrible cruauté ei une perturbation profoude dans notre société; elle n'avait pas le mèaie caractère et les mêmes résultats dans la société israélile, où Ton usait facilement du divorce. Toutefois, c'était un sac ri lice qu'Esdras exigeait du cœur de l'homme, et ce sncrifiec était nécessaire à la restauration nouvelle de la rjaliofi ju ivo.

Le temple était rebâti, et Jérusalem restait couchée dans ses ruines , et L'enceinte n'avait pas de murs pour la défendre contre de perpétuelles agressions, l-a Providence avait suscité un homme pour chaque csuvre dans la résur* rection politique des Hébreux ; la reconstruction de Jérusalem aura son ouvrier inspiré. Néhémie , Téchanson d*Ar- 4axerxèS9 debout devant la table du roi, ne peut contenir Texpression d'une douleur profonde* t Vous êtes triste, lui dit le roi. — Vives éternellement , ^ mon roi I répond Néhémie. Comment mon visage ne serai t>ll pas triste, lorsque la cité oit sont les tombeaux de mes pères n*est qu'une

Ml HISTOItt DB IteUêALEll.

toHtu^, et que la flaromea ééroré seft porlM f *-«Qae désires V0U8Î t lui répliqua le roi. Et Néhémie pria le Dieu du ciel, el demanda au prince de l'envoyer en Judée, à la cité du lonabeau de son père pour qu*il la fil rebâtir (t). Arlaxerxès et la reine voiiliirenl savoir quelles seraient la durée de son voyage el l'époque de Sf>n retour. Néhéinie le leur iiiartpià , el se mit en rodlo muni d'un décrel qui autorisait la reconstruction de Jérusalem. Ainsi, à pou près à la même époque, Ârtaxerxès accueillait Thémislocle* Fillustre banni, et permettait qu*on tirât du tombeau la ville de David el deSaloroon. Arrivé à Jérusalem, Méhémie garda royAtérieusement son projet, aGn de ne pas éveiller les soupçons et les hostilités; le troisième jour, il aorlil seul, la noit, par la porte de la Vallée, se dirigea vers la fontaine du Dragon et la porte SterquiltM, examinant attentivement Télat des murailles*

c Je passai de Uà la porte de la Fontaineetà Taquedoc da t Roi, dit Néhânie dans ses Mémoires publiés sous le litre c do 11* livre d'Esdras , et je ne trouvai pas de lieu par où c pùl p isser le cheval sur lequel j'étais. Il faisait encore c miit quand je remoiilai par le torrent (deCédron) , et f je considérai les murailles , et je rentrai par la porte de « la Vallée, el je revins. Cependant les olficiers du roi, € poursuit Néhémie, ne savaient pas oh j'étais allé , ni ce • qiie je faisais. Jusque-là , je n'avais rien révélé aux Juifs, « ni aux prêtres, ni aux chefs , ni aux officiers^ ni a aucun f de ceux qui veillaient sur les travaux. Et je leur dis : c Ne savez vous pas dans quelle affliction nous sommes : € Jérusalem est déserte, ses portes ont été bràlées; venca, c rebâtissons les murs de Jérusalem, et ne soyons plus c dans Topprobre. Et je leur appris comment la main de « Dieu 8*élait favorablement étendue sur mol ; je rapporc tat les paroles que le roi m*avail dites^ el j*ajoutai : f lievôns-nous, bâtissons. Et leurs mains se fortiftèreni c pour l'œuvre sainte, t

(1) II* livre d'Ks(J»a8, gliap. 2.

CHAPlTâB XIV. iôi

Les ]iàiiVrM loili, Toolant se veAitfe ime ptlrto d recoBstniistttl leur cité ée Jérusalem, présentent un ées

spectacles les plus toueliants de Thistoire. On sMntér^sse

à eux comme à tous les hommes qui, dans ce monde, s'efforcent de relever des ruines, soit qu'ils remuent des ■pierres ou réparent dos ruines înorales, politiques ou religieuses. Les murs qui environnent le temple sont les premiers à reparaître. Chaque chef de famille reçoit sa lâche; on se partage la rétVlification delà ville. Les Samaritains et d'autres nations raillaient les Juifs sur leurs ouvrages, i Un renard n'aurait pas grand' peine à franchir les remparts, » disaient les ennemis en parlant du peu de hauteur .des murailles nonv< 11< s Les railleries firent place aux menaces ; on fut obligé de diviser en deux troupes les hommes occupés aux Irnvanx de la plac(% l'une chargée du travail, l'aulre chargée do la protection armée. A la lin, chaque ouvrier travaillait d'une main , et de l'autre tenait une épée.ou bien l'avait au côlé : admirable exemple qui revient toujours à la mémoire lorsqu'aux mauvais jours des sociétés, on est contraint de se défendre en même temps qu*on s*épuise en efforts pour fonder le bien ! Comme l'esprit est saisi à l'aspect de ces belliqueux travailleurs répandus sur les quatre montagnes de Jérusalem! La trompette avertissait si quelque point de l'enceinte était attaqué. Néhémie et ses compagnons gar datent leurs vêtements a6n de se trouver toujours prêts pour la défense; ils ne les quittaient un moment que pour les purifications.

Néhémie, qui était Tinspiration et l'âme de cette muvre intrépide , eut à contenir alors nii mouvement des pauvres contre les riches , et à faire rendre une énergique justice aux malheureux que la cupidité dépouillait. Les uns dr-* salent : Nous avons trop de fib et de filles, échangeonsrles contre du blé , et nourrissons-nous , et vivons. D'autres disaient : Faut-il que nous empruntions de l'argent pour payer les tributs au roi , et que nous abandonnions nos champs et nos vignes? Notre chair est comme la chair de

^ tiiSiMUiË DE JÉRUSALEM.

BosMres , et nos fils sont comme Içors.fite; et cependant noas sommes oontriints de rédoire en serulude nos fils et nos filles, etnoosn'afons rien pour racheter nos filles esclaves. Nos c|iamps et nos vignes ne nonit appartiennent pins, c Je fus irrité» dilNéhémîe (i) , qoand j'entendis ces cris et ces plaintes ; et je méditais dans mon âme. Je lilâmai les principaux do peuple et les officiers , et je leur dis ; Exiges-vons donc Tosure de vos frères ? Et je réunis contre eux une grande assemblée, et je dis : Vous savea , que nous avons racbeté, autant que nous Tavons pu , ceux de nos frères qui avaient jété vendus aux nations! Est-ce que vous vendres vous-mêmes vos frères t et fiiudrikt-il que nous les rachetions de vos mains ? i

Néhémie adresse d*amers reproches aux principaux du peuple et aux officiers ; il leur annonce que lui , ses frères et ses gens ont prêté à plusieurs de Targent et du blc ; il les invite à faire comme lui , à ne rien demander à leurs débiteurs, à les tenir quittes. 11 veut que les champs , les vignes, les plants d*oliviers, les maisons engagées soient rendues aux débiteurs , et qu'on leur rende le centième de l'argent, du blé, du vin, de Thuile qu'on a coutume d'exiger d'eux. Tous y consentent. Néhémie demande aux prêtres de jurer qu'ils agiront d'après ses ordres. * Après cela, ajoule-l-il, je secouai iiià lobe et je dis : Que tout homme qui n'accomplira point ce commandement soit secoué et rojelé de Dieu loin de sa demeure, et dépouillé du fruit de ses travaux ; qu'il «nit ainsi secoué et l édnit à n'avoir rien. Tout ic peuple répondit : Ameu. El on loua Dieu. >

Ce fait est fort curieux, et prouve que les tendances du génie israél île vers l'usure se montraient déjà il y a vingtquatre siècles. N'oublions pas que la nation juive, sauf la soumission au tribut, vivait alors sous un gouvernement républicain , à peu près comme au temps des Jugés : Top* pression des riches devenait plus révoïiante en présence

. <l) OMivre d*Eidrai, chap. 8.

. CHAPITRE XIV. m,

àé la loi derégalilé. Néhtoie, modèle de d^intéreseenieat el d*éqQÎlé , avait le droit de faire entendre ici de dores paroles. Noos observerons qoe Néhëmie dot prendre d'autant pins vivement en cette circonstance le parti des pauvres, que leur révolte eàt fatalement interrompu l'oeuvre de reconstruction.

Malgré les obslacles ennemis qui renaissaient sans cesse, on releva les murailles, les portes el les tours de Jérusalem en cinquante-deux jours. La promptitude de ce travail fut une merveilleuse cliosc ! il n'appartient qu'à la sainte flamme du patriotisme de réaliser les fabuleux prodiges de la muse d'Âmphion i

La ville était vaste, mais le peuple était petit, dit Nébémie. Il s'occupa de repeupler l'enceinte solitaire de Jérusalem et de la pourvoir de défenseurs. La fête des Tabernacles , ii laquelle était accouroe une immense Ibule* fut une heureuse occasion de parler au dévouement reli* fienx des Israélites. On se rappelle Ffaistoire de Tean bourbeuse, trouvée à la place du feu du ciel, caché par lérémie , et qui , répandue sur les victimes du sacrifice , M changea en une flamme dévorante; au sujet de cette merveille, les Juifs instituèrent la fête du Feu nouveau , qu'on célébrait tous les ans à Jérusalem et qu'on y célèbre aujourd'hui encore.

La dédicace des murs de la ville sacrée, vers ran 4-43 avant Jésus-Christ, fut une imposante solennité; les lévites chaïUaient les hymnes de David au bruit des timbales, des lyres el des harpes. La purification des prêtres et des lévites, du peuple, des portes et des murailles eut lieu tour k tour. On immola , dans des transports de joie, de nombreuses victimes ; les femmes même et les enfants se réjouirent, dit l'historien sacré (i), etla joie de Jérusalem se fil entendre au loin.

Lorsque Méhén^ie s*en alla reprendre à Babylone son poste d'échanson ^ que de grandes choses il avait fiâtes

(1) II* livre d'Eidras, cksp. Il

HTSTOIRE DE JÉRUSALEM;

en peu de temps! U avail rebâti Jérusalem et lui avait donné des habitants et des gardiens. Mais ce people pouvait pas rester séparé du bras puissanl qui lui avait ifliprimé un mouvement créateur : Néhémie ne tarda pasà rereDir avec le litre de gouverneur de Jérusaleai » et consacra la dernière partie de sa vie à une vigilanoe sans repos et à d*utiles réformes. U rassembla les livres saints dispersés en divers pays, ainsi que les édita des rois ftivorables aux Juifs, et en fit une bibliothèque, placée probablement dans le temple

Ainsi , Jérusalem , sortant de la pondre « rencontra trois hommes poor la remettre en possession de ses glorieux, destins : Zorobàbel rdiâtii le temple , Esdràs rétablit la •Ociété, Méhémie fétaUii la ville* Les moyens homaintf entrentsouirentdans les desseins merveilleux de la Provt* dence ; ce qui donna tant de crédit aoxiuift à la cour dei fois de Perse» au point qu'une jeune fille d*israifl monta an fiiig de reine , ce fut la supériorité de leurs lumières. Les lances de Babylone » de Suse et d*fidiatane n^avaient pas de serviteurs plus intelligents , de censeiUefs plus habilei %tte les Hébreux : les chefs de cette nation reconquireni leur patrie par la toute-putssenee de leur génie. Jérusalem resta dans un heureux repos jusqu'aux jours oi^ la demi* nation perse s'écroula devant les victoires d'Alexandre.

On sait comment l Écriture a parlé du jeune conquérant macodoiiien qui, à vingL-deux ans, arrêta le }tl<m de fiOU invasion d*iisie , et qui mourut à trenlc-ileux ans après avoir tout soumis, c II livra beaucoup de Itataillos, dit le I 1'^'' livre des Machabées (î) , prit toutes les villes, tous f les rois de la terre, passa jusqu'aux exLremilés du I monde, s'enrichit des dépouilles des nations, et la i terre se lut devant lui. i Le nom d'Alexandre est un de ces cinq ou six noms que la Guerre poric sur ses ailes etqu*dle fait retentir éternellement chea les hommes. Le

(1) Machabées, line % chsp. 11^ (3) Chapitre 1«

chapithe XIV.

tôt

ib de Philippe , malgré les lâchés de sa mémoire, a saisi la royauté des siècles avec tous les enchantements de la JettiielBe el de la gloiret D*aprèa Josèphe (i), Alexandre a*avança ?era Jéruialem pour la punir d'être restée fidèle a«it rots de Perse ; mais à peu de diatanee de la ville* fl miil mareber à sa reaee&tre une troupe de prfttreseii rota de lin, ooiidttils parle grand sacrificateur i oooTort de set -OrhemeniapontificaoZf et Boividu peeple vétn de blanc. Un songe avait inspiré an. grand prêtre Jaddua de faire répandre des flenrs dans la ville» d*eik ouvrir tontes les portes, el d*aller k la rencontre da héros. Frappé de ee apeetaolei Âlesandre» an lieu de a^occupcr de détruire i nMproove plus que le recnellleaMt ; il s*ineiine devant -le nom de léhovah écril sur 1» lame d*or de la tiare dn grand prêtre» et se ressouvient d*avoir vu en aonge, en Maoédoine » un ministre de Dieu avec ee même costume; ce mlnlslre qui avait traversé son rêve , lui prédisait de iHillantes conquêtes. Le cortège des prêtres et du peuple reprend le chemin de Jérusalem ; Alexandre marche an milieu d'eux et monte au temple pour offrir à Dieu des saciiiices. Le grand prêtre lui montre, dans le livre de Daniel (i), In prophétique vision annonçant qu*un roi de la Grèce doit renverser Tempirc des Mèdesel des Perses. Le conquérant demande quelles gràees les Juifs désirent recevoir ; ou lui répond que les Juifs le supplient de leur permellre de vivre selon la loi de leurs pères, qu'ils payeronl le tribut, el qu'ils désirent seulement en être exempts 'la sepllènie année, ou l'année sabbatique, où ils ont coU*

lu nie de laisser la terre en rcpos. Le iiis de Philippe se rendit à leurs vœux.

L'autorité de Josèphe n'est pas toujours inattaquable, et comme il est le seul auteur qui ait parlé du passage d'Alexaudreà Jérusalem ^ou a oru pouvoir révoquer le fait en doute» Quant à nous i il nous parait difficile de trouver de

(i) Livre ii, chap. 8.

S) Prophétie de Uaniel, chap. 8».

HISTÛLRË DE JÉRUSALEM.

bonnes raisons pour eontesler la irérité du fail. Quoi àê plus simple que le premier refus des Juifs d'abandonner la cause des Perses , leurs TÎeux prolecteurs ! et quoi de plus naturel que la marcbe des Macédoniens contre une cité dont la résistance les irrite! Nous comprenons ensuite le saisissement pieux du jeune Alexandre, à la vue de celte phalange de prélres et de tant de peuple , vélus de blanc, venant au-devaiu de lui, à l;i vue du nom de Jéhovab , resplendi>sanl sur le fioul du jionlife, vèUi de l'éphod d'azur. Le héros avait une vive imagination qui le rendait sensible aux spectacles poétiques ; lui qui ne voulut pas traverser le pays d'Ilion , sans couronner de fleurs le tombeau d'AchiUc, el qui prit Homère pour son poêle chéri, comment se fùt-il trouve sans cmolioD , au milieu de ce spectacle si grave et si nouveau d*une troupe de prêtres en babils de fétc, attachés au temple d'un Dieu uniquo» créateur du ciel et de la terre, et souhaitant au triomphateur de Ioniques prospérités? Ce souvenir ^tte à la fois de réclalsor Alexandre etsur la ville des prophètes ; il est trop beau pour qncrbistorien de lérusalem en laisse dépouiller son livre.

Après la mort d'Alexandre à Babylone, dans Tannée 3S4 avant !.•€. t Piolémée» un de ses géniaux» le fondateur

de la monarchie des Lagides , surprit Jérusalem un jour de sabbat (i), pilla la ville et envoya un très-grand nombre d*lsraéliles en Ëgypte, qui reçurent des i»riviléges importanls. Ce furent des Juifs de cette colonie établie presque tout entière à Alexandrie, qui composèrent la version grecque des livres saints, appelée version des Scpiante, sur laquelle le prétendu Arislée, dans son Histoire des Septante, et après lui Josèphe, ont débité tant de détails fabuleux. Lorsque chacun des capitaines d'Alexandre ae fit un diadème avec la succession du conquérant, Jérusalem eut à subir des destinées nouvelles» dont le tableau va 8*o(frir à nos lecteurs.

(t iMèphe» livre lf| ehsp. I*

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