CHAPITRE XV
un cri de victoire? Les Machabécs ont élé appelés quelquefois Âsmonéens , du surnom du père de Malbalhias; Asmonée veut dire /^rinr^ on ambassadeur.
Malbalhias , prèlre de la race de Joarib , était sorti de Jérusalem pour se retirer sur ia montagne de Modin , à trois heures à l'ouest de la ville sacrée; il avait avec lui ses cinq Gis : Jean , surnommé Gaddis , Simon , surnommé ThasI, Judas, appelé Macbabée , Éléazar , surnommé Âbaron , Jonathas , surnomme Apphus. < Malheur à moi I dit le vieux prêtre à ses fils réunis autour de lui; malheur à moi ! Suis-je donc né pour voir Taffliction de mon peuple et la ruine de la ville sainte, pour venir m*asseoir ici, tandis que Jérusalem est livrée aux mains de ses ennemisi Son sanctuaire est an pouvoir des étrangers» son temple est traité comme un homme infâme. Les vases de sa gloire ont élé emportés comme des captifs ; ses vieillards ont été tués sur les places publiques» et ses jeunes hommes sont tombés sous le glaive. Quelle nation n*a pas hérité de son royaume» et n*a pas reçu une part de ses dépouilles? Toute sa magnificence lui a été enlevée ; celle qui était libre est devenue esclave. Et voilà que tout ce que nous avions de saint» de beau » d'éclatant , a été déposé et souillé par les nations! Pourquoi donc vivons*noos encore (t)? i Et Mathalhias et ses fils déchirèrent leurs vêtements» se couvri' rent de ciltces et poussèrent des gémissements.
Les envoyés d*Ântioehus allèrent à Hodin pour forcer I Tabjuration les J0I& retirés sur la montagne; il y eut de criminelles faiblesses, mais la pieuse fermeté de tfarïiathias et de ses fils ne fut point ébranlée. « Quand toutes les na* lions obéiraient à Antiochus , répondit Mathalhias aux en* voyés du roi , quand même tous ceux d'Israël se soumettraient à ses décrets, moi, mes fils, mes frères, nous demeurerions fidèles à la loi de mes pères (î). » Noble résistance qui présage une grande et Len iblc lutte I Ma-
(I) Nacliabées» livre 1, cliap* 11* Ibidem.
HISTOme DB jâUIftALEaf.
tbalhias immola sur Taulel un Juif qui se préparait à sacrifier atix idoles, (jcvant tout !o peuple. Il lun aussi renvoyé d'Anliochus, renversa i'aulelet cria dans la ville; c Que lout homme qui aime encore noire saiole loi, me suivel » Il s'enfuil avec ses fils dans les solitudes eavironnanles ; beaucoup de Juifs cherchèrent aussi un asile aux lieoiL déserls avec leurs eiifanls , leurs femmes et leurs Irottpeanx, s^enfonçanl dans les vallons étroits, se cachant dans içs rochers et les cavernes profondes; mais une troupe de soldats, partie de Jérusalem , sut trouver leur retraite; elle les immola le jour du sabbat» sans que les victioMS essayassent de se dérober à la mort. Leur misérable sort fut un sujet de douleur pour Malhatbias et ses amis qui se disaient entre eux : c Si nous faisons comme nos frères ont fait, bi nous ne comballons pas contre les nations pour notre vie cl |toui iiolre loi , nous serons bicaUH exterminés de dessus la terre. • Ils rcsolui eiiL donc de se détendre, nièiiif en un jour do sabbat , afin de ne pas tous mourir, comme leurs fri les étaient morts, dans les lieux cacbés du désert (t). dette résolution de repousser des allaques, même le jour du sabbat , était quelque chose de nouveau chez les Juifs; une trop aveugle observance du SDbbat leur avait plus d'une fois coûté bien cher, et la décision de Mathathias était rcauTre d*une intelligente énergie.
La petite Iroupe s'organise et ouvre ses rangs à tous ceux qui veulent garder leur foi, leur liberté. La secte pu tribu des Assidéens , hommes de vie austère et que rÉcrî-» lure place au nombre des plus vaillants d*Isra6l , se joint aux fils de Mathathias ; tous ceux qui s'étaient altacbée volontairement à la loi, tous les Juifs fugitifs se rallieol autour des étendards que la bravoure vient de planter dans les montagnes. Ainsi se forma un corps d'armée dont les premiers coups délivi èrenl des idoles et des Maci douiens, Modin et le pays voisin à l'ouest de Jérusalem. Mais le
(i) Muchabées, livre 1, ciiai).
cuAPiTHfi XV. m
vieoxMathatlilts ii*ëtait pas deitiné a Toir 8*ac1iaver cette luita qu*aTait préparée sa courageuse fidélité ; il mourut à cent quarante-six ans, et rhistoriea sacré nous a conservé les belles exhortations adressées à ses dis : i Souvenei-vous, leur disait-il» de ce'que vos aïeux ont fait dans leur temps , et vous recevrez une grande gloire et un nom éternel. » Jamais exhortation d*un vieux père mourant ne fut suivie avec plus de fidélité; jamais promesse de gloire ne s'nccomplit mieux. Mnlhalhias désigna Simon comme homnu <!(» coiiscil, et Judas Machabée comme chef de la Il i>a{»e juàvc ; après cela, il lu'iiil sa famille cl fut réuni à ses pères. Ses fils renscvclircnl à Modin dans le sépulcre des ancélrcs, el tout Inracl le j U tira.
Quel laijU au que celui du vil il lard , près d'enlrer dans le sépulcre, rappelant à ses fils les illustres exeaiplesde l'histoire des aïeux, leur nionlranl l'espérance en Dieu comme le secrel de la force , leur apprenant à ne pas craindre les paroles du mcchaui dont l.i f^loire nVst que poussière el ver, qui s'élève anjonrd'luu et <iui demain aura disparu ; tes excitant au courage pour la défense de la loi, et s'allrislant sans doute de les quitter en ce monde, au moment où commençaient pour eux les travaux d'une guerre sacrée, au moment où allaient se décider les destinées de Jérusalem confiées à leur vaillance! Nous avons vu dans le pays deModin des vieillards cl déjeunes montagnards qui , par rimposanle noblesse de leur allilude» la fierté de leur regard, l'âprelé de leur visage, la grave simplicité de leurs vêtements, nous faisaient songer k Hatbathias el à ses iils : l'aspect do ces jeunes Arabes que nous avons trouvés qnelquefois rangés en cercle autour du vénérable chef de la famille, nous faisait mieux comprendre la scène du vieux père dc^ achabées disant k ses fils armés les dernières paroles et le dernier adieu.
Toutes les peintures de rhisLorieii sacré qui se rapportent à Judas Machabée, nous le montrent avec un frap* pant caractère ; pendant que la désolation s*étend sur le peuple hébreu , ludass^est retiré, lui dixième, en un lieu
Digiiizixi by Cooglc
désert , viVanl sur les montagnes parmi les bêles , demeiiranl avec Therbe des champs poar seule nourrilare , afin de ne prendre aucune part à la souillure commune (i). Quand Theure des batailles est arrivée , nous le voyone revêtu de la cuirasse comme un géant, se couvrant de ses armes , protégeant le camp avec son épce , semblable à un lion dans ses fureurs et à un lionceau qui rugit à la Kue de sa proie. Placé à la lêted*un corps de sept mille hommes grossissant tous les jours, le guerrier terrible poursuivait les soldats d'Âutioch us, les harcelait, les taillait en pièces, surprenait pendant la nuit les villages et los placer enoemies, cl les livrait aux flammes.
Philippe de Thrygie, resté gouverneur de Jérusalem , soliicile des secours contre celte puissance nouvelle qui s'est levée, et dont les progrès lui paraisseuL formidables. Apollonius, gouverneur de Samarie, met sur pied des Lalaillons noiubreux *juî viennent se briser contre la force des Machabées; Judas le tue de sa main et lui prend son épée, qu'il garde pour achever de délivrer son pays. Seron, INicanor, gouverneur de la basse Syrie, Gorgias , l^ysias, lui-même, Timothée, Bachide , gouverneur de la Mésopotamie, subissent tour à tour de honteuses défaites et se demandent quel Dieu inconnu les pousse à la ruine. Nicanor, qui avait amené mille marchands pour leur vendre les Juifs esclaves et qui avait promis de payer avec le prix des captifs le tribut aux Romains , se trouva heureux de gagner les côtes de la mer et de s*enfuir dans une barque vers Ânlioche. Nous ne raconterons point tant de merveilleux combats livres aux environs de Modin, d*£mmaiis» de Bethoron. Si parfois la petite troupe commandée par Judas et par ses frères intrépides se troublait à la vue de troupes dix fois plus nombreuses. Judas lui répétait que la victoire ne dépend point du nombre des combattants, et que Dieu seul la donne. Cette poignée de héros se préparait souvent aux batailles par le jeûne, avec la cendre
(I) Ihchabéesi livre chap. 8.