‹ Histoire de JérusalemChapitre 55 sur 149 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Judas se relira prademmeûl devant rJmincnsc supériorilé du nombre pour s'enfermer dans sa citadelle autour du temple. Sa résistance y fut prodigieuse : c'était Tannée où les Hébreux ne labouraient ni ne semaient; chaque jour la famine arrachait des défenseurs à la forteresse. Judas était toujours là, maigre des assauts multipliés, malgré Taclion incessante des machines lançant des leux, des pierres, des dards. Â la lin, l'armée macédonienne reprit le chemin d^Antioche. Lysias , averti des projets de Philippe contre le pouvoir du roi, conseilla ce retour à Anliochus au lieu de se consumer en vain devant les murs d*une citadelle. On fil un traité de paix par lequel les Jutd rentreraient dans la liberté de leur loi. Anliochus se mon* Irait peu disposé & rester fidèle à ce traité, mais une révolution loi ôta la vie, ainsi qu^à Lysias. Démétrius, assis sur on trône qu'il avait ensanglanté, voulut établir à Jérusalem un grand prêtre, Alcine, bientdt repoussé par Judas. Il envoya Nicanor, que Judas battit deux fois dans celle campagne , d*abord à Gapharsalama, où plus tard 8*éleva Antipatrtde, sur la route de Gésarée, ensuite à Adarsa, à* trente stades (i) de la basse Bethoron , où le générai syrien perdit la vie. Le jour de ce dernier triomphe fut inscrit au nombre des jours de fêle : c'était le troisième du mois d'adar , qui correspond à liulre mois de mars. Les Séieucides continuaient à être vaincus par les Machabces.

(1) Treille âUdes font uu peu pius que quatre milles romain»*

SUITE

PU CHAPITRE PRÉCÉDENT

Judas avait été nomme parle peuple grand sacrificateur ; e*éUU la première foisqu*à Jérusalem le pouvoir religieux et le pouvoir civil se trouvaient réunis dans la même mÎD; lues Hébreux , d'une commune voix, dans Tintérét jàelcnr Existence nationale, avaient dérogé à leur ancienne coutume oa feveur de celui qui venait de sauver leur pays.

Le nouveau chef du peuple juif entend parler des Romains ^ do leurs conquêtes, de leur puissance, de leur 3agesse , de leur ûdélité aux alliances ; il apprend que les Romains donnent ou reliront à leur gré la royauié, et que , pourtant nul d'cnire eux ut* porte le diadème tl liu se revêt (le la jiouj'prc pour s'élever au-dessus des autres; qu'ils oiiléUbli un séuat dont les décrets sont la règle de leur politique. Judas songe qu'une lutte perpétuelle contre la domination grecque est impossible, et s'arrête à ridée de chercher un appui dans une alliance avec les Romains. 11 leur envoie deux ambassadeurs, Eupolemus, fils de Jean, petit-fils de Jacob , et son neveu Jason , fils d'Éléazar , qui, après un long chemin, dit TÉcrilure , parviennent à la ville des Sept-CoUines. Les deux députes israclites arrivaient à Rome dans une époque où retentissaient de grands «nuovuT. T. t. «8

m lilSTOIRK i>h iJJllSALLM.

noms ; ils auraient pu voir le vieux Paul Émilc, vainqueur de Persée et de la phalange macédonienDe, recevant les honneurs du Capitole ; ils auraient pu rencontrer sur les bords du Tibre le jeune Scipion-Émilien , Taim de Polybe, qui plus lard devait détruire Garlbage et NumaDce. Représentons-nous rentrée au sénat de ces deux envoyés d*uii peuple dont les Romains avaient à peine entendu pronon* cer le nom, et qui n'avait ni les mœurs ni les croyances du monde conquis par leurs armes ; représentons-nous les deux Israélites avec leur mélange de surprise , de respect et de fierté en présence de la majesté de la ville éternelle* Quel est celui des trois cents sénateurs qui aurait imaginé alors que de la nation de ces deux étrangers, objets de leur curiosité, sortirait, dans un temps peu éloigné, un homme , un Dieu , changeant de sa parole la lace des royaumes de la terre et se mettant à la place de tous les dieux de Rome et des nations connues (i)»

Les députés de Jérusalem se présentent au sénst an nom de JudaS Machabée et de ses frères , au nom du peuple juif; ils demandent à faire alliance et amitié avec les Ro^ mains , eL les représentants de l;i i ( publique les écoulent luvorablemcnt. Dans un décret gravé sur des tables d'airain et qui était deslinéàètre conservé à Jérusalem comme un monument de cette alliance, le sénat souhaitait tous les biens aux Romains et aux Juifs sur mer et sur terre, faisait des vœux pour que l'épée et Tenncmi restassent loin d'eux, et stipulait qu'en cas de p^ucrre les deux nations viendraient mutuellement et gratuitement à leur aide. Il Ht savoir aussitôt au roi Démélrius que la nation israélile étant devenue ratîice de la iialioti romaine, la rc'publitjitc Tattaquerait par terre et par mer sli osait de nouveau maltraiter les Juifs (i).

Mais lorsque cette déclaration parvint à Aniiochc, Démétrios avait déjà fait marcher contre Jérusalem Bacchide et

(1) Machabées, livre i, cbap* 8.

(i) tmtnu

Digiiizixi by Coogle

CMAPITllF XV.

Alcine à la téio de vingt mille des mcillctirs soldats ; cette troupe s^élftit avAnGcc josqo'i Bërée , 6n Berseth, dans te Yoisiûage de Jérusalem ; Judas campait à Lalza, du cdlé d'Asot, avec trois mille combailanls aceouttimés à ne paé redouter le nombre, et qui pourtant furent saisis d*effirol à la Tue de la belliqueuse contenance de la l^ion macëdo-» tiienne; plds des denk tiers s'enfuirent ; Judas ne put retenir que huit cents guerriers; vingt mille soldais aguerris les attendaient et les menaçaient. < Allons et tnarchons contre nos euuemis, dit le héros au petit nombre de sGS compagnon^, i On lui fait entendre que le combat est impossible, qu'une aussi petite troupe ne peut rien contre line telle nnnép, qu'il faut se retirer et ras«?ombler les guerriers israéli les dispersés, t Dieu nous garde d'en met ainsi, répond Judas, Dieu nous garde de fuir devant les ennemis ! Si notre heure est arrivée , mourons courageusement pour nos frères» et no souillons point notre gloire (i)I >

L^armée ennemie sort de 6on tkmpf 6t, me partageant en deux corps , Tient à la rencontre de Judas nu bruit des trompettes; la petite troupe Israélite se met en marche, et les trompettes sonnent aussi dans ses rangs; lés com-' battants en Tiennent aux mains ; la terre retentit du bruit di» armes. Étrange bataille I Huit cents guerriers oontré Tingt mille! Le moment oh va commencer une bataille porte toujours avec lui un caractère d'imposante et lugubre solennité ; mais quaud une trop grande inégalité dans les forces vous révèle d'avance l'issue de la lutte, l'admiration et la tristesse vous saisissent, et vous vous attachez avec des senti m en Is pénibles à ces courages qui doivent inévitablement succomber.

C'est dans l'aile droite de la légion macédonienne que résidait la principale force de l'ennemi ; Judas , accompagné des plus vaillants des siens, s'élance contre elle» parvient à la rompre, et poursuit le corps fugitif jusqu'à

(f) Macbabéeity livre i, chap. 0.

HîfîTOIRK DE lÉRUSAim

la montagne tl*Azot ; que de bravoure puiu un lel exploit ! Mais l'aile gauche, voyant l'aile droite vaincue, suivit Judas par derrière, l'enlonra, l'accaLla; après une défense qui dut être prodigieu:ic , le liéros périt (160 avant J.-C), et celle défaite fut plus glorieuse qn«' loiiles ses vicloir(s. Judas lomba , et touslesaulres s'enfuirent, dit l'Écriluie; quel bel éloge dans ces seuls mois ! Le combat avait duré depuis le malin jusqu'au soir ; la mort de Judas finit la bataille. Jonalhas et Simon emportèrent le corps de leur frère et rensevclircntdans le sépulcre de leur père à Modin* Tout le peuple ât un graod deuil et pleura le héros plusieurs jours.

Judas Machabée est un de ces personnages qui, dans notre imagination» marchent avec la main de Dieu sur leur tète» et nous nous étonnons que le trépas poisse les ntiein? dre ; nous répétons ces paroles que la terre de Judée entendit au loin : Comment est tombé cet homme puissant qui êouvaU Upmple ^Iwalflf Judas Machabée est TAcbille des Hébreux » et si un Homère chrétien se saisissait de cette figure» que de divins tableaux il aurait à nous retracer t Judas vécut dans le siècle des Scipions ; aussi grand qn*eux par la vaillance, il fut plus adîmirahlc* 11 ne combattait point pour asservir des peuples et dans Tespoirde monter au Gapitole , mais il se dévouait » Fépée à la main, à ses frères d'Israël menacés dans leurs lois et leurs croyances; il se dévouait au salut de sa nation , et parvint à Tac- , complir.

L*ennemi , profilant delà stupeur cl du découragement qui suivent la morl de Judas Macbabcc , opprime et souille le pays; mais tous les Machabées n'onl pas rejoint leur père dans le funèbre monument de Modin. Jonalhas remplace Judas, commence; par venger son frère Jean , tombé victime d'une trahison au delà du Jourdain, et change en luallnjur et en funérailles les fêles d'une noce chez les fils de Jambri : il fait essuyer une perle de mille hommes à Bacchiile, qui élail venu 1 attaquer du eùlé de la mer Morte et du Jourdain. Bientôt la mort d'Alcine » frappé d'une

Page 1