‹ Histoire de JérusalemChapitre 57 sur 149 · CHAPITRE XYl · texte numérisé non relu

CHAPITRE XYl

Avéneineni de Jésus-Christ. — Ui vie ige. — La vie et ia mort de

Quel nom venons-noas d'inscrire en lôtc do ce chapUre t De quel rcspecl noire pensée est saisie à la vue de celle divine figure qui nous apparaît sur le chemin des temps oi!i nous sommes panrenus ! Pour traiter une telle matière^ nous voudrions une autre plume que celle qui nous a servi depuis le commencement de notre travail» nous voudrions une plume tombée des ailes d*un ange; pour peindre ce qui vient du ciel, il faudrait un autre langage, d^autres formes. Comment parler du sublime envoyé de réteniel royaume sans désirer emprunter aux esprits élhércs quelques-unes de leurs mélodies, ou du moins sans dcmandci à puriiier ses lèvres avec le charbon dcica du prophète î

I^ome avait réalisé tout ce que pciil le génie de la force; le soleil se levait el se couchait sur son empire; jamais la domination d\in peuple ne s*élail étendue aussi loin, De grandes actions et de grands monuments , des chefs-d'œuvre dans les lellres et les arts honoraient la civilisation romaine. Mais celle civilisation , qui avait pour double base une politique souvent barbare et un paganisme toujours impur y ofTrait un prodigieux mélange demagnifi-

HISTOIRE DE JÉUUSaLEM.

ccncc I d*atrocilé ei de corrupUon; l^iuvasion de la matière était immense. On a?ait des mœors faites à Timage de rOiympe mythologique envahi par tous les vices. Si nous voulions ouvrir les historiens et les poëtes anciens , les traits, les récits se mulliplieraient effroyablement sous notre plume. Le mépris de la vie humaine était passé à Tétat dliabi tude et de délassement ; la servitude pesait sur les nations. L'homme n*avait pu élever rien de plus beau que 1 édifice de la grandeur romaine; or, un pareil état de sociélé , celle organisation de la violence et de la débauche, aurait conduit le monde à une vaste et rapide mort. Quelques siècles plus tard , la société humaine aurait élé un cadavre pour lequel il n'aurait plus fallu qu'un sépulcre; au temps d'AuG;!isto cl de Tibère, elle pouvait être encore sauvée ; ce fut alors que Jésus-Ghrist parut.

Lorsqu'il doit arriva un libérateur , les peuples en ont lepressenliment; à l'approche de révénemenl rdparatcnr, ^horizon de Tavenir se découvre « comme à rapproche du soleil les Bords du eiel blanchissent et s^illuminent. Les Hébreux attendaient le Christ » et toutes les nations d*Âsie et les Romains euxHnémes attendaient un grand homme ; le monde avait les yeui tournés vers la Judée, car e*est de la Judée que devait sortir le dieu ou le roi. Nous pourrions citer ici Suétone, Tacite, Cicéron; les livres sibyllins parlaicuL comme les livres d'Israël. Les oracles de toutes les parties de l'univers prophétisaient un berceau chargé d'heureut destins. Virgile, dans son églogue intitulée PoUion, exprimait les sentiments des peuples à cette époque : il a consacré en vers immortels le souvenir d'une vague mais universelle espérance. Le poète montrait le ' monde s*agitant sur sa base pour enfanter un grand avenir ; il annonçait des siècles de paix avec des couleurs,,, des images qu*on croirait presque empruntées à Isaie» et peignait un nouvel âge d*or étendant ses bienfaits sur le genre humain. En invoquant les muses de Sicile pour chanter les grandes choses , Virgile sentit passer dans son

UIAlTi RE XVI.

âttic un souffle puisftatil ; une sorte dinstinct prophétique anima le poète, et ravemr de Tirnivers lui parut beau. 11 est desoleuuelles époques où rhomme se sent comme saisi du besoin de voir se renouveler les choses de la terre; c'est alors qu'on lève les yeux pour chercher dans le ciel un astre nouvesu^ et si quelque splendeur naissante se montre à Thoriton, on se dit que les tempe sont accomplis, et qu'un meilleur destin va commencer pour le monde. L'églogoe à Pollion fut un admirable coup d'oeil du génie; mais Virgile ne savait pas, ne pouvait pas sa-* voir tout ce que Tige futur portait dans ses flancs. Quant à nous 9 qui voyous à un court intervalle du chant du poêle la naissance du Messie promis aux nations, il nous semble entendre dans cette cglogue de Virgile les chœurs ,des bergers de Bethléem.

Une des plus anr ieiines tradi lions du monde c'était que le genre humain lumbé parla faute delà fommc, aurait un Rédempteur né d'une vierge. Cette tradi Lion se retrouve au fond de la pensée religieuse de tous les peuples. Au Thibet et au Japon , le dieu Fo , charge du sahit des nations, s'incarnedans les chastes flancs d*unc jeune fiancée. En Chine, une déesse, par la simple vertu d'une fleur des eaux, met au monde nn puissant et merveilleux personnage. Deux vierges furent les mères de Couddah et de Zoroasire, Tune fécondée par les rayons du soleil, Taulre par inic céleste lumière descendue aa milini d'une vision nocturne. Les druides aUcndaient un sauveur qui serait fils d'une vierge. Chez tous les peuples on a pensé qu'il fallait un sein virginal pour Tincarnation d'un dieu. La femme choisie pour être le sanctuaire passager et miraculeux do la divinité, était parée de toute la beauté que rêvent les imaginations poétiques. La naissance du messie devait être, selon la parole de l'Écriture, pure çornme la rosée de l'aurore; la mère du Dieu fait homme devait être belle entre toutes les vierges de la terre.

Parlons donc de celle qui , dans les desseins éternels, était appelée à cnftinter le Rédempteur du genre humain ;

m HISTOIRE DE JÉRUSALEM.

uu regard jclc sur la vie de la mère nous servira d'iniroduction naturelle à la vie du fils.

Âu temps marqué par les prophètes» et quand on attendait à tous les points de Funivers une réparation sublime, une fiUe naquit à Nazareth. Joachim, son père» descendant de la race de David » et Anne, sa mère, issue de la famille d*Âaron» avaient obtenu cette fille après vingt ans de stérilité. Elle fut appelée Marie, nom qui, en hébreu, signifie éunU de la mer. Saint Bernard observe que la mère du Christ ne pouvait recevoir un nom plus convenable à sa destinée, c Marie est en effet , dit-il , cette belle et bril- 4 lante étoile qui luit sur la mer vaste et orageuse du € monde. > A l'âge de trois ans, la iille de Joachim fut emmenée à Jérusalem pour être présentée au temple; on FadiriiL au nombre des jeunes vierges attachées au service du Seigneur. Une robe couleur d'hyacinthe , une blanche tunique serK'C par une ceinture et un long voile composaient le costume de Marie et de ses compagnes du temple. Les vierges se levaient au point du jour, à l'heure où les mauvais anges se taisent, àii un pieux auteur, etoùks^rièrtê $MU 1$ pkn favorablement écoutées. Le chant des psaumes les ramenait matin et soir au sanctuaire ; dans la journée les fuseaux de cèdre tournaient entre leurs doigts, elles travaillaient Ter ou la laine , brodaient et exécutaient des dessins à la manière des Sidoniens. Marie, la plus habile de ses compagnes dans ces divers travaux, excellait surtout & filer le lin; les traditions populaires, fidèles à ce souvenir, appellent naïvement fils delà Vierge ces blancs tissus de vapeurs suspendus à travers les champs sous le soleil de Tautomne. Qudques auteurs ont tracé un portrait détaillé de Marie , que nous ne reproduirons point , parce qu'il ne saurait cire que l'œuvre de la fantaisie. On a fait dire à saint Denis l'Aréopagiste que la Vierge tlait belle d éblouir , et qu'il l'eût adorée comme me déesse s'il n'avait pas su qu'il ny a qn un i^eul Dieu. Lorsque saint Paul convertit à Athènes Dt nis, hk iiihrc de l'Aréopage, il y avait au moins quinze ou vingt ans que Marie n*étail plus de ce

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monde, Denis ne poavait donc pas Tavoir connue, lions donnons ce|iendant pour couronne à la fille de Nazareth, toutes les perfections du corps; la beauté de Fâme, ce mystérieux reflet du ciel , achevait de diviniser les traits de la jeune Galiléenne.

Il y avait neufans que Marie habitait autour des saints tabernacles, lorsqu*arri\a sa première douleur: ses pa-. rents s'élaitnl établis à Jérusalem; elle perdit son vieux père qui int enseveli dans une grotte ou crypte, au côté septentrional de la vallée de Josaphat. Peu de temps après, rhumble demeure d'Anne et de Joachim resta vide. Mario vît sa vieille mère s'endormir du sommeil de la tombe; tout ce qu'elle avait niinc ii appartenait plus au pays des vivants. Ainsi orpheline sur la terre, Marie résolut de diriger toutes ses pensées vers les choses divines ; le monde teynporel parut trop grossier pour son âme; elle rêva la virginité comme Tétat qui pouvait le mieux irapprocber la; créature humaine de son Dieu. Il y avait dans ce rêve contemplatif d'une jeune lille toute une doctrine nouvelle. En demandant à vivre dans une solitude virginale, Marie heurtait I^ opinions bibliques , les idées les plus universellement admises chea les luifs. Moïse avait-appélë Top*prohre et la malédiction sur la femme qui ne serait point mère. Le goût de la virginité , manifesté dans Marie , éuit en quelque sorte le commencement de la révélation du spiritualisme chrétien : Marie avaU pressenti TÉvangile!

On a dit que la Vierge possédait à fond le syriaque et rhébreu, et que les saintes Écritures lui étaient familières. Nous n'avons aucun témoignage qui puisse nous permettre de parler avec quelque certitude des connaissances et des éludes de Marie. Elle nous apparait timide, simple, naiva et pure; nous la trouvons trop près de Dieu pour lui prêter les parures de la terre; elle s'élevait sans doute aux plus hautes méditations , ne se plaisait que dans le monde des esprits, n'aspirait qu'aux joies de l'inGni , aux voltiptés de l'éternelle lumière. Le ÂTa^^m/îca^ que l'Église répète depuis dix-huit siècles , est une admirable inspiration rooiovuT, — T. l/ «6

SU IIISTOIRK DË J1*:RUSALEM.

lyrique; tkim rMfouTOtts dans cet hymno le génie dé' David t eotnplélé par le sentiment chrétien, liais est*ll

nécessaire de conclure que Marie avait composé d*autre« chants ?

l^a Vierge se lioubla et répondit par des supplications timides quand ses tuteurs vinrent l'engager à prendre un époux; il est probable qu'elle ne céda i^ue par un secret pressentiment de sn niîractiîcusc destinée. Les Pères de ri']^^lise lions apprennent que le sort luî-meme choisit Joseph , charpentier de Nazareth , homme juste et déjà 8ur le déclin des jours, pour être l'époux de Marie, alors âgée de quinze ans. Une tradition , rapportée par saint Jérôme , parle de plusieurs prétendants : Après avoir prié ûelui qui préside au tort» les prétendants » dit la tradition', dépoièlrenl le soir dans le temple chacun sa baguette é^mandier , cfl te lendemain , la branche sèche el morte de loseph, fils de lacob, fils de Nathan, se trouva Teréoyante et flenrîet comme celle qui aTait assuré Jadis le sMtdoee à la famille d'Àaron. La même tradition raconte 4n*l la Toe de ce prodige qni renversait ses espérances , nn jeune homme d'une des premières et des plus riches familles de la Judée, brisa sa bagncUe et courut s'enfermer dans une grotte du Carmei avec les disciples d*Élie.

L'ange chargé d'annoncer à Marie sa mission glorieuse èst le même qui avait révélé à Daniel les soixante et di.t semaine^ ; Gabriel est le messager de Tavenir chréiien. Nous avons vu auprès du village de Saint-)ean , à une heure et demie à Touest de Jérusalem remplacement de la demeure oh la Vierge alk saluer sa cousine Élisaheth , et la fontaine oik elle avait coutume de puiser de Te^u pendant son séjour âans cette vallée. Ledénombretnent de tous les habitants de l*empire àcetle époque, ordonné par Àoguste, ^t un fait historique qui ne se peut nier; saint lastîn^ Yertullien , saint Jean Ghrysoslôme , répondant à tm% qui niaient la naissance de Jésus-Christ, se boniaient à les

(1) Correspondance O'Orieni, Icllre xcvf.

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