CHAPITRE XVI
renvoyer aux rogislrcs du dénonibremonl fail en Judée par Quirinius. Suivons donc à Bclblécm celte jeune Galiléenne qu'un pieux protecteur accompagne et qui est près de devenir mère ; issus de la race de David, c'est à Bethléem que Marie et Josepli ont été obligés d'aller porter leurs noms ; la foule des étrangers encombre la petite cité; il n'y a pas de place pour nos deux Galiléens dans les hôtelleries; une étable leur sert d'asile; il était semblable à line grotte comme le sont encore aujourd'bui les élablcs de Bethléem , et c*est là que, dans la nuit du 25 décembre, Marie enfante celui qui doit rattacher au ciel l'humanité misérable et vagabonde.
Nous avons visité au bas de Bethléem , à l'est , le champ des bergers qui, les premiers, au milieu de la nuit, apprirent des anges du Seigneur la joyeuse nouvelle. Quelle langue exprimerait la suave et ravissante poésie de cette nuit, où des pâtres se prosternaient aux pieds du nouveau né couché dans une crèche où Marie adorait en silence les décrets d'en haut, où la grave figure de Joseph se recueillait en présence du mystère ! De quel éclat devaient briller les étoiles au-dessus de la cité bénie ! Quelle parure invisible aux yeux des hommes dut couvrir cette colline! Le ciel s'abaissait sur Bethléem pour l'environner en ce moment de toutes ses splendeurs. Alors sans doute quelque chose de doux et de consolateur passa dans l'âme de tous ceux qui habitaient cette portion de la Judée; alors des songes heureux traversèrent plus d'un sommeil, él l'oreille attentive eût pu entendre la brise nocturne répéter au loin ces paroles de la céleste milice : Gloire d Dieu au plus haut des deux, et paix sur la terre aux hommes de honne volonté l
La prophétie de Daniel marquant l'époque de l'avénement du Messie , avait retenti sur les bords de l'Euphrate et du Tigre; les Juifs restés dans l'ancien royaume de Cyrus soupiraient après un libérateur comme les Juifs de la Palestine. Les mages , philosophes ou astrologues de Chaldéc , informés de l'accomplisscmenl des temps pré-
ill niSTOIRF. m JÉRUSALEM.
dii^, aaraient pu pcutM^lrc; sans inlerventlon miraca*
hnisc, songer à porter à l'cnfanl-roi Tcncens cl la myrrhe: d'après leur doclrine , cliaijuc fois qu'un grand personnage naissait sur la terre, une étoile nouvelle qui élait la sienne se montrait dans le ciel. Mais Dieu permit qu'un asLre voyageur leur servît de guide. « Où est le roi des Juifs qui est né? » disaient les mages eu arrivant à Jérusalem; c nous avons vu son étoile à l'orient, el nous sommes venus l'adorer. » Ces étrangers arrivés d'une lointaine contrée furent les premiers qui annoncèrent à Jérusalem riromense chose accomplie 9 à deux lieues de la ville. Les prêtres et les scribes du peuple, interrogés par Hérode» répondaient que le Christ devait sortir de Bethléem , selon la parole deMichée(i)*
Le vieil Hérode tremblait pour sa royauté ; TenCsAt que lëchattffaient des bœufs dans une étable inquiétait le maître de Jérusalem dans son palais magnifique; celui qui venait de naître comme le plus pauvre des enfants des hommes troublait le repos du plus riche prince qui , depuis Salo* mon , eût gouverné la lûdée.
. 11 semble que Tamonr des arts , le goût d^ grands monuments et la cruauté ne puissent pas habiter dans un même cœur; il semble que les instincts atroces doivent étoutfer tout instinct de grandeur. Cependant cet Ilérode qui , pour plaire aux Juils , éleva, comme nous le dirons plus tard, un temple superbe à la place de celui de Zorobabel, cet Hérode qui , dans ses dépenses prodigieuses, bâtit Sébaste et Césarée en I honnour de César Auguste, répara les monuments d'Athènes, releva à Rhodes le temple d'Apollon Pythien , construisit à Ascalon de beaux palais, donna des prix aux jeux olympiques et pensionna des poêles à Rome, était un monstre d'inhumanité, et Tem* pereur Auguste disait qu*ii valait mieux être le pourceau que le fils d'Hérode.
Le massacre des enfants de Bethléem et des environs»
(l) Chap.S,¥ersd.
iCHAPITRE XVI. m
raconté par l'évangélisle saint Matthieu et par un auteur païen du V siècle (i) , s'accorde bien avec le caractère du méchant Wume'en : c'est à lui qu'il appartenait de remplir Rama de deuil et de gémissements, et de faire pleurer Rachcl qui ne voulait pas étire consolée parce que ses enfants n'étaient plus.
Le pays d*Égypte où les Hébreux trouvèrent leurs premiers oppresseurs, était devenu , depuis quelques siècles , un refuge pour eux dans leurs mauvais jours. Quel touchant voyage que celui de Marie et de Joseph emportant avec eux le fils menacé par le glaive d*Hérode, s*avançant dans les montagnes méridionales de Judée , passant la nuit sous les abris qu'on disputait aux bêles, fuyant les hommes et les cités, et cherchant dans les profondes solitudes un refuge contre un arrêt cruel f L*humble famille , arrivée à Gaza , dut quitter Tâne et prendre un chameau , car elle avait h franchir une vaste étendue sablonneuse, et Tâne eût disparu dans les tourbillons du désert. Voyez la jeune mère enveloppée d'un long voile et montée sur le chameau avec son enfant dans ses bras ; le charpentier de Nazareth chemine derrière, nppuyé sur un bâlon d'érable ou de palmier. Que d'obstacles el dVnnemis les altendent ! ils ont échappé à la fureur d'Hérode, mais échapperont-ils à la faim et à la soif, au simoun qui promène la mort dans les solitudes, aux animaux cherchant leur proie? Oh ! quel intérêt nous inspirent ces pauvres Galiléens! mais si le fils deTobie eut un ange pour compagnon, mille conducteurs célestes précédaient le Fils de Dieu , et des rayons plus purs que les rayons du jour marquaient leurs pas sur le sable. DHliustres caravanes, de puissantes armées, depuis Abraham le père des peuples jusqu'à Alexandre Tenvahisseur des nations, avaient suivi la même route de Gaza à la contrée égyptienne; toute leur gloire disparaît devant ces trois humbles fugitifs auxquels nul ne prend garde en chemin. Ombres dont la place est si grande daus rhibloire,
(i) Macrobe, Il*> lissa de» Saturnaies, cbap. 4.
346 HlSTOiHE D£ JÉRli&ALEH.
eoiirbeZ'Vous ici : c'es( la destinée du monde cpî pIMt A Héliopolis, Marie et Joseph retrouvèrent Utt aeuventr de la pairie, le teoipledo Jébovah bâti par Onias, A la porte de la ville s^élevait un arbre antique, au pied duquel VArabe avait coutume de se prosterner. On dit qu*à rapproche de la sainte famille , Tarbre d'Uélîopelia inclina religieusement ses braneheaaéculatres, comme pour saluer le Dieu-enfant; on ajoute qu'au montent oii les divins voyageurs passaient sous les arceaux de granit de la porte principale d'Hélîopolîs, toutes les idoles d*an temple voiain lombirent, la face contre terre : belle et prophétique Unage de la proobaine 4wtraetion de rancien monde, rempli d*erreera I temps du moyen ifp^ le pèlerin visitait, en Ëgypie, la fontaineoù Marie allait laver les langes de Jésus, le sycomore qui couvrît de son ombrage la Vierge errante.
Nous ignorons combien de temps la sainte famille vécut
eu Égyple. Des auteurs ont parle d'uu séjour de sept ans. Saint Mailliioii nous dit posilivcracnL que l'ange du Seigneur, apparaissant en souijo à Joseph aussitôt après la mort d'Hérode, lui ordonna de ramener Vcnfant el sa mère à la contrée d'Israël; or il est cerlaiu que deux ans tout au ])liKs s'écoulèrent entre la naissance de Jésus el le trépas d'Hérode, ce qui ne permettrait f^nèro d'admettre un séjour de sept ans en Égypte. Il ya que Iq ne chose d'admirablement providentiel dans le passage du Christ enfant en Égypte, cepays d*où sortit Moïse, fondateur d'un empire relif^ieux qui allait tomber par h senle puissance do cet enfant ; ce pays d'où était partie la mythologie ualyerselley condamnée à mourir au pied du divin fugitif.
Nous savons peu de chose du Christ, depuis son retour à Nazareth jusqu'à sa trentième année, époque de sa première prédication, Marie et Joseph le conduisaient tous les ans à Jérusalem « au temps de la pâque. A l'âge de douzQ ans, ils le trouvèrent assis dans le temple» a^ mUieudes docteurs, qu*il confondait et ravissait par la sagesse de ses paroles ; el comme auparavant ilsrmîentlop([temp6 chçr*
OUAPITHE XVi, Ul
pbéavec inquiétude dans U ville : t Pourquoi n<Hi» aMvoos aînaî quittés ? lui dit sa mère. VoiU que votre père et mpi, BOUS vous cherchioua trlstemeiii, ^ Pourquoi one eherchiea*vou9? leur répond renfaot; ne saviea-voua pas jgu*U me faut être aux choses qui sont de mon père (t) ? t Ces paroles, qui annonçaient la mission toute divine de Jésus, imposaient aux cceurs de Marie et de Joseph ua sacriiice. Pendant les longues années d une vie cachée à Nazart lli, vie de travail et de soumission île 1;j part de Jésus, il y eut sa^ns doute, entre la Vierge et son iih , des entretiens auxquels l'oreille humaine n'était iioint admise, et qu'enlendaieut seuls les anges, invisibles gardiens do la denieui e de Josep]i. Qui nous dira ce qui se passait entre Marie et le Sauveur, quand Jésus croissait en âge et en oràce devant Dieu et devant les hommes ; quand a'écoulaieii^çn un coi|i de la Galilée les jours d*une obscure jeunesse qui devait alK^ut|r au Calvaire et au moni des Olives; ^ l'ignominie de passion età Vempiredela terre etdu ciell Au village 4f> &^int-Joan» dont nous avons déjà parlé, ^Qfif^ aiQI^ vu » danaTenoeinte d'un monastère latin, bàlî a» ^mfi. fiMnt le lieu o^ naquit le préeursear du lieisie. lean prMie la pénitence , fait entendre, sur les vived d^^rdaÎA, dea discours qui entraînent la multitude ; îi Implise avec Tean , et prépara la voie .6a oélni qui baptiseia avec Tesprit et le feu. des. prêtres et des lévites sont envoyés de Jérusalem pour lui demander s^il est le Christ, s*il est Élie, et Jean leur répond qu'il n'est ni le Christ, ni Élie , ni un prophète, mais qa*il csi la voix du désert, chargée d'annoncer quelqu'un de pins grand que lui (ju'ils ne connaissent pas , quelqu'un de si sublime, qu'il n'est pas digne de dénouer les cordons de sa chaussure. Lorsque Jésus va le trouver au désert : i Voici , dit f Jean à son approche , voici l'agneau de Dieu , qui efface « les péchés du monde? > Le fils de Zacharie voit Tesprit 4li¥in deaoendre» sous la forme d'une oelombe, sur la tète
(i) Saint-Luc, cl»p« 2, yers. 48,
âi8 UlSïumË 1>£ JEUUSAL£M.
du Sauveur, qui a voulu recevoir do lui le baptême. André Qi Simon , son frère, qui fut appelé Pierre, Philippe , s^at- Uchenl d*abord aux pas de lésus, Nathanael hésite à suivrte le Sauveur, parce qu*il ne croit pas qu'il puisse sortir quelque chose de bon de Nazareth (i) ; et quand J^us lui apprend qu*il le connaît , qu'il Ta vu sons un figuier, Na* thanael étonné le proclame fils de Dieu. La foule de ceux qui désirent le baptême est plus nombreuse autour delésns qu'autour de Jean, et les pharisiens en murmurent. Jean leur répète qu'il est dans raccomplissement de sa joie, qu'il n*est pas le Christ; que son pouvoir, à lui , doit diminuer, et celui du Christ grandir; il leur dit que celui qui vient d'en haut est au-dessus de tous ; que celui qui tire son origine de la terre n^est que de la terre et sa pa< rôle aussi; que l'envoyé de Dieu parle la langue de Dieu, cl que Dieu jil' lui doiiiic point son esprit par mcsuri.'.
ISous n'avons point à suivre en détail le récit des évangélisles; la vie de notre maître, de noire divin ami à lous est dans la mémoire des chrétiens, à quelques communions qu'ils appartiennent; un coup d'œil de respect et d'adoration sur le passage de Jésus au milieu des hommes suffit au plan de notre travail.
A quelle scène faudra-l-il nous arrêter? quelle parole du maître faudra-t-il recueillir? Nous voudrions nous borner à répéter ce que Jésus disait aux envoyés ilc Jean-Baptisle, qui étaitalors prisonnier : t Lcsaveugles voient, les sourds entendent, les lépreux soîil guéris, i'Ëvangilc est annoncé aux pauvres. » Quand nous parcourions les lieux oîi s*écoulèrent ses jours mortels, combien de fois, rempli de son souvenir, nous avons cru voir apparaître le plus beau des enfants des hommes avec ses loni^s cheveux partagés sur le front el tombant autour de son cou , avec sa robe de toile grise et une éloiiedcla même couleur jetée sur l'épaule droite 1 ce costume est toujours celui des I^azaréens » et le voyageur y retrouve une intéressante image
(I) Saim J«aii, chap. i, vers 40.
GUÂPITKE WL
éa fib de Màffe. C9 costame reodait plus visible à noft yeux rHomme-Diea dont le noble et doux visage était comme une splendeur voilée, dont le son de voix pénétrait et réchauffait les âmes, dont le maintien grave commandait le respect. Assis aubord^du puits de Jacob , dans la vallée de Sicbem , il demande à boire à la Samaritaine, sans s'inquiéter des vieilles divisions entre les Juifs et les Samaritains, et lui parle du don de Dieu. « Nos pères ont € adoré Dieu sur cette montagne, lui dit la femme de Sac marie en lui montrant le Garizim ; vous autres Juifs vous « prétendez que c'est dans Jérusalem seulement qu'il faut f l'adorer. > Jésus répond que le temps va venir où l'on n'adorera plus ni à Garizim , ni à Jérusalem , que Dieu est esprit, et que ses vrais adorateurs le serviront en esprit Men vérité. — < le sais que le Messie doit bientôt venir, f reprend la femme, il nous révélera toutes cboses. '4 — - Le Messie c*est moi, moi qui vous parle, 1 lui dit lésus.
^ifLe fils de Marie, sorti tout à coup deTatelier de Joseph, IMi^Mini^BGer sa mission appuyée sur des miracles, 'SMIlMIIIçpt pou les hommes de Galilée un grand sujet ééèéÊifl0ÊÊi c D*oli lui est donc venu cette science, ce 4^tt»(rtiiUisaient-ils entre eux, n'est-ce pas ce cbart pentier, fib de Marie, frère de Jacques ^ de Judas, de v^-Simon? ses sœurs ne sont-elles point parmi nous? > lis avaient vu l'homme si longtemps qu*ils avaient de la peine à reconnaître le Dieu. Il ne voulut accomplir à Nazareth aucun prodige, nous dit saint Marc (i); il guérit seulement quelques malades en imposant les mains; l'incrédulité des habitants de Nazareth étonnait Jésus autant que son pouvoir divin les étonnait eux-mêmes. C'est principalement à Capharnaiim , à Beltsaïdc et à Corozaïm que le Christ multiplia ses miracles ; il finit par leur crier: Malheur ! parce qu* il n'avait opéré au milieu de ces villes que d'inutiles merveilles.
(1) VirtiiitmttlUfflifiuwre. SabitMarc,fibap«69Yefi.{L
Les miracles de Jésus, preuves de sa mission divine, ëlaienl presque tous une manifcslation de sa bonté; Voflicier de Capharnaum voit son fils guéri à Theure annoncée, la pauvre mère de Naîm voit son fils se lever du cturcucil, et Jaïr , sa fille unique, sortir des bras de la mort à la voix du Sauveur. Le paralytique qui, depuis trente-huit ans , souffrait immoliile , prend son Ut et marche ; Taveugle-né lave ses yeus à la piscine de Siloé et retrouve de lumière ; une multitude fatiguée à suivre Jésus et qui avait faim , est rassasiée avec cinq pains et quelques poissons; les pêcheurs du lac de Géncbarelh qui avaicuL Lravailié en vain toute la nuil, jelleiil leurs lileLs sur la parole du maître » cl les iilels se rompent sous le poids de la luei veilleuse pèche. C'est pour iairele bien que le Fils de rhommc usait de son pouvoir divin, et ces leiiioignages d'une compassion infinie enchaînaient à ses traces les popuialions. On allait à celui dont la bouche ne s'ouvrait que pour rendre la santé ou la vie, enseigner une vérité, accorder un pardon , donner une consolation ou une espérance» Mais les prêtres et les lévites , les diverses sectes des Juifs résistaient opiniàtrémenl à renseîgnepienfc.dj^ Jésus et aux prodiges qui raccompagnaient. Celte nalipQ malheureuse et corrompue, conuue rappelle le $»auveur, demandait des miracles» el les miracles étaient impuissants h la tirer de ses ténèbres. Quoique sa missigu ne (m point établie sur Tautorité humaine, mais-sur l*au|orité divine , Jésus rappelait aux Juifs qu'ils avaient interrogé Jean, cl que celui-ci avail rendu Iciuoignage à la vérité : Jean , celle lampe ardente dont la lunnère les a un mouiviU réjouis, a proclamé la venue du Christ au uiilicu d'eux ; et ni le lémoigtiage du précurseur , ni le témoignage plus baiit des œuvres de Jésus ne pouvaient convaincre ces pharitàiens rebelles à Tévidence. t Je ne tire point ma f gloire des hommes, leur disait le divin maître, mais « je vous connais , je sais que vous n'aves point en vous c l amour de Dieu ; je suis venu au nom de mon père , ci < vous nfi m rcceves pas ; $i un autre en son propre