‹ Histoire de JérusalemChapitre 60 sur 149 · CHAPITRE XVI. m · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI. m

donnaient aux Juifs étrangers la monnaie ayant cours à Jérasaiem, ou prèlftient sur gages avec une effroyable usure. L'indigoalion du Fils de rhomme s^ëtait allumée au spectacle de ces iniquités* c n est écrit, disait-il à ces traficants, c ma maison sera appelée une maison de prières , et vous c en avez fait une caverne de voleurs. • Il fallait, ajouterons-nous avec saint Jérôme, qu'il parût en ce moment sur la iace de Jésus uu ébloui^^.saut et terrible ravon de sa divilïilé, pour qu'une multitude d'Israélites enchaînés à leur gain se laissassent chasser par un seul homme.

A mesure que le temps de sa mission s'achève, la douceur de Jésus prend une sorte de caractère louchant. Lorsqu'à Béthanic on blâme le religieux dévouement de Marie répandant sur les pieds du Sauveur un vase de parfum estimé trois cents deniers (i), qu'on aurait pu donner aux pauvres ; < Laisses-ia faire » dit Jésus, vous aurez toujours c des pauvres i mais vous ne m'aurez pas toujours. > Une autre fois ii dit au peuple : c La lumière est encore avec I vous un peu de temps; marcluez pendant que vous avez i la lumière » de peur que les ténèbres ne vous surprenc nent. > Le Sauveur appelle ses pettU «nfanU (a) les disciples choisis, ce petit troupeau à qui il avait recommandé de ne pas avoir peur, i Mes petits enfants , il me reste peu c de temps à passer avec vous ; vous me cherclierez , et , c comme jeTat dit aux Juifs , vous ne pourrez pas venir « oùje vais. » Mais ilesL un commandement que k: maîlre leur donne; il veut qu'ils s'aiment coiniue il les a aimés : on les connaîtra pour ses disciples à Tamour qu'ils auront les uns pour les autres.

La tête de Jean-Baptiste était tombée à la demande de la femme d'Hérode-Anlipas , létrarque de Galilée. Ce prince s'était d'abord contenté (V emprisonner Thomme qui lui avait reproché son mariage avec la femme de son propre frère Philippe (s) , et dont il redoutait la popularité , si

(I) Eavifon dnqaanle écas de notre monnaie. (S) fWoti. Saint Jean.

(^SatDiMatthieii,Xiy,4.

nous en croyons ïosèphe. Ainsi font «pidqiiefois les pou- Toirs de la terre ; c^est par la Violence qa*il8 se Tengenl de rautorité de la verta. Hérode-Antipas, n*aarait peiil*élre pas songé à faire monrir Jean-Baptiste; mais il était e8«> e1a?é d*iroe femme passionnée et feronche qœ la parole dé l*hommc de Dieu n*avait pas manqué d^atteindre dans ses vices.

Nul homme n'a reçu plus de gloire que Jean surnomme Baplislc ou le Baptiscur; car Jésus-Christ Ta déclaré le plus grand d*enlre ceux qui sont nés de la femme; comme pour le séparer de notre race et le placer au-dessus de noire faible et inconstante nature, le fils de Marie a dit do son précurseur qu'il n*était point un roseau agité du vent. C'est dans la solitude , toujours si féconde en divines inspirations, que Jean se prépara à son ministère sublime. Son vêtement fait de poil de chameau et serré d'une ceinture de cuir , sa nourriture composée du miel des abeilles sauvages, recueilli dans le tronc des arbres et le creux des rochers, et de grosses sauterelles comme on en voit encore voltiger par bandes vers la mer Morte et le Jourdain, son visage noirci par le soleil, amaigri par les austérités , lout cet ensemble d'homme du désert qui d'abord fit croire que le prophète Élie était revenu sur la terre , se montra au delà du fleove sacré comme une sévère apparition. Jean comment à prêcher la pénitence, là confession et le baptême, I pea près au même âge oh jésus-Christ commença son œuvre; il annonçait que le 'foyaumé des oienx était prodie , lavait dans Teaudu Jourdain les souillares de ceux qui allaient à lui, apprenait à j^Her et parlait à tous de la méprisaUe vanité de la terre, et des biens du ciel, seuls dignes d'occuper le cœur de iiiomme. Depuis bien longtemps, le Seigneur n*avait toToyé de propbèle, et Jean paraissait aux Juifs çommé titf retour des bénédictions d*en baut ; on accourait l lui de Jérusalem et de tous les points de la Judée , et chacun se demandait si le fils d*£lisabelh n^élait pas le Christ promis. Une députation de prétrés èl de lévites pharisiens

fui chargée de savoir de luî s'il n'dtail pas le Sauveur allcndu; il confessa qu'il ne l'était point et ne laissa point éteindre sa lampe par le vent de l'orgueil (i). Fruit d'une mère stérile , il faisait porter des fruits de grâce à la sléhlilé du désert, dit un auteur ecclésiastique

Jean qui voulait être seulenient uneroj>, îeprécurseûf de celui qui devait baptiser dans le Saint-Esprit et dans le feu , eut de nombreux disciples dontilËTangile nous parle plus d*une fois; il laissa après loi tme école qui ëfoh comme le vestibolè du christianisme, et qiii se répandit dans les pays de Syrie, de fËgypte et d'Asie Mineure. Da iitantméme de Jean , il y eut des jalousies , entre ses disâptfi^ ceux de Jésus-Christ au sujet de la valeur des éSénk baptêmes; les premiers auraient bien voulu entraîner leur roàtire dans une lutte contre Jésus, mais il leur résista dans son humilité inspirée. Un grand nombre de Juifs s'en tinrent au baptême de Jean-Baptiste qui était le dernier échelon providentiel conduisant l'homme au Dieu rédempteur ; ils n*avaient plus qu'un pas à faire pour arriver à Jésus-Christ et leur pied s'arrêta ?

On menaçait du sort de Jean-Baptiste le Û\s de Marie qui , se trouvant aux bords du Jourdain, habitait des lieux soumis aupddvoir du tétrarque de Galilée ; le Sauveur fait dire à ce renard, comme il l'appelle , qu'il a encore des démons à chasser, des malades à guérir, que bientôt viendra sa dernière heure , et qu*alors il se rendra à Jérusalem, parce qu'il ne faut pas, dit-il, qu'on prophète périsse horsde Jérusalem (t). Jésus s'attriste sur cette ville qui tue les prophètes et lapide ceux qui lui sont envoyés, c Combien de fois , s'écrie-t-il en s'adressant à l'ingrate cité, j'ai voulu rassembler tes enfants comme une poule rassemble ses petits sous ses ailes, et tu ne Tas pas voulu ! >

f Allons à Jc'iusalem, avait dit le Christ à ses douze t disciples, car toutes les choses que les prophètes ont

(1) SaitU Augustin.

(2) Saint Luc, chap. iô.

m " HISTOIRE DE JÉRUSALEM.

c écrites sur le Fils de rhomme s'accompliront. > Ses disciples n*approchentqtt*ayec effroi de cette cité oA tant d'ennemis ont joré la perte de leor maître , et lai , sans trouble et sans faiblesse, s*ayance k lenrtéte. G*est d*abord un triomphe qui Taltend ; Jésus monte sur un ànon , et voilà Itî peuple qui Tescurtc comme un l oi de la terre dans sa marchedeBethphagcà Jérusalem ; la foule fait enlendre des cris joyeux, elle étend sur les pas du Messie des branches d'olivier, des palmes et des vêtements. Les disci[iles mêlent leur voix à celles qui crient : Gloire au Ftts de David I On voudrait leur fermer la bouche, mais, reprend le Sauveur, t s'ils se taisent , les pierres parleront, t Les prêtres ue pouvaient retenir leur dépit violent en entendant les enfants continuer leurs cris de gloire dans le temple , et s'en plaignaient à Jésus lui-même; et Jésus leur rappelait les paroles du roi-prophète : Vow mez reçu la Umangt (apdM parfaite de la bouche det enfants et de ceux qui Montâ la mamelle* Âu milieu de son triomphe, les calamités futures de Jérusalem affligeaient la pensée du Messie; en montant à la cité , il souhaitait que du moins en ce dernier jour, elle reconnût et comprit le bienfait q[n*il lui apportait , et Tentière destruction de la Tille opiniâtre en son erreur passait tristement devant ses yeux.

SUITE

DU CHAPITRE PRÉCÉDENT

iflli' .y W

La pafisiou , la mort cl la résurrcclion de Jésus-Ghrisi forment un drame qui, plus que loute chose en ce monde, ébranle Vàme et rimaginatîon. Quel événement , qael speelacie ^ponrriez-votts jamais comparer à ce tableau d*ane sublimité si solennelle, d'un caractère si inouï, d*un intérêt » universel , qui nous représente un Dieu venu au milieu des hommes pour leur ensei|fner la vérité, et se dévouant au dernier supplice pour elTacer'les iniquités de tous les siècles I Ce n*est point là de Tépopoe humaine; rien de pareil n*aurait pu être inventé par le génie; une telle œuvre est d'invenlion divine, et lorsque la musc (le la terre (i) a chanté cet accomplissement d'une pensée derÉleruel, combien ses accents ont été empreints de suavité , de majesté !

Nous avons gardé le souvenir dcshcurcsque nous avons passées sous oliviers de Gcllisémani , où Jésus méditait, priait et soulfrait, voyant les crimes des temps pîis-

(I Klopttock,

P01U00UT. ^ T. I* ti

lliSiomE DE Jl^RlISALEM.

9és et des Icmps à Tenir; oii 1c Messie dcmandail à son Père d'éloigner le calice loin de lui. Par le plas terrible de ses arréls , le Père , formidable juge , condamnait doaloureusemenl son fils à la mort ! Là-bas» dans ce coin de terre à jamais sacré , nous nous sommes recueilli défaut Vimage de Tagouie de Jésus ; sa face divine et tout son corps étaient inondés de larges gouttes de sang, il troayait Tenfer entre son Père et lui , et cet enfer ne pouvait disparaître que par sa mort. Judas « qui a reçu d*avance le prix de son crime, livre son Qiaitre. Gaïphe et les prêtres ont condamné J^os à mort parce qu*il s*est dit le Fils de Dieu. Pour Texécution de leur sentence, il leur faut Tautorisation romaine ; Ponce Pilate, successeur de Valérius Graius dans le goovernement.de la Judée, ne trouve point Jésus coupable, et, comme le fils de Marie est Galiléen , il le renvoie au létrarque Hérode, qui se borne à Toutrager et ne le condamfne pas. Mais les fureurs de Tenfer ont passé dans TAme de la multitude de Jérusalem ; il ne lui suffit pas que Jésus ait été cruellement flagellé et livré à toutes les insultes du prétoire ; elle lui prêtre un bandit appelé Barrabas, et Pouce Pilate, après s*èlre lavéies mains pour protester de son innocence à la manière des Hébreux, abandonne lâchement Jésus , que la populace veut mellre en croix. Une inscription en hébreu, en grec et en laliu, attachée sur le gibet infâme, donn(; à la victime le litre de Koi des Juifs, litre que le gouvci iieur de Judée maintient nialij;rL' les réclam:iLionb des puiiùt'os ; Ponce Pilale, louriueiilé d'un souge de sa femme, pressentant déjà peutêtre le Dieu, \eul ainsi imprimer une honte nouvelle à la féroce injustice des Juifs Le divia Crucilié se fait euleodre , il demande à son Père le pardon de ses bour-

(1) M. Dupin aîné a publié en 1838 un peUl ^crit iniilulé : J^sut âifMoU Càllphe H Pilais, ou Bé^taHon d*m chapitre dê VHUMre deêinttUulimt de Moïse,par M. Salvador. L'auteur se renfermant,

comme il le dit lui-même, dans la ihèse de droit et de loi , a voulu prouver que l'arrct Ho mort de Jésus- Christ a été wnc violation des droitii ei des forme» judiciaires de celte époque. ISalvador, qui a

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