‹ Histoire de JérusalemChapitre 61 sur 149 · CHAPITRE XVi · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVi

Mox, il exprime une plainte qui , mille ans auparavant» élail sortie de la bouche du roi -prophète : Mon Dieu, mon Dieu , pourquoi m'atex-toui abandonné f

Jésus-Chrisi» Cls de Dieu, Dieu lui-même, IVgal de son Père dans réiernilé , est cloué sur une croix, el le Cal- Taire, celle montagne des suppliciés, se rongit de son sang! Puis tout est consommé; Dieu est mort II Ces trois moto saisissent violemment Timagination et la jettent dans je ne sais quel ordre d'idées. Hais que doitpil.se passer en ee moment chei les anges et ehes les hommes , dans les fadkuses contrées d'en haut et dans cette contrée d'îcibas donnée au fils d'Adam pour leur hôtellerie d'un joui ! Armes-vous de toute la puissance de votre inidiigeuce, el fortifiez votre regard pour qu'il ne se ti o nble point devant le spectacle de la création, alors que le Créateur expire. Les anges ont été avertis des deaseins de Dieu ;

eatrei^vis rétnage tâche de jusiifier l'arrêt porté cou ti r i*^ Snnveur il y a «Ux-hnii tidcles, oe t'est point teon pour battu. Dans ua nouvei ouvrage : Jétui- Omsi et sa dotOrine, publié en 1838, il s'est eObrcé de réftiier les arguments do M. Dupin, maistottle sadialediqnevleat

se briser contre ce cri dos Juifs domandanlle sang du llls de Marie et «'ayant pas le droit d«' le mottrc h mort ; fl rj^ nnu^ est permis de faire mourir personne : iS ubis non Itat mu rfwcre qwmquam. Les subtilités, les additions de mou ne buuraieiu changer le ëctis de cet aveu solennel de la perte de la puissance de vie et de mort sous la domination romaine. Nous ne dirons rien du livre de M. Salvador • Jésus-Chrisl ci sa doctrine. C'est de l'érudition hébraïque asaes habilement présentée contre le caractère divin du ehristfanismemais cet appareil de science hardie n'a pour hi\%e que des paradoxes* dessupposiUonsgiaïuilUb, des données iticei i iines. M. Salvjidor montre nons comme rinterprète de la uaiiou juive qui, dans son désespoir funèbre de ne pouvoir sorUr doses raines, essaye péni- ]>Iemcnt de démolir le Dien dont Tempire Immense est pour elle une condamnation; î5on livre est un froid et long blaspbème contre la gloire de Jésus-Chrisl. Cet ouvrrifro , q„i conteste au fils de Marie, non-seulemeiu ia divinité, mais presque la vertu et le génie, et qui ne porte aucune trace d'emportement et de i M^sion, est conçu tout a fait en dehors des idées dont l'univers est plein ; il y règne quelque chose de malheureux, de morne, de solitaire, et vous diriez quni a été écrit au fond d*an tombeau par le démon du décide,

m UlNioU.i. DE .ll-nUSALKM.

maisà Theurc où le Messie souffre et inonrt, un invincible effroi les saisil ; une douleur profonde les agile , ils plea* rent , eux qui n*oDt jamais pleuré , et leurs ailes d*azur se replient sous un souffle de mort qui passe. Les chants des séraphins sont muets, les harpes célestes sont détendues ; si , de temps en temps , le silence des harmonieuses phalanges est interrompu , ce sont des notes lugubres qui iraversent Tcspace. Un moment le ciel est vide , vide par Fabsencc d*un Dieu immolé, et les légions immortelles attachent leurs tristes regards yers le point dé notre globe où s*est dressée la croix. Les astres se sont voilés ; les mondes , arrêtés tout à coup par nne immense terreuil, ont suspendu leur marche dans ces routes qa*ils suivaient invariablement depuis la première aube de la création ; ils ont élé frappes d'immobilité , semblables à des voyageurs qui, en chemin, auraient été soudain glacés d'épouvante à kl vue d'un grand crime.

Et maiiiLciiaiil , par la pensée, contemplez la lorre au moment où son roi succombe : une nuit noire envahit l'espace, limiiK usité est livrée aux ténèbres, comme avanirinstantOLi la lumière fut faite; notre globe s'ébranle, comme s'il venait de perdre son point d'appui ; les forêts s'agitent , et de funèbres murmures sortent de leurs profondeurs. L'herbe tics collines se flétrit , les plantes et les fleurs périssent , Toiseau gémit , et les bêles sauvages hurlent dans leurs antres; Turne des fleuves est tarie, leurs flots s'écoulent sans se renouveler, el les mers furieuses, ouvrant leurs abîmes, lancent, dans leurs mugissements, des imprécations contre l homme, et menacent de submerger une seconde fois la terre , coupable du meurtre de son Messie. A celle hcure-là , l'esprit du mal était victorieux dans ce monde; alors, pas une bonne action ne fut accomplie, pas une noble inspiration ne vint au cœur, pas une seule impression debonheur n'en Ira dans l'homme; vous n'auriez pas rencontré un seul esprit avec une grande pensée; il n'y eut plus , dans cette heure unique parmi les heures qui composent le temps , ni vertu , ni génie. Un

CHANTiTE XVI

trouble inconnu avail saisi la famille humaine clans loutcs les régions où vivaient des humains ; toute chose était detenue pâle ou gémissante dans la nature et dans le monde moral; les âmes étaient vide^, les intelligences solitaires et infécondes , et , dans Timmense création , il n*y avait pkis que la nnit , les larmes et les soupirs.

Maintenant si l'imagination contemple le Golgolhaà travers les traditions bibliques» quel totichant et imposant spectacle elle découvrira autour de la crois ensanglantée^ Représentez-vous Adam , Taîeul des humains , le chef de la race tombée, le proscrit de TÉden primitif, Tancien coupable par qui la mort est entrée dans le monde, prosLcrnô au pied de celle croix, d'où descendent lu vie et le pai tion pour sa posléi ilé rachetée ! Voyez se presser sur la nionlagne de la Rédemption les pieuses et grandes figures de la loi première; tous ces patriarches, ces aui^usles personnages avaient allendu aux portes du ciel la venue du Sauveur prorais, semblables à ces pèlerins du moyen âge qui, trop pauvre^; pour payer leur entrée dans la cité sainte, attendaient 1 arrivée d'un prince dont les libcralitésleur ouvraient cette ville de Jérusalem après laquelle ils avaient tant soupiré. Abel, la première victime humaine, prophétique symbole de Timmolalion du Christ, Abraham, Isaac's Jacob et Joseph, Moïse, Adam, Josuc, David et Salomon , Isaie, Ézécbiel .et Daniel , les rois et les sages, les prophètes et les défenseurs d*lsraël , les nobles femmes qui nous apparaissent dans le poétique lointain des saintes Écritures ^ Sara» Rachel, Rébecca, toute cette radieuse troupe qui avait devancé le Messie sur le chemin de Sion , se précipite au-devant de son libérateur* Parmi ces représentants d*un an tique passé religieux, quel mélange de tressaillement et de tristesse t Les voilà qui touchent à la possession du véritable royaume de Dieu , mais le visage de ces captifs devenus libres s'assombrit à la vue de ce qu'ils ont coûté !

Même à côte des choses divines, les sentiments humains sont intéressants à éludier. J'ai bien souvent songé à la

m HISTOIRE DB JÉRUSALEM.

sitiialioii louchante des amis de Jésns après rimmolatioii du maître cl quand 5on sdpulcrc cul été fermé. Imaginez les scènes d'ai&iction autour du foyer domestique, le deuil de ceux qui yenaienl de (omber tout à coup dané un com* plet abandon. Nous n'entrerons point dans les mystères de douleur qui«*agitent au cœor de Marie; brisée de «Niffrance, les yeux pleins de larmes, elle s'éloigne du Gidvaire, •ontenoe |Mir le disciple chéri à qui elle avait été reconimandée do haut de la croix, et se dirige péniblement vers eon humble demeure, dan8>Je plus pauvre qaartier de Jé< rusalem. Elle trouvait des consolations daiis la connaîssancé plus profonde qu'elle avait de la divinité de son fils. Maïs comment peindre la désolation des disciples qui, bien grobsicrs encore, comprenaient faiblemeuL les immortelles espérances? Simon-Pierre, les deux Jacques , André Cléophas, Barthélémy, suivent lentement la mère du divin Mort ; la dernière consolation Je ces pieux délaissés est de m^kr leurs pleurs. Quelle page que celle où nous aurions relronvéîes paroles échangées sous le h ni de Marie désolée, le soir du crucilîement de son fils ! Quelle page que le récil de ces larmes, de ces sanglots qu'il fallait étouffer pourtant dans cette cité ennemie , au milieu d*une popo» îalion menaçante) La place où Jésus avait coutume de s'asseoir dans la demenre maternelle, ajoutait à la douleur de aes amis solitaires. Combien celte nuit fot tén^reuse ift lourde pour euxî Leurs yeiBX restèrent ouverts durant le premier sommeil de lérusalem déicide. Que d'amertume, 'd*anxiété, d*effroi! Tavenlr glorieux du Messie était h moitié fermé pour leur esprit; les disciples lui avalent entendu dire qo*il briserait la piètre de son tombeau, mais, après ravoir vu cloué sur le bols ignominieux , leur âme avait été livrée ù un affreux mélange de peine, d'incerlîtudc et de terreur. Qii allaient-ils devenir? dans quel coin de terre devaîenl-ils cacher leur misère? dans quel lointain exil enseveliraient-ils leur désespoir? Jamais des orphelins rte tombèrent de plus haut, n'eurent plus de larmesà verser autour d'un cercueil, que les diciples après

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CUAflTRB XVI. tes

la dîsparUtdn violente de ctf «i éonï les paroles et les ro* gards répandaient iant d^amour, de oonaolatloiis et de Itamière I Noua a?0D8: tboa Ih menire da vide 4|m laisse en nous la perte d*an ami lar la terre; nais qaand cet ami est un Dieu et qu*il nVait plus là* il 80 fait aussitôt un lior* ribic vide sembiaMe à celdi de la nuit élernellc.

Pour achever Tindication des douleurs parlieulièrcs cl cachées qui suivirent à Jérusalem le supplice du divin Maître, entrons dans cette maison de Béthanie où le fils de Marie aimail à s'arrélcr. Nous tiouvoiis là trois des meilleurs amis de Jésus, Marthe, Madeleine et leur frère Lazare. Ilspleurenl et se laiiiculcntdepuis qu'ils l'onl vu conduit à la boucherie comme un agneau, depuis qu'ils ont vu ie plus beau, le plus siil)iime, le plus vertueux, des enfants des hommes, succombaiit sans murmurer sousles coups 'd*une atroce iniquité. Le voilà, disaient-ils, le voilà enfermé dans le cachot du Trépas ! nous ne le verrons plus, venaot de Jérusalem ou de Jéricho, suivre le sentier de Béthauie et passer à travers nos champs comme une radicn«^e bénédiction! A Son approche, nos oliviers et nos figuiers inclinaient leurs branches , nos arbustes devenaient plus verdoyants, nos ileurs avaient plus d^éclat et de parfum j les oiseaux des buissons étaient plus mélodieux, et la brise qui descend de la montagne des Olives semblait soupirer autour de nous un cantique ! Oli ! que nos champs sont aujourd hui pâles, muets, déserlslNous ne le verrons plus, notre divin ami , franchir le seuil de notre demeure avec un sourire plus tioux que le rayon du in iliu , prendre place au milieu de nous^ et partager noire pain! Notre oreille ne s'ouvrira plus à ce langageauquel ne ressemblait niicun autre langno^e , et qui versait dans nos âmes la vie, l'espérance et la paix ! Désormais la tristesse cl la solitude habiteront sous ce toii (pii ne s'illuminera plus de sa présence, qui n'entendr a plus le son do sa voix. Notre demeure sera plus sombre que le rocher dans les lianes duquel on a creusé sa prison funèbre... Oh ! que ne pouvons-nous être enfermés avec lui 1 La nuit de son tombeau serait meil-

HISTOIhE DE JERUSALEM.

Icurc pour nos cœurs que la lumière du jour dans cel univers d*oii il csl sorli !

Telles étaient sans doute les plainles de la maison de Béihanie, maison bénite où se sont passées les scènes les plus suaves de FÉvaDgile, et dont le pèlerin cherche aujoard'hùi remplacement. On doit penser que Latare consolait ses sœurs et leur faisait entendre qne tout n*élait pas fini; lui » le ressuscité de Bëthanie, àurait-ll pu croire que celui dont la voix avait eu la puissance de réveiller les trépassés » resterait li jamais garrotté dans les liens de la mort?

Il n*y a pas dans lliisioire du monde un espace de temps aussi solennel que celui pendant lequel le fils de Marie est

couche an sépulcre; l'univers moral parait comme en suspens ; la vérité, en quelque sorte , n'existe pas encore pour les hommes; elle attend un dernier témoignage. Les germes laissés par la paroledu Chi isL sur le chemin de Caillée cl de Judée, sont menacés d'une mortelle imniobiliLc ; la peur a dispersé les disciples : Matthieu elCléophas s'entretiennent avec tristesse sur la roule d'Emmaûs ; les prédications de Jésus, destinées à changer la face du monde, viennent do mourir peut-être au pied du rocher sépulcral; ce tombeau neuf, où Joseph d'Arimathieavoulu ensevelir le cor[is du Nazaréen , ce lit de mort creusé au coin d*un petit jardin , à peu de distance du Calvaire^ a le secret de rimmense révolution morale qui va ouvrir a u genre humain de nouvelles voies, liais * le troisième jour, quand le divin Mort se souleva du fond de sa tombe ainsi qu'un héros qui s'échappe victorieux des bras d*un ennemi » la vérité resplendissait sur le monde comme le soleil à son midi»

Jésus ressuscité se montra aux apdtres, à ses amis, à cinq cents fidèles en Galilée ; tous ceux qui avaient cru en

lui avant sa mort , furent embrasés d'amour et de dévouement pour sa doctrine. En passant par le sépulcre, le Christ semblait avoir laissé quel<[ue chose de sa nature huaiaiuci il rompt le pain avec les deux disciples d*Ëm-

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