CHAPITRE XYIL
Let différentet Meiei in^liet : les pharisiens, lestadoeéent, lei enéniens, tet gadiléent, les liéradicM, les thérapeviet» les ct^ balisles. ^Constdéfations diverses sor remeigneneot duétien.
Il nous faut poursnim notre appréciation delà docirine du fils de Marte, et nous devons parler à*ûiord des sectes ou écoles Israélites qui se disputaient Tempire rdigîeux el philofiopbiqne, à Tépoque où lésus commença sa prédi* Cation.
Dorant les siècles écoulé a^nt la capUTÎté de Babylone, qnand retentissait la Tois des prophètes avec la soprtee puissance de rinspiralion divine, il n*y avait point do sectes Israélites. On se bornait à lire la loi, on ne Tinterprétait point ; les docteurs ne s'établissaient point les juges particuliers du sens derÉcritnre; la moindre dissidence religieuse eût été anéantie par Timposante autorité des prophètes (i). Ceux qu*importunait le joug de la loi ne cherchaient point k raccommoder è leur guise t mais la repoussaient entièrement; voilà pourquoi il y eut, à ces diverses époques, un frénétique amour de l'idolâtrie et pas une seule tentation de réforme rdigieuse ne se montra* Dans les temps qui ont suivi le retour de la nation cap*
(I ) Caneus, République des Hébrevi» chsp. 17.
HISTOIRE DE JÉnUSALEM.
lîve, la propliiîlie est mucUe, on n*enlend plus ces grandes voix qui parlaionl au nom du Seigneur. Les sages d'Israël ne sont plus là pour exercer leur inconleslable suprématie spirituelle. En l'absence de ce grand pouvoir régulateur, la libre interprétalion des Écritures donna naissance à des opinions, à des associations diverses; il y eut alors une sorte de protestantisme hébraïque ; comme on s'était jeté auparavant dans le culte des idoles par opposition directe contre l'immuable caractère de la loi, on n'eut plus besoin de se précipiter vers cette extrémité opposée, et lessor indépendant des esprits produisit des sectes à la place de TidobUrie.
Dans le chapitre précédent, il a été plus d'une fois question des pharisiens, dont le nom veut dire séparation, distinction; c'est la secte dont il est particulièrement parlé dans rÉvangile , et c'est celle qui se montra le plus constamment et le plus violemment hostile contre leSaufenr* Vo]fons donc ce qu'elle était , et, |>oar celai iaterrogeofis le pea de documents liisloriques qui peuvent nous don* lier quelques lumières*
losèphe (i) nous apprend que les pharisiens menaient une vie simple; qu'ils étaient opîniAtres dans leurs doctcines, et que leur respect pour les vieillards les portait à ne jamais les contredire. Tout en soumettant lee «duwea humaines à la volonté de Dieu , ils comprenaient que Thomme était suffisamment libre d'aller à la vertu ou au vicUi et le rendaient responsable de ses propres œuvres; Us croyaient à Timmortalité de Tàme» à des réeompeises et à des diàtiments futurs. Selon leur opinion > mêlée aux traditions pythagoriciennes» c*eslen d*autres corps , plus subtils et plus glorieux sans doute , que devaient passer les limes des justes. Leur jnaaière d'honom «t de prier Dieu plaisait fort, à la multitude, t Dos villes entières, ajoute t losèphe» rendent témoignage de leur vertu, de leurs I mœurs et de leurs discours. » Les pharisiens avaient
(i) Antiquités JvduXqQfS, )im 18, cbsp. i.
CUAHTftË XVll, 271
des statuts ou traditions qu'ils tenaient de leurs aïeux , dlsaient*ils » et qu*i!s observaient rigoureusement. La portion pauvre de la nation juive s*était ralliées leurs enseignemcnls; l'ascendant qu'ils avaient pris sur elle
leur donnait une grande consistance politique; ils complaienl beaucoup dè prêtres dans leurs rangs , et le |jcuplc les suivait , même en opposition avec les rois el les grands sacrificateurs de Jérusalem. Il était utile, pour le gouvernement de îa Judée, d'avoir les pharisiens pour amis, Irès-danc^frcnx de les avoir pour ennemis. Jean Hircan, en se séparant d'eux, s'était trouvé sans force, et ce fut surtout rintcrvcnlion des pharisiens qui Ol passer aux mains d'Bérode la roy au lé des dern iers descenda n Is d es Machabées.
La morale , la religion des pharisiens résidait dans les actes extérieurs, et pas du tout dans la conscience intime de Thomme ; ils croyaient avoir atteint la perfection suprême en sVittac^ant strictement à la lettre de la loi ; leur piété^n*ëUtittrop souvent qu'un déguisement hypocrite. Ils portaient lemasque de la vertu. Le peuple qui, d'ordinaire, ne s'arrétequ'à l'écorcede la vie , s'occupait peu de pénétrer dans Pâme de ces austères comédiens. L'historien }uif lui-même parle de leur venu avec une complète bonne foi : remarquons d'ailleurs que l'éducation générale des Israélites ne leur permcUail guère d'interroger eu religion les replis do cœur. Les pharisiens avaient une existence de quatre siècles quand Jésus vint arracher le masque de leur lii^ureet les frapper dans leur orgueil. I/Évangile nous olire la peinim c ia plus vraie de leurs mo urs el de leur caractère. Jean-Baptiste, prêchant et ba[)lisLiiit au désert du Jourdain, les avait déjà traités durement : quelques-uns d'entre eux lui demandaient le baptême, c Hacé t de vipères, leur disait le précurseur, qui vous a apprit € à fuir les châtiments de l'avenir? t Le fils de Marie, faisant allusion à leur ardeur du prosélytisme, leur disait qu'fk couraient la terfe et la mer pour gagner à eux un seul homme. Les pharisiens se scandalisaient de voir lésu^' assis dans les festins avec des publicains et les gens dé
m HISTOIRE DE JÉRUSALEM.
mauvaise renommée. < Ce sonl les malades qm ont besoin du méJcciû, leur répondait le Christ, et non juis ( eux qui se portent bien ; je ne suis pas venu pour appeler les justes à la pénitence, mais les pécheurs. »
Les pharisiens se gardaient de manquer à aucun de leursdevoirs dans le temple, clse mettaient plus en peine des sentiments intérieurs. < Si vous vous souvenez à Tau- < tel que votre frère a quelque chose cou lie vous, leur I disait le Sauveur, laissez-là votre o lira n de et courez c vous réconcilier avec lui. i Moïse avait demandé œil pourcoUf dent pour dent t et le ûls de Marie recommandait de ne pas se défendre, pt de tendre Tautre joue après avoir reçu un soufflet* On trouve bien cà et là dans les anciennes Kcrilures quelques vestiges d'une tendance au pardon ; le Seigneur avait ordonné dans Zacharie de ne pas se ressouvenir de la méchanceté de son prochain et avait annoncé ailleurs que c'est d lui q%C appartient la vengeance» Toutefois, c'étaient là des intentions écrites sans prescription formelle; nulle peine n'était prononcée contre celui qui gardait une rancune ou vengeait un affront, et les pharisiens étaient loin de chercher à réaliser les intentions de la loi. Le Christ les étonnait et les confondait en leur commandant d*airoer leurs ennemis , de bénir ceux qui les maudissaient » de faire du bien à leurs persécuteurs.
Les pharisiens donnaient Taumdneà son détrompe, se montraient publiquement avec un visage pAie pour attester leur jeûne, et le Sauveur voulait que la main gauche ne sût pas ce que faisait la main droite; il réprouvait les abstinences pratiquées par ostentation. Si la toute-puissante charité du Christ éclatait par quelque miracle le jour da sabbat, les pharisiens en témoignaient leur mécontentement. Ce qui les frappait ce n'était point le bienfait du divin Maître , mais ce qu'ils appelaient la violation du jour sanctifié. Jésus leur disait qu'au jour du sabbat, ils délivreraient une brebis tombée dans un fossé , et qii*un
(1) MaUiitni proximi soi Qnatqnitqne ne recogitet« -
CIIAPITRK XVII.
homme valait bien une brebis; il leur apprenait que le sabbat est fait pour l'homme et non pas l'homme pour lo sabbat. Tous ces hommes de fausse vertu , le Cls de Marie les comparait à des sépulcres blanchis , beaux en dehors, et n'enfermant que de la pourriture. Il leur reprochait d'obliger les autres h des devoirs qu'ils ne songeaient point à remplir eux-mêmes , et de refuser de loucher du bout da doigt les fardeaux dont ils chargeaient les épaules de leurs frères. Ils recherchaient partout les salutations, les marques de respect , les premières places et voulaient être appelés maîtres f pères et docteurs. Jésus leur répétait qu'il fallait se faire petit pour entrer dans le royaume des cieux, et se faire le servi leur de tous pour devenir grand parmi les hommes. On se rappelle la parabole du pharisien et du publicain , tous les deux montés au temple pour y adresser leur prière à Dieu. L'enseignement du Fils de Dieu humiliait cette secte superbe et la réduisait perpétuellement au silence ; aussi nourrissait-elle contre lui une rage ardente, et les pharisiens qui, parfois, avaient été assez forts pour dicter la loi aux rois , ou mémo pour les précipiter du trône, contribuèrent lé plus à lacon* damnation et à h mort du Dieu caché.
L*école dessaducéens, fondée par Sadoc, aussi ancienne que celle des pharisiens, unie à elle contre Jésus , ne partageait pas les mêmes doctrines; leur parti était moins nombreux et se rencontrait surtout dans les classes riches. Plus agréables aux rois que les pharisiens , ils avaient des emplois et des honneurs, mais les pharisiens, disposant do peuple, les surpassaient de beaucoup en pouvoir. Les saducéens croyaient que râme périssait avec le corps « appliquant la doctrine de Timmortalité ou de la résurrection, non pas aux Ames , mais aux races; ils niaient la puissance du destin et toute espèce d'inspiration surhumaine, soutenaient que le bien ou le mal dépendent seulement de nous-mêmes (i) , cUque Dieu ne prend pas
(1) Josèphe, HUtoIre des Juifs,, livre 13, chap. 9. poujoQLAT. — T. t, ta
374 iil^iOlHF. Dl. JI'iUUSALRM.
I^rde à nos actions; que la seule obUgalîoii éliil d^obsery/er la loi sans reconnaiire plus de sagesse à ceux qili Ten* seignent (i). La dureté elFfauineur farouche caractérisaient leurs rapports entre eux, bien différents des pharisiens qui se traitaient tous en amis et en frères, et ne sMcar* talent jamais des formes douces et aifeclueuses. Les sadu* céens figurent souvent dans l'Évangile à la suite des pharisiens; et le (Christ les enveloppe dans la même réprobation. Un jour des partisans de celle secte qui niait la résurrection , dans Tcspoir d'embarrasser lo Sauveur, lui proposèrent la question suivante :
« Maître, lui dirent-ils , Moïse a écrit î Si le frère marié meurt sans enfant, son frère estobiigr d'épouser la veuve pour donner une postérité au mort. Or il y avait sept frères dont le premier était mort sans enfant; le second épousa la veuve et mourut sans avoir un fils ; ainsi firent le troisième et les autres* et tous les sept qui lièrent ce monde sans postérité. Enfin après eux tous, la femme mourut aussi. Lors doue que la résurrection arrivera, duquel des sept frères sera-t-elle réponse après Tavoir été de tous successivement? — Les enfants de ce siècle se marient^ leur répondit Jésus , mais ceux qui seront juges dignes du siècle à venir et de la résurrection gtortense , ne se marie* ront plus, Il épouseront plus de femmes, car alors ils ne pourront jilus mourir; ils deviendront les égaux dos aiii^^os', cl comme ils seronldes enfants delà résurrection, ils soroiil enfants de Dieu. Quant à la résurrection des morts, Moïse l'a annoncée lui-même lorsqu'éfant près du buisson il a appelé le Seigneur, Dieu d'Abraham , Dieu d'Isaac» Dieu de Jacob. Or, Dieu nVsl point le Dieu des morts mais des vivants , car tous sont vivants devant lui. Alors des scribes dirent à Jésus : Maître, vous avez bien répondu (a), i
il est une secte, la troisième des principales écoles de Judée, qui n'a laissé aucune trace dans les quatre évan*
(1) Hisloire des Juifs, livre 18, chapitre 2. '
(2) SainiLnc, chap. 20.