‹ Histoire de JérusalemChapitre 64 sur 149 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

gclisirs , mais qui rsl fort curicujio à éliulicr, parce qnVlle se rapproche du carach'To cl du spiritualisme chrétien : c'est la secledes esî^cnicus ou esséens, dont le nom exprime kurs cfforls pour la perfection ou la sainteté. Philon le Joif (i) et Josèphe (2) sont les auteurs qui en oal parlé avec le plus de détails ; iious puiserons à ces deux sources pour notre appréciation rapide.

Les esséniens différaient d*abord du pharisaïsme et du taducéisme par Vabsence de toute prétention politique; ce qui les préoccupait , c'était un progrès moral et non ' point Fenyie de se mêler au gouvernement de la nation. Ils avaient trouvé ou adopté le principe de la communauté, vivaient en frères, el parmi eux il n*y avait ni riches ni pauvres ; une égalité parfaite était leur première loi. Leur vie élaiL un coiul>al conUc les voluptés el les passions; ils avaionl rejeté le mariage parce que la femme leur piuaissait d'une trop inconstante nature , elles soins de la famille Uop embarrassants; mais ils *!(''\ uuaient nuxenfafits qu'on leur confiait, el se chargeaienL de leur éducation et de lenr vie avec une affection paternelle. Toutefois parmi eux se trouvait une classe qui adoptait le mariage, condamnant un sen liment qui, s*il était emhrassé par tout le monde, aboutirait , disaient-ils , à Textinctioii de la race bumaine sur la terre. Les esséniens portaient des vêtements blancs comme les adeptes de Pylbagore ( en voyage , ils logeaient cbes un de leurs frères , car les bommes de cette secte étaient répandus sur divers points^ principalement dans les villages ; le bruit des cités ne plaisait point à ces amis du recueillement*

Les esséniens regardaient le destin comme un pouvoir qui plane sur le monde , et mène tout à sa guise. Avec une teîle idée de la condition des hommes ici-bas, on s'élonnede leur croyance aux dogmes de l'enfer et du pa-' radis : la privation du libre arbitre doit au moins exclure

(1) Quod liber sit quisquis virt. slu.

(2} Guerre Ues Juifs, livre cUap. ii.

loiilc poîno ilaiis la vio ;'i venir. Les essonicns s'înlerdisnicnt (ont discours el loulo ocrupalion profanes avnnl îc lever du soleil ; leurs eulreliens ne roulaient que sur des sujets religieux. Un avant Tappai ilion de Taslrc du jour, ils priaient Dieu de rendre au monde son flambeau. Après avoir passé la matinée dans le Iravaili ils se parifiaient dans de Teau froide , et ])tiis mangeaient tous ensemble et en silence : un prélre béuissait la frugale nourriture qo*on allait prendre , el remerciait Dieu de ses dons ; il prononçait aussi une pri^e après le repas. Les GSsdnieDS retournaient à leur ouvrage , jusqu'au repas du ' soir. Leurs Iravaux n*avaienl rien de commun avec les spéculations et les ambitions humaines; ils se bornaient à la culture des champs. Ils étudiaient les livres qui traitaient de râme et ceux qui traitaient du corps ; ils s*occupaient de ce qui peut perfectionner le moral de Thorome, et s'occupaient aussi des plantes, des métaux dont les propriétés servent à la guérison dos maladies. Le calme rép^naii dans leur demeure; cliucun y avait sa cellule, el chacun sq servait soi-même. Des honunes qui ne s'étaient jamais vus se mettaient tout à coup à vivre d'une môme vie, à s'aimer et à s'entr*aider. lUcn ne se faisait sans * Tavis dos supérieurs, si ce n*est l'aumône aux pauvres, el lorsque les esséniens soulageaient les maiiieureux , la compassion était leur seul mobile. La douceur , Tamoar delà paix, la fidélité aux promesses, formaient le carac* * tère général des esséniens; ils avaient peu de confiance dans les hommes qui, pour être crus, ont besoin de prendre Dieu à témoin , et s'abstenaient de jurements. Leur extrême sobriété prolongeait leurs jours : beaucoup d'entre eux vivaient jusqu'à cent ans.

Un noviciat de trois ans précédait Tadmission dans leur communauté; c'était un temps d'épreuve imposé aux postulants. Le jour de son entrée dans la salle des repas ou le réfectoire , avant de prendre place parmi ses frères , Tessénicn , nouvellement admis, promettait, une dernière fois el solennel lemeul , d'honorer çl de servir Dieu de

CHANTltË XVIL 377

toat son cœur, d*observer hi justice euvers les hommes, de ne faire volonlairement aucun mal à autrui , de délester les méchants, d^assislcr les gens de bien , de garder la foi à tous, et parliculicremcnl aux rois qui Licmieiil leur puissance de Dieu. Il pruiiicltait , en cas d'élévation à une charge publique, de ne pas malLi ailcr ses inférieurs, de garder les mêmes vêlements que ses autres frères , et de continuer à resler simplement leur égal ; il promcllait encore d'aimer la vérité, de ne point souiller ses mains par des larcins , de ne rievi cacher à ses frères en matière de religion , el de ne rien révéler aux étrangers, même en face de la mort ; de n'enseigner que la doctrine qu'il lui avait enseignée , et d*en conserver précieusement les livres ainsi que les noms de ceux de qui il les avait reçus. ■ La société se partageait en quatre classes : les plus jeunes entouraient les anciens d'un respect religieux. Quelques esséniens» les plus vertueux et les plus versés dans la connaissance des saintes Écritures, se vantaient d*y trouver les cboses deTavenir. il arrive rarement, ajoute naïvement losèpbe, qu'ils se trompent dans leurs prédictions. .11 n*était pas permis à un essénien de manger avec un élranger : lorsque , pour une faute grave , on le chassait de la communauté, il se trouvait réluit à vivre de Therbc des solitudes. Afin de donner plus d*aulorité à leurs arrêts, les essénicns s'asscmhlaienl toiyoui\s au nombre décent pour juger. Après Dieu , c'est leur législateur qu'ils révéraient le plus; celui qui en parlait avec mépris encourait la peine de mort. Nul n'obscrvail aussi rigourcusemcuL le sahbal que les esséniens. Ce jour-là, ils se léunissaienl dans leurs synagogues, écoutant la lecture ci l'explication de la loi. Au rapport de Pline , on ne rencontrait des esséniens qu'en Palcstiuo, et leur nombre ne s'élçvait pas au delà de quatre, mille.

Josèphe raconte que , durant la guerre des Juifs contre les Romains, les esséni^s persécutés, préférèrent mourir plutôt que de dire du mal de leur législateur et de loucher aux viandes , dont l'usage leur était défendu par leur reli-

m UISTOIttË Dë i£RUSÂLËM.

gion« Les tourments ne leur arrachaienl ni plaintes ni larmes t ils souriaient en face des bourreaux, et, pour prit d*une fidélité courageuse, se promettaient dUmmortellos

félicités.

Telle (^laiL celle secle, la plus avancée des sectes isracliirs, cL dont ia morale avait pour mobile et pour principe, comme l'observe Philon, l'amour de Dieu, l'amour de la verlu el l'amour des hommes. Sa gloire est d'avoir , par son esprit et ses tendances, pressenti rEvani,'ile elles associations monastiques. Les livres renlermant les doctrines des essëniens , le nom de leur législateur , objet d*une vénération si profonde , ne sont point parvenus i la postérité ; cela s'explique quand on songe qii*an mystère enveloppait leur association, et qu'une do leurs obligations les plus sévères était de ne pas révéler leurs enseignements sur étrangers ; on peut en conclure aussi qu^aucune intelligence vraiment supérieure ne s*étaît ren^ ' contrée dans la communanté des csséniens. Le secret imposé aux disciples qui composaient Tinstitut dePytha* gore n*a pas empécbé les ftrê ihrit, ce monument des traditions et des doctrines du grand bomme de Samos. Et puisque nous venons de prononcer ici le nom de cet iltuslre penseur de Tanliquilé loinlaine, observons que l'enseignement des esséniens oll'rail un mélange de préceptes judaïques el de llicorics morales empruntées aux pylhagoriciens ; la philosopli a\ ait passé en Judée el frappé quelques esprits conieniiil al ifs. En repro» duisnîil les principaux traits qui peignent un essénien, nous nous rappelons la vie du pythagoricien, devenue le synonyme d'une vie exemplaire, selon les expressions de i^laton (i). Une remarque à ajouter, c'est que Tassocialion fondée par le vaste génie du philosophe samien , eul à lutter, comme la communauté essénienne» contre d*Iiorribles persécutions, et qu*à la fin elle se trouva misérablement dispersée dans le monde.

(I) République.

CUAiUiill!; XVIL 470

Hérode protégeait les esséniens» nous dît'Jbsëplie, ol Texplicttlon qu*eii donne rhistorien juif est curieuse. 15n essénien, uoinmé Mauahem avatt va Hérode étudier à * récole avec des enfants de son âge, et lui avait prédit qu'il régnerait un jour sur les Juifs. Le Jeune écolier hésitait à croire à un tel avenir ; Manahem lui donnant un petit coup sur Tépaole, lui rappela sa parole prophétique» loi traça les devoirs d*un bon rOi , et en même temps lui annonça que son impiété envers Dieu et son injustice envers les hommes souilleraient la prospérité et la gran* deur de son empire. Lorsque Hérode fut roi , il se ressouvint de la prédiction de I*e8sénien, le fit venir pour lui demander s'il aurait au moins dix années de règne : i Vous en aures vingt, trente» i répondit Hanalîem ; et le nouveau souverain des Juifs renvoya son prophète avec de grands honneurs, et depuis lors se montra toujours favorable à la communauté essénienne.

Nous nous sommes arrêté longuement aux esséniens , parce <pron a prétendu que Jésus-Christ était sorti de leur écoli^ ; nous avons fait ressortir ce qu'il y avait d excellent dan:^ leurs doctrines et leurs mœurs pour nous donner ensuite loule la liberté de si|^Mialer Timmense inltirvalle qui les bépaie de renscignenicnt du Fils de Dieu.

En rejetant le mariai^'c, les esséniens hrisaieuL la pierre angulaire du nioiidc social, suppriinaieiil l'élément constitutif de la grande famille; Jésus , aj^portant à la société sou orgaiiisnlion providentielle, ennoblit et consacre le mariage , atleruiit les lois du foyer, introduit l'ordre et la sécurité dans le sanctuaire domestique; il déclare que l'époux et l'épouse seront deux dans une seule chair , et répèle qu'ils ne seront plus deux , mais qu'ils formeront une seule chair (i); Moïse avait jiermis qu'on répudiât sa femme en lui délivrant un aclc de répudiation (2j, et le Sauveur défend à Thomme de séparer ce que Dieu a uni.

(i) Suiiii Marc, chap. 10, vers. 8.

(%) Deuléroiiomie.

im HISTUIUE DE JEiiLhALEM.

Lafacililc Ju divorce amenail d^cflroyablcs désordres dacs les anciens âges. Eu le proscrivant, le Chrisl verse daos la société une puissante vie qu'elle u'avail jamais connue.

Les initiés esséniens promettaient de haïr les inéchanls» et lésus conversait afTeclueusemenl avec les pécheurs el s*en allait disant que c'était pour eux qu*il était venu. Et qui donc , avant lui , avait ordonné, à Thomnie d'ainer ses ennemis et de prier pour euxl l/easénien ne devaii pas manger avec un étranger , ne devait rien révéler de sa doctrine. Cettecommunauté, oii se pratiquaient de hautes vertus 9 où se répandaient de helles lumières morales, était impénétrahle et murée ; les essénlena gardaient pour ewL tout ce qu'ils savaient, ils cachaient en quelque sorte sous les plis de leur tunique le flambeau qui les éclairait ; ces avares du monde moral faisaient perpétuellement sentiuelle auprès do leur trésor pendant qu*on mourait de faim autour d*eux.

Que fait Jésus-Christ? 11 n*y a pas d*élranger pour lui , et appelle tout le monde an banquet de la vérité; nonseulement il enseigne dans le temple, mais encore dans les maisons et sur les places publiques , aux bords des chemins t des fontaines, des fleuves et des mers; il re> cherche , il instruit toute créature faite à Timage de son Père ; il tt*enferme pas les salutaires clartés sous le boisseau ; il n'emprisonne pas la lumière dans je ne sais quelle mystérieuse retraite, inais. se montre à la terre comme le soleil s'échappant des portes du matin , et inonde VnnU vers des splendeurs du vrai, du juste , du beau. Dans Tas* sociation essénienne comme dans les associations philosophiques et religieuses de rÉgyptc , de l'Inde et de la Grèce, il y avait quelque chose d'étroit , de personnd, qui était infiniment loin de ce caractère civilisateur de la doctrine du Christ ouvrant ses deux bras au genre humain. On ne rencontre plus ici les lenteurs de l'initialion , il n'est plus besoin de passer des années sur le seuil de la demeure oik réside un peu de vérité, et Jésus ne trace pas des limites au delà desquelles Terreur gardera son empire ; après qu'il

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a lui-uiùmc rempli sa mission sans repos : t Allez, dil-il à SCS disciples , allez, enseignez toutes les nations. » ]L |u)i init dans le creux de la main un océan de vérité et voulut le faire déborder sur le monde.

Les csséniens avaient placé au-dessus de nos télés un inflexible destin ; au lieu du sort planant sur les hommes , Jésus lions montre notre père qui kst aux cieux. Les csséniens, comme tous les Hébrenx , se regardaient comme des frères, mais c'était là une fraternité Israélite ; le ûls de Marie prêche ane fraternité universelle. Devant cet enseignement , qui ne pouvait sortir que du cœur d*un Dieu , les préjugés de natiuns et de races doivent ttimber , les lois de la guerre doivent s*adoucir , les haines de peuple à peuple doivent 8*eflkcer , la civilisation doit finir par couler à grands flots sur toute la terre. lésus-Christ ne pouvait donc pas plus sortir de Técole des esséniens'qu*il ne Taurait pu des écoles de Pytbagore et de Platon; il y a entre eux et lui une incommensurable distance; le Fils de Dteu laisse derrière lui le législateur inconnu qui avait établi la secte esséuienne, comme Toiseau du soleil, s^éiançant vers la radieuse voûte, laisse le passereau voltiger humblement autour des buissons du chemin. Du reste, il est permis d^affirmer historiquement que Jésus ne fit point partie de cette secte; les contemporains n'auraient pas pu Tignorcr, et les gens de Nazareth, qui ne ravalent jamais perdu de vue, n'auraient pas été aussi étonnés de la mission que ce dhorpetuier de leur cité s était tout à coup donnée.

Comme Jésus était de Galilée, ses ennemis le soupçonnèrent d*apparlenir à une association galiléenne qui venait de se montrer. Un homme de ce pays, appelé Judas et un pharisien nommé Sadoc, avaient soulevé le peuple contre un recensement opéré par Cyrenius, gouverneur de la Syrie ; ils disaient que le gouverneur romain se préparait è réduire la Judée en servitude et qu^une rébellion éner^ giquc de la part des Juifs obtiendrait les secours de Dieu. Les mécontents , les méchants, tous ceux qui aimaient la

t8i UISTOUe D£ itRUmËM,

nouveauté se rallièrent au parli de Xudas ; le sang coula et des crimes se commireot au nom de la liberté publique; la guerre aux l iclies devint le mot d'ordre des sédiUuux. A la suite de longs brigandai^es , le parti de Judas s clail changé en nne quatrième secte qui avait ado[)tf' les doctrines morales et religieuses des pharisiens. Mais un Irait parliciilirr distinguait rassocialion £!:a]ilrc'nne , c'était un ardent amour pour la liberté et une haine profonde contre le pouvoir ; les Galiléen» reconnaissaient Dieu seul pourrai; ils étaient prêts à aubtr d*borribles tourments plutôt que de donner à un homme , quel qu*il fûl , les noms de set* gneur et maître; ils trouvaient impie de payer le tribut aux Romains, t C'était, disaient-ils , égaler les hommes à Dieu. »

Ponee»Pilate avait fait massacrer plasienra de ces amis passionnés de la liberté politique pendant qu'ils offraient des sacriices. On raconta cet égorgement an Sauveur, qui se contenta de répondre : c Pensei-Toos que ces malheu* f reux fussent les plus grands pêcheurs de toute la Gali'* I lée?... 11 en est d'eux comme de ces dix-huit hommes « sur qui tomba la tour de Siloé et ^ui périrent ; croyez- € vous qu'il n'y avail pas de plus coupables qu'eux à Jéruf salcm fi)? > Les pharisiens et les hérodiens auraient bien \oiilit quelque pn-texlc pour jeter sur Jésus tout i'odÏLux qu'inspirait la secte gai ilécnne , et perdre ainsi le fils de Marie dans l'esprit du gouverneur rtimain ; c'est alors qu'ils imaginèrent d'envoyer demander au Sauveur s'il fallait payer le tribut à César. On sait la réponse; qui fut faite: celte réponse fermait la bouche à ces ennemis d*un jour que le Rédempteur rencontrait sur ses pas , et posait, pour servir de règle à travers les temps» les devoirs des peuples vis^à-vis des rois.

Nous avons écrit tout i Theure k nom des hérodiens^ G*étail nne association ainsi appelée dWrode le Grand dont elle aurait voulu faire le Messie. Les victoires et les

(i) Saint Luc, chup. É3.

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rieheises de ce priace avaient para à ces Juifo groMiers

des signes eertains qui rétablissaient le libérateur long* temps promis; ils ne se formaient du Messie qu'une idée matérielle ; orla magnificence de l'Iduméen répondait bien awtremenl ù leurs terrestres espérances que l;i divine pauvreté de l'artisan de Nazareth. Les hérodieus suivaient en matière religieuse les mêmes voies que les saducéens. L'histoire a peu parlé de celte cinquième sccio Israélite, et tout ce que nous savons de particulier , c est que l'anniversaire de la uaisaanoe dliérode était pour elle un jour de féte aoleonelle.

Pour Dous Caiire une plus complète idée de Tétat des opinions religieuses à l'époque du Messie , nous sortirons de la Judée ; nous irons visiter autour d*Âlexandrie et au veitinage du lac-Héris, les thérapeutes dont le nom grec nous indique leurs mystiques études dans le bot de guérir les maladies de Vâme. Nous ne reproduirons point ici tons les détails que nous a transmis Philon (i) sur leurs pratiques et leurs habitudes , et qui annoncent chez les thérapeutes line évidente parenté religieuse avec les essénioiis. Les Juifs emmenés ou retirés enÉgyple à la suite des diverses calamités lomltées sur Jérusalem, avaient pu mêler Ir^ souvenirs de la loi des aïeux aux doctrines de TînsiiUit pvlhncforicien , dispersé alors aux bords du Nil coiimu' en d'autres contrées dcrOrienl. Munis de ce pieux mélange, les plus fervents adorateurs de Jéhovah , donnant leurs biens, fuyant les cités, cherchaient dans les profondes retraites Toubli des malheurs de la patrie hébraïque et un aliment à leur besoin de repos contemplatif* ils montraient ainsi les premiers temples d'associations monastiques dans ces contrto oà Paul devait ouvrir la ▼oie d'une perfection ascétique bien autrement divine. Les rigueurs de la vie de ces moines Israélites les ont fait prendre pour des chrétiens; mais il est certain que, long« temps avant Jésus-Christ, les thérapeutes méditaient et

(1) Df la Vie conlemplalive.

384 HiSTOIRE DË JÉBUSALËM. .

priaient dans leurs cellules ou iemmet, cbanUienldc graves cantiques d*adoratîon dans leurs assemblées, et man-

gcaicnl, une seule fois par jour, après le coucher du soleil, du pain cl des racines assaisonnées d'un peu de sel. Pliilon nous apprend que les Uiérapcutes recevaient jini mi eux des femmes au décliu de Tàge et vouées au cciibal ; ils avaient , après chaque période de sept semaines, une fêle qui se terniinait par des chœui\s de danses sacrées; ces danses, dit Philon , oCTraient une image des chœurs Cl des harmonies célestes. Les IhérapcuLcs étaient fort avancés dans le spiritualisme et ia niorliiication de la chair. Lorsque saint Marc fonda une église à Alexandrie « il trouva dans Tassocialion des thérapeutes une préparalion heureuse à recevoir renseignement chrétien.

Au milieu des écoles ou des partis hébraïques que nous venons d'apprécier, il existait une sorte .d'association philosophique ol religieuse ayant son système particulier pour l'explication de Dieu et du mondct et qui était regardée comme dépositaire du sens cacbé des Ecritures : c'étaient les cabalisles. Il ne nous appartient pas do nous en occuper longuement, car nous ne pourrions trouver dans leurs doctrines le moindre rapport avec la mission religieuse du fils de Marie : mais il importe de les mcnliauner. Les cabalisles , comme Icm nom (i) l'indique, l ecevaieiit parinitiation des enseignements qui restaient secrets. En parlant de l'idée que chaque passage des livres saints renferme un sens visible cl un sens caché, il se lançaient dans Timmonsilé des spérulalions incertaines. Un rcnioil (9) imprimé dans la dernière moilié du xvn*^ siècle nous a transmis ce qui a été écrit sur la cabale Rabbiuique : ce sont d'épaisses ténèbres amassées par les caprices de l'imagination d'Orient. Une comparaison tirée d'un ancien fragment cabalistique nous fait comprendre comment les hommes de cette école expliquaient Dieu et l'univers. La

(I) Kabkt veut dire en hébreu réeepUan, (3) Kaorrhia de Rosenrolh : Kabala^denudata.

CHAPn Ufc XVII.

matière n*eslpoar cqx qu^une ecrlainc forme accommodée Il oolreorp'anisalion ; ils su pposeol une substance élcrnclle qtt*ibappeli€nltoiitmtêre de Cinfimi; elle circule daus runiyen par des canaux qui $arrosr?ït et s*mummeHtmutueUm*nt jusqu'à la spImuUur et à la bénédiction de toul le mmsde, semblable au sang coulant de Tune à Taulre veine et eutrctcnanl ainsi la vie dans le corps de Thom me. Ce système d*ua toul éternel soutenu, animé, vivifie par une scvc immense, c*cst le panthéisme tel que renseignaient Xéaophane de Colophou, Démocrite, Épiciiro, Stralon , tel que Sjiinosa Ta renouvelé il y a deux siècles et qu'on le repro> duil encore de nos jours (t). Les cabalistes avaienl imaginé des séries ou des chaînes par lesquelles on pouvait remon* ter des choses inférieures aux choses supérieures» de la lerreau ciel. Nous ne dirons rien do la cabale magique ou pratique qui naquit de la cabale spéculative el qui s*es( perpétuée sons des noms divers en Orient ei en Occideul*

Telles étaient ces écoles ou associations bébraiques qui « de loin, se perdent si obscurément autour de la rayonnante image du Sauveur du monde. Il nous fallait constater Tétat des esprits et des doctrines en Judée et en Orient alors que ce jour de vérité se levait si beau*

Ceux qui croient attaquer la divinité du cbristiauisme en y découvrant des rapports avec les philosophies anciennes et les enseignements précédents , ne Font jamais compris. Jean-Baptiste n*a pas été le seul précurseur da Christ. Durant les quatre mille ans antérieurs , chaque

(I) Dans un peiit écrit récent 'îo ^î. Lamennais, iniituîé r De la Religion, nous trouvons une (iéliiuiion de b ciéiilioti , luui a lait conrorme à la peusûe et à l'image de rancieuiie école cabalistique : «... La force , la forme dSDS se» tanciialinihleB variétés, la via qui • en e»l le Iten , y circuleot \éxas la créatloo ) , en qaelque manière f comme la «éve dans la plante , comme le »ang clans les animaux, « d'un mouvement qui ne s'arrête jnmais : el de ce mouvement éler- « nel, universel, résiille, pnr rimion de» être» entre eux el avec c leur auteur, que pcr|»ciueiicnient il opère l'unité de la création, < qui se résout dans Diea même. > Ceci est donc une noufcauté philosophique qnt daie de vingt-cinq siècles !

M HISTOlliE DE lÉRUBALI^f.

ifèfiié qui eti entrée dans Tcspril deriioninie a ëtécoiame un bienfait du ciel pour remettre le monde en des rentes meilleures. Depuis Mofse, à qui IKeu airait parlé comme un ami parle à son ami , jusqu'à Platon qui , dans un prophétique rayon de génie, vil le Juste mis en croix , jusqu'à Philon , Tilluslre Juif d* Alexandrie , dont les liailés ren- 1(1 ment une si haute morale , tout homme mis en possession de quelques clartés» de quelques noiions utiles au genreliumaiu , a ôtéoomme providentiellement chargé de préparer la voie du Seigneur : Jésus se montre à nous comme la représentation magnitique de la vérité nnivcrselie oubliée , perdue ou dispersée, comme Tadorable complément de tout ce que le monde a jamais pressenti de l^and et de vrai.

Cette doctrine n^est pas nouvelle : cent cinquante ans après la mort de lésns^^hrist, saint Justin « le philosophe de Siohem » dans sa première apologie adressée à Tempe* reur Antonin le Pieux, disait que» même avant la nais^ sancedu Sauveur , il y avait eu des clirétiens, parce que, ajouUit*il f lésus-Christ est le verbe de Dieu et la raison dont tout le genre humain participe , et ceux qui ont vécu suivant la raison sont chrétiens.

Les lumières qui se sont montrées en Palestine à l'ap-- }>rochc du Verbe incarné , uni précédt' sa gloire, niuis ne Tont point diminuée. Chaque malin , Tunivcrs nous offre une imoge de ce qui s'accomplit alors , et c'est là une loi de rharmonio éternelle. On ne passe pas tout à coup de la nuit au soleil ; des clartés courant dans l'espace vous avertissent que la venue du grand astre est prochaine; l'horizon blanchit et s'illumine. Ainsi des rayons précurseurs annon^ient iésus^^^rtst» ce soleii de la création morale.

SUITE

DU GUÂPITUE PKËG£D£NT.

Que de choses nous aimerions I redire poor saluer cet Évangile qot se dresse sur Tunivcrs comme un drapeau de lumière, de consolation et de liberté!

Ce fut une étonnante parole que celle qui fut entendue un jour sur la colline des Béatitudes , à peu de distance du lac de Gcnésarclh :t Heureux ceux qui pleurent! • dif^aii la divine voix. Jusque-là, on avait dil : < Heureux les riches! « heureux les puissants ! heureux ceux qui, pai Topuïencc f ou par la force, font de leur vie un enchaînement de dé- • sirs remplis, d'ambitions rassasiées ! > Mais qui eût songé à proclamer lebonheur dans les lai nu s, ihms k s allliclions? L'antiquité païenne était sans entrailles; elle inlerdisail la pitié comme une lâcheté; les vaincus, les pauvres, les inlirmes , tous les hommes déshérités des biens de la vie étaient réprouvés ; la faiblesse et la souffrance n'avaient guère le droit de s'adresser aux dieux ; les' maîtres de rOlympe ne regardaient avec complaisance que les dominateurs et les forts. On peut dire qu'ils aimaient surtout ceux qui n'avaient pas besoin d*eux ; ils souriaient aux grandeurs et aux joies delà terre, jamais aux visages

aballuh, aux piles fronts silloniiL^ les durs travaux. Puis, voilà (lu'on enseigne que la douleur est un l)ien , qu'elle est saiule et féconde, qu'elle ennoblit riiouinie et le prépare aux plus hautes destinées; qu'elle n'est point un signe de honle et de délaissement, mais un sceau d'élection cl de gloire, une mystérieuse loi qui ferme l'altiiiie cl ouvre les cieux. Oui , vraiment, c'était là une bonne nouvelle annoncée à l'univers. Les dieux anciens avaient rejeté de leur face les trois quarts et plus du genre humain. Le Dieu nouveau appelait ù lui , avec des accents de miséricorde et d'amour, rhumanilç tout entière. Le pa-* ganisme ol le christianisme se trouvent appréciés par ce seul fait ; Linvenlion humaine et la révélation divine sautent aux yeux.

Une remarque à faire, c'est que, pendant quatre mille ans, le genre humain fut sans consolateurs. Alors, comme aujourd'hui, on voyait tomber dans les bras de la mort, ses amis, sa famille, cl nul n'avait le secret d'adoucir (es blessures du ( (i ur. On se séparait des compagnons eldes soiiliL-ns de ses jours; ce qu'on avait chéri disparaissait dans le silence d'une impénétrable nuit, dans la morne profondeur d'un tombeau; les vers, hideux convives du sépulcre, dévoraient les objets d'une vive affection ; on restait seul , on ne retrouvait plus autour de soi ces regards , ce sourire où se peignait une âme bienveillante ou tendre ; on n'entendait plus ces voix qui tour à tour apportaient les conseils de l'expérience, les douces assurances de l'amitié : la mort laissait dans une eQVoyablc solitude celui qu'elle n*aTail pas voulu frapper; auprès de lui venait bourdonner la parole humaine , impuissante cl glacée ; elle le plaçait dans l'aUernative du désespoir on de l'oubli , qui est une seconde mort! Oh! comme la sensibilité souffrait dans Tancien monde ! comme lescœurs aimanls.devaient se briser! Rien alors de plus épouvantable que le cercueil ; une ténébreuse confusion enveloppait les doctrines de la vie à venir, et le trépas était une séparation toute pleine d'inexprimables angoisses. Durant qua-

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