CHAPITRE XVII
on pouvait, par un effort du génie, se représenter* un moment FuniTersalité des affiictions humaines dans leur réalité, on s'enfuirait épouvanté, cherchant un refuge contre ce spectacle inénarrable. €e n'estpas uniquement de la tombe, des séparations du Ircpas que naissent les déchirements intérieurs, la mort frappe des coups dont notre nature est ébranlée ; mais parfois le malheureux invoque la mort 1 La Vie a, aulant que le Trépas, des dents qu'elle enfonce dans l'âme ; seulement le siius; de ces " blessures-là coule en silence : chaque homme, quel qu'il soit, emporte avec lui sa secrète peine; il la promène à travers les frtcs de la lerre, et l'invisible flèche sus[Hiudue à ses flancs ne le quille jamais. Voyez , il y a di? l onibre sur tous les fronts ; elle est plus ou moins nuiie, selon qu'il règne dans la conscience plus ou moins de sérénité : la soufi'rance a son ombre comme la montagne a la sienne. Si donc toutes ces douleurs réunies se montraient à découvert, si la vallée de larmes , se dépouillant de ses voiles menteurs , de ses fleurs sans parfum et sans racines, nous apparaissait dans son entière vérité, nous nous trouverions face à fiice avec un abimeoii gronde une éternelle tempête, et tous les bruits que nous entendrions aux quatre coins de la vaste demeure éclairée par le soleil, seraient des notes plaintives, des gémissements. La peinture de cet immense gouffre vivant dépasserait toute puissancedVtiste ou depoëte : le pinceau, la plume ou la Ijre tomberait dés mains !
Instinct étrange t llmmme qu*un souffle peut abattre , comme pour se venger de la fragilité de ses jours, n'aspire qu d détruire, et la foi religieuse qui apporte un remède à ces maux infinis , a d'incessantes guerres à soutenir ! Ce n'est plus la liaine qui 1 altKjue, c'est une sorte d'inquiétude philosophique lasse d'admirer et d'aimer ce qui a été, et demandant à la science ou à la contemplation quelque chose de nouveau : t » si In rébellion de l'esprit contre îe joug des autorités anciennes. Il y a encombrement de théories nouvelles el de systèmes rénovateurs ;
292 IIISTOIRE DE JÉR18ALEM.
on nous répète que le caLlioIicisme , celle vaste et magiiifiquc expression de noire passé religieux, ne sufiit plus au besoin des géiiéralious nouvelles, el qu'a[>rès avoir salué de loin tous ces souvenirs tle la piélé naïve de nos pères, il iaut s'aventurer vers d'autres rivages, vers d'atilres cieux; semblable à saint Christophe qui avait porté son dieu, sur ses épaules, de l'autre côté de la rivière, le novateur religieux veut se charger de la pensée du Christ ]»our la porter de l'anlre côté des temps!
Plusieurs se trompent sur le caractère et la nature de la religion catholique, la religion des aïeux ; ils n'y voient qu'une forme nécessairement destinée à recevoir des modifications diverses selon les vicissi tudes des siècles. Le catholicisme n'est pas comme un vêtement du Christ qui peut changer ainsi que toutes les images du monde extérieur, c'est la doctrine chrétienneelle-mème enseignée aux hommes par une autorité constituée au nom du Dieu rédempteur. Cette doctrine étant la vérité, doit rester éternellement la même, parce que la vérité demeure une et immuable au-dessus de la vie el du temps, au-dessus des tourbillons de poussière que fait l'erreur, au-dessus des bouleversements perpétuels qui s'accomplissent dans le monde. Il n'est donc pas philosophique, pas logique, pas admissible rie dire qu'il puisse y avoir une nouvelle vérité religieuse appropriée à chaque grande époque de l'histoire de l'humanité. L'Évangile, tel qo'U a été prêché depuis dix-huit siècles, suflîra pour éclairer la grande caravane humaine jusqu'à ce que, sortant des déserts de la vie, elle parvienne à rélernelle et radieuse montagne où Dieu réside. Il n'y a ni découverte, ni révolution, ni crise morale qui puisse prendre au dépourvu ce guide immortel qu'on nomme l'Évangile.
% Nous voulons le Christ, nous direz-vous , nous ne f voulons pas marcher sans le Christ ; mais notre Jésus se < Iransforme selon le temps, el reprend perpétuellement « son œuvre dans l'intérêt du monde qu'il veut sauver. » — Qu'est-ce qu'un Dieu que vous condamnez à travailler sans cesse» à souffrir saas cesse» à recommencer sans cesse