CHAPITRE XIX
Le roi Agrippa eile«goiivenieanioa»liis.—llitpefaion des apùires. — Let grands homniei du premier âge chfétieii.
TloQS Toici en présence de dates incertaines , d'événe-
• ments qui se croisent ; le cbrislianisme naissant et les érénemcnls potiliqucs de Jérusalem et de la Judée s^oflTrent à nous en même temps; nous sommes en face du pouvoir romain qui gouverne et opprime, du pouvoir religieux du grand prêtre et du sanhédrin qui s'épuise en agitations, en menaces, en poursuites, et de ce pouvoir nouveau sorti de la vertu de la croix contre lequel Home et le judaïsme sont armés. Nous éviterons les discussions chronologiques qui ne conviennent qu'aux érudits, nous bornant à établir avec netteté ce que nous croirons rexactitude; nous aurons soin aussi de nous préserver de toute confusion , et pour cela nous détacherons en tableau les événements on les hommes, qui sont les plus dignes de Fatteution studieuse.
Agrippa , ce roi de Judée qui devait tout aux bienfaits de Caligula et de Claude, était mort à Césarée, avec d'effroyables doulcui s ( an de J.-G. 4-4 ) au moment où de stu* pides flatteries lui trouvaient trop d'éclat pour ne pas
Tadofer comme uo des dieux immortels. CéUit un prince d*aii esprit orné, de mœurs élégantes , de manières dou* ces; il avait passé sa jeunesse à la cour d^Augusteaa milieu des magnificences du premier palais du monde» et avait pu entendre le chantre d*Énéeet le poêle de Tibur réciter leurs vers. Le gout des arts était chei les Rérodcs un goût de famille; Agrippa se plaisait à la construction de beaux monuments , et d*ailleurs son long séjour à Rome eût sulE pour lui inspirer Tamour de la grande arcbitectore. Béryte fut une des cités où il répandit principalement ses trésors, sans doute en souvenir des privilèges et du surnom qtt*Auguste avait donnés à cette ville. Le roi de Judée y fît élever un théâtre* un amphithéâtre et des thermes dont on retrouve aujourd'hui quelques traces ; le cirque de Béryte fut inauguré par un eoaîbal entre quatorze cents hommes condamnés à mort qu*on partagea en deux troupes. Josèphe nous apprend (i) que pas un.8eul des combattants ne survécut à cette horrible mêlée t ce qui veut dire que la féte fut complète : cette importation des mours romaines au pied du Liban était pour les luife un sujet de scandale et pour les gens da pays un sujet d*effiroi.
Agrippa avait entrepris d'augmenter les forlificatioM de lérusalem, suis comme il n*étail roi que pour le compte des Romains, Tempereor Claude lui interdit de poursuivre ses travaux. -Un peu plus tard, cette interdie* Uon tomba devant des sommes d*argent ; ce qui liit dire à Tacite que les Juifs , profitant de Tavarice des temps de Claude , achetèrent le droit de se fortifier, et élevèrent des remparts en pleine paix comme pour se préparer à une guerre («). L'historien juif nous raconte un trait de spi* rituelle clémence de la part d' Agrippa ; pendant que le prince se trouvait à Césarée , un docteur de la loi se mitl prêcher publiquement contre lui è lérusalero; il r^ro-
fî) LuTûlCIX, fhap. 7.
(2) Tacite, Hisloires, livi^ V.
CHAPmUS XIX. »
chait au roi des dérèglements et des vices, el demandait
f|ne la porte du temple lui fut désormais fermée; Agrippa lil venir à Césni cc le < eiiseur iriipilu^ able, lui donna place à côté de lui au tliéàlii , le combla d'honneurs et de présents, et le docteur, conroijdu de cette mauièiti de su venger, ne put que balbutier des regrets et la demsiude de son pardon.
Les sujets d'ilérode le Grand l'avaient accusé d*aimcr plus les Grecs que les Juifo; Agrippa vouînt avoir i'air de ne point imiter sur ce point son aïeul; la lèle de saint Jacques, frère de Jean, fut un des gages de dévouement qu'il donna à la multitude Israélite. On nous a montré» daoa VégUse du couveut des Arméniens, sur lo mont Sion, une petite chapelle parquetée de mosaïques , marquant U plac€ où fut immolé le second martyr de la foi : nout ne diroQS rien Ici de la légoida espagnole qui fait empibricr le corps de cet apôtre à Gompoatelle* devenu le but d^uii pèlerinage célèbre dana toute la chrétienté* La douceur du gouYernemenI d'Agrippa n'empêcha point les villes do Gésarée et de Sébaste d*aecaeilUr avec des transports joyens la nouvelle de sa mort; on. emporta dans les lieus inUmes les images de ses trois fillest HMnioe* Mariamne el Drusille; on oiFrit au nocher des enfers des sacrifices d'actions de grâces dans des festins publics où les convives avaient des couronnes sur la tèle et les cheveux, parl'umés.
L'ancien ami de Caïus laissait un fils appelé Agri[i|)a comme lui, mais dont l'extrême jeunesse ne peuvieUait pas de lui conlier l'héritage paternel. Le futur roi do Ju lée resta donc à Rome; en attendant Tépoque de sa maturUé, on donna au pays des gouverneurs romains. Fadus, Tibère- Alexandre et Cumanus se succèdent à Jérusalem. Ces gouverneurs, occupés de leurs intérêts bien plus que des intérêts de la Judée, faisaient trafic de la justice et des lois ; c'étaient , diaprés Tacite, des chevaliers romains ou des affranchis ; on pouvait dire de presque loua ce que riiistorien n dit d*Antoitius Félix , qui €mrmt «m mm
HiSTUlRE DE JÉRUSALEM.
êm d*eiclav9 um pomwir tyramnque» Élrangers dans cette ville» n*y prenant aucune racine ni par leurs fomilles ni par leurs croyances, passagers puissants qu^nn ordre de Rome réduisait à rien , peu jaloux de gagner Testinie publique sur une (erre à laquelle ne les attachaient ni les souvenirs du passé ni les pensées de l*avenir, les gouverneurs romains n*avaient en général d*autres préoccupations que celle de tirer le meilleur parti possible de leur cbaige; ils étaient à peu près serobablesaux pachas actuels deTempire otloman, dont tout le soin et tout le génie consistent à multiplier à leur profit les piastres et les sequins. Sous Tempire de ces divers gouverneurs, la Judée fut livrée au brigandage; les routes et même le foyer domestique perdirent leur sûreté ; les pays de Galilée, les bords du Jourdain , les environs de la mer Morte toujours remplis de pillards, vomissaient contre Jérusalem leurs bdtes redoutables; le r^ime du meurtre avait remplacé le régime de la loi , et parfois les gouverneurs se mettaient de moitié dans les bénéfices de brigandage. Cumanus , enrichi par Tor des Samaritains, expia dans Texil sa cupidité. Des sicaires étaient toujours prêts à vendre & la vengeance le secours de leur poignard; Félix, le successeur de Cumanus, se servit d*euxpour se débarrasser du grand sacrificateur Jonathas dont les remontrances Timporlunalent.
Deux séditions , Tune cauâée par Tinsolence d*un soldat romain, Tautre par un soldat qui avait brûlé lin exemplaire de la loi de Moïse, signalent les premiers temps du règne du fils d* Agrippa; à la première de ces séditions, le jour de Pâques, il y eut, d'après losèpbe, vingt mille Juifs iiùuStk dans les étroites avenues du temple. Dévoué par la nature même de son pouvoir à la cause des oppresseurs de la Judée , et peu porté d*esprit et de ccsur vers la nation Israélite, il ne s*inquiéta guère plus des intérêts du pays qu*un gouverneur romain, les Juifs de Jérusalem, voulant donner de Touvrage et du pain à dix-huit mille ouvriers, demandèrent au jeune Agrippa de rebâtir la gigantesque
GRAPrmB XIX. »
galerie à l'occideni du temple; le roi recula devanl Ténor-
luiU'MÎes dépenses el accorda seulemenl le pavage de Jérusalem c il pierres blanches. îl blessa les mœurs religieuses des Juifs en élevant un pavillon d'où il pouvail voir ce qui se passait daiis rinlérieur du lemple; on hn opposa une haute muraille; la cause fut portée au tribunal de ^^:'I•uni, qui, sur les instances de rirapératrice Poppée» donna raison aux Hébreux : petite victoire due à la fantaisie d'une femme, el qui ue chaugeait rieii à la situation des Juifs !
Au milieu des troubles de la Judée , de la confusion tyrannique du gouvernement et de la dûsorganisalion de la république hébraïque, de pauvres persécutés s'étaient parlagé l'univers, apn*^ avoir composé le symbole qui devait en être la loi religieuse. Saint Ândré, le frère de celui qui fut la pierre sur laquelle s'éleva l'édifice de l'Église, s'en alla en Scylhio, en Grèce, en Épire, el la tradiliui} le fait mourir sur uur croix; saint Philippe, que le Sauveur appela le lendemain de la vocation des deux frères de Bethsaïde, choisit la Phrygie pour sa pieuse conquête; saint Thomas qui , au dernier voyage de Jéricho à Jérusalem, avait cucouragé les autres disciplt s à suivre le divin Maître |)oiir aller mourir avec lui, el dont les doutes valurent au monde une si touchante preuve du miracle de la résurrection, annonça le Dieu cnicliic aux Parthes , aux Éthiopiens; il parcourut presque loute la terre, selon saint Jean Chrysost(\iTH' ; il fut, assure-t-on , martyr dans les Inde? , et plusieurs peuples se sont disputé la gloire d'avoir ses rnorlelles dépouilles. Ce qu'on appelait à celle époque les liides, c'étaient Innlol la grande Arménie, tantôt la Pei se ou l Arabie H» ureuse. Ce fut aussi à ces contrées, que saint R;irtlndenjy porta la foi avec l'Évangile de saint Matthieu, écrit dans la lan^^ue des Juifs d'alors, composée de syriaque et de chaldaïque. L'ancit n [Miblicaiu des bords de la mer de Galilée, ayant appartenu à celte classe d'hommes coupables devant Dieu el haïs de la sociélét dil TertulUen > qui foui acheter à leurs
« RISTOIRK BB llAUSALBll.
frères Tusago de la lerre, de la iiiiu et mènie du ciel, compasn le premier, im i c( it de la vie el de la prédicalion du Sauveur qu'il iuLiluln : Évangile uu Bonne Nouvelle ; il laissa aux apôlros et auv Juifs devenus chrétiens, ce précieux monumeDt, avaiil de se séparer d'eux pour aller prêcher dans TÉthiopie.
Ou n'est pas d'accord sur Ica provinces du moudoqui échurent au zèle de Simon le Cananéen ; on lui assigne tour à lour la Mésopotauiic et la Perse, l'Afrique et l'Égyple, el niônie les îles Brilanniques. Saint Jude, appelé aussi Thaddée et Lcbbée, frère de saiiiL Jacques le Mineur, fut donné à la Libye , d'après saint Paulin ; il vécut jusqu après la ruine de Jérusalem, et laissa une cpitrc, la 8Cplièn>e lie celles qu'on appelle caihoUques. Nous ignorons dans quel point du globe se dirigea saint Malhias, qui avail remplacé Judas; les Grecs prétendent qu'il prêcha et mourul dans la Colchidc. Saint Jacques le Majeur qui, sans doute, avail leyu en partage la Palestine, termina rapidement sa carrière sous le glaive, comme nous i avous vu » #u temps d'An;rippa.
C'est un spectacle surhumain, que celui de ces douze Galiléens, réunis peiit-(^lre dans l'obscurité de quelque grotte du mont des Olives, ou dans quelque misérable demeure de Jeiu^alem, se distribuant (i) les diverse» régions de la terre , et marquant d'avance les empires qu'ils doivent fonder au nom de Jésus de Nazarclli ! Après l'invasion dtN gi aades eaux , les ûls de ce patriarche à qui il fut donné de conserver dans l'arche flottante ua reste de la famille humaine , s'étaient disiiersés pour repeupler riiniver^ ; ainsi, quand le délu^M' <lc Terreur el du mal poussait 1 huniaïuléà un immense naulrage, les disciples de celui qui fut le Noé de la rédemption , se répandirent au loin pour refaire une sorte de création morale, et en fauter une douvcUc iauiiilc plus digne des regards de Dieu.
(I) Les conjectures les plut probable placent celte dUpertioa ver» l'an 10 de Jésus-Christ.