CHAPITRE XfX
Dans réTïuméralioii que nous avons faite toul à l'heure, Muus avons nommé nouf rijiùires. Il en reste trois dont iiùiis devons suivre les destuieus , saiut Jacques le Mineur, saint Pierre, saint Jean.
Nous avons vu saint Jacques le Mineur, fils de Marie de tléophas, établi cvé([ue de Jérusalem, alors le centre de rÉglise naissatUe; il avait la gloire de représenter le Sauveur auprès de la colline qui s'était abreuvée du sang divin, auprès du sépulcre dont la porte était tomlno à son souûlc puissant; il veillait à la garde du troupeau toujours menacé par les loups de la syn;igogue. Sa haute vertu faisait sa force; les haines des Juii.^ n avaient pu résister au spectacle de sa sainte vie , et c'est ainsi qu'il fut durant vingt-neuf ans la lurteresse de la communauté chrétienne de Jérusalem. On croyait qu'une vertu surnaturelle s*échappait du frère du Seigneur, et la muliilude cherchait à toucher le bord de sa tunique ou de aou manleau de lin. En îi! , lorsque se liut à Jérusalem le premier des conciles, pour savoir s'il fallait maintenir la circoncision, saint Jacques parla le dernier comme évé<iuc de Jérusalem, et son discours, conservé dans les Aclcs des Apôtrei (i), a paru à saint Jean Chrysoslùme, empreint d'une douceur et d'une perfection particulières. 11 commence par rappeler les paroles de Simuu-Picrrc, qui présidait le concile, cite la prophétie d'.Vnios annonçant uue réédilication de la maison de David tombée en ruines, et ajoute que Dieu connaît son œuvre de toute éternité. C'est pourquoi l'évèque juge qu'on ne doit pas inquiéter ceux d'entre les gentils qui se convertiront à Dieu , mais qu'on doit seulement leur prescrire des'abstenir des viandes miiDoléesaux idoles, de la fornication, des annuaux éloullés, et du sang. Quant aux Juifs convertis , celte prescription était inutile , car ils savaient la loi de Moïse qui leur était lue à chaque jour du sabbat. Une lettre au nom des apôtres, •des prêtres cl des frères de Jérusalem , fut adressée daus
(t) Chapitre 1».
9B HISTOIRB DB jâlOSALBIl. '
ce sens aux frères d'Anlioche , de Syrie el de Cilicie , d'où éUienl partis les premiers troubles au sujet de la circoflcision. En 58, sainl Jacques eut assez dMnfluence sur saint Paulf à Jérusalem, pour le déterminer à faire des concessions à la loi des Juifs; il voulait pnr là ménager les susco|)tii)ililés des Israélites qu'il avait amenés peu à [)CiJ à la foi de Jésus-Chrisl. " *
Quatre ans {)ius tard , son ascendant religieux parut iiitoh rable aux docteurs de la loi, aux pharisiens el aux saducécns; le complot de mort fut ourdi par le pontife Ananus , fils de cet Ânanus ou Anne, dont le nom est inscrit dans le drame de la Passion, el que Joseplie appelle un des plus iieureux hommes du monde , parce qup lui et ses cinq fils jouirent à leur c^ré de la grande sacr itlcaiure; selon rhi\ltji iun juil , Anauus proGta de l'inlervalle écoulé entre la mort de Fcslus et l'arrivée de son successeur Albinus, pour convrupu r le sanhédrin de sa pleine volonté el sans en avoir le Jtoit, pour faire comparaître sainl Jacques ^ous l'accusation d'avoir violé la loi, et obtenir qu'il fut condamné à être lapidé ! Josèphe désapprouve Taclion du pontife cuntrt; le juste, el nous dit qu*elle excita de nombreux niéconlentements.
Il nous resle , sur la vie et la mort du premier évèque de Jérusalem, des fragments d'ilégésippc, qui vivait sous le règne d'Adrien, environ soixante-huit ans après le martyre de l'apôtre. A cette distance, ce grave auteur ecclésiasliqut lue rÉij;lise a mis au nombre des saints, avait pu , eu interrogeant des Irrul 1 1 ions récentes , recueillir des renseignements vrais ; on am aii dù , selon nous , contester un peu moins son autorité (i), puisque Eusèbe , qui nous a conservé ces fragments , et ensuite des hommes comme saint Épiphane, sainl Jérôme, saint Chrysostôme, sainl Césaire, l'ont acceptée.
Uégésippe ne dit rien de riuterveation violente du
(t) On trouve à la fin des noies du tome 1** des Mémoires de Tillémont, nne lettre d'Arnaud contre ce ^uVeril Hégétippe de sainl Jaeqmt, évéquf de JérutaUm*
CHAPITHË XiX. H
pontife Ananiis. D*après son récit, les pharisiens et un grand nombre d*autres Juifs opiniâtres, croyant pouvoir changer la foi de Tapôtre/le firent venir en présence du
peuple, et demandèrenl à sa sagesse éclairée de lirer de Terreur ceux qui prenaiciil Jésus pour le Christ. C'était la Tèie de Pâques ; aliii que sa voix parvînt mieux à la tiiultilude assemblée , on rinvita à monter sur le pinacle d» temple, où lei^lcnton avait transporté le Fils de Marie : le disciple se trouvait ainsi tenté à la même place où l'avait été le maître, c Vous qui êtes un bomrae juste, lui cria- « t-on alors , apprenez-nous ce que nous devons croire de € Jésus qui a été crucifié; tous tant que nous sommes ici, I il Faut que nous nous conformions à votre réponse, i L'apôtre , élevant la voix , répondit que Jésus , le Fils de l'Homme, était maintenant assis à la droite de la majesté souveraine comme fils de Dieu , et 4]u*îl viendrait un jour porté sur les nuées du ciel. Un hosanna, parti de plusieurs bouches, accueillit les paroles du saint évèque , mais les docteurs et les pharisiens , furieux de cette explosion de seolimenis chrétiens, feignirent de s'étonner que le juste i^é^fordi auisi, et» s'élançant vers le haut du temple, ils précipitèrent en bas le confesseur de Jésii»-Christ. Saint Jacques » n*étant pas mort du coup , rassembla ses forcespour s'agenouiller et demander à Dieu qu'il pardonnât k ses bourreaux. Pendant sa sublime oraison ^ des pierres étaient lancées contre le juste; un Reccabite ne se con* tint point à la vue d*un tel traitement à l'égard d'un homme priant pour ses meurtriers. Que pouvait une protestation solitaire en face de ces passions armées? Un fouioij li Mjipa Tapuirc sur la lète avec riustrument de son métier et acheva de lui ôter la vie.
La version d'Ht^i^ésippe n'exclut point celle de Josèphe; Ananus, dont l auteur ecclésiaslique ne dit rien, avait pu être l'instigateur ardent de cette persécution contre l'homme de Dieu.
Au temps d'Hégésippe, on voyait encore un monument élevé sur le lieu même ou le frère du Seigneur avait péri »
la conslniclion de ce monument chrétien s*cxplique par la vénération dont le nom de saint Jacques élail entouré à Jérusalem et par les violenls regrets de ce meurtre qui fut considéré comme un malheur. Parmi les sept Épitres catholiques, il en est unedu premier pasteur de Jérusalem écrite à tous les Juifs de la terre convertis à la foi; c'est le seul écrit de l'apôtre que l'I^glise ait admis.
Dans cette hclle épîlre, où il prend le titre de serviteur de Dieu et de Notre-Seigncur Je^^n^ Christ , saint Jacques engage ses frères à faire toute leur joie de leur aflliction , parce que l'épreuve de la foi prodtiit la patience; si quelqu'un a hesoin de science religieuse, il faut qu'il la demande à Dieu qui donne à tous libéralement et ne reproche point ses dons ; mais il faut la demander avec foi, car celui qui doute est semblable au flot de la mer, agité et emporté çà et l:i pnr le veut; l'homme qui a l'esprit partagé est ioconslant dans toutes ses voies. Que le pauvre se glorifie de son élévatio» morale ; que le riche s'humilie» parce qu'il se flétrira dans sa vie comme, au lever d'un soleil brûlant , l'herbe se sèche et la fleur tombe. Qu'on se garde de croire que Dieu lui-même nous tente, il ne saurait pousser persoune au mal. C'est d'en haut , c'est du Père des lumières, inaccessible aux changements et aux ombres que descend toute chose parfaite. Le saint apôtre veut qu*on soit toujours prêt à écouter, lent à parler, lent à la colère : la colère de rhomme n'accomplit point la justice de Dieu. |je frère du Seigneur défend toute acception de personnes, ordonne que l'homme avec un anneau d*or et un habit brillant ne soit pas mieux accueilli de l'assemblée que le pauvre ; avoir égard à la condition des personnes , c*est violer la loi chrétienne. La foi san& les œuvres est un corps sans âme; il faut .mettre un freîn à la langue pour éviter des fautes , comme on met un frein aux coursiers pour les conduire, et comme on conduit un grand navire avec un petit gouvernail. L'homme a dompid toutes les bètes de la terre , mais nul ne peut dompter la langue, cette langue qui sert à bénir Dieu et à maudire
GHàPlTRE XiX* 9»
lus hmmcft fiiu & rimage de Dieu I Saint Jac^iiies est élo* quent lorsqu'il tàii entendre aox riches le tonnerre de ses menaces ;ior8qii*il lenr ani^once que la ronille de leurs trésors amassés dévore leurs chairs comme un feu. Toute
celte épîlre est pleine d'enseignements divins; l'esprit du chrisliaoisme y respire dans &a sainte et primitive
énergie.
Ail 1 Li jijiorl d'Eusèbe, on conservait encore pieusomcal à Jérusalem au iv" siècle, la chaire épiscopale du fils Je Marie de Clcopbas. Ce fidèle disciple, à force de sagesse, de modi'rnlion , de sainlelé, adoucit longtemps l'âpreté des Israélites, modifia les dispositions ennemies, dompta les rébellions , et doit être regardé comme Tapôtrc des Juifs de Jérusalem ; il fut un lien admirable entre la société chrétienne de Judée et la nation juive embrasée de haine , livrée aux mille terreurs du souvenir de son crime, et déjà entrée dans la carrière des expiations.
Saint Jacques eut pour successeur au siège de Jérusalem saint Siméon, appelé par saint Matthieu frère du Seigneur comme Jacques, et qu*il ne lliut pas confondre avec Tapdlre saint Simon. La plupart des apôtres accoururent à Jérusalem des divers points du monde pour rélé(tionde Siméon.
Dans le partage de le terre que s*étaient fait les douze pauvres Galiléens , saint Pierre avait pris Rome; celui qui trembla devant une servante se croyait désormais asseï
fort pour paraître devant la plus haute domination de l'univers et lui faire adoitir une croix! A la porlc du cénacle, cette langue, naguère esclave de la peur, ivait iait confesser Jésus-Clirist , selon Texpression de saiiu Augustin, par it ois mille langues ennemies. Le jour de la miraculeusi' giiL'iison du boiteux, saint Pierre avait convorli cinq nulle Juifs dans la galerie» qui portait le nom tlo Salomon ; le lendemain , il parut chargé de chaînes devant le sanhédrin qui lui demandait compte du miracle, cl Tapôtre , avec un ton , une altitude et des regards imposants « déclara que le paralytique avait été guéri au nom
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de Jésus de Nasarelh , rejeté el crocilié fiar les Jnife , et tiré d'entre les morts.
Il est de forts géoies qui DÎQat l^intcrreiitioii de l'EsiHrît saint et se noqoeDt de la descente da Pirackt , nais alors il faudrait qa*ll8 nous cxpllqaassent comment on homme Ignorant, grossier, timide^ perce tout à coup les grands mystères, s'élance dans les profondeurs de la vérité religieuse, et deTÎént puissant par Téloquence et le courage.
Énée, le paralytique de Lydda , remis debout à la parole de Pierre , Tabitbe (dbforeinl), cette sainte femme de îoppé, dont le nom exprimait l'active vigilance de son esprit, et que Simon avait arracbée des bras de la mort ; le Inptème du centenier Corneille, cette première conquête cbré* tienne faite ebei les gentils , sont d*ÎDtéressants souvenirs des premières courses apostoliques du pécheur de Bethsafde. Ce sont les traditions ecclésiastiques plutdt que les témoignages précis de l'histoire qui nous servent de guides pour suivre l'apostolat de Pierre jusqu'à son dernier jour. Après avoir fondé, en 36, l'Église d'Anlioche, il porte la parole évangéitque aux Juifs du Pont , de la Gappadoce, de la Galatie et de la Bithynie. Saint Grégoire de Nasianie, ▼onlanf nous faire comprendre le peu qu'il fallait aux apdtres pour vivre, nous dit qu'un sou de lupins suffisait è la nourriture quotidienne de Pierre. On place généralement è faonée 49 sa première arrivée à Rome; c'était la deuxième année du r^ne de Claude. Nous n'avons pas à nous occuper ici des auteurs qui nient tout voyagede saint Pierre i Rome; il n'existe aucune bonne raison contre le témoignage de tant de siècles , de tant de saints, de tant de grands hommes ; cette longue et glorieuse chaîne de pontifes ii*a pu succéder à une chimère; pourquoi nier la hase de l'Eglise romaine quand la solidité 4o Tédifice a fatigué le génie de la destruction ? Pourquoi douter des racines du grand chêne quand le vieux roi de la forêt balance si majestueusement son feuillage î
On ne se- représente pas sans émotion saint Pierre, humble voyageur, vêtu du costume juif, mettant pour la